La chartreuse de Cologne () est une ancienne chartreuse, c'est-à-dire un monastère de moines chartreux, qui se trouve dans le quartier Saint-Séverin (Altstadt-Süd) de la ville de Cologne en Allemagne. Elle a été fondée en 1334 sous le vocable de sainte Barbe (ou sainte Barbara) et s'est développée jusqu'à devenir la plus importante d'Allemagne Rita Wagner, Eine kleine Geschichte der Kölner Kartause St. Barbara, in: Die Kölner Kartause um 1500. Eine Reise in unsere Vergangenheit. Catalogue d'exposition, Cologne, 1991, p. 48 ; elle a été supprimée en 1794 par les troupes révolutionnaires françaises. Elle s'est dégradée au fil du temps et a été en grande partie détruite par les bombardements américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une grande partie des bâtiments actuels est une reconstruction d'après-guerre. L'église Sainte-Barbara est dévolue désormais à la communauté protestante depuis 1928.

Antécédents et fondation

Il y avait avant la chartreuse de Cologne déjà cent trente-trois chartreuses actives en Europe occidentale et en Europe centrale, dont trente en Allemagne Christel Schneider, Die Kölner Kartause von ihrer Gründung bis zum Ausgang des Mittelalters, Köln, 1932, p. 13, mais aucune dans l'archidiocèse de Cologne. Walram de Juliers, qui devint archevêque de Cologne en 1332, avait fait connaissance des chartreux en France avant d'être élevé au siège de Cologne et leur témoignait beaucoup de respect. Son désir d'en fonder une dans son diocèse s'appuyait aussi sur la réussite de la chartreuse de Mayence et de la chartreuse de Trèves qui existaient respectivement depuis 1312 et 1321-1322. De plus, saint Bruno, le fondateur de l'ordre en 1084, était lui-même né à Cologne, et pour cette raison il était important de fonder une chartreuse dans sa ville natale. La fondation intervient dans une période de piété mystique qui était aussi un âge d'or pour les chartreux en général Rainer Sommer, Die Kölner Kartause 1334-1928, in: Die Kartause in Köln. Festschrift, Köln, 1978, p. 19 ; ceux-ci s'établissent aussi dans un environnement urbain, sans abandonner leur vie recluse et séparée du monde.

Le , l'archevêque Walram signe la charte de fondation de la chartreuse de Cologne Wir, Walram, durch Gottes Gnade Erzbischof der heiligen Kirche von Köln und Erzkanzler des heiligen Reiches für Italien, tun allen, die diese Urkunde lesen, kund, daß wir zum Heile unserer Seele und um der besonderen Gunst willen, mit der wir dem Kartäuserorden zugetan sind, folgende Anordnung getroffen haben, damit dieser Orden in unserer Diözese wachse und in diesem Orden immerfort unser gedacht werde: Für den Bau der Klosterkirche und eines Klosters dieses Ordens in unserer Stadt Köln weisen wir hiermit dem Prior […] die Einkünfte von 100 Maltern Weizen jährlich zu […] Gegeben in Köln, im Jahre 1334, am Tag des hl. Bischofs Nikolaus..

En 1389, le Sencte Mertinsvelt (Champ de Saint-Martin) au sud du quartier Saint-Séverin est donné aux chartreux. Selon la tradition, Walram aurait vu en songe saint Martin qui lui aurait donné ses instructions en ce sens. Il y avait à cet endroit une petite chapelle du début du XIIIe siècle dédiée à sainte Barbe ; elle est donc agrandie et aménagée par les chartreux avec l'aide financière des familles patriciennes de la ville, comme les Scherffgin et les Lyskirchen. En plus les familles Lyskirchen et Overstolz font donation de terres agricoles ; c'est ainsi que les débuts matériels de la vie cartusienne sont assurés à Cologne.

Ce fut la dernière fondation monastique à Cologne, jusqu'au .

Débuts Au début de , les six premiers moines chartreux arrivent de la chartreuse de Mayence sous la conduite de leur recteur Johannes d'Echternach. Ils placent le monastère sous le vocable de sainte Barbe, mais donnent plus tard ses reliques à leurs voisins franciscains. La première tâche des chartreux est de bâtir les bâtiments essentiels à leur vie de communauté. Le monastère est formellement intégré à l'ordre en 1338 et Johannes d'Echternach est remplacé au chapitre général par un premier prieur du nom d'Heinrich Sternenberg. Le premier prieur à être élu par la communauté elle-même est le moine de chœur Étienne de Coblence.

D'un point de vue économique, les débuts de la chartreuse sont difficiles. L'archevêque Walram avait plus promis qu'il n'était capable de fournir : son budget avait diminué à cause d'un conflit militaire et les moines se trouvaient donc dépendants de la générosité des familles de donateurs. Il y avait aussi des disputes récurrentes à propos des prébendes et d'autres sources de revenu avec l'abbaye Saint-Séverin voisine, dont les revenus étaient affectés par cette nouvelle chartreuse. Lorsque l'archevêque Walram meurt en 1349, la situation devient encore plus précaire ; mais finalement la chartreuse redresse la barre et voit l'arrivée constante de novices venus de familles aisées, ce qui offre des dotations supplémentaires, mais crée aussi une pénurie d'espace. Des dons sont donc demandés à partir de 1354 pour faire construire une église plus grande. L'empereur Charles IV exempte la même année les chartreux de taxes sur les matériaux de construction, ce qui permet donc de dater les commencements des travaux Ludwig Arntz, Kartäuserkirche – Baugeschichte, in: Paul Clemen, Die Kunstdenkmäler der Rheinprovinz, vol. VII. Abt. III: Die kirchlichen Kunstdenkmäler der Stadt Köln, Köln, 1934, p. 142. Le legs en 1365 du chanoine Johannes de Brandebourg d'un terrain adjacent permet aux chartreux de construire un nouveau bâtiment pour la salle capitulaire et la bibliothèque et d'agrandir l'église.

Au début du , les difficultés des débuts sont enfin surmontées. La chartreuse est peu affectée par la grande peste. La nouvelle église est consacrée en 1393, prenant l'aspect qu'elle va garder jusqu'à aujourd'hui pour l'essentiel et la chartreuse entre alors dans une période de prospérité qui en fit l'un des monastères les plus riches de Cologne et de ses environs. En 1409, des chartreux de Cologne fondent la chartreuse d'Astheim en Bavière.

Développement et âge d'or

La construction et la dédicace de l'église ont lieu sous le priorat d'Hermann de Deventer. Elle comprend de nombreux autels latéraux et elle est richement décorée pour la gloire de Dieu ; alors que normalement une église cartusienne ne doit comporter que le maître-autel et doit être dépouillée. En fait, le très grand nombre de moines de chœur (qui sont donc prêtres) explique ce fait. Alors que la plupart des chartreuses n'accueillaient que douze moines (plus le prieur) au maximum, celle-ci tranchait en en accueillant un grand nombre qui étaient donc bien évidemment tenus à leur messe quotidienne (les concélébrations n'existaient pas avant le concile Vatican II) Rita Wagner, Eine kleine Geschichte…, p. 35. Le monastère s'étend avec la construction de la chapelle Notre-Dame et de la Chapelle des Saints-Anges, ainsi que vingt-cinq cellules (maisonnettes individuelles) de pierre remplaçant petit à petit les modestes cabanes de bois et de plâtres du début. Le réfectoire servant aux repas des dimanches et fêtesLes repas se font en cellule les jours de semaine chez les chartreux. et le cloître sont construits également en pierre.

Les moines suivent selon leur règle austère une vie strictement contemplative pour laquelle l'étude est d'une importance particulière. Grâce aux dons de livres et à l'entrée dans la communauté de jeunes gens éduqués dont beaucoup sortent des universités voisines et qui apportent avec eux leurs livres et manuscrits, la chartreuse de Cologne possède au milieu du la collection de manuscrit la plus importante de la ville Rita Wagner, Eine kleine Geschichte…, p. 37. Les moines pouvaient recopier les manuscrits dans leur propre cellule, ce qui n'étaient pas le cas dans les autres monastères (comme les bénédictins) où ce travail ne s'effectuait que dans le scriptorium ou la bibliothèque.

Les chartreux de Cologne acquièrent un certain prestige au sein de leur ordre à cette époque, à tel point que leur prieur, Roland von Luysteringen, est envoyé comme représentant des chartreux au concile de Constance, où il meurt malencontreusement de la lèpre. Le pape Martin V place directement la chartreuse sous l'autorité pontificale en 1425, la libérant ainsi de la juridiction du prince-archevêque.

Cette période florissante se termine avec l'incendie catastrophique du qui détruit la salle capitulaire et des bâtiments proches, y compris la bibliothèque et tout son contenu. Seuls les quelques manuscrits qui se trouvaient dans les cellules pour être recopiés sont épargnés.

Restauration Des dons généreux, en particulier de la part de Peter Rinck, recteur de l'université de Cologne, permettent de reconstruire la maison du chapitre et la bibliothèque en deux ans ; mais il faut de longues années pour compenser la perte des livres et manuscrits. De nouveaux manuscrits sont acquis ou empruntés pour être copiés par les moines ou par des copistes rémunérés. Le prieur Hermann d'Appeldorn (1457–1472) dirige cette période de reconstruction avec acuité ; il est honoré à sa mort comme . Sous son priorat, non seulement la bibliothèque est grandement restaurée, mais une nouvelle porterie est construite et un tableau d'autel est commandé à Meister Christoph pour l'autel des Anges de l'église.

En 1459, avant même que la chartreuse ait retrouvé sa prospérité, le prieur Johannes Castoris est nommé par le pape Pie II à la tête de l'abbaye Saint-Pantaléon de Cologne (bénédictine) qui était couverte de dettes. Cette mesure exceptionnelle de nommer à la tête d'une abbaye bénédictine quelqu'un d'extérieur à l'ordre, afin de redresser ses finances, montre à quel point les chartreux de Cologne étaient tenus en haute estime par les autorités ecclésiastiques de l'époque et qu'il leur était fait toute confiance, grâce à leur stricte adhésion à la discipline de leur ordre et à leur façon de vivre Rita Wagner, Eine kleine Geschichte…, p. 40.

C'est également à cette époque que se côtoient à la chartreuse de Cologne des moines, tels qu'Heinrich von dem Birnbaum (mort en 1473), Heinrich von Dissen (mort en 1484), ou encore Werner Rolevinck (mort en 1502) dont les écrits sont amplement connus.

Réforme

Sans doute à cause de la reconstruction de la bibliothèque, la chartreuse possède au début du une imprimerie et un atelier de reliure. Le monastère acquiert sa configuration définitive avec l'édification en 1511 de la sacristie, du grand cloître (terminé en 1537) et de la croix du cimetière.

Le priorat de Pieter Blommeveen (Pierre Blomevenna), dit Pierre de Leyde, revêt une importance décisive dans la première moitié du , alors que la Réforme protestante allait diviser et frapper tout le pays. Celui-ci était entré à la chartreuse en 1489 après avoir étudié à l'université de Cologne, et était devenu prieur en 1507. Alors qu'il était en fonction, saint Bruno (le fondateur de l'ordre) était canonisé, et comme d'autres chartreuses, celle de Cologne reçoit une partie de ses reliques, qui avaient été redécouvertes en 1502. Ægidius Gelenius répertorie dans son catalogue du trésor de la chartreuse de Cologne, publié en 1645, parmi d'autres reliques, "Zwei Teile des Schädels des heiligen Bruno“ - Die Kölner Kartause um 1500. Aufsatzband. Köln, 1991, p. 15. Sous Pierre Blomevenna, une petite extension est ajoutée au qui reliait le monastère au sud, afin que les femmes (exclues de la clôture par la règle) puissent bénéficier des conseils spirituels du prieur.