La chartreuse Sainte-Marie de GlandierAutres formes fréquentes du toponyme : chartreuse du Glandier, chartreuse de Glandier, chartreuse Notre-Dame du Glandier, etc. est un ancien monastère masculin de l'ordre des Chartreux, fondé en 1219, dans la vicomté de Comborn, en Limousin, aujourd'hui dans la commune de Beyssac, en Corrèze, région de Nouvelle-Aquitaine, en France.
Historiquement, Glandier fut l'un des deux établissements de l'Ordre cartusien à avoir été installé dans l'ancienne région du Limousin, et c'est actuellement l'unique chartreuse qui soit encore visible dans son intégralité depuis la démolition de la chartreuse de Mortemart, autrefois située dans la Haute-Vienne et disparue au Site Grandmont sur les ordres monastiques en Limousin, page sur les chartreux..
Érigée en 1219, par la volonté d'Archambaud VI, vicomte de Comborn, cette chartreuse fut un établissement religieux accueillant des pères profès dans le monastère principal, et des frères convers dans la correrie située entre le monastère et le bourg de Beyssac. La chartreuse a connu deux périodes de fonctionnement conventuel : la première époque se situe entre 1219 et 1789, et la seconde entre 1860 et 1901. Confisqué par deux fois par l'État, le monastère a connu de nombreux avatars, avant d'être aménagé en sanatorium en 1920, puis en un centre psychothérapique pour enfants handicapés mentaux à la fin des années 1960, dépendant du Conseil de Paris. Reconverti ensuite en un établissement public autonome hébergeant des adultes handicapés mentaux, l'établissement fut placé sous l'autorité administrative du conseil départemental de la CorrèzeLa ville de Paris restant propriétaire des lieux..
Le monastère, entièrement reconstruit à la fin du et réaménagé tout le long du siècle suivant, a été mis en adjudication en par son propriétaire la Ville de Paris, après le départ des dernières personnes hébergées survenu dans le courant de l'année 2019. Le site a finalement été cédé à un groupe bordelais de négoce en vins en ..
Cette unique chartreuse corrézienne fut également le théâtre d'une célèbre affaire judiciaire au cours du , celle de « l'affaire Marie Lafarge » qui concernait une jeune femme d'ascendance aristocratique accusée, puis reconnue coupable par la justice de l'époque, d'avoir empoisonné son époux Charles Pouch-Lafarge, alors propriétaire laïc du monastère dans des circonstances mal élucidées. Objet de nombreuses chroniques judiciaires sur le plan historique, l'affaire fut relatée dans des films, des téléfilms et divers ouvrages littéraires.
Toponymie vignette|Cette miniature, tirée du livre Les Très Riches Heures du Duc de Berry représente une scène paysanne traditionnelle d'automne dénommée « la glandée ». Un porcher, accompagné d'un molosse, fait paître un troupeau de porcs dans un bois de chênes.
Le nom latin consacré de la chartreuse est « Locus Beatæ Mariæ de Glandiero » qui signifie « Lieu de la bienheureuse Vierge Marie du Glandier»..
L'appellation « Glandier » correspond aux noms de divers hameaux et lieux-dits qui désignent généralement un bois de chênes où s'effectue la glandée, action qui consiste à nourrir, par l'intermédiaire d'un porcher, les porcs d'une ferme. Cette toponyme semble courante dans le Limousin, région où est implantée cette chartreuse Michel Prodel Contribution à la toponymie de la Corrèze - Page 262
Histoire
Première occupation cartusienne (1219-1791) Le monastère a été rattaché, dès sa création, à l'Ordre des chartreux, alors en pleine expansion, , après la fondation de la première maison de l'ordre en 1084. L'organisation des maisons et de la vie de tous les monastères chartreux au Moyen Âge se caractérise par l'adoption de coutumes et une organisation des bâtiments communes à toutes les maisons de l'ordre. L'endroit fut choisi en raison de sa solitude, donc éloignée des habitations, et lové au fond d'un vallon conforme à la tradition de silence et de solitude caractéristiques du propos monastique cartusienSite de l'ordre des chartreux, page sur la voie cartusienne.
Fondation
Selon un livre écrit par un religieux de la maison et préfacé par le père Cyprien-Marie Boutrais, véritable auteur, ancien procureur de Glandier, publié en 1886 et consultable sur le site Gallica géré par la bibliothèque numérique de la BnF, la chartreuse de Glandier a été fondée par Archambault VI vicomte de Comborn, selon un vœu de celui-ci, probablement en 1219, bien que ce livre évoque la possibilité d'une présence des pères chartreux en 1150Site Gallica, de la BNF, livre La Chartreuse de Glandier en Limousin de Cyprien-Marie Boutrais...
La date officielle qui marque la naissance du monastère est celle du , « veille de la Saint-Martin, dans la neuvième année du pontificat du pape Grégoire IX » et durant le règne du roi Philippe II Auguste. Selon la charte de fondation, Archambault VI fit don du château et de la terre de Glandier, terre seigneuriale avec son droit de Justice « pour salut de son âme et de celles de ses ancêtres », probablement en raison de l'expiation d'un crime, réel ou légendaireSite histoire-locale.fr, feuille périodique d'information n°704 du 7 novembre 2008., qu'il aurait commis à l'encontre d'un ecclesiastiqueSite detours-en-limousin.com, article de Mathilde Giovanni "Chartreuse du Glandier, théâtre de l'affaire Lafarge".. À cette date et donc bien avant la construction du cloître, les chartreux s'installent dans un petit château déjà présent sur les lieux.
Le monastère fut édifié durant la première moitié du , principalement durant le règne de Louis IX. Le plan fut conforme à celui des autres monastères cartusiens avec, en son centre, l'église conventuelle et face à son abside, un grand cloître qui reliait, à cette époque, douze cellules. Il s'agit là de la « Maison Haute (Domis Superior) où vivent les pères ». La « Maison basse (Domus Inferior) » dite aussi, Correrie, où vivent les frères convers fut bâtie sur le site dit de la grange vieille, situé à environ deux kilomètres au nord du site de Glandier. En remettant ce fief aux chartreux, Archambault VI leur accorde également « tout droit de justice sur leurs terres ».
Les premières années vignette|left|Plan de la chartreuse de Glandier au Moyen Âge. La chartreuse se développa progressivement dans une région où les seigneurs, bourgeois et paysans ne semblaient guère avares de dons envers le monastère. Durand d'Orlhac, évêque de Limoges entre 1240 et 1245 fit un don de six mille sous pour financer la construction de l'église. L'abbé de Tulle, Bernard de Ventadour, Gaubert Flamenc seigneur d'Arnac-Pompadour, Marguerite de Turenne firent partie des donateurs afin de construire le cloître et ses bâtiments annexes.
En 1339, Glandier compte une communauté de quinze pères. En 1346, son ancien prieur, Jean Birelle, père profès connu, au niveau de l'Ordre, pour sa grande piété, devint prieur de La Grande Chartreuse, c'est-à-dire Révérend père (ou ministre général) de l'Ordre. Celui-ci refusera ensuite la tiare pontificale, au profit d'Étienne Aubert, futur Innocent VISite tombes et sépultures, page sur Innocent VI..
La guerre de Cent Ans La guerre finit par atteindre la zone reculée où était implantée la chartreuse de Glandier, mais également l'épidémie de peste noire qui débuta en 1349. L'ordre des Chartreux comme tous les habitants du royaume sont affectés. Si en 1355, le passage des Anglo-gascons qui occupent le château de Comborn se fit sans trop de heurts, mais après un certain répit, ceux-ci reviennent au début du et s'emparent de la chartreuse qu'ils pillent et saccagent en 1408. Celle-ci sera ensuite reconstruite très rapidement, grâce aux efforts du prieur Guillaume Léobonet et le monastère vit une période de relative prospérité après cette guerre.
Les Guerres de religion Une apparition de la Vierge révélée par un novice désirant quitter le couvent est relatée à la fin du , donnant ainsi au couvent une certaine renommée dans la région. En 1513, le dernier des vicomtes de Comborn, seigneur de Treignac, protecteur de Glandier meurt, les seigneurs de Pompadour leur succèdent en tant que bienfaiteurs. L'église de la chartreuse accueille en son sein la sépulture du dernier Comborn.
Dès le début de l'expansion de la Réforme, le Limousin est gagné par des troubles car le protestantisme s'étend de façon rapide dans la région. Le , la chartreuse de Glandier est pillée une première fois par des troupes calvinistes.
En 1554, Dom Pierre Sarde, ancien prieur de Glandier, est nommé prieur de la Grande Chartreuse, ministre général de l'Ordre, deux cents ans après Jean Birelle.
vignette|redresse|gauche|Jeanne D'Albret. Au cours de l'année 1560, Jeanne d'Albret, vicomtesse de Limoges, et mère du futur roi Henri IV passe au protestantisme. En 1563, Uzerche, cité située à une vingtaine de kilomètres de Glandier bascule en faveur des protestants. Le , craignant de nouvelles exactions, les chartreux quittent leur monastère pour aller se réfugier dans le château de Pompadour, situé non loin de là.
le , la bataille de Jarnac, située dans l'Angoumois voisin entraîne la déroute des protestants et la mort de leur chef, le prince . Les chartreux décident alors de retourner dans leur couvent. En , Wolfgang de Bavière, duc des Deux-Ponts pénètre en Limousin avec son armée de mercenaires à la solde du parti protestant., les chartreux sont obligés de nouveau d'aller se réfugier au château de Pompadour. La ville et son château seront bien assiégés, mais résistent à l'envahisseur qui continue ses pillages dans la campagne environnante. L'armée du Duc d'Anjou, futur Henri III, arrive à son tour pour déloger les protestants du Limousin et pille à son tour les campagnes environnantes. De nouveau, les moines de Glandier subissent de nombreuses pertes au niveau des cultures et du bétail. À la fin de cette terrible année, à la suite de la bataille de Moncontour, les armées des deux partis finissent par s'éloigner du Limousin et les chartreux regagnent leur monastère, toujours debout mais dont les récoltes ont été pillées et le vignoble, ravagé.
En 1575, les armées protestantes sont de retour et les pères chartreux sont de nouveau obligés de se réfugier au château de Pompadour, puis l'orage passe de nouveau et les chartreux retrouvent le Glandier qui a subi de nouveaux pillages. En 1580, Jean de Soudais, originaire de la chartreuse de Paris, est nommé prieur de Glandier.
Le Grand siècle vignette|Chartreuse de Glandier en 1640 (gravure de 1886). Le apporte à la chartreuse de Glandier une période de paix et de prospérité qui continuera jusqu'à la Révolution française.
Avec l'aide financière des vicomtes de Pompadour et notamment un legs imposant effectué par Marie de Montmorency, la chartreuse s'agrandit. En 1614, la terre de Pompadour devient un marquisat, le premier titre de marquis revenant à Léonard Philibert de Pompadour. Cependant, le , la lignée de cette illustre famille s'éteint, avec la mort de Jean-François de Pompadour, homme sans descendance.
Le siècle des Lumières En 1726, le marquisat revient au prince Louis-Armand de Conti, qui cédera le domaine de Pompadour au jeune roi Louis XV en 1745Site La Corrèze.com, page sur l'histoire du château de Pompadour.. Après un bref passage entre les mains de Jeanne Poisson, devenue pour l'occasion, marquise de Pompadour, favorite du roi, puis sous la férule du duc de Choiseul, en 1761, le marquisat retourne dans le domaine royal.
En 1768, sous la direction du père Dom Jean Azam, la maison haute (cloître, église, mur d'enceinte) de la chartreuse occupait déjà le territoire qu'elle occupe encore de nos jours, même si celle-ci a entièrement été reconstruite au . Dom Gabriel Morel est nommé prieur de Glandier le .
Le , les États généraux s'ouvrent à Versailles, sans que les membres de l'ordre des Chartreux y participent.
Du premier départ au retour des chartreux (1791-1860) La période révolutionnaire vignette|Chartreuse de Glandier en 1791 (gravure de 1886).