vignette|Drapeau du nationalisme arabe. Voir l'article détaillant les couleurs panarabes. thumb|right|225px|Le drapeau de la libération arabe a été créé par le mouvement des officiers libres qui a mené la révolution égyptienne de 1952. Le drapeau est associé au nassérisme, au républicanisme et au panarabisme.

Le nationalisme arabe (en al-Qawmiyya al-ʿArabiyya) est une idéologie identitaire qui revendique un héritage commun à l’ensemble du monde arabe, selon laquelle tous les Arabes sont unis par une histoire, une culture et une langue communes peu importe la confession religieuse.

Ce nationalisme défend la thèse de l'existence d'une seule nation arabe, s'étendant de l'Atlantique au Golfe, elle vise une citoyenneté libératrice des archaïsmes, du sectarisme et de toutes les dépendances.

D'abord intellectuel, le nationalisme arabe s'illustrera contre les Ottomans dès la fin du puis pendant la grande révolte arabe. Il se retournera ensuite contre les Occidentaux accusés d'occuper et de dénaturer les sociétés arabes. Le nationalisme arabe se divise toutefois en une forme laïque incluant les minorités religieuses, et une forme islamique, considérant la religion musulmane comme fondement identitaire de l'arabité.

Le nationalisme arabe donnera naissance au panarabisme, qui en constitue l'application politique concrète en visant l’unification des États arabes. Ce dernier atteindra son zénith après la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de la décolonisation, et de " la lutte des peuples du sud contre l'impérialisme " avant de décliner à partir du milieu des années 1970"Arab Unity." The Continuum Political Encyclopedia of the Middle East. Ed. Avraham Sela. New York: Continuum, 2002. pp. 160–166.. Elle aura pour partisans des chefs d’État comme Nasser, Boumédiene, Saddam Hussein, Hafez el-Assad, Yasser Arafat, Habib Bourguiba, Abdelkrim el-Khattabi ainsi que Mouammar Kadhafi à ses débuts.

Les prémices du nationalisme arabe Les Turcs conquièrent Bagdad en 1533, le sultan ottoman Selim se proclame calife d'un grand empire regroupant la majeure partie des pays arabes. Les Arabes, qui les siècles précédents avaient atteint leur âge d'or avec les califats omeyyade et abbasside, passent d'un statut de dominant à celui de dominé. L'expédition en Égypte de Bonaparte marque le déclin de l'influence de l'Empire ottoman en Égypte. Bonaparte avait fortement encouragé les Égyptiens à se gouverner eux-mêmes. Sa première proclamation a été écrite en arabe, il y disait :

Après l'échec de Bonaparte et le départ de l'armée française, l'Empire ottoman reconnaît le rôle de Mehemet Ali et lui accorde le titre de pacha/wahid.

À la fin du , les premières insurrections s’organisent face au régime ottoman. En Arabie, le chef bédouin Mohammed ibn Saoud s'allie avec un prédicateur religieux rigoriste, Abd al-Wahhab et s'oppose frontalement au pouvoir ottoman. D'abord en Arabie, son insurrection se propage en 1808 à Bagdad et Damas qu'il essaye de prendre. Pour empêcher la région de tomber sous la domination des Saoud, les ottomans envoient Mehemet Ali qui lance de 1813 à 1818 une vaste campagne militaire contre les wahhabites. Après de longues années de répression, il parvient à replacer la presque totalité de l'Arabie sous la domination ottomane.

Mais Mehemet Ali, qui a été nommé vice-roi d'Égypte, veut l'autonomie de l'Égypte vis-à-vis d'Istanbul. Sur le plan intérieur, il met en place de vastes réformes, en particulier dans l'armée, la justice, l'administration et l'éducation. Son plan de modernisation de l’État égyptien en font généralement le précurseur du réveil arabe, la Nahda.

La Nahda thumb|250px|Mehemet Ali par Jean-François Portaels, 1847 Tout au long du c'est l'ottomanisme, un nationalisme ottoman pluriethnique, multiculturel, multiconfessionnel avec prééminence musulmane qui reste majoritaire dans le monde arabe. Mehemet Ali, pour ses réformes, s'appuie sur une jeune génération d'oulémas réformistes, comme le cheikh Attar et Rifa'a al-Tahtawi. Ces ouléma ne voient pas de contradiction entre l'islam et la modernité et soutiennent donc la plupart des réformes entreprises par Mehemet Ali. Sous les ordres de ce dernier, des matières séculières comme la géographie et l’histoire sont introduites dans l'université al-Azhar. Une nouvelle élite intellectuelle voit le jour, qui comme Rifa'a al-Tahtawi sont formés aux idées européennes. Il apprend les nouvelles disciplines enseignées à Al-Azhar sous la direction de savants français invités en Égypte. Puis, il part pour Paris ou il étudie Montesquieu, Rousseau, Voltaire, Racine et Condillac.

Mehemet Ali et son fils Ibrahim adhèrent pleinement à un projet de nation arabe qui rassemblerait tous les Arabes de l'Égypte à la Mésopotamie. Ils favorisent par ailleurs l'émergence d'une renaissance intellectuelle, sociale et culturelle sans précédent, la Nahda (renaissance), que l'on compare généralement à la renaissance européenneYaoum Mayssaloum (Le jour de Maysalloum), Beyrouth, 1947. Dès 1828, avec le développement de l'instruction et la création d'une presse officielle, la langue arabe est défendue par les Égyptiens. Ce militantisme en faveur de la langue arabe, se déplace en Grande Syrie, région qui deviendra le berceau du nationalisme arabe. Certains arabes de cette région dominée par les Ottomans en arrivent progressivement à considérer les Turcs comme indignes de défendre l’islam. Le sentiment de domination par une puissance étrangère provoque le rapprochement des chrétiens et musulmans autour de leur identité arabeHafez El Assad et le parti Baath en Syrie, Pierre Guingamp, p. 21. Les intellectuels arabes sont particulièrement prolifiques au Liban et en Syrie. Ils sont musulmans mais aussi chrétiens et juifs, et comptent des personnalités comme Nassif al-Yazigi (1800-1871), rédacteur de l’Encyclopédie arabe, Farès Chidiac, Boutros al-Boustani fondateur du journal Nafir souriya (Appel de la Syrie) et d'une société littéraire et scientifique en 1847, Yaqub Sannu, dramaturge et fondateur du journal Abou Naddara (l'homme aux lunettes), et inventeur de la formule « l'Égypte aux Egyptiens ». Pour Boustani, le plus important c'est la culture et la langue arabe, qui « doit dépasser les clivages confessionnels et doit permettre d'affirmer l'identité arabe »(Charles Saint-Prot, Le Nationalisme arabe). Il parle dans son journal d'un patriotisme arabe, non sectaire et laïque. Il réclame la séparation de la religion et de l'État, en déclarant que l'« amour de la patrie est foi ». Il s'agit donc d'un nationalisme avant tout culturel et moderniste. Les premiers nationalistes ne revendiquaient pas la création d’un État-nation, mais plutôt l'existence d'une nation arabe culturelle.

Des cheikhs religieux accompagneront cette politique de réforme. L'idée de laïcité a fait une timide apparition sous le règne de Mehemet Ali et sous Ismaïl Pacha, des cheikhs musulmans estiment qu'il faut concilier la modernité et les valeurs fondamentales de l'islam. C'est ce que tente le réformiste Al-Afghani. Le cheikh égyptien Mohammed Abdou souhaite quant à lui une réforme de l'islam similaire à celle que le protestantisme a introduit dans le christianisme. Des auteurs comme Mohammed Rachid Rida, un disciple de Mohammed Abdou, axe sa politique sur un nationalisme arabo-islamique. Il fonde en Égypte la revue Al-Manâr (le phare). Il y affirme que le seul modèle islamique pur est le modèle islamique arabe. Il se déclare partisan d'un contre-califat arabe.

Abd al-Rahman al-Kawakibi partage avec Rida la certitude de la supériorité religieuse des Arabes sur les autres peuples de la communauté islamique. Il milite pour la mise en place d'un calife arabe issu de la famille du prophète siégeant à La Mecque et libéré de la domination ottomane. Il s'agit pour lui de faire renaître le califat omeyyade qui représente avec le califat abbasside et celui andalou l'âge d'or de la civilisation arabo-islamique. Il plaide néanmoins pour le respect de toutes les croyances religieuses et la parfaite égalité de toutes les religions pour préserver l'unité nationale.

C'est dans ce contexte de défiance à l'égard du pouvoir ottoman, qu'un congrès de notables, avec à leur tête l'émir Abdelkader al-Jazaïri se réunit à Damas. En pleine guerre russo-turque de 1877-1878, ils défendent l'idée de l'indépendance du vilayet de Syrie sans remettre en cause l'autorité du Calife sur leur pays. Cependant, la police découvre le complot et met fin à l'expérience. L'arrestation de ces notables ne met pas fin à l'agitation nationaliste. En 1880, des affiches anti-ottomanes font leur apparition sur les murs des villes syriennes. De nombreuses arrestations ont lieu, surtout dans les milieux chrétiens. Dans le même temps, les consuls européens font à leurs gouvernements des rapports détaillés sur les relations qu'entretiennent les Arabes et les Turcs. Ils en arrivent à considérer qu'un soulèvement est possible, ce qui arrivera après l'arrivée des nationalistes Jeunes-Turcs au pouvoir.

La révolution Jeunes-Turcs et la révolte arabe vignette|270x270px|Ismail Enver (Enver Pacha), l'un des chefs de la révolution Jeunes-Turcs Après la révolution anti-califale Jeunes-Turcs de 1908, qui avait comme premier but d'unifier les peuples turcs (Panturquisme) sous un seul drapeau, le nationalisme religieux - celui de la Oumma islamiya - est peu à peu abandonné au profit d'un nationalisme strictement arabe. Avec l'occupation ottomane de la Palestine, de la Syrie et de l'Irak, des sociétés arabes secrètes se constituent. Ces groupes collent des affiches appelant au réveil arabe, à la fin de la soumission à l'Empire ottoman, puis à l'Empire britannique et à la constitution d'une entité politique arabe unie. Plus le temps passe, et plus les affiches sont nombreuses dans les rues, et plus le ton est ferme. En Irak, au Soudan et en Algérie elles appellent à l'insurrection. C'est la première fois qu'une revendication nationaliste arabe voit le jour, sans faire référence à l'islam et en préconisant un gouvernement non confessionnel sur l'ensemble de la nation arabe. Le nationalisme arabe passe en quelques années du niveau littéraire et culturel à une politisation plus tranchée.

La France est certainement pour quelque chose dans la politisation des demandes arabes. Au tout début du , la capitale des nationalistes devient Paris. C'était dans cette ville que la majorité des Arabes étudiaient. Le courant nationaliste se divise alors en deux camps, le premier pro-occidental, majoritairement composé de Syriens et de Libanais, et le second représenté par des officiers pro-turcs influencés par les Jeunes-Turcs. La plupart de ces officiers étaient irakiens et égyptiens. La France entretenait de bonnes relations avec les nationalistes. En 1904, le francophile Negib Azoury publie son livre (en français) intitulé Le réveil de la nation arabe dans l'Asie turque. Il souhaite un nouvel État détaché de la Turquie qui s'étendra dans les limites de ses frontières naturelles, depuis la vallée du Tigre et de l'Euphrate jusqu'à l'isthme de Suez, et depuis la Méditerranée jusqu'à la mer d'Oman. Il sera gouverné par une monarchie constitutionnelle et libérale d'un sultan arabe. Il évite soigneusement d'intégrer le Maghreb dans son livre pour ne pas se mettre à dos le pouvoir français le soutenant. En 1904, il crée sur le modèle des ligues patriotiques françaises, la Ligue de la patrie arabe, et de 1907 à 1908 il édite un journal mensuel, l’Indépendance arabe. La France soutient alors plus ou moins officiellement les nationalistes.