Le vitrail de saint Apollinaire à Chartres est le premier vitrail à droite du transept sud de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, numéroté 036 dans le Corpus vitrearum.

La verrière a été exécutée entre 1205 et 1215, elle est contemporaine de la cathédrale actuelle reconstruite après l'incendie de 1194.

Elle a été très restaurée en 1908 par Gaudin, remise en ordre et restaurée en 1909, puis dans les années 1980. Elle a été classée aux monuments historiques en 1840.

Le vitrail d'origine du était déjà très atypique par sa double composition, superposant une vie de saint Apollinaire de Ravenne dans les registres inférieurs, et une description de la hiérarchie céleste dans les registres supérieurs. Sa lecture a été compliquée par la suppression des deux rangées inférieures et leur remplacement par une grisaille au , formant finalement trois thèmes distincts.

Bien que brisé esthétiquement par le « vandalisme » de 1328, ce vitrail conserve un double intérêt : la hiérarchie céleste est un thème très rare dans l'iconographie médiévale, et ce vitrail paraît en être l'unique exemple traité en verrière; et la grisaille (qui a malheureusement supprimé la partie basse de l'histoire d'Apollinaire) serait le premier exemple connu d'emploi pour un vitrail du jaune d'argent.

Composition du vitrail

Le vitrail de s'inscrit dans une lancette en arc brisé, de style gothique primitif. La ferrure est simplement constituée de barlotières droites, dix barres horizontales recoupée par quatre verticales, délimitant des panneaux rectangulaires.

Vitrail primitif

Le dessin des panneaux centraux s'organisait primitivement en trois étages de trois rangées, encadrés en haut et en bas par un étage supplémentaire. Les neuf panneaux centraux sont historiés sur fond bleu. La bordure des panneaux historiés est formée d'un filet rouge bordé de perles blanches. Sur chaque étage, cette bordure dessine un quadrilobe sur le cinq panneaux centraux, les panneaux des coins dessinant des demi-cercles latéraux.

Le fonds —difficilement lisible par sa complexité— est formé d'une résille rouge sur fond bleu, les losanges bleus ainsi délimités sont ornés d'une feuille trilobée en grisaille s'appuyant sur une perle blanche au bas du losange. Complétant le fond, les quadrilobes brochent sur un carré rouge bordé de vert et d'un liseré jaune, un motif végétal bleu fleuri de blanc s'échappant des angles du quadrilobe. Les quadrilobes sont séparés par un petit motif quadrilobé (fermaillet) à fond rouge, bordé de deux filets bleu et blanc, et coupé horizontalement par la ferrure. Enfin, les demi-cercles latéraux brochent sur un demi-losange auquel ils sont tangent, à fond rouge bordé de vert, où apparaissent des motifs végétaux bleus.

Cette verrière ne se trouve pas à son emplacement d'origine, qui était probablement la baie 26, à présent occupée par la verrière de l'Annonciation ; et la bordure losangée aurait été ajoutée —initialement, sur tout son pourtour— lors de son déplacement., pour une raison et à une date inconnues. Les deux rangées de panneaux inférieurs datent de 1328.

Bordure

Au-delà de la ferrure verticale extérieure, la bordure du vitrail est double. Une première bordure est rouge et bordée de deux filets bleus, portant des motifs floraux. Une deuxième bordure extérieure, rajoutée par la suite, est un fond bleu supportant une colonne losangée rouge, bordée de deux bordures rouges. Un filet extérieur blanc borde l'ensemble.

La bordure paraît avoir été constituée en deux temps : la bordure primitive a été rouge bordée de bleu ; et la bordure losangée a été rajoutée pour élargir le vitrail, lors de son déplacement depuis son emplacement primitif (probablement la baie 26, compte tenu des dimensions du vitrail primitif) jusqu'à son emplacement actuel.

Cette bordure a été supprimée au bas du premier registre du vitrail actuel. On peut cependant en retrouver la trace, dans la mesure où la hauteur du premier registre du vitrail, celui qui porte en son centre l'histoire du chanoine Guillaume Thierry qui détruisit la partie inférieure du vitrail, est de la même largeur que la hauteur de la double bordure sus-mentionnée.

Grisaille inférieure

Le vitrail a été déplacé et remanié en 1328. Les deux rangées du bas ont été remplacées par une grisaille, faisant disparaître la pointe inférieure du premier quadrilobe, et probablement les panneaux de signature des corporations donatrices. À l'occasion du déplacement, la bordure extérieure losangée a été rajoutée..

Clou de la Saint Jean d'été

vignette|Trou de la méridienne, au centre de la bordure droite du vitrail.

On peut remarquer à mi-hauteur dans la bordure droite que l'emplacement de deux losanges a été comblé par un panneau opaque percé d'un trou. Aux alentours du solstice d'été, à midi en temps solaire — c'est-à-dire lorsque le soleil est exactement au sud —, la lumière que laisse passer ce trou vient frapper le dallage du sol sur un clou métallique, planté dans une dalle carrée posée en biais.

Compte tenu de la différence entre l'heure légale et le temps solaire, le phénomène a lieu à à nos montres, .. D'autre part, ce clou marque traditionnellement « la saint Jean d'été », c'est-à-dire la fête de la nativité de saint Jean Baptiste, fêtée le , à l'occasion de laquelle on allumait traditionnellement les feux de la saint Jean. Il s'agit en réalité d'une fête solaire christianisée, marquant le solstice d'été, de même que la fête de Noël, fêtant la conventionnellement naissance du Christ le , correspond au solstice d'hiver et à la fête romaine du Sol invictus. La différence de déclinaison solaire entre le et le solstice, qui tombe vers le , n'est de toute manière pas sensible.

Ce dispositif a été créé par le chanoine Claude Étienne en 1701. La raison n'en est pas connue avec certitude. Il est fréquent de trouver une méridienne dans une église, qui permet de déterminer d'après le soleil l'heure de midi vrai au fil des saisons, mais ici ce gnomon ne donne le midi solaire qu'au moment du solstice d'été. On peut cependant remarquer que si la dalle portant le clou est en biais par rapport au reste du dallage, elle est correctement orientée dans le sens nord-sud ; et le clou planté vers son bord sud est centré sur la dalle dans le sens est-ouest : c'est exactement la disposition que l'on attendrait d'un dallage destiné à recevoir une future méridienne, dont ici seul le premier point aurait été réalisé, et le projet abandonné par la suite.

Description des panneaux

Compte tenu de sa composition hétérogène, les trois thèmes présents feront l'objet de sections séparées.

Hiérarchie céleste

Vue d'ensemble

En haut du vitrail, la hiérarchie céleste désigne une stratification systématique des créatures angéliques.

Il s'agit d'une opinion théologique, qui a trouvé sa formulation classique au , dans l'œuvre du Pseudo-Denys, en même temps que la notion de hiérarchie ecclésiastique, et par analogie avec celle-ci. En Occident, à partir de la fin du Moyen Âge, cette systématisation de la sphère des anges connaîtra une désaffection progressive. Cette hiérarchie céleste est extrêmement rare dans l'iconographie ; et sa représentation sur un vitrail est probablement unique. On peut la retrouver à Chartres, ainsi qu'à Bordeaux, dans la statuaire du portail sud de ces deux cathédrales.

L'ordre de lecture est habituellement de bas en haut et de gauche à droite, mais la hiérarchie céleste du vitrail est disposée selon un ordonnancement atypique, traduisant plutôt un ordre protocolaire : Dans la première de ses rangées (rangée 08), les anges (1) sont à gauche et les archanges (2) à droite, le milieu étant laissé aux principautés (3), plaçant donc les principautés au centre, comme supérieures aux deux autres ordres de cette triade. Dans la seconde rangée (rangée 09), l'ordre naturel est respecté, donnant de gauche à droite les puissances (4), vertus (5) et dominations (6). Dans la troisième rangée (rangée 10), inversement, les Chérubins (8) sont à gauche et les Séraphins (9) sont à droite, encadrant les Trônes (7), de position inférieure dans la triade.

Dieu jugeant le Monde

upright=2.5|vignette|Sommet du vitrail : Dieu le Père jugeant le Monde.

Au sommet du vitrail, une figure divine (signalée par la croix que porte son auréole) est entourée de deux anges en adoration. Le fragment de quadrilobe esquissé sur ce panneau, limité par la pointe de l'ogive, rappelle la forme d'une mandorle, cadre symbolique rappelant le caractère invisible de la dimension divine.

La figure divine est représentée en majesté : assise sur un trône formé d'un coussin vert et de deux piliers rouges, et les pieds posés sur un piédestal blanc ; outre sa tunique verte (couleur de la vie) elle est drapée dans un manteau de pourpre impérial. Elle tient dans sa main gauche un globe, représentant le monde, et sa main droite est dressée, l'annulaire et l'auriculaire repliés suivant le geste reproduit par une main de justice.

La même représentation est interprétée comme le Christ en gloire régnant sur le monde dans le Vitrail des Apôtres, mais il s'agit ici plus probablement de Dieu le père lui-même, que l'iconographie représente de manière identique (voir par exemple la représentation de Dieu créant Adam, dans le Vitrail du Bon Samaritain). Alors que le Christ est naturellement représenté comme trônant au-dessus de la vie des saints et des apôtres, dans la hiérarchie céleste, c'est Dieu qui est le principe essentiel, au sommet de la hiérarchie ; et seule la triade de la strate supérieure (séraphins, chérubins et trônes) peuvent contempler directement sa gloire.

Le rôle traditionnel des anges est d'être les messagers divins. Ici, les deux anges qui encadrent le trône s’apprêtent à rapporter le jugement divin ; leurs deux ailes, l'une dressée vers le ciel et l'autre baissée vers la terre, rappelle ce rôle de messager intermédiaire entre les mondes céleste et terrestre. Le thème de la hiérarchie céleste implique qu'ils ne peuvent pas voir Dieu lui-même, mais leur fonction demande qu'ils soient à portée de voix.

Séraphins, Chérubins et Trônes

La triade supérieure est formée d'anges qui ont le privilège de servir Dieu, de l'approcher et de le contempler. Les Séraphins, Chérubins et Trônes personnifient trois dimensions spirituelles immanentes et transcendantes suivant lesquelles se manifeste Dieu pour l'Homme : l'amour pour les Séraphins, la raison pour les Chérubins, et la justice pour les Trônes. 200px 220px 200px VIII : Chérubin.VII : Trône.IX : Séraphin. Les Séraphins, à droite, sont ici représentés avec six ailes, comme dans la vision d’Isaïe. Ils sont représentés dans une posture frontale, parce qu'ils sont capables de voir Dieu lui-même. Leurs pieds nus repose sur une boule verte, dont la couleur liturgique symbolise ici les joies du paradis, où l'amour de Dieu est sans entrave. Les Chérubins, à gauche, sont ici représentés de la même manière que ses Séraphins, avec trois paires d'ailes, comme dans la vision d'Isaïe. De même que les Séraphins, ils sont représentés dans une posture frontale, parce qu'ils sont capables de voir Dieu lui-même. Leurs pieds nus repose sur une boule blanche, dont la couleur liturgique symbolise ici la lumière, et donc la clarté intellectuelle qu'ils apportent. Les Trônes, au centre, sont ici représentés par deux anges portant chacun un sceptre dans la main droite, représentation de la puissance et de l'autorité suprême que Dieu confère au chef. La main gauche est posée sur le cœur, symbole de leur attachement indéfectible à Dieu. Ils sont figurés une aile levée et l'autre baissée, et sont inscrits dans une mandorle rouge bordée de blanc, symbole dans les deux cas du lien qu'ils établissent entre le monde céleste et le monde terrestre. Le ruban rose à leur pied est un nuage, montrant que l'ordre juste se manifeste tangiblement, dans le monde matériel ; contrairement à l'Amour et la Raison, qui appartiennent au domaine spirituel.