La prophylaxie pré-exposition, abrégé PrEP (de l'anglais ) est un traitement médicamenteux qui empêche l'infection par le virus du sida chez des personnes séronégatives. Le médicament utilise la combinaison de deux antirétroviraux tenofovir/emtricitabine.
La PrEP est un des nombreux moyens de prévention contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) utilisé par les personnes qui ont un risque élevé de contracter le virus. Elle s'adresse notamment aux personnes ayant des partenaires sexuels multiples, aux personnes qui s'injectent de la drogue ainsi qu'aux couples sérodifférents actifs sexuellement dont le partenaire séropositif a une charge virale non stabilisée.
Initialement, seul le médicament Truvada commercialisé par Gilead Sciences pouvait être utilisé dans le cadre de la PrEP. Le traitement doit également faire l'objet d'un suivi médical régulier.
Depuis en France et depuis dans toute l’Union européenne, plusieurs versions génériques sont également autorisées, permettant ainsi de réduire significativement le coût des traitements.
Traitement vignette|Des comprimés de Truvada utilisés dans le cadre de la PrEP.
Personnes ciblées La PrEP est recommandée pour les individus très exposés au VIH.
Plus particulièrement : les hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes, les personnes trans ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes originaires des régions du monde à forte prévalence et en particulier les femmes en situation de précarité, les prostitués exposés à des relations sexuelles sans préservatif ; les usagers de drogues par voie intraveineuse avec partage de seringue, les personnes ayant présenté plusieurs épisodes d'infection sexuellement transmissible (IST) dans les derniers mois, les personnes ayant eu plusieurs recours au traitement de prophylaxie post-exposition (PPE), les personnes séronégatives en couple avec une personne vivant avec le VIH dont la charge virale n'est pas stabilisée..
Prise continue La PrEP peut être prise de façon quotidienne par toute personne. C'est d'ailleurs la seule possibilité pour les personnes ayant des rapports sexuels vaginaux réceptifs.
Ce mode de prise consiste à avaler un comprimé tous les jours, que des rapports soient prévus ou non. Il est nécessaire de commencer le traitement sept jours avant le premier rapport sexuel. En cas d'arrêt, les prises d'Emtricitabine/ténofovir disoproxil doivent être continuées pendant sept jours après le dernier rapport.
Prise à la demande La PrEP à la demande suivant le schéma validé par l'étude de l'agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales . consiste en la prise de deux comprimés de façon simultanée afin de démarrer la protection au bout d'un délai de , la protection peut être poursuivie en prenant un comprimé par jour et enfin arrêtée après le dernier rapport sexuel avec encore deux prises. Ce schéma permet d'adapter sa protection en fonction des rapports sexuels prévus et de diminuer le coût et les effets indésirables potentiels. Il a démontré une efficacité très élevée comparable à celle d'une prise continue..
Effets secondaires Le médicament peut parfois causer des effets secondaires gastro-intestinaux : nausées, crampes d’estomac, diarrhée Ces effets sont souvent temporaires et on les constate surtout au début de la prise du médicament : c’est ce qu’on appelle le syndrome du démarrage qui se produit chez environ une personne sur dix.
Globalement, selon la notice patient du médicament Truvadala notice patient du médicament Truvada, les effets secondaires les plus fréquents sont les suivants : diarrhée, sensation d’être malade ou état maladif, vertiges, maux de tête, rougeurs, faiblesse, tests anormaux pour le phosphate ou la créatine kinase.
Plus rarement, le Truvada peut affecter les reins ou les os à moyen terme mais cela est généralement réversible et surveillé tous les trois mois lors des visites de contrôle.
Il existe un certain nombre de contre-indications et d'avertissements avant de pouvoir se voir prescrire du Truvada.
Disponibilité dans le monde
La disponibilité de la PrEP varie d'un pays à l'autre, le traitement par Truvada n'étant par ailleurs pas uniquement réservé à un usage en PrEP. centré | vignette | 560x560px |Accessibilité de la PrEP en fonction du pays (2017)
Union européenne La Cour de justice de l’Union européenne a autorisé en la mise sur le marché de médicaments génériques du Truvada qui permettent de réduire significativement le coût des traitements..
France En , le gouvernement français annonce le remboursement de la PrEP.
On comptait en près d'un millier de personnes suivant le traitement. En 2018, suivraient ce traitement en France dont 97 % d'hommes homosexuels selon l'association AIDES.. En , quatre médicaments génériques du Truvada sont autorisés. Au , plus de avaient initié une PrEP. À la fin de l'année , on compte dans le pays.
Une étude de portant sur l'année indique que le profil des nouvelles personnes initiant le traitement est majoritairement celui d'un homme vivant dans une agglomération de plus de avec un age médian de 33 ans.
Asie Japon
En , le ministère de la santé du Japon approuve l'usage du Truvada à des fins de prévention.
Études scientifiques Le but des mesures préventives est de réduire l’incidence de l’infection au virus du SIDA (VIH) dans la population et en particulier chez les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH), ainsi réduire les risques de contracter ou propager le VIH. En 2012, les préservatifs, la prophylaxie post-exposition (TPE), et la circoncision étaient des méthodes de prévention reconnues et promues au niveau mondial ; la PrEP, quant à elle, était considérée comme un nouvel outil de prévention. Les premières études, en 2014-2015, ont mis en évidence que la PrEP pouvait réduire le risque d'infection de 86% en moyenne, jusqu'à des résultats suggérant une réduction des risques de 96 %.. Sur la même période, entre 2014 et 2018, une étude rétrospective, publiée en 2020, a mis en évidence que le principal frein à la diffusion de la PrEP était son prix.
En France l’épidémie stagne depuis 2007 à plus de découvrent leur séropositivité chaque année parmi lesquelles plus de 40 % d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Une nouvelle approche de la prévention contre le VIH/SIDA s’est développée à travers : la PrEP. Le principe de la PrEP repose sur l’utilisation, par des personnes non-infectées par le virus, d’un ou plusieurs traitements antirétroviraux pour diminuer le risque de transmission du virus en cas d’exposition. La PrEP par voie orale par Truvada est la plus commune. Elle a été approuvée par la Food and Drug Administration en 2012 aux États-Unis et utilisée en France depuis . L’étude ., en 2016, a démontré une efficacité de la PrEP par Truvada. La PrEP par Truvada s’inscrit dans la liste des outils de prévention déjà existants dans la stratégie française de lutte contre le VIH/SIDA. Dès 2018, en France, les premiers résultats encourageants de la PrEP ont été médiatisés et présenté comme une « révolution de la vie amoureuse et sexuelle des HSH » ou bien comme un « renversement total dans la prise en charge de l'épidémie »..
Cependant, l’utilisation de la PrEP en France parait limitée et ce traitement semble peiner à trouver son public parmi les populations ciblées. En effet, deux ans après de la mise à disposition de la PrEP, le niveau de connaissance de la PrEP restait inégal et insuffisant. Une enquête remplie avec le médecin a été proposée à deux populations (1) une première consultant en CeGIDD et ne recevant pas la PrEP, et (2) une seconde de patients infectés par le VIH. Au moment de cette enquête, entre 2017 et 2018, le niveau de connaissances était moyen, voire médiocre, chez les moins de 25 ans. Même si les différences ne sont pas significatives, il semble que la population (2) soit moins favorable à la PrEP que la population (1). Pour les auteurs de cette étude : le niveau très faible de connaissance de la PrEP chez les moins de 25 ans serait préoccupant et devrait inciter à des campagnes de prévention primaire ciblant les jeunes. Récemment, des chercheurs se sont demandé si le lieu de résidence pouvait avoir une incidence sur les comportements sexuels et attitudes préventives. Ils ont mis en évidence que les comportements sexuels à risque semblaient être moindres dans les villes de taille moyenne, en comparaison aux grandes villes. De plus, l’utilisation du préservatif par les personnes à risque semblait moins assidue dans les villes où la PrEP n’est pas (encore) prescrite. Enfin, la demande d’information concernant la PrEP est plus importante dans ces villes. Pour ces chercheurs, l’ouverture de consultations, de prescription de la PrEP, pourrait s’envisager, dans une démarche globale d’amélioration des stratégies de prévention. Par ailleurs, une étude, en 2018, coordonnée par le , chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Saint-Louis à Paris (AP-HP) responsable scientifique de l'essai ANRS , a mis en évidence l'efficacité (0 contamination au VIH/SIDA) et la bonne tolérance de la PrEP auprès d'un échantillon de en Île-de-France.
Depuis 2017, EPI-PHARE réalise le suivi annuel de l’évolution de l’utilisation de Truvada® ou génériques pour une prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH à partir des données du Système national des données de santé (SNDS). Les derniers chiffres, actualisés au , mettent en évidence que la PrEP est restée l’apanage des HSH, sans s’étendre aux autres catégories de population qui pourraient en bénéficier. Au le nombre de personnes de 15 ans et plus ayant initié un traitement par Truvada® ou génériques pour une PrEP a atteint 42 159, soit une hausse de 42% par rapport au chiffre de fin . Une tendance à la reprise d’une hausse des initiations s’est dessinée à partir de et plus particulièrement au mois de , marqué par l’élargissement de la primo-prescription de la PrEP à tous les médecins, notamment les généralistes. Les usagers de la PrEP restent principalement des hommes, âgés de 36 ans en moyenne, résidant en Ile-de-France ou dans une grande métropole et parmi lesquels la proportion de bénéficiaires de la CMU complémentaire (indicateur de situation socio-économique défavorable) ou de l’Aide médicale d'État est faible.
En 2022, le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) EPI-PHARE publie une nouvelle étude sur l'efficacité de la PrEP. Entre 2016 et 2020, 46 706 personnes ont été suivies, parmi ces personnes : 256 patients atteints d'une infection par le VIH ont été identifiés et appariés avec 1213 témoins. Les utilisateurs de la PrEP représentaient 29% des cas (soit 13 544 utilisateurs sur 46 706 personnes) et 49% des témoins (soit 594 personnes). L'efficacité de la PrEP était globalement de 60% (écarts types (EC) 46 à 71), atteignant 93% (EC 84 à 97) pour une consommation quotidienne de PrEP, et 86% (EC 78 à 92) si l'on exclut les périodes post arrêt de la PrEP. L'efficacité de la PrEP était significativement réduite chez les personnes de moins de 30 ans (26 % d'efficacité, EC -21 à 54) et chez les personnes défavorisées sur le plan socio-économique (-64 % d'efficacité, EC -392 à 45), ces deux groupes présentant une consommation irrégulière de PrEP et des taux élevés d'abandon. Cette étude suggère que l'efficacité de la PrEP semble être plus faible dans les "conditions réelles" que ce qui est rapporté dans les essais cliniques. Les auteurs insistent pour un renforcement des efforts visant à améliorer le suivi de l'observance de la PrEP pour garantir son efficacité, en particulier chez les jeunes et les personnes défavorisées sur le plan socio-économique.