Boimondau (acronyme de BOItiers de MONtres du DAUphiné) était une communauté de travail spécialisée dans la fabrication de boîtiers de montres située à Valence (Drôme).

Historique Née à l'initiative de Marcel Barbu, elle a suivi différentes étapes : Début 1941 : Marcel Barbu crée une entreprise à son nom. En 1942 les embauches font passer les effectifs de 46 en février à 70 en juin puis 91 en novembre. 1944 : l'entreprise est remise à la communauté de travail Marcel Barbu. 1944 - 1945 : Marcel Barbu est déporté. L'intérim est assuré par Marcel Mermoz. 1945 : Retour de Marcel Barbu. Pendant que Marcel Mermoz assure la direction de la communauté, Marcel Barbu veut développer les communautés de travail. Il se lance dans la politique, devient député de la Drôme, propose des textes de loi pour faire reconnaître les communautés de travail. Ses textes ne sont pas votés. 1946 : La reprise de la communauté devient difficile, les compagnons préfèrent la conduite de Marcel Mermoz. En juillet, Marcel Barbu quitte la communauté (sous certaines conditions) et crée la Cité Donguy - Hermann à Valence. 1947 : C'est cette année que la communauté prend officiellement le nom de BOIMONDAU (ce nom a été utilisé la première fois par Économie et humanisme) 1948 : BMD devient une SCOP. L'effectif total de l'usine atteint 166 personnes. 1951 : Marcel Mermoz quitte la communauté. 1971 : Fin de l'expérience communautaire Boimondau.

Les origines

Installation de Marcel Barbu à Valence La Communauté de travail Boimondau est née de la volonté d’un homme, Marcel Barbu. Apprenti-bijoutier chez Person en région parisienne puis petit artisan bijoutier à Saint-leu-la-Forêt (Val d'Oise) et monteur de boîtiers de montres, celui-ci s’est vite senti en opposition face à la lutte des classes et à ses patrons. L’idée d’une communauté, où le travailleur possède son outil de travail, germe alors.

Après avoir créé une usine de fabrication de boîtiers de montres à Besançon grâce à Fred Lippman, le fils de l'industriel horloger (créateur des montres Lip), qui met des machines à sa disposition Cf. Michel Chaudy, Faire des hommes libres. Boimondau et les communautés de travail à Valence 1941-1982, éd. Repas, 2008, , en 1941, Marcel Barbu s’installe à Valence pour fabriquer des boîtiers de montres. Il achète une ancienne vinaigrerie au 41 rue Montplaisir à Valence. Il déclare la « Société Marcel Barbu : Boitiers de Montres du Dauphiné » au Registre du commerce de Romans le . Il récupère quelques machines de son entreprise de Besançon pour commencer la production avec sa femme Pierrette et quelques ouvriers. Durant cette période, Marcel Barbu assure seul le support juridique de cette entreprise tout en lançant ses idées communautaires. Il favorise les discussions avec ses employés afin d’aboutir à la création d’une communauté de travail. Il institue très vite les réunions de fin de semaine, les assemblées de contact où au début il est seul à parler. Certains se méfient de ce patron paternaliste et ses liens avec les Compagnons de France ne sont pas appréciés de tous. Mais à force de persuasion, les employés commencent à croire à ses idées et les discussions s’animent, le fondement de la Communauté se met en place.

Le refus de la collaboration En , Marcel Barbu refuse de donner les listes de ses compagnons aux autorités pour la Relève ce qui va engendrer son arrestation le . Il est conduit à Fort Barraux (Isère) puis à la prison Saint-Sulpice (Tarn). Pendant sa captivité, il théorise ses idées et rencontre Marcel Mermoz, détenu bibliothécaire. Ils s’entendent tout de suite et ils ont de longues discussions autour d’idées communautaires et de leurs mises en application. Marcel Barbu sera libéré le en tant que chef d’entreprise et père de famille nombreuse et en tant que Compagnon de France.

Le maquis Dès sa libération, Marcel Barbu a conscience du danger, et les compagnons se replient à Combovin. Ils s’installent à la ferme de Mourras pour exploiter les terres et les bois. La Communauté décide collectivement de refuser le Service du travail obligatoire (STO). Vingt-cinq jeunes réfractaires au STO prennent le maquis à Mourras et commencent à produire clandestinement. La Communauté entre en résistance et prend en charge une école de cadres de l’armée secrète. Parallèlement, Marcel Barbu parvient, grâce à ses relations, à faire libérer Marcel Mermoz. Ce dernier se rend à la ferme de Mourras et prend la tête du service agricole le .

C’est dans la clandestinité que la Communauté s’est vraiment organisée. Des groupes se constituent autour des tâches de ravitaillement, agriculture, cuisine, santé… Les compagnons rédigent le futur règlement intérieur de la Communauté, la Règle. L’année 1943 est une mise à l’essai de la vie communautaire, le les compagnons fondent officiellement la « Communauté de travail Marcel Barbu ».

En , les Allemands attaquent la ferme de Mourras, pillent l’usine de Valence et incendient la maison de Marcel Barbu. Le , Marcel Barbu, alors à Paris, est arrêté et transféré à Buchenwald. La communauté paie cher son engagement dans la Résistance, trois de ses membres y laissent leur vie, Charles Hermann, Simone et Jean Donguy.

La Drôme est libérée en . La situation matérielle de la communauté est difficile. La ferme a été incendiée, l’usine pillée… Marcel Mermoz prend alors la direction, Marcel Barbu étant toujours interné. Il améliore la situation de la communauté et la sortie de guerre permet d’envisager l’avenir avec optimisme. Barbu revient de camp en après quatorze mois de captivité. Il est accueilli avec enthousiasme par les compagnons.

La rupture entre Marcel Barbu et les compagnons Affaibli, Marcel Barbu se repose avant de reprendre ses activités à la Communauté. Durant son internement, il a réfléchi sur le rayonnement des idées communautaires et les élections pour la première Assemblée Nationale Constituante vont lui permettre de les exposer au plus grand nombre. Il se présente alors aux côtés de Paul Deval, maire de Romans. Le , Paul Deval est élu et démissionne quelques mois plus tard au profit de Marcel Barbu, qui dépose trois propositions de loi. La première vise à instituer un nouveau type de société, à faire reconnaître la personnalité juridique de la communauté, à la fois culturelle et sociale. Elle pose des conditions pour que la société puisse prétendre au titre de communauté : possession des moyens de production par la communauté, élections des responsables, prise des décisions à l’unanimité, alternance des travaux (contre-effort), morale minimum commune… Elle organise les responsabilités de ses membres, l’utilisation des ressources, la répartition des fruits du travail, les modalités de création et les rapports entre les différentes organisations communautaires. Un Conseil National Communautaire doit être chargé de promouvoir, de contrôler et de faciliter l’application de la loi sur les communautés de travail. Une École Nationale de Cadres Communautaires doit former les futurs chefs de communauté ainsi que ses cadres. Elle doit participer à l’élaboration de la doctrine communautaire et à sa diffusion. La transformation d’entreprises en communautés de travail est prévue si 80 % des salariés réunis en Assemblée générale en approuvent l’idée. La transition doit s’effectuer sous l’autorité du Conseil National Communautaire. Ces projets de loi ne sont pas adoptés.

Le décalage entre les idées de Marcel Barbu et la réalité de la Communauté engendre des tensions. Malgré une profonde amitié, Marcel Barbu et Marcel Mermoz s’opposent quant aux valeurs et à l’approche de la Communauté, le premier ayant une vision chrétienne, le second une vision marxiste. Les deux hommes se brouillent. Marcel Barbu décide de quitter la Communauté en , et il est remplacé par Marcel Mermoz. La Communauté prend alors officiellement le nom de Boimondau (BOItiers de MONtres du DAUphiné).

La Communauté sous la direction de Marcel Mermoz La Communauté adopte le statut de Société Coopérative Ouvrière de Production (SCOP) à forme communautaire en 1948. L’esprit communautaire voulu par Marcel Barbu lors de la création de la Communauté s’estompe. Marcel Barbu pensait l’usine comme un élément parmi d’autres dans la Communauté alors que Marcel Mermoz et ses successeurs orientent leur action sur la production arguant qu’aucune réalisation sociale n’est possible sans croissance économique. Les activités sociales deviennent un poids difficile à supporter et perdent leur caractère obligatoire. De plus en plus de travailleurs ne souhaitent pas devenir compagnons et ne s’associent donc pas à la Communauté, n’ayant pas à supporter les devoirs mais ne bénéficiant pas des droits inhérents au statut de compagnon.

Les deux dernières décennies : dépérissement de l’esprit communautaire En 1951, Marcel Mermoz quitte la Communauté ; Georges Matras, compagnon de la première heure, est élu nouveau chef de Communauté. Un fossé se crée entre les personnes soucieuses de poursuivre les activités sociales, les communautaires, et les technocrates voulant privilégier la production. L’esprit communautaire n’y est plus, une profonde défiance s’est installée entre la direction et les employés. La Règle est suspendue en 1958.

En 1959, Georges Normand est élu chef de Communauté ; Georges Matras quitte Boimondau. Les relations entre les syndicats et la direction sont également tendues. Georges Normand ne se présente pas pour un nouveau mandat en 1966, et Roland Ludot est élu faute d’autre candidat. Il ne parviendra pas à redonner de l’élan à la Communauté. Boimondau connaît de graves problèmes de gestion. Quand Boimondau ferme en 1971, cela fait plus de 10 ans que la Communauté est administrée par des personnes n’ayant pas les compétences pour diriger une structure de près de 250 personnes. En 1968, la division entre la direction et les employés éclate au grand jour avec une grève d’un mois, ce qui gêne financièrement la Communauté.

En 1971, les problèmes financiers ne sont pas réglés ; en avril Boimondau est en cessation de paiement. Durant les vacances d’été, le chef de Communauté, Roland Ludot, décide seul de passer une convention avec la Société des Magasins Spécialisés (SMS). Il loue pour un franc symbolique les machines et les stocks et pour mille francs les bâtiments à des acquéreurs spécialisés dans la reprise d’entreprises en faillites. Les dirigeants de la SMS prennent la direction de l’ex-Boimondau et licencient 30 personnes. Les compagnons apprennent cela à leur retour de vacances. Le conseil d’administration porte l’affaire devant le tribunal de commerce de Romans, qui décide de la liquidation des biens le . C’est par cette décision que l’expérience communautaire Boimondau prend fin. Les repreneurs s’avèrent être peu scrupuleux (déjà condamnés pour infraction à la législation sur les sociétés) et le le tribunal résilie la convention, pour sauvegarder les intérêts des créanciers.

C’est la fin de Boimondau : le matériel et le fonds de commerce sont rachetés par la Cité Horlogère lors de la liquidation judiciaire.

L’organisation interne La Règle À partir de la définition d’une morale minimum commune, les compagnons écrivent la Règle en 1943 qui régit toute l’organisation de la Communauté et sert de déclaration d’existence aux autorités. Elle entre en application le . Elle prévoit des principes directeurs dont la double confiance qui impose que chaque responsable soit proposé par le supérieur hiérarchique et élu par l’échelon inférieur, ou la règle de l’unanimité dans les prises de décision.

L’organisation communautaire Assemblée Générale : Regroupant l’ensemble des compagnons, cet organe essentiel élit le chef de Communauté et fixe les buts de la Communauté. Conseil Général : Il réunit les chefs de service et les membres élus, conseille et contrôle le chef de Communauté. Tribunal :