vignette|Exposition de 12 tapisseries du Mobilier national en 2026 au Grand Palais. La tenture de l' Histoire du Roy est une suite de quatorze tapisseries réalisée à la Manufacture des Gobelins à l'initiative de Charles Le Brun et de Jean-Baptiste Colbert pour montrer les premières années du roi Louis , entre et . La série a ensuite été augmentée de trois tapisseries.

Histoire L'hôtel des Gobelins, le long de la Bièvre, dans le faubourg Saint-Marcel de Paris est acheté par Colbert le . gauche|vignette|Carton d'une tapisserie par Pierre Dulin. Charles Le Brun a été anobli en , puis nommé directeur de la Manufacture des Gobelins en et Premier peintre du roi en . Il avait commencé à réaliser en une Histoire d'Alexandre à la demande de Louis pour orner les châteaux royaux et reproduits en tapisserie. Assez rapidement Colbert et Louis ont eu l'idée de relater en une suite de tapisseries les évènements glorieux des premières années du règne de Louis . Des suites de tapisseries semblables avaient déjà été réalisées : tenture Les Chasses de Maximilien, tenture des Fêtes des Valois ou de la Vie d'Henri III, des scènes de la vie de Laurent le Magnifique, etc.

Le château de Versailles expose les tapisseries de cette suite comprenant des pièces des troisième et de la sixième suites de la tenture déposées par le Mobilier national en . Douze pièces de la tenture du Mobilier national sont également exposées dans en au Grand Palais, avec les tapis de la grande galerie du Louvre réalisés eux par la manufacture de la Savonnerie.

Les sept tentures La première tenture est réalisée entre 1665 et 1681 ; elle est présentée au roi lors de la Fête-Dieu en 1677, presque achevée. Six autres tissages sont réalisés entre 1681 et 1736.

1- La première tenture à fils d'or est réalisée sur les dessins de Charles Le Brun et Adam Frans Van der Meulen. Elle a été réalisée en haute-lisse et livrée au Garde-Meuble de la Couronne en deux fois, les douze premières en ou , les deux dernières en .

En , cette tenture est à Paris. En , 8 pièces de cette tenture est au Garde-Meuble. En , elle se trouve au magasin des Gobelins, en 16 pièces, en effet, L'inventaire donne pour les dimensions de l'ensemble : 5,02 m de hauteur et 112,63 m de longueur. En , les 14 pièces sont au Garde-Meuble.

2- Une deuxième tenture à fils d'or a été commencée à la demande de Colbert mais a été arrêtée par Louvois, successeur de Colbert, en . Seules trois pièces ont été tissées. En et , ces trois pièces sont au Garde-Meuble, à Paris, avec l'indication : superbes. Elles sont toujours au Garde-Meuble en .

3- Une troisième tenture à fils d'or est entreprise en basse lisse. Elle comprend 13 pièces. Elle a été presque entièrement réalisée dans l'atelier de Jean Mozin. Des premiers paiements pour cette tenture apparaissent dans les Comptes des Bâtiments, en , mais la tapisserie de la "Visite du Roy aux Gobelins" n'est pas terminée en . Elle a dû être achevée en . En , elle est dispersée entre le palais du Louvre et le palais de Luxembourg. En , elle est toujours dispersée et seules deux pièces sont au Garde-Meuble. En , deux pièces sont manquantes : "Prise de Douai" et la "Satisfaction donnée par l'Espagne".

4- Une quatrième tenture à fils d'or est entreprise aux Gobelins, en haute lisse, sauf une qui est tissée en basse lisse. Elle est commencée en . La dernière pièce est livrée en janvier . Elle comprend au total 20 pièces car six sont des entre-fenêtres composés de la partie centrale des grands tableaux.En , sur ordre du roi, quatre grandes pièces à fils d'or et quatre entre-fenêtres sont données au duc de Brunswick. Elles ont dû être détruites dans l'incendie du château de Brunswick, le .En , dix grandes pièces et deux entre-fenêtres sont livrées au duc de Saint-Aignan pour son ambassade à Rome. Ces pièces sont complétées par huit pièces réalisées de et . Elles sont renvoyées au directeur des Bâtiments, à Paris, en , par De Troy, directeur de l'Académie de France à Rome, mais il manquait 3 pièces, restées à Paris pour décorer l'hôtel particulier du duc de Saint-Aignan. Il reste alors à Paris, 12 grandes pièces et 6 entre-fenêtres. Puis les 12 grandes pièces sont prêtées en au cardinal de la Rochefoucauld pour son ambassade à Rome. Elles sont restées à Rome jusqu'au . En , les pièces de l'ambassade de France à Rome sont dans l'hôtel du cardinal de Bernis car il considérait qu'elles appartenaient au roi, puis ces pièces disparaissent. Une pièce, "Alliance des Suisses" est réapparue en vente en 1896 et achetée par le gouvernement suisse. En , des 20 pièces initiales, il ne reste plus dans l'inventaire du Garde-Meuble qu'une grande pièce et un entre-fenêtre.

5- Une cinquième tenture sans or est réalisée en haute lisse entre et . Elle comprend trois pièces : "Construction des Invalides", "Doge de Gênes", "Baptême du Dauphin". Une pièce est donnée au duc de Brunswick en , les deux autres sont livrées au Garde-Meuble en . Elles sont toujours au Garde-Meuble en .

6- Une sixième tenture à fils d'or, en basse lisse, est réalisée entre et . Elle comprend 14 pièces et 2 entre-fenêtres. La tenture est restée jusqu'à la Révolution dans le magasin des Gobelins.

7- Une septième et dernière tenture, sans or, en basse lisse, est entreprise à partir de . Elle est arrêtée en . Elle ne comprend que 6 pièces.

Description de la tenture La tenture initiale est constituée de 14 pièces initiales sur les dessins de Charles Le Brun et Adam Frans Van der Meulen. Ces pièces comprennent sept exploits militaires, quatre victoires diplomatiques, deux moments liés à l’histoire de la couronne et un événement civil (La visite du roi à la Manufacture des Gobelins).

Outre les 14 pièces initiales, 11 nouveaux sujets ont été commandés, mais seulement trois ont été tissés, la Construction des Invalides, La Satisfaction du Duc de Gênes et le Baptême du Dauphin. Les autres sujets envisagés étaient : L'entrée de Louis XIV et Marie-Thérèse à Douai, L'établissement de l'Académie des Sciences et la fondation de l'Observatoire (Le Brun), Le passage du Rhin (Le Brun et Van der Meulen), Louis XIV à Notre-Dame pour remercier Dieu de la guérison d'une grande maladie (Vernansal), La naissance du duc de Bourgogne (Dieu), L'audience donné par le roi à l'ambassadeur de Perse., Institution de l'ordre militaire de Saint-Louis (Marot).

Six entrefenêtres ont également été tissés entre et : L'entrevue des rois, L'audience du Légat, La prise de Lille, La réduction de Marsal, Le siège de Tournay, et La défaite de l'armée espagnole. Ils peuvent être confondus avec les grandes pièces à cause de la similitude de leur nom.

Le sacre du Roy Le premier sujet représente le Sacre de Louis XIV, qui eut lieu le dans le chœur de la cathédrale de Reims. L'évêque de Soissons Simon Legras (assisté de l'abbé Pierre Duflos qui tient sa crosse) place sur la tête du jeune roi (représenté de dos) la couronne dite « de Charlemagne », aux côtés des pairs de France et des grands ecclésiastiques : à gauche sont représentés les pairs laïcs, à savoir de gauche à droite le maréchal de Villeroy, le duc de Bournouville, le duc de Roannez, le duc de Candale, le duc d'Elbœuf, le duc de Vendôme. On distingue également à gauche Thomas de Savoie, prince de Carignan, tenant le bâton de Grand Maître. À droite sont représentés les ecclésiastiques : de droite à gauche on distingue le cardinal Mazarin (qui regarde le spectateur), le cardinal Grimaldi (de dos), François III de Harlay de Champvallon, archevêque de Rouen, Anne de Levis Ventadour, archevêque de Bourges, Henri de Baradas, archevêque de Noyon, Félix Vialart, évêque de Châlons, et Choart de Buzenval, évêque de Beauvais, qui tend la main. Près du roi, on reconnait son frère le duc d'Orléans, ainsi que François Faure, évêque d'Amiens, tenant le livre des Évangiles ouvert. De chaque côté de l'évêque de Soissons sont représentés le maréchal d'Estrées tenant l'épée (il endosse le rôle de connétable, étant premier maréchal de France), et Mathieu Molé, garde des Sceaux. Le Brun a représenté les tapisseries qui ornaient le chœur de la cathédrale, issues de la tenture des « Actes des Apôtres » tissée à Bruxelles d'après les cartons de Raphaël (on distingue à droite la pièce évoquant La mort d'Ananias). On observe également l'autel orné d'un grand crucifix et de six chandeliers, et la tribune à droite où prend place la reine-mère Anne d'Autriche, tandis qu'à gauche a été dressée la « tente de Confession » où le roi s'est "réconcilié" avant de communier.

L'entrevue des rois de France et d'Espagne La deuxième pièce de la tenture représente L'Entrevue avec le roi d'Espagne après la Paix des Pyrénées, dite aussi « rencontre de l'île des Faisans » les 6 et , pendant laquelle Philippe IV d'Espagne et Louis XIV se rejoignent sur cette petite île de la Bidassoa, à la frontière entre les deux royaumes, afin de ratifier la paix signée le , et transmettre au roi de France sa future épouse l'infante Marie-Thérèse (leur mariage avait eu lieu par procuration le ). Au centre de la composition prennent place les deux souverains, à l'instant où ils se jurent solennellement l'exécution du traité. Ils sont accompagnés des plénipotentiaires : don Luis de Haro (vêtu de noir) côté espagnol, et le cardinal Mazarin côté français. On remarque l'infante Marie-Thérèse, encore vêtue selon la mode espagnole, d'une grande robe de satin blanc en broderies de jais. Elle porte dans les cheveux un bouquet d'émeraudes en poires et diamants, que lui avait offert le roi. Dans la délégation espagnole, on distingue le peintre Diego Velasquez (maréchal des Logis du roi d'Espagne, il avait été l'ordonnateur des décors de la grande tente de conférence, côté espagnol), don Pasro d'Aragon, le marquis d'Aytonne, le marquis de Malepique, le marquis de Lèche (fils de Luis de Haro), le comte de Moserci, ainsi que don Fernando Voues de Canto-Carrero et Pimentel. Du côté français, outre Mazarin, sont représentés Anne d'Autriche et sa dame d'honneur la duchesse de Navailles, Monsieur frère du roi, Turenne, le maréchal de Grammont, et le prince de Conti.

Le mariage du Roy La troisième pièce représente le mariage du couple royal, célébré dans l'église de Saint-Jean-de-Luz le . Y sont dressés deux hauts dais de velours violet fleurdelisés (ici Le Brun a retiré les fleurs de lys des dais), le velours recouvrant également les tapis, chaises et carreaux. Le roi est vêtu de noir, tandis que la reine est en grand habit royal, portant une couronne fermée. Au centre est représenté Jean Dolce, évêque de Bayonne, au moment où il remet l'anneau au roi. Derrière le roi sont représentés le cardinal Mazarin (son parrain, faisant office de Grand Aumônier), ainsi que la reine-mère entourée de Monsieur et du duc de Vendôme. Derrière la reine sont représentés Joseph Zongo Ondoleï, évêque de Fréjus (en bleu), ainsi que mesdemoiselles de Valois et d'Alençon (filles de Gaston d'Orléans) portant la traîne de la reine. À leurs côtés figure la grande Mademoiselle, dont la traine est portée par Philippe Mancini, duc de Nevers.

L'audience de l'ambassadeur d'Espagne