L'Occupation de la France par l'Allemagne pendant la Première Guerre mondiale est un épisode de l'histoire de France durant lequel l'Allemagne occupe militairement le territoire métropolitain français.thumb|Kommandantur de Caudry.Pour la plus grande partie des territoires concernés, l'occupation débute en lors de la course à la mer et prend fin lors du recul de l'armée allemande en .

Au moment de l'armistice du 11 novembre 1918, la majeure partie du territoire français était libérée, l'occupation se limitant au nord du département des Ardennes dans la vallée de la Meuse de Mézières à la frontière.

Certains territoires connurent une occupation plus brève.

Le régime d'occupation que connaît la population française est marqué par la sous-alimentation, le travail forcé, les réquisitions et les exactions des troupes d'occupation.

Territoires concernés Les territoires occupés par l'Allemagne à la fin de 1914 comprenaient 10 départements en partie ou en totalité soit :

70 % du département du Nord ; 25 % du Pas-de-Calais ; 16 % de la Somme ; 55 % de l'Aisne ; 12 % de la Marne : 30 % de la Meuse ; 25 % de la Meurthe-et-Moselle ; 4,8 % des Vosges ; 100 % des Ardennes.

Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle annexés au Reich allemand en 1871 et qui retournent à la France en ne sont pas compris dans ces territoires.

La totalité du territoire luxembourgeois est occupée. La grande majorité du territoire de la Belgique limitrophe est également occupée à l'exception d'une partie de la Flandre maritime autour d'Ypres. Cependant, la frontière franco-belge est maintenue et les passages contrôlés.

Une partie de la Picardie a été libérée temporairement en 1917 mais la zone frontalière est restée 4 ans sous domination allemande, Lille 1465 jours, Laon 1502 jours, Roubaix du au .upright=3|center|thumb|Front en 1914.

Histoire

Forces en présence En , l'État-Major français a programmé d'envahir l'Allemagne à partir de la Lorraine avec les troupes d'actives pour permettre de percer sur le Rhin. Ce plan anticipe une invasion de la Belgique mais n'affecte qu'une seule armée appuyée par le Corps Expéditionnaire britannique. Ce faisant, le Nord et le Pas-de-Calais se trouvent sans défense, hormis les villes de Maubeuge, Dunkerque, Calais et Boulogne-sur-Mer, transformées en camps retranchés. Un groupement d'unités de trois divisions de territoriaux est néanmoins constitué le , et placé sous le commandement du général d'Amade, qui établit son quartier général à Arras.

L'État-Major allemand a planifié de traverser la Belgique et de contourner l'armée française. Ce faisant une grande partie de l'armée allemande (35 corps d'armée d'infanterie et huit divisions de cavalerie) est chargée de traverser le nord de la France et d'encercler les troupes stationnées en Lorraine.

Les soldats britanniques débarquent à Boulogne-sur-Mer et à Dunkerque le et le 5, un dispositif naval est installé pour surveiller le détroit du Pas-de-Calais entre le cap Blanc-Nez et Folkestone.

Invasion du Nord de la France (août 1914) gauche|vignette|Réfugiés français fuyant l'invasion de la France près de Bapaume en 1914. Les premiers contacts entre forces françaises et allemandes ont lieu le le long de frontière franco-belge, le long de la Sambre entre les troupes françaises et britanniques face à la IIe armée allemande. Les forces allemandes traversent la frontière franco-belge le .

Le des détachements allemands occupent Condé-sur-l'Escaut, Fresnes-sur-Escaut et Crespin.

Le , la 88e division d'infanterie territoriale française est bousculée à Cysoing par l'avant-garde allemande. Le même jour, le préfet du Nord reçoit l'ordre de quitter Lille avec son équipe pour Dunkerque.

Les et , des trains chargés de réfugiés quittent la concession d'Anzin tandis que la Ve armée française et des détachements britanniques évacuent Valenciennes et Lille en direction d'Arras et Armentières. Le , les Allemands s'emparent de Valenciennes.

Le , les troupes allemandes s'emparent de Cambrai. Le même jour a lieu la bataille de Cateau.

Combats d'août à décembre 1914 Le a lieu la bataille de Le Transloy.

Entre le et le a lieu le siège de Maubeuge.

Entre le et le se déroule la course à la mer.

Retour de la guerre de mouvement (mars à novembre 1918)

vignette|Unité allemande pénétrant dans le village de Bailleul en . Les régions occupées sont libérées en septembre et jusqu'au à la suite de l'offensive des armées alliées.

Occupation du territoire Ni l’occupation de la Belgique ni l’occupation du territoire français n’ont été planifiées longtemps à l’avance. Les deux étaient plus ou moins une conséquence de l’échec de l’exécution du plan Schlieffen.

Isolement du territoire vignette|Carte d'identité allemande d'une habitante de Saint-Mihiel. Dès leur arrivée, les Allemands entravent les déplacements et empêchent la communication d'informations.

Les automobiles sont réquisitionnées le , puis les bicyclettes, les appareils téléphoniques et radio télégraphiques sont confisqués, les pigeons doivent être abattus par crainte de transmission de messages par pigeons voyageurs.

À l'intérieur du territoire, les déplacements d'une commune à une autre nécessitent l'autorisation des autorités allemandes et la délivrance d'un laissez-passer. Les infractions à ces règles de circulations peuvent être sanctionnées d'emprisonnement ou d'amende. Ces entraves accroissent le sentiment d'enfermement de la population.

Les correspondances avec la France non occupée sont interdites jusqu'en . Seule la correspondance entre les prisonniers de guerre et leur famille est autorisée, à raison d'une carte par mois visée par la censure. Des cartes qui transitent par la Croix Rouge de Francfort ne parviennent à leur destinataire que pour la moitié d'entre elles.

La publication des anciens journaux ayant été arrêtée, les seuls périodiques disponibles sont un journal de propagande allemand la Gazette des Ardennes et le Bulletin de Lille publié par la Municipalité sous contrôle allemand qui est contraint de se limiter à des informations pratiques et commerciales.

Les nouvelles du front ne peuvent filtrer que par les journaux clandestins à très faible diffusion ou par les rumeurs. En pratique, la majorité de la population reste dans l'ignorance des événements extérieurs.

Administration militaire allemande L'administration des territoires occupés par les allemands commence à l'automne 1914. Ils installent le Grand Quartier Général (Oberste Heeresleitung) à Mézières le . Il sera déplacé à Kreuznach en et à Avesnes-sur-Helpe au printemps 1918.

Les cantons de Maubeuge et de Solre-le-Château sont rattachés au Gouvernement général de Belgique.upright=1.5|droite|thumb|Parade à Lille place de la République Les Allemands réquisitionnent la plupart des bâtiments publics pour leur administration, les Kommandantur et pour leurs troupes : les lycées et collèges sont transformés en hôpitaux.

Les habitations des particuliers sont réquisitionnées pour des militaires, l'installation pouvant s'effectuer à n'importe quel moment.

Les grands restaurants et les lieux de détente sont réservés aux troupes. Des défilés militaires, des concerts sont organisés sur les places.

La proximité du front (Lille n'en est éloignée que d'une quinzaine de kilomètres pendant la durée du conflit) engendre des mouvements incessants de troupes. Les grandes villes sont des lieux de délassement des militaires en permission et, à Lille, ceux de l'État-major des armées. La densité considérable des troupes atteint des proportions extrêmes dans des localités telles que Carvin avec pour .

Quelques territoires ont un statut particulier, le nord de la vallée de la Meuse (Givet, Fumay) rattaché au Gouvernement général de Belgique, l'arrondissement de Briey placé sous autorité civile allemande jusqu'en , puis du gouverneur militaire de Metz.

Charleville-Mézières capitale du Reich Les villes de Charleville et de Mézières (localités contigües mais distinctes avant leur fusion de 1966) sont choisies comme deuxième capitale du Reich en raison de leur proximité du front et de leur position centrale et vidées de la majorité de leur population par ordre d'évacuation. Le Grand quartier général est installé à la préfecture de Mézières avec 350 officiers et (sous-officiers, soldats et secrétaires). Le chancelier Bethmann Hollweg réside à la banque Prévost, le ministre des Affaires étrangères Von Jagow et l'amiral Von Tirpitz dans des hôtels particuliers, le Kaiser Guillaume II à la villa Corneau près de la gare jusqu'au . Les fortifications de la ville sont aménagées pour créer des abris antiaériens.

Cette situation ne donne aucun privilège aux habitants restés dans la ville. Ils souffrent autant de la faim et des persécutions que ceux de l'ensemble de la zone occupée.

Les autorités françaises face à l'occupant

Les Allemands décident de maintenir en fonction le préfet du Nord et l'ensemble des maires des communes occupées. vignette|Civils français contrôlés par un soldat allemand en 1915.

Troupes d'occupation et forces allemandes de police

Démographie La population de cette zone a beaucoup diminué au cours de cette période du fait de l'excédent de mortalité sur les naissances et des expulsions vers la France non occupée.

Ainsi, le département des Ardennes qui comptait habitants avant la guerre n'en avait que à la libération, la population de Lille a baissé de habitants au début de 1914 à en , celle de Roubaix de à , celle de Tourcoing de à .

Certaines localités proches du front et des villes des Ardennes ont été vidées de la majorité de leur population. À la fin de la guerre, Rethel n'a plus que habitants ( en 1911).

Pour l'ensemble des territoires occupés, les statistiques du Comité d'alimentation du Nord de la France indiquent habitants en 1915, au , la baisse sur l'ensemble de la période de l'automne 1914 à la libération étant certainement sensiblement supérieure.

La majorité de la population était composée de femmes, d'enfants et de vieillards, la plupart des hommes ayant été mobilisés.

Santé

Le manque de nourriture L'Allemagne, coupée du marché mondial par le blocus britannique de la mer du Nord à partir d’août 1914 et souffrant elle-même du manque de vivres, le potentiel économique des territoires occupés est rapidement mis à contribution et des mesures prises pour l'exploiter au profit de l'effort de guerre allemand. Elle se refuse en outre à entretenir les populations des territoires occupés qui comprennent également la quasi-totalité de la Belgique soit au total plus de 10 millions d'habitants. L'occupant saisit les stocks dès son arrivée puis se livre à des réquisitions pendant toute la durée de la guerre.

Les Allemands réquisitionnent 80 % de la récolte de blé de 1915 et 75 % de celle de pommes de terre.

La famine menace dès l'automne 1914 et la question du ravitaillement est la principale préoccupation des autorités qui recherchent des secours de pays neutres.

Le maire de Lille Charles Delesalle entra d'abord en contact avec la Suisse, sur le conseil du Commandant de la place, le général von Heinrich. Après cette tentative infructueuse, d'autres démarches aboutirent à une convention signée le à Bruxelles entre la Commission for Relief in Belgium CRB et le général von Bissing Commandant supérieur de l'Armée allemande en Belgique.

Cette convention étendait aux populations de la France occupée l'aide alimentaire du CRB dont bénéficiait la Belgique depuis le . L'armée allemande donna l'assurance que les marchandises ne seraient pas réquisitionnées. Comme en Belgique, les autorités allemandes trouvaient intérêt à cette aide qui évitait les émeutes de la faim et permettait de poursuivre les prélèvements sur la production agricole locale.