Les coopérations entre pays européens en matière de défense revêtent de multiples cadres politiques de décision et domaines d'application, elles sont à la fois anciennes et nombreuses. Avec la fin de la guerre froide, elles connaissent un développement significatif lié à la réduction progressive des budgets de défense des Européens et à la nécessité de répondre aux nouveaux besoins opérationnels. Ceux-ci font suite à l'évolution de la nature des menaces pesant sur les Occidentaux qui requièrent en particulier de pouvoir faire face à des situations de crise à l'extérieur des frontières européennes.
L'OTAN et la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l'Union européenne constituent les cadres institutionnels les plus structurés et les plus larges de coopération en matière de défense ; pour autant, de nombreuses coopérations se nouent aussi dans des cadres bilatéraux, notamment entre la France et le Royaume-Uni et entre la France et l'Allemagne. Ces coopérations portent sur de nombreux domaines complémentaires qui tous ensemble constituent une approche intégrée des problématiques de défense, depuis la conduite d'opérations militaires multinationales jusqu'au renforcement de la base industrielle des États européens.
Domaines d'application et formes des collaborations
L'existence d'un cadre politique de décision est un préalable à toute collaboration internationale en matière de défense. Il peut s'agir d'un cadre permanent institutionnalisé par un traité entre deux ou plusieurs États, ou bien d'une décision prise ponctuellement pour un objet de coopération bien précis.
Les collaborations en matière de défense recouvrent de nombreux domaines d'application : La coopération opérationnelle, sous la forme d'unités multinationales permanentes, ou bien à travers des leviers d'action permettant à des forces nationales d'opérer efficacement en cas de besoin dans un contexte multinational : échange d'informations normatives, préparation de plans d'opérations conjoints, exercices multinationaux, interopérabilité des systèmes de commandement et de contrôle. La coopération capacitaire, consistant en la mise en commun sous différentes formes possibles de capacités (systèmes d'armes, équipements satellitaires, installations de maintenance, centres de formation et d'entraînement...) financées par un ou plusieurs pays, au bénéfice de ces mêmes pays ou d'autres pays alliés. Le plus souvent, elle suppose en amont un accord entre les pays participants sur les capacités à acquérir. Mais la coopération capacitaire va plus loin en ce sens qu'elle mutualise l'utilisation de moyens. Elle contribue mécaniquement à accroître l'interopérabilité entre les forces armées des pays participants dans les domaines concernés. Le renforcement de la base industrielle et technologique de défense, impulsée et coordonnée par deux ou plusieurs États, afin de préserver ou développer dans le long terme les capacités d'innovation, de développement et de production d'équipements militaires. Les États jouent partout un rôle clef vis-à-vis de leur industrie de défense à laquelle sont attachés d'importants enjeux d'indépendance nationale et d'exportation. Ces enjeux se traduisent par des concentrations industrielles menées soit au niveau national, soit au niveau international afin de constituer des groupes possédant la masse critique suffisante pour investir en recherche et développement et être compétitif sur le marché mondial.
Ces collaborations prennent de nombreuses formes et dans leurs formes les plus poussées peuvent se traduire par un abandon de maîtrise par un État d'une partie des capacités dont il peut vouloir faire usage. Les principales formes, de la moins engageante à la plus engageante à long terme sont les suivantes. : L'« acquisition groupée » d'équipements ou de ressources par deux ou plusieurs pays, qui les possèdent chacun en propre pour la part qu'ils en ont acquise. Il s'agit plus rarement d'une acquisition collective par tous les pays de l'OTAN ou de l'UE de moyens qui sont ensuite directement mis en œuvre par les structures propres à l'OTAN ou à l'UE.. Cette forme de coopération correspond le plus souvent à des programmes d'armement initiés par deux ou un petit nombre de pays qui définissent au départ des spécifications communes afin de partager les coûts de développement puis de réduire les coûts unitaires de production par l'effet volume résultant de l'addition des besoins des pays participants. Cette forme de coopération peut aussi s'étendre au maintien en conditions et au soutien de « capacités » de toutes natures (armements, installations... ) acquises - ou non - préalablement en commun. La « mutualisation » (en anglais « pooling ») de capacités ou d'équipements mis en commun via une structure multinationale chargée de les gérer, de les déployer, ou d'en assurer la maintenance au bénéfice des armées de plusieurs pays, qui gardent chacun une autonomie complète dans leur utilisation au sein de leurs forces. Le « partage » (en anglais « sharing ») permanent de capacités ou d'équipements qu'un ou plusieurs pays fournissent à d'autres pays partenaires, selon des règles de mise à disposition définies par une convention ; cette forme de coopération induit que les capacités disponibles pour un État participant sont à un moment donné contraintes par ces règles en contrepartie de l'économie induite dans la durée par le partage. Le « partage » implique aussi que les pays bénéficiaires renoncent à disposer en propre des moyens et compétences correspondants. Cette forme de coopération est associée à la notion de spécialisation par laquelle des pays géographiquement proches ou membres d'une même alliance, OTAN ou UE dans le cas de pays d'Europe, se répartissent les compétences et les capacités, chacun n'en maîtrisant en propre que certaines et accédant aux autres via les accords de partage. Les États européens sont de facto à des degrés divers tous dans cette situation ; la France fait fréquemment appel pour ses opérations extérieures à des moyens de renseignement, d'observation ou de transport stratégique qu'elle ne possède pas en propre. La réussite des collaborations en matière de défense suppose que soient réunis de nombreux facteurs de succès, parmi lesquels une volonté politique stable dans le temps, un véritable partage des objectifs de coopération, une culture stratégique commune, une solidarité entre les partenaires notamment pour ce qui touche les implications industrielles, une proximité géographique..
Cadres politiques de décision Dans tous les cas de figure, l'instauration d'une coopération suppose un accord de nature politique, traduisant une volonté commune et des buts partagés. Cet accord peut-être limité à un objet précis ponctuel, comme le développement (R&D) et la réalisation industrielle en commun d'un système d'arme, ou bien constituer un cadre permanent large au sein duquel viendront s'inscrire plusieurs projets communs. La coopération politique suppose la recherche de visions communes sur la situation géostratégique, sur les capacités nécessaires pour répondre aux enjeux géostratégiques et sur les doctrines d'emploi en réponse à des situations de crise.
La crainte d'une perte de souveraineté et la protection de l'industrie nationale de défense sont les deux principaux obstacles au développement de coopérations entre les pays Européens. Mais les contraintes budgétaires qui se sont accentuées au fil des années depuis la fin de la guerre froide ont rendu ces coopérations indispensables pour que même les « grandes » nations européennes puissent continuer de se doter du minimum de capacités qu'elles jugent nécessaires pour tenir leur rang dans le monde. En pratique, la question de la souveraineté consiste à faire des choix entre renforcement de la capacité d’agir via la coopération multinationale ou préservation de la liberté d’action.
La multiplication des situations de crise ces vingt dernières années et la forte augmentation des opérations extérieures qui en résulte ne laissent pas d'autre choix que de développer davantage ces coopérations comme en témoignent depuis le début des années 2010 les initiatives prises par l'UE et l'OTAN et le lancement de nombreux nouveaux programmes en coopération.
Coopérations bilatérales ou multilatérales
Les coopérations bilatérales sont les plus fréquentes : la France et l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni ont mené à bien de nombreuses coopérations bilatérales depuis des décennies. De nombreuses autres coopérations bilatérales se sont instaurées, comme entre l'Allemagne et les Pays-Bas depuis 1995.
La France participe à de nombreux programmes en coopération.. Sa volonté d'indépendance et les difficultés de faire converger les besoins de multiples parties pour des programmes majeurs comme les avions de combat a parfois conduit à privilégier des développements entièrement sous contrôle de l'État français comme c'est le cas pour l'avion de combat multirôle Rafale.
Coopération franco-allemande
Inscrite dans le traité de l'Élysée de 1963, la coopération militaire franco-allemande est fortement structurée et son périmètre d’action très vaste. Elle trouve son expression institutionnelle au travers du Conseil Franco-Allemand de Défense et de Sécurité (CFADS) institué en à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de ce traité. Le CFADS réunit le Président et la Chancelière avec les ministres de la défense et des Affaires étrangères ainsi que les chefs d’État-Major des Armées tous les six mois... En pratique cependant, mis à part l'avion de transport A400M, les années 2000 ne voient le lancement d'aucun projet nouveau d'ampleur. En , année de relance tous azimuts de l'idée de coopération européenne en matière de défense, l'Allemagne et la France signent une lettre d'intention qui affirme que la coopération franco-allemande est déterminante pour le développement de l'industrie européenne de l'armement et liste huit domaines de coopération.. En 2016, la France et l’Allemagne élaborent des propositions conjointes à l'attention des autres membres de l'UE pour faire avancer la défense européenne..
La coopération militaire entre la France et l'Allemagne franchit une nouvelle étape avec la signature en d'un accord inter-gouvernemental pour créer un escadron commun de transport tactique par Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense et Ursula von der Leyen, ministre allemande de la Défense. Implanté sur la base aérienne d'Evreux, le futur escadron franco-allemand sera doté des huit avions de transport tactique Lockheed C-130J commandés par la France et l'Allemagne..
Coopération franco-britannique
Entre la France et le Royaume-Uni, les accords de Saint-Malo de 1998, et plus encore le traité de Lancaster House de 2010 donnent une impulsion politique forte à la coopération militaire entre les deux pays. Cependant, il s'agit moins de se concerter pour adopter des positions politiques communes que de mutualiser des moyens et des acquisitions dans le but de réaliser des économies et de faciliter des actions communes Site. Malgré le Brexit, les coopérations se poursuivent, comme en témoigne la ratification par les parlements français et britannique de l’accord intergouvernemental dans le domaine des missiles, entré en vigueur le Site. Coopération franco-italienne La France et l'Italie coopèrent étroitement depuis les années 1980 notamment dans le domaine naval, avec les frégates des classes Horizon et FREMM, et dans le domaine des missiles avec la famille de systèmes surface-air basés sur les missiles Aster.
Autres coopérations bilatérales