Les se déroulent au Japon de manière anticipée le à la suite de la dissolution de la législature sortante quatorze mois avant son échéance naturelle par le Premier ministre Shinzō Abe, au pouvoir depuis 2012..

Contexte

Le Premier ministre sortant Shinzō Abe est au pouvoir depuis 2012, ce qui en fait, en comptant son premier passage à ce poste de 2006 à 2007, le troisième chef de gouvernement de l'après-guerre ayant servi le plus de temps. Jusqu'en 2017, il a conservé un contrôle presque sans faille sur le Parti libéral-démocrate (PLD) majoritaire, dont il fait modifier les statuts afin de pouvoir éventuellement se présenter à un troisième mandat de président en 2018 (alors qu'il existait jusqu'alors une limitation à deux mandats), lui permettant théoriquement de rester à la tête de l'exécutif jusqu'en 2021. De même, il avait largement bénéficié de la faiblesse d'une opposition parlementaire divisée et incapable de représenter une alternative crédible aux yeux des électeurs. En effet, la nouvelle force principale de cette opposition, créée en 2016 sous le nom de Parti démocrate progressiste (PDP) par la fusion du Parti démocrate du Japon (PDJ) et du Parti de la restauration, a hérité de l'impopularité gagnée par les démocrates durant leur seul passage au pouvoir de 2009 à 2012 et est profondément scindée en deux tendances rivales concernant les thèmes clés de la réforme constitutionnelle et de la sécurité extérieure. En à peine un an d'existence, trois présidents se succèdent ainsi à la tête de ce mouvement.

Mais Shinzō Abe rencontre ses premières véritables difficultés à partir du début de l'année 2017. Touché personnellement, ainsi que son épouse ou certains de ses ministres, par certains scandales (au sujet d'une demande de complaisance envers la radiotélévision, d'affaires de copinage dans une transaction immobilière irrégulière menée par une école privée parrainée par Akie Abe ou dans l'octroi d'une autorisation rapide d'ouverture d'une faculté de médecine vétérinaire par un ami personnel., tandis que la ministre de la Défense Tomomi Inada, longtemps présentée comme une fidèle et une protégée de Abe, doit démissionner le après plusieurs déclarations controversées et parce qu'accusée d'avoir dissimulé des documents sur le retrait des troupes japonaises du Soudan du Sud), sa popularité atteint pour la première fois des niveaux assez faibles dans les enquêtes d'opinion et descend jusqu'aux alentours des 20 ou à la fin du mois de . À ceci s'ajoutent des critiques vives au sein de la population quant à son projet de réforme de la constitution pacifiste de 1947 pour y reconnaître les Forces japonaises d'autodéfense comme une armée conventionnelle (ce qui donne lieu à d'importantes manifestations), son attitude souvent jugée « arrogante » à l'égard de ses opposants, ses déclarations taxées de révisionnisme voire de négationnisme, l'impopularité de son projet d'augmenter à nouveau la taxe sur la consommation d'ici à 2019 ou le bilan mitigé de ses « Abenomics »..

En raison de cela, Shinzō Abe voit se dresser contre lui des concurrents sérieux tant à l'intérieur du parti (Shigeru Ishiba). qu'à l'extérieur (Yuriko Koike, une ancienne alliée d'Abe au sein du PLD qui a été élue contre le candidat officiel du parti majoritaire en tant que gouverneur de Tokyo en et est devenue depuis une figure parmi les plus critiques à son égard).. Le , lors du renouvellement de l'Assemblée métropolitaine de Tokyo, le PLD subit une importante défaite, la plus forte depuis 2009, au profit du nouveau mouvement local de Yuriko Koike, le Tomin first no kai qui arrive largement en tête avec et des suffrages pour sur 127 (et sur 50 candidats présentés par son parti, auxquels s'ajoutent six personnes élues comme indépendantes mais avec l'investiture du Tomin et qui rejoignent son groupe), loin devant les libéraux-démocrates ( et de moins pour 23 élus, soit une lourde défaite pour ce mouvement qui disposait de dans l'assemblée sortante) Robin Harding, « Koike crushes ruling LDP in battle for Tokyo », Financial Times, 02/07/2017.

Toutefois, la popularité du Premier ministre remonte durant l'été 2017, en raison de son attitude jugée positive par une grande partie de l'opinion publique durant la nouvelle crise des missiles nucléaires nord-coréens d'août et .. Voulant profiter de cet avantage et prendre de court ses opposants afin de sécuriser son maintien à la tête du Japon jusqu'en 2021 (dans le but de faire aboutir sa réforme constitutionnelle, l'un de ses principaux chevaux de bataille, et d'assurer l'inauguration des Jeux olympiques d'été de 2020 à Tokyo...), Shinzō Abe demande le à l'empereur de dissoudre la Chambre des représentants afin d'organiser des élections législatives anticipées pour le 22 octobre suivant. Trois jours auparavant, Yuriko Koike a fondé un nouveau parti national, le Parti de l'espoir, ce qui entraîne la plus importante recomposition de l'opposition au PLD depuis 1998..

Système électoral vignette|Intérieur du Bâtiment de la Diète nationale à Tokyo. Le Japon est doté d'un parlement bicaméral dont la chambre basse, dite Chambre des représentants, se compose de élus pour un mandat de quatre ans selon un mode de scrutin parallèle. Sur ce total, sont ainsi pourvus au scrutin uninominal majoritaire à un tour dans autant de circonscriptions, tandis que les restants sont pourvus au scrutin proportionnel plurinominal de liste dans 11 circonscriptions de ..

Les deux modes de répartition des sièges font l'objet d'un vote séparé : les électeurs votent en même temps pour un candidat au scrutin uninominal majoritaire à un tour et pour une liste de candidat au scrutin proportionnel. Un même candidat peut se présenter aux deux types d'élections, mais uniquement si la circonscription uninominale est incluse dans celle plurinominale. Les listes comportent autant de candidats ne se présentant qu'au scrutin proportionnel que de sièges à pourvoir, auxquels viennent éventuellement se rajouter les candidats se présentant aux deux scrutins. Ces derniers deviennent cependant prioritaires à l'attribution des sièges s'ils ont perdu au scrutin majoritaire avec quelques voix d'écart seulement.

Contrairement à des systèmes mixtes tels que le système électoral allemand ou lesothan, les sièges élus à la proportionnelle n'ont ici pas pour but de venir compenser une distorsion des résultats en sièges par rapport à la répartition en voix au niveau national, mais s'ajoutent simplement les uns aux autres comme deux élections parallèles ayant lieu simultanément. Le parti arrivé en tête dans une circonscription plurinominale l'étant souvent également dans les circonscriptions uninominales qui en font partie, leur addition donne au mode de scrutin japonais une tendance majoritaire.

Forces en présence

Le Parti démocrate progressiste est de facto dissout à l'approche de ces élections puisque, le jour même de l'officialisation de la dissolution le 28 septembre, son président Seiji Maehara et l'essentiel des instances dirigeantes du parti ont décidé de dissoudre son groupe parlementaire à la Chambre des représentants et ont appelé ses membres à se présenter sous l'étiquette du Parti de l'espoir de Yuriko Koike..

Cependant, le président délégué Yukio Edano, opposé au choix de Seiji Maehara de se fondre dans le Parti de l'espoir, annonce le vouloir créer son propre parti pour recueillir l'ancienne aile gauche du PDP. Cette formation est appelée Parti démocrate constitutionnel (reprenant le nom d'un parti d'entre-deux-guerres : Rikken Minseitō)..

De ce fait, c'est alors une bataille électorale en triangulaire qui se profile, entre une majorité sortante donnée favorite et une opposition divisée entre forces de gauche et de droite..

La majorité gouvernementale de Shinzō Abe

S'il apparaît, aux yeux des enquêtes d'opinion et selon les principaux analystes politiques, comme le grand favori « Asahi poll: 35% of voters choose LDP, 12% prefer Koike’s Kibo no To », The Asahi Shimbun, 05/10/2017, l'enjeu de la campagne pour le PLD conservateur du Premier ministre Shinzō Abe et ses alliés tels que le Kōmeitō est alors de savoir s'ils peuvent conserver (voire éventuellement renforcer) leur « super majorité » des deux tiers à la Chambre des représentants, ce qui faciliterait la réalisation d'une réforme constitutionnelle, ou si au contraire ils subiront assez de pertes pour renforcer la fronde interne contre le chef du gouvernement..

La coalition au pouvoir met l'accent dans sa campagne sur la position ferme de l'exécutif face à la Corée du Nord, les questions de sécurité au travers du projet de réforme constitutionnelle pour reconnaître les Forces japonaises d'autodéfense ainsi que leur capacité à être déployées sur des terrains d'opération à l'étranger, ou encore la poursuite des « Abenomics » en les réorientant vers une réforme de la sécurité sociale afin de relancer la natalité et de gérer les effets du vieillissement de la population. Un plan d'investissement est ainsi promis pour financer des aides à la petite enfance, à l'aide des fonds générés par une hausse de la taxe sur la consommation de 8 à d'ici (alors que, jusque-là, le gouvernement envisageait d'utiliser ces revenus supplémentaires pour diminuer la dette publique). Dans le même temps, Shinzō Abe, ses ministres ou les stratèges de la campagne de la majorité concentrent leurs attaques contre le Parti de l'espoir, devenu leur principal adversaire, en jugeant ses propositions « populistes » et irréalisables sur un plan budgétaire..

L'opposition pour un renouvellement libéral-conservateur vignette|gauche|Le bureau électoral de , député sortant du PDP et candidat du Parti de l'espoir dans le de la préfecture d'Aichi. Le Parti de l'espoir, très représenté dans le Grand Tokyo, et le Parti de l'innovation japonais du gouverneur de la préfecture d'Osaka, essentiellement implanté dans la deuxième conurbation du pays (le Keihanshin, ou Kyoto-Osaka-Kobe), signent le un accord de coopération. Celui-ci, s'il ne met pas en place de plateforme commune ni d'accord électoral global, prévoit que les deux partis ne se présenteront pas l'un contre l'autre dans les circonscriptions des préfectures de Tokyo et d'Osaka. Ils partagent de plus de nombreux points communs programmatiques : l'appel au renouvellement de la classe politique japonaise et à plus de transparence dans le processus de décision politique, proposant de réduire le nombre de parlementaires ainsi que leurs indemnités ; la volonté d'utiliser les collectivités locales qu'ils dirigent comme des laboratoires pour les mesures qu'ils proposent d'appliquer sur le plan national ; un assez fort libéralisme économique (parfois qualifié par les analystes politiques de néolibéral) qui passe par la réduction du poids de l'intervention du gouvernement central dans l'économie et la remise en question des Abenomics, tout particulièrement de la politique de relance monétaire ; le projet de remplacer les préfectures par de vastes régions plus autonomes ; la sortie du nucléaire civil (seul le Parti de l'espoir donnant, en la matière, une échéance, à l'horizon 2030) ; l'abandon de la hausse de la taxe sur la consommation ; et un national-conservatisme concernant la sécurité et la représentation de la nation japonaise, se montrant tous deux favorables à la réforme constitutionnelle du gouvernement Abe Eric Johnston, « Kibo no To and Osaka’s Nippon Ishin in cautious collaboration with wide policy overlap », The Japan Times, 06/10/2017.