thumb|Vue des monts de Löwenstein depuis le Stocksberg, partie occidentale des monts de Souabe et Franconie. thumb|Tour panoramique sur le Juxkopf () dans la forêt souabe-franconienne, construite en 1932. thumb|Strates du Keuper avant la côte de Löwenstein avec vignobles. thumb|Vue sur la plaine de Hohenlohe depuis les monts de Waldenburg.

Les monts de Souabe et Franconie ou la Forêt souabe-franconienne (en allemand Schwäbisch-Fränkische Waldberge ou Schwäbisch-Fränkischer Wald) est une zone montagneuse de basse altitude au nord-est du Bade-Wurtemberg. Le point culminant est la Hohe Brach avec d’altitude dans la forêt de Mainhardt. Ils font partie intégrante de la cuesta souabe, pendant allemand des cuestas de Lorraine.. Ils sont composés de plusieurs petits massifs de faible altitude très boisés dont la jonction est assurée par des vallons de petits cours d’eau qui entaillent plus des hauts plateaux que de vrais sommets. En raison de sa configuration géologique du Keuper. moyen et inférieur marqué par le grès à roseaux et la dolomie, des thalwegs torrentiels incisent les parties supérieures en formant des cascades sur rochers dénudés et des vallons en V très inaccessibles qu’on désigne localement par le terme « Klinge ».

Malgré sa faible altitude, ce massif de moyenne montagne au couvert forestier dense se caractérise par une forte vocation de frontière qui le place systématiquement aux confins de territoires historiques. D’ailleurs, son nom actuel n’a rien d’historique en soi ; chaque petit massif préfère s’appeler par son propre nom dans la population locale. Le terme générique provient du fait que cette région montagneuse servit de frontière naturelle entre le duché de Franconie et le duché de Souabe, pratiquement sur le parcours de la Fichtenberger Rot, ruisseau frontière qui sert également de frontière linguistique entre l’aire dialectale francique et la famille dialectale souabe. De ce fait, les monts de Souabe-Franconie sont une vraie région de transition dans le continuum linguistique et culturel entre l’Allemagne méridionale et l’Allemagne centrale.

Une autre frontière séculaire traversa ce petit massif de Souabe-Franconie du nord au sud : l’ancien limes de Germanie supérieure et rhétique. Il suit une liste rectiligne de Lorch à Öhringen en traversant la forêt de Welzheim, la forêt de Murrhardt et la forêt de Mainhardt, trois localités éponymes où se trouvait respectivement un castellum auxiliaire de l’époque antoninienne (138-161 ) avec parfois un fortin militaire directement placé sur la frontière en poste avancé comme à Mainhardt. Le massif séparait sur ce tronçon le monde romanisé des peuples germaniques non-romanisés. Les traces du limes germanique sont toujours visibles sur le terrain aujourd’hui. Le limes a été classé au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO.

Tous les monts de Souabe et Franconie, ainsi que quelques paysages naturels périphériques, font partie maintenant d'un parc naturel régional qui porte le nom du massif montagneux : le parc naturel de la forêt souabe-franconienne.

Géographie Topographie thumb|Formation de Löwenstein, dite Stubensandstein, keuper moyen, route forestière de Hankertsmühle.

La région naturelle des monts de Souabe et Franconie, qui porte le code de province géologique , forme l’extrémité du paysage de côtes du Keuper (Keuperbergland) qui traverse le Bade-Wurtemberg du sud-ouest (à la frontière suisse) au nord-est (Hassbergen en Bavière) entre la Forêt-Noire et le Jura souabe.. La formation de Löwenstein (dénommée Stubensandstein dans le Bade-Wurtemberg et Burgsandstein en Bavière) est une formation lithostratigraphique du Keuper moyen pendant le Trias germanique. Elle se situe entre la formation de Mainhardt et la formation de Trossingen. Elle date du Norien. Dans la partie occidentale plus élevée (entre ), les vallons perpendiculaires très nombreux proviennent du flux de ruissellement qui entaillent la dolomie : en conséquence des formes d'incisions spectaculaires dans les couches plus résistantes de la dolomie et les grès à roseaux confèrent un profil très caractéristique aux monts souabes-franconiens de ce côté qui n’est pas forcément visible depuis les axes routiers. Le réseau de sentier de randonnée étant dense, il permet de se rendre dans ces vallons étroits et encaissés (Klingen). L’incision est progressive car elle s’atténue en marnes inférieures pour former une vallée plus évasée. L’autre particularité du massif sont les grottes ou niches dans la roche gréseuse dans la partie supérieure des vallons où le ruissellement provoque des petites cascades.

La partie orientale du massif moins élevée (entre ) se caractérise davantage par ses plateaux de cuestas.

Les espaces naturels limitrophes sont à l’ouest le bassin du Neckar, au nord la plaine de Hohenlohe et Schwäbisch Hall, à l’est le piémont du Jura Souabe oriental et la Frankenhöhe, au sud le Schurwald et la forêt de Welzheim..

Les monts de Souabe-Franconie se composent de parties montagneuses très boisées appelées « monts » () ou « forêt » (), de vallées et plaines.

Les principaux sous-massifs sont, d'ouest en est :

bois de Murrhardt ; monts de Löwenstein ; haut plateau de Sulm ; monts de Heilbronn ; massif boisé du Kocher moyen ; bois de Kirnberg ; bois de Sulzbach ; bois de Mainhardt ; monts de Waldenbourg ; monts de Limpurg ; monts d’Ellwangen ; monts Virngrund.

Les vallées, vallons, bassins et piémonts sont, d'ouest en est :

vallée de Weinsberg ; vallée de la Murr ; vallée de la Rot ; bassin de Gaildorf ; vallée du Kocher à Sulzbach ; piémont de Limpurg ; baie de Fischach et piémont ; piémont d’Ellwangen ; piémont de Burgberg et baie de Speltach.

Les principaux sommets sont, par altitude :

Hohe Brach () ; Hagberg () ; Hornberg () ; Hohenstein () ; Hohenberg () ; Altenberg () ; Hohentannen () ; Flinsberg () ; Burgberg () ; Stocksberg () ; Juxkopf () ; Steinknickle ().

Hydrographie thumb|Cascade inférieure du Hörschbach en hiver. Forêt de Murrhardt. thumb|Cascade supérieure du Hörschbach en hiver, Forêt de Murrhardt. thumb|Carte du parc naturel de la forêt souabe-franconienne.

La ligne de partage des eaux entre le bassin du Rhin et le bassin du Danube ne se situe pas sur le territoire des monts souabes-franconiens, mais dans leur prolongement dans la Frankenhöhe où la Rotach prend sa source. Celle-ci se jette dans la Wörnitz qui conflue avec le Danube à Donauwörth.

Donc les monts appartiennent au bassin versant du Rhin par son affluent droit le Neckar. Les monts de Souabe et Franconie sont traversés de part en part sur un axe NO-SE par la Jagst, la Bühler et le Kocher.

Dans la partie occidentale, trois affluents du Neckar prennent leur source dans la Forêt de Murrhardt, la Murr, dans les monts de Löwenstein, la Sulm, et dans la forêt de Mainhardt, la Brettach et la Ohrn. Les affluents du Kocher sont la Bibers, la Lein, la Fichtenberger Rot (communément appelée Rot sur place), la Blinde Rot et la Bühler.

Les affluents de la Murr sont la Lauter, la Bottwar et le Hörschbach. La Sulm et la Schozach prennent leurs sources dans les monts de Löwenstein et confluent directement avec le Neckar.

La Rems coule en dehors des monts souabes-franconiens mais la Wieslauf provenant de la forêt de Murrhardt conflue avec elle à Schorndorf, port du flottage du bois flotté depuis le lac Ebnisee sur la Wieslauf. Les lacs dans le massif sont de fait le plus souvent des lacs de barrage ou des retenues collinaires comme le Ebnisee ou des barrages pour les moulins ou des bassins de rétention des crues. De nombreux lacs étaient ou sont encore utilisés pour nager ou pour le patin à glace en hiver.

Sont situés dans le massif les lacs :

d'Aichstrut ; d'Ebni ; d'Eisenbach ; de Fornsbach ; de Hagerwald ; de Breitenau ; de Buchhorn ; de Diebach ; de Döbel ; de Finsterrot ; de Gleichen ; de Gnadental ; de Hüttenbühl ; de la Hammerschmiede ; de Leineck ; de Neumühl ; de Reichenbach ; de Treib.

Population Peuplement La région compte . Il n’y aucune agglomération importante à l’intérieur ce massif boisé où la densité de population s’élève à par . Le seul centre urbain de moyenne taille est plutôt en marge des monts : Ellwangen dans l’arrondissement d'Ostalb. La surface de ce paysage montagneux se compose dans l’ordre décroissant de : bois, forêts : 54,33 % ; paysages à champs ouverts, prairies : 42,6 % ; agglomérations : 3,05 % ; plans d’eau : 0,03 %.

Sinon, les agglomérations principales au sein du massif forestier de Souabe et Franconie sont situées dans les vallées comme Murrhardt sur la Murr, Gaildorf et Abtsgmünd sur le Kocher. Deux petites communes sur les hauteurs servent également à désigner des sous-entités du massif comme Mainhardt (Forêt de Mainhardt) et Waldenbourg (Forêt de Waldenbourg). En périphérie proche des monts de Souabe et Franconie, la seule agglomération la plus importante est Heilbronn qui sert de zone d’attraction pour la moitié occidentale du massif, puis un peu plus loin Ludwigsbourg. Pour trouver un pôle urbain encore plus important il faut se rendre à Stuttgart, la capitale du land. À l’est, Nuremberg, capitale de la Franconie en Bavière, représente déjà une petite distance à parcourir sauf peut-être pour la façade orientale du massif comme à Stimpfach limitrophe de la Frankenhöhe. Parmi les villes autour des hors du massif, Schwäbisch Hall joue un rôle non négligeable sur le plan économique et touristique pour tout le secteur, sinon Neckarsulm, Backnang ou Crailsheim sont trois villes moyennes dans la région. Jusqu’à la seconde moitié du , les habitants des monts de Souabe-Franconie étaient considérés comme très pauvres par les habitants des plaines environnantes.

Linguistique thumb|Aires dialectales alémaniques au sud des monts de Souabe et Franconie. On aperçoit la limite au nord-est entre bleu clair souabe et vert clair francique.

Il est difficile d'identifier une limite établie qui séparerait les dialectes franciques des dialectes alémaniques. Comme partout ailleurs, les différentes variantes forment un continuum où l’intercompréhension est largement possible d’une aire à l’autre. Le souabe au nord de la zone est déjà perçu par les Souabes comme une langue différente imprégnée d’autres zones dialectales voisines. À l’inverse, pour des Franconiens en Bavière voisine, le francique oriental des Nord-Wurtembergeois sonne comme du souabe. D’ailleurs, les habitants des arrondissements franconiens du Wurtemberg ne disent pas spontanément qu’ils parlent francique, mais souabe, alors que d’un point de vue linguistique il ne fait aucun doute que leur langue est majoritairement francique. Ces va-et-vient sur la prétendue authenticité du dialecte parlé çà et là démontrent bien que la zone est une aire de transition. Deux sous-familles de l’allemand supérieur (Oberdeutsch) se rencontrent dans la forêt de Souabe-Franconie : le francique et le souabe. Le souabe appartient certes à la grande famille alémanique mais il occupe une place à part dans cet ensemble. Les personnes parlant alémanique sont associées au Bade, à l’Alsace et à la Suisse. Le souabe est en quelque sorte déjà une transition entre l’alémanique et le francique finalement puisqu’il ne pratique pas la monophtongaison si caractéristique des Alémaniques.