Le couvent Sainte-Claire est un ancien couvent de clarisses du situé à Perpignan (Pyrénées-Orientales). Transformé en prison à la Révolution française, il abrite depuis 2012 le Centre national de documentation des français d'Algérie.
Description Le couvent Sainte-Claire est situé à l'actuel de la Rue du Général Derroja, dans le quartier La Réal. Il comprend une église, un cloître et des bâtiments conventuels.
Le cloître, dont deux galeries seulement sont couvertes, est composé d'arcades en brique, en plein cintre et à double rouleau, permettant l'économie des colonnes et chapiteaux habituels au Moyen Âge. L'église est à nef unique, couverte d'une charpente sur arcs diaphragmes, et dispose d'un chœur quadrangulaire voûté sur croisée d'ogives, entouré de chapelles latérales. Bien que la décoration d'ensemble soit sobre, fidèle à l'esprit de pauvreté des clarisses, on peut noter quelques ornements : les armoiries de Charles Quint, protecteur du lieu, représentées sur la clef de voûte, et les restes d'une peinture murale (datant vraisemblablement du ) représentant des moniales, sur la paroi du chœur. Parmi les aménagements datant de la transformation du couvent en établissement carcéral, on observe au centre de la nef une chapelle de style néo-médiéval, ajoutée sous le Second Empire pour que les prisonniers puissent assister à la messe tout en étant surveillés.
L'aspect de la façade sur rue est très proche de celle de l’église Notre-Dame de la Réal, située à quelques pas du couvent.
Historique Avant le couvent de La Réal (1260-1542) Installées à Perpignan depuis le milieu du (vers 1260-1270), les clarisses avaient alors un couvent situé en dehors des remparts de la ville, aujourd'hui détruit mais qu'on sait avoir été situé non loin de la Porte Saint-Martin, entre la rivière de la Basse et l'un de ses affluents, le Ganganell. Cette situation du premier couvent à l'extérieur des remparts le rend particulièrement vulnérable aux guerres et aux soulèvements qui agitent la région pendant presque toute la période d'occupation du Roussillon par les Français (1462-1493). Ainsi, vers 1465-1474, les clarisses de Perpignan doivent quitter ce monastère qu'elles occupaient depuis deux siècles. Cela ouvre pour elles une période d'errance relative, durant laquelle elles effectuent d'abord divers déplacements intra-muros, plus ou moins éphémères et difficiles à déterminer. Elles finissent par s'installer à nouveau extra-muros, d'ailleurs non loin de leur premier établissement, dans le couvent de la Passion édifié en 1441 pour les pères de l'observance qui l'abandonnent vers 1496 pour fusionner avec les frères mineurs du couvent Saint-François. Elles y restent une cinquantaine d'années, ce qui suffit à les identifier durablement comme les sœurs de Sainte-Claire "de la Passion". Durant cette période, la communauté est visitée par plusieurs envoyés pontificaux missionnés pour empêcher certains abus et rétablir la clôture stricte, à l'aide d'une réformation de leur règle inspirée du modèle de sainte Colette. Mais, lorsque l'armée de assiège Perpignan en 1542, les clarisses se retrouvent de nouveau obligées d'abandonner leur couvent.
Le Couvent royal Sainte-Claire de la Passion (1542-1792) vignette|232x232px|Façade sud du couvent Sainte-Claire. Charles Quint, qui ordonne à ce moment-là une restructuration du système de fortification de Perpignan, prend les clarisses sous sa protection et promet de leur faire bâtir un nouveau couvent à ses frais, qui sera effectivement construit entre 1548 et 1550 : il s'agit du bâtiment que nous connaissons aujourd'hui. Ce nouvel établissement est installé à l'intérieur de l'enceinte de la ville, aux pieds de la citadelle, dans la paroisse de La Réal. Il prend le nom de Couvent royal de la Passion, ou Couvent royal de Sainte-Claire de la Passion.
La grande taille de l'église, bien supérieure aux seuls besoins de la communauté (dont on peut estimer qu'elle était composée d'un peu moins d'une trentaine de sœurs), semble montrer la fonction sociale confiée à ce nouveau bâtiment, qui doit pouvoir accueillir un large public pour les offices et recevoir des rites de dévotion aux autels des chapelles.
Le couvent Sainte-Claire est vite devenu l'un des lieux de culte les plus prestigieux de la ville. Ainsi, le maître de chapelle de Notre-Dame La Réal, qui ne pouvait normalement faire chanter dans aucune autre église ou couvent, avait exceptionnellement le droit de se rendre à la chapelle des clarisses. La communauté urbaine manifeste régulièrement son attachement à cette maison, notamment par l'intermédiaire de ses consuls lorsque ceux-ci, une fois par an, viennent solennellement y apporter eux-mêmes l'aumône municipale votée par le conseil.
Durant la guerre franco-espagnole entre le royaume de France et les Habsbourg d'Espagne, le couvent Sainte-Claire semble avoir été un important foyer de contestation de la présence française en Catalogne. Pour réprimer cette agitation, une vingtaine de moniales, dont Anne-Marie Antigo, sont alors condamnées à l'exil dans divers couvents de la région par décision de Philippe de la Mothe-Houdancourt, vice-roi de Catalogne. Après la signature du traité des Pyrénées, ratifiant l'annexion du Roussillon à la France, les clarisses sanctionnées sont rappelées d'exil, grâce à une intervention en leur faveur de la part de la reine-mère Anne d'Autriche auprès de son fils Louis XIV, au cours de leur unique visite à Perpignan, en avril 1660, pendant le voyage les conduisant à Saint-Jean-de-Luz où le roi va épouser l'infante d'Espagne.
Mais de nouveaux troubles surviennent suite à l'annexion, à cause de la nouvelle organisation ecclésiastique qu'elle implique, permettant au pouvoir royal de rattacher les maisons conventuelles du Roussillon à des congrégations françaises. Les religieuses du couvent de Sainte-Claire se trouvent ainsi placées sous la juridiction des cordeliers de la province de Saint-Louis à Toulouse, décision contestée par une partie des clarisses qui envoie une lettre au pape Alexandre VII pour lui demander de les soustraire à cette autorité et de les soumettre à celle de l'Ordinaire (c'est-à-dire à l'évêque du diocèse d'Elne-Perpignan), invoquant pour principale raison l'impossibilité pour elles d'être entendues en confession et dirigées spirituellement par des moines ne parlant pas le catalan. Cela engendre une profonde scission au sein de la communauté : si le pape fait droit à cette demande dans un bref du , l'autre partie des clarisses, au premier rang desquelles l'abbesse Ursula Salelles, conteste le bien-fondé de cette démarche effectuée sans le consentement de cette dernière, et juge qu'elle est le fait de religieuses rebelles. Le Conseil Souverain de Roussillon à qui il revient de trancher l'affaire est tout aussi divisé, tandis que les consuls de Perpignan prennent fait et cause pour les religieuses "rebelles". La ville est en ébullition. Le pouvoir royal cherche alors à éviter les effets potentiellement explosifs des tumultes religieux dans la province, et se range donc entièrement derrière la décision du pape lorsqu'il la réitère le dans un nouveau bref plaçant définitivement le couvent de Sainte-Claire sous l'autorité de l'Ordinaire. Les autorités devront forcer les portes du couvent, après que l'entrée leur en ait été refusée à trois reprises, afin de leur faire part officiellement de la décision papale et royale. La sœur Anne-Marie Antigo, figure centrale du courant "rebelle", est alors désignée comme nouvelle abbesse, mais n'accepte cette charge qu'à la fin du triennat de la mère Antonia Regnes, en . L'ordre et la paix reviennent alors dans la clôture.
Dans les années 1720, le couvent Sainte-Claire (comme la plupart des autres congrégations féminines) est touché de plein fouet par la crise économique à laquelle donne lieu la faillite du système de Law. Les clarisses, qui perdent alors une cinquantaine de milliers de livres de capital, adressent à plusieurs reprises des demandes de subventions au roi Louis XV. Ce moment marque, pour l'historienne Alice Marcet Juncosa, le début d'un déclin au long cours pour tous les couvents perpignanais : "Tout au long du siècle, les demandes de secours, d'aides "exceptionnelles", reviennent de manière récurrente, de la part de toutes les maisons dont on voit aussi le recrutement diminuer : on a l'impression d'une lente agonie, après la tourment de 1720 qui les a totalement déstabilisés". Il semble toutefois que si les clarisses subissent effectivement des difficultés financières, elles sont moins touchées que les autres couvents de la ville par l'affaiblissement du recrutement.
Les archives des clarisses de Perpignan, et notamment le Llibre de Memories del Convent de Santa-Clara de la passio pe Perpinza qui relate au jour le jour la vie du couvent de 1550 à 1850 (avec une interruption entre 1792 et 1825), permettent d'évaluer à 194 le nombre de religieuses passées au couvent entre 1550 et 1792.
Transformation en prison (1792-1986)
Les clarisses demeurent dans le couvent jusqu'à leur expulsion en 1792 durant la Révolution française. Le bâtiment est alors transformé en prison civile, tandis que les clarisses de Perpignan réorganisent en d'autres lieux leur vie religieuse dès le Concordat de 1801. La transformation du couvent en prison explique un certain nombre d'aménagements architecturaux successifs tout au long du (dont tous n'ont pas subsisté jusqu'à aujourd'hui) : séparation entre les différents bâtiments, consolidation des ouvertures, fermeture de l'ancien porche d'entrée, création de nouvelles cellules, division de l'église en deux parties (la nef et les chapelles latérales pour les hommes, le chœur et les salles adjacentes pour les femmes), aménagement de grands escaliers, installation d'une nouvelle chapelle dans l'église...
La prison reste active jusqu'en 1986. Elle est notamment célèbre pour avoir été en 1969 le lieu de la première incarcération de l'escroc Frank Abagnale, Jr. auquel Steven Spielberg a consacré le film Arrête-moi si tu peux.
Le bâtiment aujourd'hui Le , l'église et le cloître sont classés aux Monuments historiques, et les toitures et les façades des bâtiments conventuels sont inscrits.
Devenu propriété de la municipalité, qui entreprend des travaux de restauration en 1998, le bâtiment accueille dans les années 2000 une association de défense de la mémoire pied-noir, le Cercle algérianiste. Cette dernière inaugure en 2007 un Mémorial national des disparus en Algérie dans le jardin du couvent, en mémoire des Français civils et militaires portés disparus pendant la guerre d'Algérie, et ouvre au public un Centre national de documentation des français d'Algérie en 2012Le Centre national de documentation des français d'Algérie sur le site de la mairie de Perpignan : l'activité associative et politique autour de ces institutions mémorielles fait régulièrement débat, étant accusée d’œuvrer à une réhabilitation militante de la colonisation française en Algérie et de remettre en cause les acquis de la recherche historique.
Faits notables Le procès-verbal de l'élection de la première abbesse de la communauté, Ermengarde de Botonaco, en 1272, conservé dans les archives de l'actuel monastère des clarisses de Perpignan dans le quartier du Vernet (jusqu'à sa fermeture en 2020), est un des plus anciens procès-verbaux d'élection d'abbesse, du moins pour la France.
Anne-Marie Antigo, populaire abbesse du couvent dans la deuxième moitié du , a été reconnue vénérable par l’Église catholique pour son œuvre de paix dans la région, pour sa réforme du couvent et pour avoir été retrouvée intacte en 1731, après sa mort. Son corps intact a été conservé dans le monastère du Vernet jusqu'à sa fermeture en 2020, et se trouve désormais dans une chapelle de l'église Notre-Dame de la Réal. Notes et références
Bibliographie
Voir aussi
Articles connexes Liste des monuments historiques de Perpignan Quartier La Réal
Perpignan Sainte Claire