Gaëtan Marie Frédéric de Bourbon, prince des Deux-Siciles, comte d'Agrigente (en sicilien ), né le à Caserte et mort à Lucerne le , est le septième des treize enfants et cinquième fils du roi Ferdinand II des Deux-Siciles. Issu du second mariage du roi avec l'archiduchesse d'Autriche Marie-Thérèse de Habsbourg-Lorraine-Teschen, il est devenu infant d'Espagne par mariage.
Une enfance insouciante dans un monde en danger thumb|left|La famille royale des Deux-Siciles. Le comte d'Agrigente se tient à l'extrême droite. (vers 1857) Cinquième fils du roi des Deux-Siciles, le prince Gaëtan est son septième enfant. Son prénom d'usage est un hommage à saint Gaëtan de Thiène, prêtre napolitain fondateur de l'ordre des Théatins, le second prénom est un hommage à la madone, particulièrement vénérée en Italie, le troisième prénom rend hommage à son parrain, l'archiduc Frédéric Ferdinand d'Autriche, frère cadet de sa mère et amiral de la flotte autrichienne. Lors des cérémonies, le jeune archiduc est représenté par le comte d'Aquila, oncle paternel du prince et amiral de la flotte napolitaine.
Les maisons de Bourbon-Deux-Siciles et de Habsbourg-Lorraine étant particulièrement prolifiques, le prince est un proche parent des souverains catholiques de son temps dont le pouvoir, ballotté entre conservateurs et libéraux, est devenu fragile au point d'être contesté par leur peuple voire par leur propre parenté. Ainsi le jeune comte est un proche parent de la reine et de son mari le roi-consort François-d'Assise mais aussi de Charles, comte de Montemolin, de Henri, comte de Chambord mais aussi de , du grand-duc et de , assassiné en 1854, ainsi que des empereurs , et .
Cependant les réalités politiques contraignent ces souverains à s'allier aux dynasties montantes qu'elles auraient méprisées quelques générations plus tôt telles la maison de Saxe-Cobourg, princes de second ordre que l'habileté et l'ambition portent sur les trônes de Belgique, Royaume-Uni, Portugal puis Bulgarie tandis que leurs filles sont mariées aux souverains européens.
Le titre que reçoit l'enfant, comme celui de ses frères, honore une petite ville de Sicile. C'est une tentative royale de se concilier les sujets siciliens. Les deux royaumes de Sicile et de Naples ont été fusionnés autoritairement par le roi en et les Siciliens se sentent humiliés de voir leur patrie devenir une province du nouveau royaume et leur capitale, Palerme, réduite au rang de simple chef-lieu de province au profit de Naples qui reste capitale de l'État. Le mazzinisme se répand dans la bourgeoisie et l'opposition s'affirme au point de déclencher des tentatives de putsch, sévèrement réprimées.
À sa naissance, le comte d'Agrigente est quatrième dans l'ordre successoral après ses frères François, prince de Naples, héritier du trône (né du premier mariage du roi), Louis, comte de Trani né en 1838 et Alphonse, comte de Caserte né en 1841 (son frère Albert, comte de Castrogiovanni étant mort à cinq ans deux ans avant sa naissance). Le prince a peu de chance de ceindre un jour la couronne. Deux sœurs et quatre frères cadets viendront compléter la fratrie. Parmi eux, Joseph, comte de Lucera, et Vincent, comte de Melazzo, mourront en bas âge. Né cinq ans après le comte de Caserte et six ans avant le comte de Bari, le prince n'a pas de frère proche de lui par l'âge. En revanche, il est entouré de trois sœurs, Marie-Annonciade née en , Marie-Immaculée, née en et Marie-Pie, née en .
Le couple royal est très proche de ses enfants, le roi est un père affable et affectueux qui n'hésite pas à recevoir les ambassadeurs avec un de ses enfants sur les bras ou sur ses genoux tandis que la reine, vivant à l'écart des divertissements de la cour, est une femme pieuse, charitable mais aux convictions exagérément conservatrices et qui maintient ses enfants dans un état d'enfance prolongée.
Quelques mois après sa naissance, le petit prince perd son grand-père maternel, l'archiduc Charles-Louis d'Autriche-Teschen. Surnommé « le héros d'Aspern », ce fils de l'empereur était respecté pour ses talents de stratège et pour avoir combattu sans relâche la politique impérialiste de l'empereur des Français . Officier noble mais souvent vaincu, il était atteint d'épilepsie, mal dont souffrira également le prince Gaëtan qui, à l'instar de son grand-père, sera également confronté à la défaite. Quelques mois plus tard, c'est l'archiduc Frédéric, oncle maternel et parrain du jeune prince, qui meurt à 26 ans d'une maladie infectieuse à Venise. Comme son parrain, le comte d'Agrigente sera amené à prendre la mer et mourra prématurément mais dans des conditions plus tragiques.
La fin d'un monde thumb|La reine Marie galvanisant les troupes lors du siège de Gaëte (Karl von Piloty) Le prince est trop jeune pour garder des souvenirs de la révolution qui éclate le à Palerme et mettra le feu à l'Europe. Il ignore que son père a accueilli dans sa forteresse de Gaëte le pape ainsi que son beau-frère, le grand-duc , souverains favorables à une ouverture politique mais chassés de leurs États par la pression populaire. Sans doute l'enfant n'apprend-il pas que les libéraux, après le bombardement de Messine ont surnommé le roi des Deux-Siciles « Re Bomba » (alors que la ville de Gênes a subi une répression non moins violente de la part du libéral roi de Sardaigne). Aux yeux du monde, Ferdinand II devient l'incarnation du souverain « réactionnaire ». Sous la pression de l'ambitieux roi de Sardaigne, la politique de est même fustigée par les membres du congrès de Paris qui se réunit pour mettre un terme à la guerre de Crimée en 1855.
Le prince Gaëtan est un garçonnet de 10 ans quand le , jour de la fête de l'Immaculée Conception, le roi est victime d'une tentative d'assassinat à la sortie de la messe. Le jeune soldat Agesilao Milano qui a porté le coup de baïonnette est soumis à la torture puis condamné à la peine de mort. Quant à , traumatisé par cet acte qui l'a physiquement et psychologiquement blessé, il se replie sur sa vie familiale et mène une politique de plus en plus répressive et impopulaire blâmée par les cours d'Europe libérales comme celle du Royaume-Uni, son rival commercial en Méditerranée. thumb|left|Le couple royal des Deux-Siciles (1865) Loin des soucis du monde, le comte d'Agrigente est un enfant joyeux qui avec ses frères aînés Louis, comte de Trani et Alphonse, comte de Caserte amusent la cour par leur facéties. À ces joyeux drilles se mêlera bientôt leur belle-sœur Marie en Bavière qui a épousé en 1859 le prince François, duc de Calabre. Le mariage de l'héritier du trône avec la sœur de l'impératrice d'Autriche est un témoignage supplémentaire des intérêts familiaux et politique qui unissent les dynasties catholiques et conservatrices entre elles.
Cette même année 1859, le roi meurt. Il n'avait que 49 ans. À 13 ans, Gaëtan n'a plus de père. Son demi-frère, François, âgé de 23 ans et sans véritable expérience politique, ceint la couronne. Le roi , soutenu par la France et les libéraux, entreprend d'unifier l'Italie à son profit chassant les dynasties légitimes.
Profitant de l'inexpérience du jeune roi des Deux-Siciles, l'expédition des Mille de Garibaldi vainc les troupes napolitaines. La famille royale se réfugie dans la forteresse de Gaëte où la jeune reine Marie fait montre d'une énergie et d'un courage peu commun. La situation devient rapidement critique. La présence d'une famille nombreuse et d'enfants en bas âge est plus un handicap qu'un soutien. La reine-mère et ses sept plus jeunes enfants dont le comte d’Agrigente, embarquent sur un navire espagnol qui les mène jusqu'aux États pontificaux où le pape Pie IX, lui-même réfugié à Gaëte treize ans plus tôt, leur offre sa protection au palais du Quirinal puis au palais Farnèse laissant la défense de l'État au roi, au comte de Trani et au comte de Caserte. Le courage et l'héroïsme des jeunes gens sont galvanisés par la jeune reine Marie. Vaincus, le couple royal, le comte de Trani — qui reproche à son frère la reddition — et le comte de Caserte rejoignent la famille royale à Rome. Le royaume des Deux-Siciles, comme le grand-duché de Toscane et les duchés de Parme et de Modène, disparaît de la scène internationale.
L'exil, la défaite, l'adultère et les deuils
À l'âge de 15 ans, le prince Gaëtan connaît déjà l'expérience amère et humiliante de la défaite et de l'exil. Il est en même temps témoin des difficultés conjugales de ses frères aînés.
Malgré leurs déboires, les princes et princesses des Deux-Siciles reçoivent le soutien de leur parentèle et se marient avec leurs pairs : Marie-Immaculée épouse en 1861 l'archiduc Charles-Salvator, frère cadet du grand-duc Ferdinand IV de Toscane, lui aussi détrôné par la maison de Savoie. L'année suivante, le comte de Trani épouse la duchesse Mathilde en Bavière, sœur de la reine Marie et de l'impératrice d'Autriche, Maria-Annonciade épouse l'archiduc Charles-Louis, frère de l'empereur d'Autriche. L'archiduchesse donnera le jour à quatre enfants dont l'aîné, né en 1863, sera l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche dont l'assassinat en provoquera l'étincelle qui déclenchera la première guerre mondiale et la chute des empires Européens. Elle mourra à Vienne le à l'âge de 28 ans. thumb|left|L'archiduc Rainier et l'archiduchesse Marie, aimait leur neveu comme le fils qu'ils n'avaient pas eu (ici en 1902) thumb|La reine-mère entourée de ses fils (vers 1865). Le comte d'Agrigente tout en posant les yeux sur sa mère tient par l'épaule son plus jeune frère, le comte de Castalgirone. Le mort de sa mère et de son frère à quelques jours d'intervalle frappera durement le jeune prince Si les mariages de ses sœurs sont féconds, ceux de ses frères le sont beaucoup moins et ne sont guère heureux. L'éducation qu'ils ont reçue les ayant maintenus dans une sorte d'enfance, le roi et le comte de Trani sont des époux maladroits. Les deux frères ont épousé deux sœurs qui sont très proches l'une de l'autre. Issues de l'intelligente maison de Bavière, les deux jeunes femmes s'ennuient, sombrent dans l'adultère et en 1862, la jeune reine Marie, "l'héroïne de Gaëte", se retire dans un couvent de sa Bavière natale, non pour entrer en religion comme le suppose la presse de l'époque mais pour y accoucher d'un enfant adultérin. D'autres ragots prétendront que la comtesse de Trani conçut également un enfant adultérin en 1864.
À cette époque, le comte d'Agrigente n'est qu'un adolescent, il est très proche de sa famille maternelle, notamment de son oncle et de sa tante, l'archiduc Rainier d'Autriche et l'archiduchesse Marie-Caroline, sœur cadette de sa mère, qui aiment leur jeune neveu comme l'enfant qu'ils n'ont pas eu.
En , grâce au soutien de son oncle Rainier, ministre-président de l'empire, le jeune prince devient à 17 ans officier dans l'armée autrichienne. Trois ans plus tard, il prend part à la bataille de Sadowa, désastre militaire où l'armée autrichienne est écrasée par les Prussiens. L'Autriche catholique est exclue du monde germanique au profit de la Prusse protestante. Vaincu sur tous les fronts, l'empereur François-Joseph est contraint de composer avec les revendications autonomistes de ses sujets hongrois au détriment de ses sujets slaves et allemands. Le , il reçoit la couronne de Hongrie des mains du comte Andrassy qu'il avait condamné à mort par contumace vingt ans plus tôt et que les ragots mesquins de la cour donnent pour amant à sa femme, l'impératrice Élisabeth. À 20 ans, le comte d'Agrigente n'a connu que des défaites.