Le Carême est le temps liturgique qui précède la fête de Pâques, principale fête chrétienne. Il est associé à une alternance de jours de jeûne complet et de jours d'abstinence (jours maigres). Institué au , il est d'une durée de quarante jours en référence aux quarante jours de jeûne de Jésus-Christ dans le désert. Cet épisode est relaté par les trois évangiles synoptiques : , et .
Le Carême se termine par une période de jeûne et de célébrations plus intenses, la Semaine sainte, qui précède la fête de Pâques. Le Carême doit être, pour les fidèles, une période d'approfondissement, de prière et de détachement des biens matériels en préparation de la fête de Pâques ; l'alimentation doit être plus frugale, avec en particulier une diminution des aliments d'origine animale.
Dans les Églises de rite byzantin, il est précédé d'une période de préparation appelée Petit Carême, qui se termine au dimanche de Carnaval. Le Carême proprement dit, appelé Grand Carême dure du Lundi pur au vendredi précédant le Samedi de Lazare et le dimanche des Rameaux.
Origines et histoire vignette|La Tentation du Christ dans le désert, école de Joachim Patinier, National Trust. Le nom « carême » provient de la contraction du mot latin , qui signifie « quarantième ». On appelle aussi le Carême la « Sainte Quarantaine ». La durée de quarante jours commémore à la fois les quarante jours et quarante nuits du jeûne de Moïse avant la remise des Tables de la Loi et les quarante jours de la tentation du Christ dans le désert entre son baptême et le début de sa vie publique, lors desquels il fut tenté par Satan, d'après les Évangiles synoptiques.
Les disciples de Jésus ne jeûnaient pas, alors que les pharisiens et les disciples de Jean le Baptiste pratiquaient le jeûne (Matthieu, IX, 14) : Traduction française de Louis Segond..
Les jours qui ont précédé la Pâque, ni Jésus ni ses disciples n'ont jeûné. Les récits des Évangiles indiquent qu’à Béthanie, seulement quelques jours avant sa mort, ses disciples et lui ont pris des repas. Jésus a en outre mangé le repas de la Pâque la nuit précédant sa passion. (Matthieu 26:6, 7 ; Luc 22:15 ; Jean 12:2). C'est durant le concile de Laodicée (v. 363-364) que fut prescrite la xérophagie, c'est-à-dire l'usage exclusif du pain et des fruits secs pendant le temps qui correspondait au Carême.
La pratique du Carême remonte ainsi au .
Au , le Carême fut établi dans son calendrier actuel. À cette époque, le jeûne consistait à ne prendre qu'un repas quotidien en fin de journée et à s'abstenir de toute nourriture les jours du Vendredi et du Samedi saints.
Dans le rite latin, les trois dimanches précédant le Carême étaient eux-mêmes inclus dans la préparation de Pâques. Cependant, les prescriptions de jeûne se relâchèrent très vite et, dès le , le repas de midi était autorisé et complété d'une collation le soir..
Église catholique
vignette|redresse=1|L'une des toiles de la Passion traditionnellement déployées jadis dans les églises pendant le carême. Tableau d'Oswalt Kreusel (1593), abbaye de Millstatt, Autriche. Le Carême commence le mercredi des Cendres et prend fin le Jeudi saint, lorsque débute la messe du soir « In Cena Domini » (Cène du Seigneur) marquant l'entrée dans le Triduum pascal. C'est pour les fidèles de l'Église catholique un temps de conversion au moyen de l'aumône, de la prière, du jeûne et de la pénitence, laquelle se doit d'être aussi un combat spirituel.
En fonction de leur âgeDroit Canon §1252 et de leur aptitude, les fidèles doivent jeûnerL'Église définissant le jeûne à observer comme étant a minima partiel, de l'ordre d'un seul repas complet, et d'une collation le matin et le soir, définies par les coutumes locales ; cf. Constitution apostolique Pænitemini au minimum les jours du mercredi des Cendres et du Vendredi saintDroit Canon §1251 , et faire abstinence de viande les vendredis. Dans le folklore populaire, le mercredi des Cendres est précédé par le Mardi gras et le carnaval, qui signifie « ôter la viande » (carnelevamen) en latin, sans que ces manifestations n'aient de statut religieuxAu contraire, à partir de 1556 l'ordre des Jésuites initie même l'habitude, en parallèle du carnaval, de l'adoration dites des Quarante-Heures, en réparation pour les excès commis durant les festivités.. Les catholiques sont également invités à marquer le Carême en renonçant à une chose ou habitude à laquelle ils sont attachés, cela n'étant pas nécessairement lié à la nourriture.
Églises protestantes Les Églises réformées n'imposent pas de pratiques de pénitence ou de jeûne, l'insistance porte durant cette période sur la prédication et la méditation. Si dans le luthéranisme on trouve parfois la recommandation de l'abstinence de viande le Vendredi saint, le protestantisme n'est pas directif, aucune consigne particulière n'ayant été laissée par les apôtres.
Cette absence d'ascèse particulière, de mortification ou de repentance provient de la sotériologie et de la spiritualité propres à la Réforme. Pour les protestants, le salut s'obtient par la grâce seule () en sorte qu'il n'est pas besoin d'accomplir des œuvres de pénitence en vue d'obtenir le salut....
Églises de rite byzantin
Dans les laures orthodoxes, la Sainte Quarantaine est une période de jeûne dans la réclusion au désert et la solitude tandis que la Semaine sainte est un moment de jeûne différentHiéromoine Macaire Simonopétrite, Le Synaxaire, Vies des saints de l'Église orthodoxe, éd. Périvoli, Thessalonique 1990. Notices des saints Sabas le Sanctifié (5 décembre), Euthyme le Grand (20 janvier), Théodose le Cénobiarque (11 janvier)..
Les Églises de rite byzantin pratiquent également un second carême : le « carême de Noël », du au ..
Le théologien orthodoxe Alexandre Schmemann écrit : Le Grand Carême, Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974.. L'importance et la rigueur du Carême dans l'Église orthodoxe est à la mesure de l'importance qu'elle porte à la fête de Pâques dans Le Grand Carême, Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974.. C'est lors de la fête de Pâques que se rassemble le plus grand nombre de fidèles dans les pays de tradition orientale (orthodoxes et catholiques de rite byzantin) ; c'est, bien plus qu'à Noël, le seul jour de fête où viennent même ceux qui ne pratiquent pas habituellement.
Le Carême des Églises de rite byzantin est précédé d'une période de préparation, appelée petit carême, qui se termine par le carnaval. Le Carême proprement dit, appelé Grand Carême, commence au lendemain du dimanche de carnaval, le Lundi pur (quarante-huit jours avant Pâques).
Carême-prenant et mi-Carême
vignette|redresse=1|Le Troisième Jeudi de Carême, par Fritz Zuber-Buhler. Les quelques jours qui précèdent le Carême sont fêtés par des carnavals dans certaines traditions. Ces carnavals trouvent leur origine dans des célébrations païennes et sont perçus comme la dernière occasion de faire bombance avant la période de jeûne. Ils peuvent s'étaler sur une période de plusieurs jours, qu'on appelait Carême-prenant, mais le mardi de Carême-prenant, c'est-à-dire le Mardi gras, est en général le jour où le carnaval bat son plein.
La mi-Carême est fêtée le jeudi de la troisième semaine entière des quarante jours de pénitence.
Jours marquants du Carême Calendrier catholique latin Mercredi des Cendres Premier dimanche de Carême ou de la Quadragésime ou Reminiscere Troisième dimanche de Carême ou Oculi Quatrième dimanche de Carême ou Laetare Dimanche de la Passion (cinquième dimanche de Carême) Dimanche des Rameaux et de la Passion Jeudi saint Vendredi saint Samedi saint
Calendrier byzantin (orthodoxes et catholiques orientaux) vignette|Icône russe du Grand Carême. Grand Carême ou Sainte Quarantaine : Lundi Pur, premier jour du Grand Carême Dimanche de l'Orthodoxie ou Premier dimanche de Carême Dimanche de saint Grégoire Palamas (ou des reliques pour les catholiques) ou Deuxième dimanche de Carême Dimanche de la Croix ou Troisième dimanche de Carême ou mi-Carême Dimanche de saint Jean Climaque ou Quatrième dimanche de Carême Samedi de l'Acathiste Dimanche de sainte Marie l'Égyptienne ou Cinquième dimanche de Carême Vendredi veille de Lazare, dernier jour du Grand Carême.
Rameaux et Grande semaine : Samedi de Lazare Dimanche des Rameaux
Musique classique Marc-Antoine Charpentier, Pour le Carême pour 3 voix et basse continue, H 378. 10 Méditations pour le Carême pour 3 voix et basse continue, H 380-389.
Bibliographie Recherche Ouvrages
Articles
Bibliographie complémentaire
Le Carême, ou le sel de l'abstinence, Persée
Théologie et liturgie Église catholique Patrick Chauvet, Roland Meynet, s.j., Armand Veilleux, o.c.s.o., Le Carême, Saint-Léger productions, 2016, . Benoît XVI, Méditation sur le Carême et Pâques, éd. Salvador, 2007, 87 p. . Pape François, Vivre le Carême et Pâques, éd. Salvador, 2017, 96 p. . Jacques-Bénigne Bossuet, Sermons : le Carême du Louvre, 1662, Folio, 2001, 384 p. .
Église orthodoxe . Alexandre Schmemann, Le Grand Carême, Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974, .
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Calendrier liturgique catholique Calendrier liturgique orthodoxe Mercredi des Cendres Religion et alimentation Jeûne Jeûne et abstinence dans l'Église orthodoxe éthiopienne Carnaval
Liens externes
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