Le conflit dans l'État d'Arakan, aussi appelé crise des Rohingya, est un conflit armé situé dans l'État d'Arakan en Birmanie, entre les forces militaires birmanes et les forces armées rohingya de l'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan. Ce conflit a démarré en , mais il fait écho au conflit de 2012 et aux des populations rohingya qui existent durant une grande partie du .

Depuis 2016, le conflit aurait fait plusieurs milliers de morts et a amené une partie de la population Rohingya à fuir l'État d'Arakan en Birmanie pour se réfugier à l'étranger. On compte , principalement installés dans des campements au Bangladesh. Pour ces faits, le gouvernement birman fait l'objet d'accusations de génocide.

Chronologie 2016 Face aux persécutions, des organisations armées se forment, comme en , l'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan (ARSA). En , des postes frontières sont attaqués, ce qui provoque de féroces représailles de la part de l'armée : viols, tortures et massacres. La situation réelle sur place reste difficile à évaluer, puisque la Birmanie interdit aux Nations unies et aux ONG l'accès du nord de l'Arakan où dépendent de leurs distributions alimentaires. Elle n'a autorisé leur retour qu'à la fin d'.

En , l'Organisation internationale pour les migrations estime à environ le nombre de Rohingya qui doivent fuir au Bangladesh, à la suite des violences en Birmanie, entre octobre et .

De nombreux Rohingyas subissent par ailleurs des arrestations arbitraires, y compris des enfants, certains d'entre eux seront condamnés à mort pour leurs responsabilités dans les attaques organisées par les milices rohingyas d'.

2017

Le , l'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan (ARSA) lance des attaques avec au moins contre une trentaine de postes frontières et de postes de police.. Selon l'armée birmane, douze membres des forces de sécurité et 59 insurgés sont tués. Selon Amnesty International, 53 villageois hindous, dont , et , sont également massacrés par des hommes de l'ARSA à Kha Maung Seik, près de Maungdaw, le .. Et le même jour, 46 autres villageois sont portés disparus au village voisin de Ye Bauk Kyar et pourraient également avoir été tués par l'ARSA.. Ces attaques entraînent de féroces représailles contre les rohingyas, menées par les et divisions de l'armée birmane. Des villages entiers sont incendiés. Le , les soldats de la division massacrent et commettent de nombreux viols dans le village de Chut Pyin. Le , la division assassine à son tour par balles ou à la machette 200 civils à Min Gyi ; les femmes sont obligées d'observer le massacre des hommes, avant d'être violées, puis égorgées ou tués à coups de crosse. Un autre massacre de civils a lieu le même jour dans le village de Tula Toli.. Le , l'armée birmane affirme que les combats font plus de , dont 370 rebelles, ou policiers et 14 civils. Le projet Arakan, une organisation de défense des droits des Rohingyas, évoque pour sa part près de , dont des femmes et des enfants.. Selon l'ONU, en seulement huit jours, près de gagnent le Bangladesh., où plus de rohingyas sont présents le .; mais le pays ne veut pas en accueillir davantage et ferme sa frontière, bloquant ainsi .. L'organisation revoit d'ailleurs à la hausse le bilan fourni par les autorités birmanes, évoquant début septembre un bilan humain potentiellement supérieur à .. La situation d'extrême insécurité qui règne dans les villages rohingyas de l'Arakan, mais aussi l'attitude hostile de l'administration birmane envers elles ont obligé plusieurs ONG, mais aussi le Programme alimentaire mondial à cesser leurs activités dans ces zones..

Fin octobre, la situation des Rohingyas demeurait toujours critique : alors que l'ONU estime que près de rohingyas ont fui au Bangladesh depuis le début des affrontements deux mois plus tôt, le pape François avance quant à lui le chiffre de .. En tout près d'un million de rohingyas se trouveraient au Bangladesh, en comptant ceux déjà présents dans les camps de réfugiés avant les violences du mois d'août et qui fuyaient les persécutions anciennes dont cette minorité fait l'objet. Une situation que l'ambassadeur du Bangladesh à l'ONU décrit comme pour son pays, qui envisage de stériliser les femmes rohingyas afin d'éviter une explosion démographique et qui cherche également, en concordance avec les autorités birmanes, à rapatrier une partie des réfugiés rohingyas dans l'état d'Arakan. Un retour périlleux pour les Rohingyas, qui ont vu le riz cultivé dans leurs champs abandonnés être récoltés par l’État birman, et qui pour la très large majorité d'entre eux ne possèdent aucun document officiel attestant qu'ils vivaient dans l'état d'Arakan avant le début des violences étant donné leur apatridie.

Le , au cours d'un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan, Aung San Suu Kyi, dirigeante de facto du gouvernement civil (mais qui ne contrôle pas l'armée), a dénoncé la couverture médiatique internationale faite au sujet de la crise en Arakan, y voyant un parti pris pro-rohingya et présentant celle-ci comme un , orchestré par des , dans le but de diaboliser le régime birman.

En , un plan proposé par la Chine visant à résoudre la crise des Rohingyas est approuvé par le Bangladesh et la Birmanie. À la fin du mois, le Bangladesh compte rohingyas présents sur son territoire.

Le , l'ONG MSF tire la sonnette d'alarme à propos de la situation humanitaire des Rohingyas et estime que d'entre eux ont été tués en un mois de combats entre le et le ..

Le , à la suite d'une résolution soumise par l'Organisation de la coopération islamique (OCI), l'Assemblée générale de l'ONU appelle la Birmanie à cesser son opération militaire contre les Rohingyas, à autoriser l'envoi d'un émissaire et de travailleurs humanitaire, à faciliter le retour des réfugiés et à doter cette minorité d'un statut de citoyenneté à part entière..

2018 Le , les forces birmanes ont subi une embuscade tendue par des rebelles rohingyas, faisant plusieurs blessés. C'est la première opération de ce genre depuis ..

Le même mois, l'armée birmane reconnaît que des forces de sécurité et des villageois ont tué et enterré dans une fosse commune dix civils en .. Aung San Suu Kyi salue l'enquête de l'armée et indique qu'une telle situation n'est plus d'actualité..

Des photos prises par l'ambassadeur de l'UE ainsi que des clichés satellitaires publiés par Human Rights Watch (HRW) en indiquent que des dizaines de villages ont été rasés autour de la ville de Maungdaw, épicentre des violences ; le gouvernement birman affirme que ces opérations ont été réalisées dans la perspective de rapatriements... Mais Amnesty International rapporte qu'à l'emplacement de ces villages disparus sont construites des installations pour les forces armées birmanes..

En , deux journalistes locaux de l'agence Reuters, arrêtés pour détention de documents relatifs aux opérations militaires en Arakan, sont condamnés à sept ans de prison par un tribunal de Rangoon pour . À la suite de pressions internationales, les deux journalistes de Reuters sont graciés le par le président birman.

2019

2020

L'armée d'Arakan a frappé un avant-poste temporaire de la Tatmadaw au mont Mayu près du village d' et un avant-poste de la police des gardes-frontières près du village d'Ahtet Nan Yar du canton de Rathedaung le . Le porte-parole de l'armée, le général de division Zaw Min Tun, a déclaré qu'ils avaient subi des pertes, sans préciser le nombre de morts. L'armée d'Arakan a annoncé un cessez-le-feu unilatéral fin novembre afin que les élections générales, qui avaient été annulées auparavant dans neuf cantons du nord de l'État d'Arakan, puissent avoir lieu d'ici la fin de l'année. La Tatmadaw a également entamé un dialogue, les affrontements ayant cessé après les élections.

2021 Le , à la suite de négociations avec la Tatmadaw, l'armée d'Arakan a libéré les candidats de la LND qu'elle avait enlevés en , ainsi que trois soldats. L'armée d'Arakan a également demandé la libération de politiciens et de civils de Rakhine ainsi que de ses propres membres. Bien que la Tatmadaw et l'armée d'Arakan aient soutenu les élections dans le nord de Rakhine, le gouvernement de la LND a par la suite exprimé sa réticence à les organiser, déclarant qu'il n'y avait pas de garanties de sécurité de part et d'autre.

Le , la junte militaire du Conseil d'administration de l'État installée à la suite du coup d'État de février 2021 retire l'Armée d'Arakan de la liste des groupes terroristes du Myanmar, citant la décision de l'organisation, fin 2020, de mettre fin à ses attaques et d'encourager la paix. L'Alliance du Nord, composée de l'Armée d'Arakan, de l'Armée de libération nationale Ta'ang et de l'Armée de l'Alliance démocratique nationale du Myanmar, a toutefois averti le qu'elle se joindrait aux manifestants pour s'opposer au coup d'État si l'armée ne cessait pas de les attaquer, mettant ainsi le cessez-le-feu en péril.

Le chef de l'armée d'Arakan, Twan Mrat Naing, a déclaré en qu'il ne souhaitait pas que les manifestations contre le coup d'État s'étendent à l'État de Rakhine, estimant que cela pourrait compromettre les négociations entre ses forces et la Tatmadaw. Cependant, il a également exprimé sa sympathie pour les civils tués par la Tatmadaw et a promis d'. Dans le cadre des efforts de paix, 10 prisonniers de l'ethnie Rakhine, dont trois parents de Naing, ont été blanchis de toutes les accusations liées à la saisie d'explosifs à Mandalay et ont été libérés le .

Six officiers militaires capturés lors d'affrontements ont été libérés par l'armée de l'Arakan le , dans le village de Kyauk Kyak du canton de Mrauk-U. Un jour plus tard, 17 policiers et soldats enlevés sur le ferry Shwe Nadi sur la rivière Mayu en ont été libérés par le groupe près du village de Taintaungpyin dans le township de Buthidaung.

Le , l'armée de l'Arakan a désarmé plus de 20 policiers stationnés dans un avant-poste temporaire du temple du Bouddha Mahamuni dans le canton de Kyauktaw, après l'avoir encerclé. Le stationnement des forces de police dans le temple avait été une source de conflit. Le porte-parole du groupe a déclaré par la suite que la situation avait été résolue pacifiquement.

L'armée de l'Arakan et son aile politique, la Ligue unie de l'Arakan (ULA), ont commencé à affirmer leur contrôle administratif sur la région depuis le coup d'État, en émettant des ordonnances de maintien à domicile le en réponse à la pandémie de Covid-19, en plus d'annoncer la mise en place d'un mécanisme de règlement des différends et de demander aux civils de signaler les crimes à l'ULA le . En réponse, la Tatmadaw a commencé à renforcer ses effectifs dans l'État, à multiplier les inspections des maisons la nuit et à tenir une liste des visiteurs extérieurs à Rakhine. Pe Than, ancien député du canton de Myebon au Pyithu Hluttaw, a déclaré à en que l'armée d'Arakan contrôlait 80 % de la région tandis que le système administratif de la junte s'était effondré.

Des affrontements entre l'armée de l'Arakan et la Tatmadaw ont éclaté le , pour la première fois depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, au nord de Maungdaw. Le groupe accuse la Tatmadaw d'avoir provoqué les combats en pénétrant dans une zone qu'il contrôle, mais les militaires nient s'être heurtés à eux, affirmant n'avoir combattu que l'ARSA.

2022

2023 Trois commandants de l'Armée de libération de l'Arakan ont été assassinés à Sittwe le , dont le commandant en chef Khaing Soe Mya et le commandant du bataillon 101 Khaing Kyaw Soe. Le groupe a accusé l'armée de l'Arakan, qui a nié toute implication. Le , trois autres membres de l'ALP sont assassinés à Sittwe, dont le vice-président de l'ALP Khaing Ni Yaung, le commandant du bataillon 1 Khaing Kyaw Min et un soldat. L'ALP accuse l'AA d'être à l'origine de cet assassinat, ce que le groupe rejette.