, ou Les Quatre Cheminées, est un film japonais de Heinosuke Gosho sorti en 1953, adapté du roman Les Gens naïfs (Mujaki na hitobito) de Rinzō Shiina. Il s'intéresse à la vie de deux couples issus des classes modestes dans un quartier populaire de Tokyo, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Porté par les performances de Kinuyo Tanaka, Ken Uehara et Hideko Takamine, le film explore les défis émotionnels et économiques auxquels ces individus font face dans une société marquée par la reconstruction et les bouleversements sociaux.

L'intrigue tourne autour des vies entrelacées de ses protagonistes, dont les relations sont symbolisées par la présence des cheminées qui surplombent leur quartier. Ces cheminées représentent à la fois la monotonie et la lutte quotidienne des habitants, mais aussi leur résilience et leur espoir d'un avenir meilleur. L'histoire aborde des thèmes tels que les frustrations liées aux attentes sociétales, les non-dits dans les relations, ainsi que l'importance du soutien mutuel.

À sa sortie, le film a été apprécié pour son humanisme, sa sensibilité dans le traitement des questions sociales, et sa capacité à capter la réalité de l'époque avec subtilité. Là d'où l'on voit les cheminées est considéré aujourd'hui comme l'une des œuvres importantes de Gosho, marquant sa vision humaniste et son attention aux petites tragédies de la vie quotidienne dans le Japon d'après-guerre.

Synopsis Dans le Japon de l'après-guerre, Ryukichi et Hiroko Ogata vivent en location dans un quartier pauvre d'une banlieue éloignée de Tokyo. Le quartier est mal desservi par les transports mais les loyers sont faibles et permettent de s'en sortir. De là où ils vivent, ils peuvent apercevoir en direction de la capitale trois hautes cheminées d'une usine qui en comprend quatre. Par un effet de perspective, suivant le quartier dans lequel on se trouve, il est possible de voir quatre, trois, deux ou même une seule des cheminées de cette usine.

Ryukichi et Hiroko sont mariés depuis deux ans. Pour Hiroko qui a perdu son premier mari dans les bombardements durant la guerre, c'est son second mariage. Ryukichi travaille dans un magasin à Tokyo mais son salaire est modeste. Pour s'en sortir, les Ogata sous-louent à l'étage deux chambres, la première à Kenzo, un jeune homme qui gagne sa vie comme recouvreur de taxes auprès de commerçants et la seconde à Senko, une jeune fille qui travaille dans une radio où elle fait les annonces publicitaires.

Dans cette petite maisonnée aux cloisons de papier, il est difficile de trouver quelque intimité et le voisinage n'est pas non plus des plus discrets entre le réparateur de radio et ses sept enfants et le couple de prêtres dont les bruyantes prières rythment la vie de la ruelle.

Hiroko rêve de pouvoir s'acheter une machine à coudre. Grâce à une amie, elle a pris en secret un emploi de vendeuse de tickets au vélodrome de Tokyo. Aussi, lorsqu'elle croise M. Kawamura, un collègue de travail de son mari venu faire des paris, chacun promet à l'autre de ne rien dire de cette rencontre embarrassante à Ryukichi.

Un soir alors que sa femme est absente à son retour du travail, Ryukichi apprend par ses locataires qu'elle est chez le médecin. Inquiet, il s'imagine qu'elle pourrait être enceinte, son couple n'ayant pas le moyen d'élever un enfant. À son grand soulagement, Hiroko est partie consulter pour un mal de dent. Mais plus tard dans la soirée, lorsqu'il va pour lui apporter ses médicaments, Ryukichi tombe sur un livret de compte bancaire qu'il ne connait pas. La soirée est houleuse, Hiroko avoue qu'elle a un emploi et le mari lui reproche de ne pas l'avoir tenu au courant et d'être trop secrète. Le couple cependant se rabiboche et Ryukichi finit par accepter la situation.

Quelque temps plus tard, sur son lieu de travail au vélodrome, Hiroko apprend de sa collègue qu'un homme, la quarantaine, mal habillé et portant un enfant dans le dos s'est renseigné pour connaitre son adresse. Elle ne s'inquiète pas trop sur le moment mais lorsqu'elle rentre chez elle, un bébé a été déposé à son domicile. Son mari lui demande des explications et ils trouvent avec l'enfant une lettre signée Chujiro Tsukahara, le premier mari d'Hiroko, et un acte de naissance indiquant que la fillette qui se nomme Shigeko est la fille de Chujiro Tsukahara et de Hiroko.

Ainsi donc Ryukichi découvre que le premier mari d'Hiroko est en fait toujours vivant, et même si elle ne peut pas être la mère de l'enfant, elle n'a jamais divorcé. La bigamie étant punie par la loi, il renonce à se rendre à la police pour signaler l'enfant. Ryukichi assaille de reproches sa femme et Shigeko elle, ne cesse de pleurer. La vie devient très pesante chez les Ogata. À l'étage, Kenzo et Senko, qui peinent à s'avouer leur amour, sont témoins des disputes des Ogata et de leur incapacité à faire cesser les pleurs du bébé.

Un soir, harassée de fatigue par les cris incessants de Shigeko et minée par les remontrances de Ryukichi, Hiroko manque de commettre l'irréparable. Elle est sauvée de la noyade par Kenzo qui promet alors de retrouver Chujiro Tsukahara.

La quête de Kenzo s'avère plus difficile de prévu et il doit sacrifier plusieurs journées de travail pour se consacrer à ses recherches mais il finit par parvenir à ses fins. Il retrouve le premier mari d'Hiroko dans un quartier miséreux de Tokyo. Ce dernier le conduit jusqu'à la véritable mère de Shigeko qui travaille dans une taverne et a quitté Chujiro, qu'elle traite d'incapable, et l'enfant. De retour chez les Ogata, Kenzo juge durement les parents de Shigeko, aucun des deux n'étant digne à ses yeux de récupérer l'enfant.

Quand Shigeko tombe malade, Ryukichi se décide à aller chercher un médecin. Ce dernier ne se gêne pas pour tancer vertement "ces parents qui attendent le dernier moment pour faire soigner leur enfant". Le pronostic vital de l'enfant est engagé et le médecin n'est guère rassurant. Au chevet de Shigeko, les Ogata, Senko et Kenzo encouragent l'enfant à lutter pour sa survie. Le moment critique passe et Shigeko se remet petit à petit.

C'est à ce moment que Katsuko, la mère de Shigeko, fait son apparition pour récupérer sa fille. Les Ogata refusent de rendre l'enfant à sa mère vu son état de santé encore fragile. Après le départ de la mère, Ryukichi et Hiroko se rendent compte avec la nuit d'inquiétude passée au chevet de Shigeko de leur affection pour l'enfant. Ils prennent néanmoins la décision qu'ils rendront Shigeko à sa mère. De leur côté Kenzo et Senko qui se sont enfin avoués leurs sentiments ont décidé de se marier.

Fiche technique Titre : Là d'où l'on voit les cheminées Titre alternatif : Les Quatre CheminéesLes Quatre Cheminées (1953) - MCJP Titre original : Réalisation : Heinosuke Gosho Scénario : Hideo Oguni, d'après un roman de Rinzō Shiina Photographie : Mitsuo Miura Musique : Yasushi Akutagawa Société de production : Studio Eight Productions et Shintōhō Pays d'origine : Langue originale : japonais Format : noir et blanc - 1,37 : 1 - son mono Genre : drame Durée : 108 minutes (métrage : 12 bobines - ) Date de sortie : Japon :

Distribution Ken Uehara : Ryukichi Ogata Kinuyo Tanaka : Hiroko Ogata Hiroshi Akutagawa : Kenzo Kubo Hideko Takamine : Senko Azuma Chieko Seki : Yukiko Ikeda Haruo Tanaka : Chujiro Tsukahara Ranko Hanai : Katsuko Ishibashi Kumeko Urabe : Kayo Nojima Takeshi Sakamoto : Tokuji Kawamura Zekō Nakamura : le prêtre bouddhiste Eiko Miyoshi : Ranko, sa femme

Analyse droite|vignette|250px|La qui sert de décor au film. Reconstruction et industrialisation Le film explore en profondeur la période de reconstruction du Japon après la Seconde Guerre mondiale, connue sous le nom de miracle économique japonais. Les cheminées d'usines, élément central du titre et de l'imagerie du film, symbolisent l'industrialisation rapide du pays et ses impacts multiples sur la société japonaise. Gosho met en scène la transformation radicale du paysage urbain japonais, où les cheminées d'usines deviennent omniprésentes, illustrant la priorité donnée au développement industriel. Cette imagerie sert de métaphore visuelle pour représenter les changements économiques et sociaux rapides que connaît le Japon. Le film aborde également les conséquences de cette industrialisation sur la vie quotidienne des Japonais. Il montre comment l'essor des usines et des emplois industriels modifie les structures familiales traditionnelles et les modes de vie. La migration des travailleurs vers les zones urbaines industrialisées est un thème récurrent, illustrant les opportunités et les défis liés à cette transformation économique. Gosho ne se contente pas de dépeindre les aspects positifs de la reconstruction et de l'industrialisation. Il explore également les tensions sociales et environnementales qui en découlent, telles que la pollution, les conditions de travail difficiles dans les usines, et l'érosion des modes de vie traditionnels. Cette approche nuancée reflète les débats contemporains sur les coûts et les bénéfices du développement économique rapide du Japon.

Changements sociaux et générationnels Un thème majeur du film est le conflit générationnel dans le Japon d'après-guerre. Gosho met en scène les tensions entre les valeurs traditionnelles japonaises et les nouvelles aspirations de la jeunesse, influencée par l'occidentalisation. Le film explore en profondeur la rupture entre les générations, illustrant comment l'expérience de la guerre et de l'après-guerre a façonné des perspectives radicalement différentes entre les parents et leurs enfants. La génération plus âgée, marquée par les privations de la guerre et attachée aux valeurs traditionnelles, se trouve en décalage avec une jeunesse aspirant à de nouveaux modes de vie et de pensée. Gosho dépeint cette jeunesse d'après-guerre comme étant tiraillée entre le respect des traditions familiales et le désir d'émancipation. Le film montre comment l'influence croissante de la culture occidentale, notamment américaine, affecte les comportements, les modes vestimentaires et les aspirations professionnelles des jeunes Japonais.

Le réalisateur aborde également la question de l'évolution des structures familiales traditionnelles. Le système ie, basé sur la famille élargie et patriarcale, commence à s'effriter face à l'émergence de la famille nucléaire, plus adaptée à la vie urbaine et industrielle. Cette transformation est source de tensions et de questionnements identitaires pour les personnages du film. La question de l'autorité parentale et de la hiérarchie sociale est également centrale dans le film. Gosho montre comment les jeunes commencent à remettre en question les structures d'autorité traditionnelles, tant au sein de la famille que dans la société en général. Cette contestation reflète les changements politiques et sociaux plus larges que connaît le Japon d'après-guerre, notamment la démocratisation et l'influence croissante des idées égalitaires.

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