L'histoire de l'éducation au Québec se caractérise jusqu'au milieu du par de sérieuses difficultés en matière de financement, d'organisation structurelle, d'accès aux études universitaires, de formation des maîtres et de valorisation sociale. Dans les années 1960, l'adoption des recommandations du rapport Parent est venue combler le retard de scolarisation qu'accusait le Québec par rapport au reste de la fédération canadienne.
XVII au XIX siècle Responsabilité d’ordre privé (1608-1800) Comme toute colonie en période d’équipement, les institutions de la Nouvelle-France sont à l’image de celles de sa métropole. L’éducation, à l’instar des services sociaux et de la santé, est d’abord une « responsabilité morale » qui incombe au clergé et c’est l’évêque qui en dirige les destinées. C’est pourquoi on ne peut parler « d’administration scolaire » au sens moderne du mot pas plus qu’il ne faut chercher quelques structures locales ou régionales. En un mot, le système scolaire sous le Régime français est entièrement privé.
L’État reconnaît cette « responsabilité morale » confiée au clergé en lui accordant un financement qui, toute proportion gardée, correspond aux besoins de la société de l’époque en matière de santé et d’éducation. Cette contribution de l’État comporte trois sources principales. La première consiste en une subvention annuelle qui, en 1744, constituait 11,5 pour cent du budget total de la colonie. Il faut dire toutefois que cette subvention annuelle - à l’instar du budget de la colonie elle-même n’était pas toujours versée de manière régulière. La deuxième source de financement provient des revenus des seigneuries qui ont été données au clergé par le roi. S’il est difficile d’en évaluer le montant, il demeure qu’au début du , il ressort que « près de la moitié des censitaires canadiens relèvent de seigneurs ecclésiastiques ».. Enfin, on retrouve les dîmes dont les taux sont fixés par l’État qui veille, par ses tribunaux, à assurer sa perception. De plus, on ne saurait négliger les revenus générés également par les fondations établies par la fortune privée, surtout en ce qui a trait à la période qui précède l’établissement du gouvernement royal (1660).
À la différence de ce que l’on observera sous le Régime anglais, on n’assistera pas à l’éternel conflit entre l’Église et l’État.Il faut dire qu’à cette époque, l’État au sens moderne du mot vient à peine d’émerger en Europe et qu’il constitue une réalité encore balbutiante dont la forme de gouvernement demeure la monarchie. pour le contrôle de l’éducation. À cette époque, selon le mot de l’historien Guy Frégault, bureaucrates et ecclésiastiques « regardent la Cour non pas comme l’adversaire à qui il faut tenir tête, mais comme l’arbitre auquel il est sage de porter sa cause »..
De même, il ne faut pas perdre de vue que la population est peu importante et que les trois principales agglomérations du temps (Québec, Montréal et Trois-Rivières) ne regroupent que le quart de la population qui, en 1663 s’élevait à environ personnes. En 1760, au lendemain de la Conquête, la Nouvelle-France ne compte que personnes, dont environ 85% vivent dans les campagnes et pratiquent une agriculture de subsistance.
Le système scolaire du temps de la Nouvelle-France compte quatre types d’institutions : les « petites écoles », les écoles d’arts et métiers, le Collège de Québec et une ébauche de formation supérieure..
Les « petites écoles » offrent l’enseignement primaire aux garçons et aux filles. Le premier de ces établissements est fondé à Québec en 1635 et, à la fin du régime français, on comptait 47 « petites écoles » pour garçons et 15 pour les filles : les trois quarts de ces établissements se retrouvaient à Québec, Montréal et Trois-Rivières, le reste se retrouvant en milieu rural. Autrement dit, entre 60 et 65 paroisses sur 88 étaient sans «petites écoles». Cela ne signifie pas qu’aucune forme d’instruction n’y était prodiguée.
On compte ensuite trois écoles d’arts et métiers où les garçons pouvaient faire l’apprentissage d’un métier. Toutefois, parmi l’éventail de métiers offerts, la sculpture et la peinture dominent largement, construction d’églises oblige.
Au niveau secondaire, il n’existait qu’un seul établissement : le Collège des Jésuites. Fondé par les Jésuites en 1635, et accessible seulement aux garçons, il faut attendre 1655 pour qu’on y offre un cours secondaire complet qui permettait d’accéder aux professions libérales et à la prêtrise. Le Collège de Québec enseigne la théologie, les sciences, de même que les études classiques. En 1708, comme dans plusieurs villes côtières de France, les Jésuites ouvrent une école de mathématiques, d'hydrographie, où ils enseignent l'astronomie et la physique, en vue de préparer les jeunes Canadiens à devenir des navigateurs et des géomètres. Le pilotage en mer qui était enseigné était pratiquement l'équivalent des écoles en France.. Il faut dire qu’il existait aussi cinq autres établissements, que l’on appelait les « écoles latines », qui offraient les deux premières années du cours secondaire. Ce n’est qu’en 1790 qu’un deuxième établissement offrira, à Montréal, un cours secondaire complet.
On retrouve également une ébauche d’enseignement supérieur en hydrographie, en droit, en médecine et en théologie. Toutefois, parmi ces spécialités, la théologie domine largement. À Saint-Joachim une ferme école opérée par le séminaire de Québec enseigne aux fils d'agriculteurs l'initiation aux métiers de la terreIbid..
L’historiographie traditionnelle a été portée à magnifier l’état de l’instruction en Nouvelle-France comparativement à la situation qui prévalait alors en France. Des recherches récentes viennent atténuer cette représentation des choses : sans être une société d’analphabètes, il reste que la Nouvelle-France était un milieu colonial peu développé où le taux d’alphabétisation apparaît légèrement inférieur à celui que l’on retrouvait en France à la même époque, écart qui, par ailleurs, se creusera davantage à mesure que l’on progressera dans le et le sièclesVoir à ce sujet : Michel Verrette, L’alphabétisation au Québec 1660-1900, Thèse de Ph. D., Université Laval, 1989, 393 p.. À la fin du Régime français, la moitié des hommes et plus du tiers des femmes de Québec et de Montréal, qui sont alors les deux principaux centres urbains de la colonie, savaient lire et écrire.
Conquête anglaise (1760) Au lendemain de la Conquête, le système scolaire québécois se retrouve en pleine crise financière : le clergé ne peut plus compter, à part quelques initiatives isolées, sur les généreuses dotations qui ont alimenté son effort missionnaire, ni sur les subventions de l’État. De même, les biens des Jésuites sont saisis alors que plusieurs seigneuries ont été ravagées par la guerre. Les autorités anglaises de Londres interdisent également les activités et le recrutement des Jésuites. Les livres venant de France sont interdits et saisis comme éléments de contrebande jusqu'en 1815 ; Jean Holmes sera le premier à voyager en Europe et autorisé à ramener des livres en français. Le clergé connaît aussi au cours de ces années un grave problème d’effectifs : le recrutement est à la baisse, la venue de prêtres français est prohibée jusqu’à la Révolution française (1789). La Compagnie de Jésus subit par plusieurs pays européens, premièrement ; l'expulsion des Jésuites puis sa dissolution en 1775 ; ils seront toutefois réhabilités en 1814. Lorsque la France décide, après la cession de 1763, de ne pas honorer le paiement de ses lettres de change, l’économie du pays s'écroule. On ne s’étonnera donc guère que le nombre de « petites écoles » diminue au moment même où la population amorce une croissance géométrique.
En 1790, alors que la population francophone a presque triplé, on ne retrouve qu’une quarantaine de petites écoles pour personnes (une école pour ) alors qu’il y en avait une soixantaine à la fin du Régime français pour habitants (une école pour ). Il existe aussi des maîtres ambulants et l’on sait qu’il y a des curés qui agissent comme maîtres d’école dans leurs paroisses.
Dans le même temps, avec la venue des premiers immigrants anglo-saxons et, surtout, de l’imposant contingent des loyalistes au lendemain de la révolution américaine (1783), on assiste à l’apparition d’écoles anglophones et protestantes dont la situation apparaît meilleure que celles des francophones. On évalue, toujours en 1790, que 17 écoles primaires desservaient une population de anglo-protestants (une école pour 600). De plus, en 1798, un premier établissement secondaire anglophone vient s’ajouter aux deux établissements francophones de niveau secondaire qui existaient déjà. Les deux systèmes d’éducation sont parallèles ; les Canadiens français catholiques vivant selon la Coutume de Paris résistent à l'assimilation par les anglo-protestants et leurs lois, le Common law. Plusieurs lois apporteront des frictions entre les deux peuples et seront abolies ou inapplicables.
Il demeure qu’en l’absence d’une autorité centrale pour coordonner les programmes pour chacun des degrés scolaires, il est souvent difficile d’établir une démarcation précise ou même de définir en quoi consiste exactement l’enseignement primaire ou secondaire. Ce n’est qu’en 1872 que les niveaux scolaires seront définis pour la première fois avec une certaine précision dans le Rapport du ministre de l’Instruction publique pour 1872-1873 et il faut attendre 1956 pour qu’une distinction nette soit établie entre le primaire et le secondaire.
Premières législations scolaires (1801-1840) Jusqu’en 1801, l’enseignement est laissé entièrement à l’initiative privée. En 1789, un comité d’enquête avait proposé la création par l’État d’un réseau d’écoles primaires et secondaires que couronnerait la fondation d’une université non confessionnelle et d’où, par conséquent, l’enseignement de la théologie serait exclu. Ce projet est repoussé par les milieux catholiques qui s’opposent principalement à la création d’une université non confessionnelle.
En cette fin du , une série de facteurs politiques et idéologiques allaient précipiter l’intervention de l’État en matière d’enseignement primaire. D’une part, l’éducation en Europe avait toujours été le lot d’une élite, ce qui explique en contrepartie l’indifférence relative de l’État à ce propos. Les immigrants anglo-saxons, influencés par les idéologies égalitaires du Nouveau Monde, manifestent au contraire une « volonté commune (...) de créer ici une société d’avant-garde qui amenuiserait les distinctions de classes et qui mettrait l’enseignement à la disposition de tous »..