thumb|Alexander Hoyos, chef de cabinet de Leopold Berchtold, a donné son nom à la mission dont il était chargé.|alt=Photographie La mission Hoyos désigne l'envoi par le ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, Leopold Berchtold, de son jeune et ambitieux directeur de cabinet, Alexander Hoyos, alors âgé de 38 ans, auprès de ses homologues allemands. Cette mission, alors secrète, doit permettre aux responsables de la politique austro-hongroise d'être renseignés sur les intentions du Entre la proclamation de l'Empire allemand, en 1871, et, sa dissolution, en 1945, le nom officiel de l'État allemand est , désigné par la suite par le terme légal de . peu après l'assassinat à Sarajevo du impérial et royal, François-Ferdinand d'Autriche. Ainsi, dès le , une semaine après l'attentat qui a coûté la vie à l'héritier et à son épouse, le gouvernement austro-hongrois cherche à s'assurer officiellement du soutien du Reich dans les actions qu'il souhaite mener contre la Serbie en réponse à l'attentat. En effet, les initiatives du royaume de Serbie, sorti victorieux des deux guerres balkaniques, poussent les responsables austro-hongrois à adopter une attitude ferme dans la crise internationale ouverte par l'assassinat de l'héritier austro-hongrois.

Contexte

Dès le lendemain de l'attentat contre l'héritier impérial et royal François-Ferdinand, les principaux responsables austro-hongrois, initialement indécis, se concertent intensément afin d'établir la réponse politique. Rapidement, parmi les solutions qui s'offrent à eux, l'option de l'action militaire rapide contre la Serbie est écartée.

La double monarchie en juin 1914

thumb|L'assassinat de François-Ferdinand pousse les responsables austro-hongrois à la fermeté face à la Serbie.|alt=Petit Journal|gauche

Le , quatre jours avant l'attentat de Sarajevo, la double monarchie, ébranlée par l'issue des guerres balkaniques, alors qu'elle Selon le mot de Paul Kennedy., a établi son plan d'action pour mener à nouveau une politique active dans les Balkans, dirigée contre son ambitieux et remuant voisin serbe.

Ainsi, dans les semaines précédant l'attentat, les diplomates et les militaires austro-hongrois les plus hostiles à la Serbie multiplient les occasions de manifester cette animosité, se tenant à l'affût de la moindre opportunité pour écraser politiquement et militairement le royaume de Belgrade. Ainsi, Franz Conrad von Hötzendorf, le chef d'état-major de l'armée austro-hongroise, dépeint à Heinrich von Tschirschky, alors ambassadeur allemand à Vienne, une situation catastrophique pour la double monarchie, minée par les actions de propagande russes et serbes visant les Slaves de la monarchie.

Dans ce contexte, le ministre commun de la guerre, le belliciste Alexander von Krobatin, constate une dégradation de la position de la double monarchie dans la péninsule balkanique. L'assassinat du fournit alors aux diplomates austro-hongrois l'occasion de tenter d'inverser cette tendance, cause d'une perte d'influence et de prestige de l'Autriche-Hongrie. Cette tentative pour orienter les relations internationales, dans un sens à nouveau favorable à la double monarchie, doit être le fruit d'une action rapide selon les proches conseillers de Leopold Berchtold, alors ministre austro-hongrois des affaires étrangèrese.

L'assassinat de l'héritier de François-Joseph ébranle l'Europe, sans pour autant la déstabiliser. Les responsables de la double monarchie sont partagés à la suite de l'assassinat : les Allemands d'Autriche et les Magyars de Hongrie se satisfont de la disparition de l'héritier du trône, ardent partisan d'une réorganisation de la double monarchie par l'adjonction d'un pôle slave du Sud aux deux pôles autrichien et hongrois déjà existants ; l'empereur et roi n'exprime quant à lui aucune tristesse à l'annonce de la nouvelle de l'attentat dont est victime son héritier, alors le premier opposant à sa politique de prudence sur la scène internationale.

François-Joseph, peu frappé par la mort de son héritier, se montre néanmoins partisan d'une action visant à restaurer le prestige de la dynastie, atteinte par l'attentat. L'empereur analyse l'attentat comme une atteinte à l'honneur de la monarchie et de la famille régnante. Conseillé par les adjoints, tous bellicistes, de Leopold Berchtold, le vieux monarque souhaite dans un premier temps à la fois appuyer la position de la double monarchie par des preuves de l'implication du gouvernement serbe et s'assurer du soutien du , principal allié de l'Autriche-Hongrie, dans le cadre d'une action concertée.

Le en

thumb|Ladislaus de Szögyény-Marich, ambassadeur austro-hongrois à Berlin, est rapidement informé de la position de l' dans la crise en cours.|alt=portrait Dans les jours qui suivent l'attentat contre le impérial et royal, les responsables politiques du Reich envoient à leurs partenaires austro-hongrois des signaux parfois contradictoires.

Ainsi, l'ambassadeur allemand à Vienne, multiplie les appels à la prudence, reprenant la position de l'empereur Guillaume, alors réservé sur une action militaire dirigée contre la Serbie. De même, Arthur Zimmermann, le sous-secrétaire d'État aux affaires étrangères, adresse, par l'intermédiaire de l'ambassadeur austro-hongrois à Berlin, Ladislaus de Szögyény-Marich, un appel à la modération, ne souhaitant pas voir Vienne imposer à Belgrade des conditions humiliantes.

S'opposant à ces appels à la prudence, les milieux nationalistes allemands, souvent proches de l'empereur, défendent une attitude de fermeté à l'encontre de la Serbie. Les responsables du remettent ainsi en cause les conseils qu'ils ont prodigué jusqu'alors à leurs homologues austro-hongrois : en effet, jusqu'à la fin de l'année 1913, les diplomates allemands conseillent à leurs interlocuteurs de la double monarchie de se concilier les dirigeants serbes au moyen de pots-de-vin ou de programmes de coopération bilatérale. Guillaume II relaie ces positions bellicistes, principalement dans les annotations qu'il appose sur les rapports de ses ministres et de leurs subordonnés, exprimant son hostilité à la modération de Heinrich von Tschirschky dès le , ou encore sa volonté d' le .

Ces positions bellicistes sont également dictées par l'affaiblissement de la situation du sur la scène internationale. En effet, depuis la fin de la deuxième guerre balkanique, il apparaît que les dernières positions allemandes dans les Balkans et dans l'Empire ottoman sont remises en cause par l'active politique russe et française de renflouement des finances ottomanes, roumaines et serbes épuisées par la guerre qui vient de s'achever : en effet, les banques allemandes ne sont alors plus en mesure de satisfaire les demandes de financement de ces trois pays et se voient supplantées par les établissements russes et français ; dans le même temps, les emprunts ottomans, destinés à financer le prolongement du Bagdadbahn, sont placés avec succès sur les places financières de Paris et Londres. Ces financements franco-russes autorisent les diplomates à anticiper la fin de l’alliance entre ces pays d'une part, et le et la double monarchie de l’autre.

Ainsi, face à cette situation, les deux alliés allemand et austro-hongrois souhaitent coordonner leurs actions, renouer avec une politique de contrôle indirect des Balkans et de l'Empire ottoman et se montrer unis dans leurs initiatives en réponse à l'attentat. Dès le , Guillaume II informe François-Joseph que le Reich s'apprête à soutenir la double monarchie dans la crise en cours. La présence de Guillaume II aux funérailles du aurait fourni l'occasion d'une entrevue entre les deux empereurs, mais l'annulation de la venue du monarque allemand oblige les deux alliés à l'emploi d'autres moyens de communication pour synchroniser leurs actions.

Objectifs assignés En envoyant à Berlin son chef de cabinet, Leopold Berchtold poursuit deux objectifs complémentaires : le soutien allemand en constitue le premier, l'accord du premier ministre hongrois, Istvan Tisza, conditionné au soutien allemand, est le second but recherché. Enfin, l'envoi d'un diplomate parmi les plus proches du ministre doit aussi permettre une concertation entre les deux monarques, initialement prévue lors du déplacement de l'empereur allemand aux funérailles de l'archiduc assassiné.

Soutien allemand

Ne pouvant engager la double monarchie, ni même prendre une initiative contre la Serbie sans s'être assurés du soutien du , les responsables austro-hongrois cherchent rapidement à connaître la position allemande dans la crise en cours. En effet, ces derniers sont parfaitement conscients de l'incapacité de leur pays à mener seul une guerre contre la Serbie appuyée par la Russie.

Rapidement après l'attentat ayant coûté la vie au austro-hongrois, les responsables de la double monarchie, aiguillonnés par les exigences du premier ministre hongrois, Istvan Tisza, redoutant des complications internationales en cas de guerre austro-serbe, cherchent à obtenir le soutien allemand, ou du moins à connaître la position du Reich dans la crise ouverte par l'attentat de Sarajevo. En effet, la réalité des rapports de force au sein de la Triplice relativisent l'indépendance politique de la double monarchie à l'égard du Reich, incitant Paul Kennedy à définir cette indépendance comme .

Parmi les complications entrevues par István Tisza, possessionné en Transylvanie, l'équilibre des puissances dans les Balkans est alors en train de basculer au détriment de la double monarchie. En effet, la politique franco-russe, matérialisée par la visite du tsar Nicolas II à Constantza, conduit Ottokar Czernin, alors ambassadeur austro-hongrois à Bucarest, à considérer l'alliance avec la Roumanie comme une . Tisza se montre ainsi partisan de neutraliser la Roumanie, soit par une alliance germano-roumaine, soit par une alliance de revers, austro-hungaro-bulgare.

Dans ce contexte peu favorable, Guillaume II et ses ministres esquivent toutes les questions précises soulevées par les hommes politiques austro-hongrois jusqu'au , ce qui n'échappe pas au premier ministre hongroisIl l'indique dans son rapport du remis à François-Joseph.. Ainsi, alors que Guillaume II et les membres du gouvernement impérial restent évasifs, le comte Berchtold obtient néanmoins l'assurance de l'ambassadeur allemand à Vienne, Heinrich von Tschirschky, ami personnel d'Alexander Hoyos, que le gouvernement allemand soutiendra la double monarchie dans la crise en cours. Cependant, les Austro-hongrois ne peuvent déterminer si l'ambassadeur exprime sa propre position ou celle du gouvernement du . Face à cette incertitude, ne souhaitant engager la double monarchie seule dans un conflit avec la Serbie et la Russie, le conseil de la couronne austro-hongroise décide l'envoi d'une mission à Berlin, chargée de défendre une politique de fermeté dans la crise ouverte par l'assassinat du austro-hongrois et d'obtenir le soutien allemand.

L'envoi de ce plénipotentiaire est avant tout tactique. En effet, en 1913, les diplomates allemands ont retenu la double monarchie, la poussant à préférer les succès diplomatiques aux aventures militaires incertaines. Quelques mois plus tard, au mois de , le cherche à son principal allié ; de plus, le gouvernement de Berlin pousse les responsables austro-hongrois à agir de façon décisive et énergique face à la Serbie.

Consensus au sein de la double monarchie

À l'annonce de l'attentat, les responsables austro-hongrois se divisent en deux groupes sur la politique à adopter : la majorité d'entre eux se montre partisane d'une action contre la Serbie, d'une part, et, d'autre part, le premier ministre hongrois, István Tisza, et ses proches, préfère se contenter d'un succès diplomatique.