Pierre Rosanvallon, né le à Blois, est un économiste, sociologue, historien et théoricien politique français.
Il est permanent syndical à la Confédération française démocratique du travail, puis secrétaire confédéral de ce syndicat au début de sa carrière. Après, il s'oriente vers la recherche : d'abord à l'université Paris-Dauphine où il est recruté comme directeur de recherche ; ensuite à l'École des hautes études en sciences sociales où il est élu maître de conférence, puis nommé directeur d'études. Enfin il est élu à une chaire au Collège de France, dont il est désormais professeur honoraire.
En parallèle, il prend part à la vie intellectuelle française : il collabore à diverses revues dont Esprit et Le Débat, il écrit des chroniques à Libération et des éditos au Monde, il dirige plusieurs collections aux éditions du Seuil. Aussi, il anime des think tanks : la Fondation Saint-Simon (dont il est le secrétaire général), puis La République des idées (dont il est le fondateur). Enfin, il conçoit ses livres comme autant de participations critiques et politiques au débat public.
Dans ses recherches et ses travaux, Rosanvallon s'intéresse dans un premier temps à des problématiques liées au travail et aux transformations de l'économie de marché, au devenir du syndicalisme et aux questions de justice sociale.
Dans un deuxième temps il se focalise sur l'histoire, les théories et les idées politiques de la France contemporaine : d'abord sur la pensée libérale française du ; ensuite sur l'édification, la place et le rôle de l'État français depuis la Révolution française ; enfin, sur l'instauration du régime démocratique en France.
Dans un troisième temps il étudie l'histoire de la démocratie représentative, tout en marquant les principaux traits de ce régime politique et de cette forme de société. Dans ce régime : des élections de représentants politiques ont lieu périodiquement et l'État de droit reconnaît des droits fondamentaux aux individus ; et ces individus sont libres et expriment leurs opinions. Dans cette société : les membres se reconnaissent comme des individus égaux ; et ces individus s'organisent et s'investissent dans des activités. Plus essentiellement, il soutient que la démocratie est une histoire inachevable (par exemple : les questionnements sur ce que sont la justice et le bien commun en démocratie ne peuvent pas recevoir de réponses définitives).
Plus généralement, Rosanvallon souligne l'importance des corps intermédiaires et de la société civile dans l'histoire de la modernité ; c'est pourquoi ses analyses des mutations économiques, sociales et politiques des sociétés contemporaines s'accompagnent de propositions relatives à ces acteurs de la vie démocratique. D'une part, il indique des réformes qui permettraient aux individus d'évoluer dans leur vie socio-économique (afin que ceux-ci réalisent leurs projets), et des réformes qui permettraient de refonder l'État-providence (afin de garantir des conditions de vie décentes aux individus). D'autre part, il indique des institutions politiques démocratiques qui permettraient aux individus de participer de façons diverses à leur vie socio-politique (afin que ceux-ci poursuivent leurs émancipations avec confiance), et des institutions politiques démocratiques qui permettraient de surveiller et d'évaluer de façons variées les actions et les missions des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, ainsi que des administrations publiques (afin de garantir leur autorité et leur légitimité).
Biographie Origines familiales Aîné d'une fratrie de quatre enfants, Pierre Rosanvallon naît le à Blois (dans le Loir-et-Cher en France) au sein d'une famille catholique proche du mouvement du catholicisme social.
Son père est ingénieur Arts et Métiers ; il travaille dans une chocolaterie où, après avoir été chef du personnel, il est directeur du personnel et directeur de fabrication. Sa mère, agrégée de physique, enseigne la physique.
Études et diplômes En 1965, Pierre Rosanvallon obtient à 17 ans le baccalauréat (section maths-élémentaire, mention passable) au lycée public de Blois (cité scolaire Augustin-Thierry). En 1966, il suit une classe préparatoire à l'École des hautes études commerciales (HEC) dans un lycée public à Tours. L'année suivante (1967) il intègre HEC dont il sort diplômé en 1969.
Au printemps 1971, il s'inscrit en doctorat au Centre universitaire de Vincennes ; il doit mener une thèse d’économie politique sur le « capitalisme monopoliste » auprès de Michel Beaud, mais ce projet est abandonné . Et en 1972, il effectue son service militaire.
Plus tard en 1978, il soutient une thèse de en histoire à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) sous la direction de Claude Lefort : La Formation du concept de marché au (publiée sous le titre Le Capitalisme utopique). En 1981, il devient titulaire d'un doctorat d'État en sciences de gestion de l'université Paris-Dauphine, sa thèse dirigée par Henri Tézenas du Montcel a pour titre : Problèmes théoriques et pratiques de la gouvernabilité dans les organisations. Enfin en 1984, Rosanvallon soutient une thèse de doctorat ès lettres et sciences humaines à l'EHESS sous la direction de Claude Lefort : Guizot et la formation de l’intelligence politique moderne (publiée sous le tire Le Moment Guizot).
Carrière professionnelle Permanent syndical Pierre Rosanvallon commence sa carrière professionnelle à la Confédération française démocratique du travail (CFDT).
Entre 1967 et 1969 lorsqu'il suit son cursus à l'École des hautes études commerciales (HEC) à Paris, Rosanvallon noue des contacts avec des membres de la CFDT par le biais de Paul Vignaux, qui a participé à la création de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) et qui a contribué à la fondation de la CFDT. D'abord, Rosanvallon invite un dirigeant de la CFDT à donner une conférence au campus d'HEC. Ensuite, il rédige à plusieurs reprises des notes de synthèse économique pour cette organisation syndicale durant sa dernière année d'étude.
Quand il sort diplômé d'HEC en , il devient permanent syndical à la CFDT jusqu'en ; pendant ces années il travaille au service économique du syndicat, pour lequel il rédige des études sur la fiscalisation du capital en Europe et sur les pratiques d'autogestion en usine. En 1973, il est nommé rédacteur en chef de la revue CFDT-Aujourd’hui, qu'il anime jusqu'en . Toujours en 1973, il devient secrétaire confédéral au secteur « politique » de la CFDT, un poste qu'il occupe jusqu'en 1975. À la CFDT, Rosanvallon participe au tournant autogestionnaire du syndicat et au rapprochement avec le Parti socialiste unifié (PSU), un tournant théorique et un rapprochement politique accélérés par les évènements de Mai 68 en France.
vignette|alt=Affiche représentant un panier en osier dans lequel sont regroupées des caricatures d'hommes politiques|Pancarte réalisée à l'occasion d'une manifestation des ouvriers de l'usine SNIAS à Toulouse en . Plusieurs hommes politiques sont brocardés, notamment Pierre Baudis (alors maire de Toulouse).
Sur le plan théorique Rosanvallon intègre le groupe de travail « Orientation », qui est constitué en par la commission exécutive de la CFDT pour mener plusieurs missions : préciser les positions adoptées par le syndicat, analyser les problèmes stratégiques non résolus et formuler des propositions pour le congrès de la CFDT en . Concrètement, Rosanvallon mène des entretiens auprès des membres de la CFDT et il procède à une définition des expressions employées par le syndicat (comme « contrôle ouvrier » et « société industrielle »), et ce afin que la CFDT puisse exposer clairement son projet de société qui entend dépasser le léninisme et la social-démocratie par l'autogestion.
Sur le plan politique, après le bon résultat de François Mitterrand au second tour de l'élection présidentielle française le , Rosanvallon travaille à un rapprochement politique entre la CFDT, le Parti socialiste unifié et le Parti socialiste lors des Assises du socialisme à l'automne 1974.
Puis en 1976, le secrétaire général de la CFDT Edmond Maire propose à Rosanvallon de devenir membre de la commission exécutive de la CFDT, une offre qu'il décline. Finalement, en 1977 Rosanvallon quitte la CFDT pour rejoindre l'université Paris-Dauphine où Jacques Delors (un ancien membre de la CFDT) crée le centre de recherches « Travail et Société ».
Éditorialiste Durant sa carrière, Pierre Rosanvallon s'essaie plusieurs fois au journalisme.
Au milieu des années ( -), il écrit des articles pour l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, puis pour le quotidien Le Matin de Paris. Plus tard en 1982, il rédige des chroniques au journal Libération (un journal qu'il participe à financer en 1985 en tant qu'actionnaire de la société civile « Libre presse ».). Enfin en 2004, il devient éditorialiste associé au journal Le Monde.
Administrateur Pendant sa carrière, Pierre Rosanvallon se voit confier deux postes d'administrateur.
En 2002, il est nommé comme membre du conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France.. En 2004, il est nommé comme membre du conseil scientifique de l'École normale supérieure (ENS). ; mais en 2005, Rosanvallon démissionne de ce poste afin de protester contre la nomination de Monique Canto-Sperber. à la direction de l'ENS..
Directeur de collection En parallèle de ses activités professionnelles et académiques, Pierre Rosanvallon dirige des collections éditoriales.
En 1972 dès le début de sa carrière à 25 ans, Rosanvallon se voit confier une collection éditoriale par les éditions du Cerf, « Objectifs », dont les ouvrages militants traitent de questions économiques et sociales (comme celui de Daniel Mothé qui inaugure la collection : Les O.S..), ou abordent la mise en pratique de l'autogestion comme les ouvrages rédigés par Albert Détraz, Fredo Krumnow et Edmond Maire (La CFDT et l'autogestion.) et Henri Laborit (Société informationnelle. Idées pour l'autogestion.).
Ensuite, durant la période d'activité de la Fondation Saint-Simon (-), il participe à la diffusion des travaux de la fondation dans la collection « Liberté de l'esprit — Fondation Saint-Simon » chez Calmann-Lévy, comme l'ouvrage de Bernard Manin : Principes du gouvernement représentatif (.).
vignette|alt=Photographie des quatre tours de la bibliothèque nationale de France composant le site Tolbiac|Photographie prise en , depuis le pont de Bercy (à Paris), du site Tolbiac de la Bibliothèque nationale de France.
Après son entrée au Collège de France en 2001, Rosanvallon crée plusieurs collections aux éditions du Seuil : en 2002, la collection « La République des idées » où sont publiés des textes issus de l'« atelier intellectuel » du même nom, comme l'ouvrage d'Esther Duflo Le développement humain (.). ; puis en 2006, il crée la collection « Les livres du nouveau monde » dans laquelle est publié, par exemple, Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty (.) ; enfin en 2014, il lance une collection nommée « Raconter la vie » présentée dans l'ouvrage Le Parlement des invisibles ()..
Autrement en 2013, Rosanvallon crée la collection « La Vie des idées » aux Presses universitaires de France : des ouvrages thématiques au format poche composés pour partie de textes issus du site internent de la revue La Vie des idées et de textes introductifs inédits..
Carrière académique À l'université En 1977, Pierre Rosanvallon obtient un poste de chercheur à l'université Paris-Dauphine, un poste qu'il quitte en 1983.
Jacques Delors, un ancien membre de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), crée en un centre de recherches nommé « Travail et Société » à l'université Paris-Dauphine, il propose à Rosanvallon d'en être le directeur. Ce dernier accepte et, à ce poste, il mène des recherches en sciences de gestion, en sociologie et en économie du travail.
Aux grandes écoles