thumb|Une explosion atomique.
La Troisième Guerre mondiale désigne, dans la littérature géopolitique et dans les analyses stratégiques contemporaines, l'hypothèse d’un conflit militaire global impliquant la majorité des puissances militaires de la planète et se déroulant à une échelle comparable — voire supérieure, car dans l'espace — aux deux conflits mondiaux précédents, à savoir la Première Guerre mondiale (1914-1918) et la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Cette expression est fréquemment employée dans les domaines de la stratégie militaire, des relations internationales et de la prospective géopolitique afin de désigner un affrontement potentiel caractérisé par l'implication simultanée de grandes alliances militaires, l'usage de technologies de guerre avancées et un impact systémique sur l’ensemble de l'ordre international.
Contrairement aux deux guerres mondiales historiques, la Troisième Guerre mondiale demeure un concept hypothétique, souvent associé aux tensions entre grandes puissances, aux rivalités idéologiques ou économiques et à la prolifération d’armes de destruction massive. Depuis la seconde moitié du , la possibilité d'un tel conflit est généralement analysée à l'aune de la dissuasion nucléaire et de l'équilibre stratégique entre États.
Utilisations de l'expression
vignette|Le centre-ville d'Hiroshima en 1945 après la bombe. vignette|Axes possibles d'attaque en cas d'offensive du pacte de Varsovie contre l'Allemagne de l'Ouest si la guerre froide avait dégénéré en Troisième Guerre mondiale, selon un chercheur de la Defense Intelligence Agency.
Une idée en lien avec la guerre froide Elle trouve son origine dans la crainte que l'affrontement entre les deux superpuissances de la guerre froide, l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et les États-Unis, n'aboutisse à une guerre totale mobilisant leur arsenal nucléaire. L'expression biblique armageddon a parfois été utilisée, ainsi que MAD ( : destruction mutuelle assurée), ou équilibre de la terreur. Cette guerre nucléaire aurait constitué un ultime engagement, provoquant la fin de la civilisation et l'extinction de l'humanité pendant un hiver nucléaire. Le recours à une utilisation limitée ou massive d'armes nucléaires pouvant aller jusqu'à la destruction de l'essentiel des terres habitées figurent parmi les scénarios possibles de cette guerre mondiale.
La menace d'anéantissement était prégnante dans la pensée collective au lendemain du second conflit mondial, après que l'opinion publique internationale eut découvert le champignon atomique. Interrogé en à propos de l'armement qui serait employé lors d'une éventuelle Troisième Guerre mondiale, Albert Einstein répondit : citations d'Albert Einstein.
Cette peur fut relayée par divers médias et sous diverses formes, y compris de nombreuses fictions en déclinant l'hypothèse et entretenant la psychose collective - Wikipédia anglophone.
Tensions critiques historiques Les contemporains ont vraiment cru, en 1962, que la crise des missiles de Cuba entre les États-Unis, Cuba, et l'URSS, venant ajouter un surcroît de tensions à celles déjà générées en 1961 par la construction du mur de Berlin, pouvait déclencher la Troisième Guerre mondiale.
Outre la crise de Cuba, les évènements les plus connus qui auraient pu conduire à une guerre mondiale sont la guerre de Corée (du au ) et les tensions entre superpuissances lors de la guerre du Kippour du 6 au .
Fausses alertes
Le , le NORAD fut confronté à une erreur informatique : les États-Unis ont procédé à des préparatifs de représailles d'urgence après que le NORAD a constaté à l'écran qu'une attaque soviétique à grande échelle avait été lancée.. Aucune tentative n'a été faite pour utiliser le téléphone rouge pour faire clarifier la situation par l'URSS, et ce n'est que lorsque des systèmes de radar d'alerte précoce ont confirmé qu'aucun lancement de ce type n'avait eu lieu, que le NORAD s'est rendu compte qu'un test de système informatique avait provoqué les erreurs d'affichage. Un sénateur à l’époque a décrit une atmosphère de panique absolue au NORAD. Une enquête du GAO a abouti à la construction d’une installation d’essai hors site afin de prévenir des erreurs similaires..
Dans la nuit du 25 au , Stanislav Petrov, officier de garde soviétique sur la base d'alerte stratégique de Serpoukhov-15, est chargé de recueillir les informations d'éventuels tirs de missiles nucléaires contre son pays. Le système informatique d'alerte anti-missiles Krokus indiqua cinq tirs de missiles balistiques intercontinentaux ICBM Minuteman en provenance de la Malmstrom Air Force Base, aux États-Unis. Ne disposant que de quelques instants pour analyser la situation mais devant le faible nombre de missiles détectés, il indiqua à ses supérieurs qu'il s'agissait selon lui d'une fausse alerte. Son avis fut suivi et permit ainsi d'éviter une riposte soviétique qui aurait pu être le point de commencement d'un conflit nucléaire.
Au cours des manœuvres Able Archer 83, exercice de l'OTAN simulant une période d'escalade de conflit et aboutissant à une frappe nucléaire DEFCON 1, certains membres du Politburo et des forces armées soviétiques ont qualifié cet événement de . En réponse, l'armée soviétique s'est préparée à une contre-attaque coordonnée en préparant ses forces nucléaires et en plaçant sous haute alerte ses unités aériennes stationnées dans les États de l'Allemagne de l'Est et de la Pologne relevant du pacte de Varsovie. L'état de préparation soviétique aux représailles cessa dès la fin des exercices de l'OTAN.
L'incident à la roquette norvégien du est le seul à se dérouler en dehors de la guerre froide. Cet incident est survenu lorsque la station d'alerte précoce russe d'Olenegorsk a accidentellement confondu la signature radar d'une fusée de recherche Black Brant XII (lancée conjointement par des scientifiques norvégiens et américains de Andøya Rocket Range), comme semblant être la signature radar du lancement d'un missile Trident SLBM. En réponse, le président russe Boris Eltsine a été convoqué et la mallette nucléaire Cheget a été activée pour la première et unique fois. Cependant, le haut commandement a rapidement été en mesure de déterminer que la fusée n'entrait pas dans l'espace aérien russe et a rapidement annulé ses plans de préparation au combat et de représailles. Il a été déterminé rétrospectivement que, alors que les scientifiques de la fusée avaient informé du lancement du test trente États, dont la Russie, les informations n’avaient pas été transmises aux techniciens de radar russes.
Troisième ou quatrième ? La guerre froide est parfois elle-même qualifiée de Troisième Guerre mondiale, notamment dans une approche qui ferait de la guerre contre le terrorisme la « Quatrième Guerre mondiale ». Cette thèse se fonde sur le fait que l'affrontement mondial entre les deux blocs, communistes et capitalistes occidentaux, a eu pour conséquence des guerres ou l'alimentation de guerres. Celles-ci ont comme point commun d'avoir constitué des engagements par procuration entre l'URSS et les États-Unis : vignette|redresse=2.5 Guerre civile chinoise Guerre civile grecque Guerre de Corée Guerre du Vietnam, continuation de la guerre d'Indochine Guerre civile laotienne Guerre civile cambodgienne (1967-1975) Conflit armé birman Guerre civile angolaise Guerre civile du Mozambique Crise congolaise Guerres civiles en Éthiopie Guerre de la frontière sud-africaine Conflit armé colombien Guerre civile du Salvador Conflit israélo-arabe Guerre d'Afghanistan (1979-1989)
Depuis, certains ont introduit l'idée de Quatrième Guerre mondiale, ce qui sous-entend qu'il y en ait eu une Troisième, en l'occurrence la Guerre Froide. Néanmoins cette introduction de la Quatrième Guerre mondiale est faite en lui donnant une légère nuance : Contrairement à la connotation de la Troisième Guerre avec la fin des fins futures, la quatrième, qui aurait déjà commencé lors des attentats du 11 septembre 2001, conduisant aux guerres d'Afghanistan et d'Irak, ne verrait l'apocalypse que comme un risque possible de l'issue de ces conflits. Le passage de « troisième » à « quatrième » illustrerait aussi le changement d'adversaire du bloc capitaliste, le communisme étant remplacé par le nationalisme, dont notamment l'islamisme, dans les années 1990. Cette idée inclut aussi un conflit qui ne se concentre pas sur une zone délimitée comme jadis mais qui fait du monde entier un territoire de guerre, avec comme bataille les attentats (Charlie Hebdo, Boston, Bruxelles-Zaventem...).
Mais l'expression Troisième Guerre mondiale a également été employée en une occasion par l'ancien président américain George W. Bush pour désigner sa campagne militaire antiterroriste., ou pour évoquer la possibilité d'un conflit armé qui opposerait Israël et les grandes puissances occidentales à l'Iran et la Corée du Nord (soutenus par la Chine et la Russie) à propos de leurs programmes nucléaires respectifs dont le but supposé ne serait autre que la fabrication et l'utilisation d'armes de destruction massive..
Depuis l'année 2014, on parle aussi, en liaison avec des agissements réels ou supposés du Kremlin, de nouvelle guerre froide. La crise diplomatique russo-ukrainienne de 2021-2022 a pu être comparée de nombreuses fois à une Troisième Guerre mondiale. Cependant, celle-ci reste très localisée, le terme « mondial » est ainsi contesté..
Les nations : intégration ou non à un ordre international En , pour l'ex-président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, la montée de l'armement ainsi que les politiques menées, peuvent mener à une Troisième Guerre... Il base son analyse sur la difficulté à trouver les budgets nécessaires pour les besoins sociaux essentiels alors que les budgets militaires augmentent.. Il constate également que le contexte international est très tendu, alors que les politiciens, militaires et certains médias comme la télévision diffusent des idéologies agressives.
En , Robert Kagan écrit un article dans le magazine américain Foreign Policy., repris ensuite sur Slate. dans lequel il s'inquiète de l'avènement potentiel d'une Troisième Guerre mondiale face à l'expansionnisme territorial démesuré, au militarisme croissant et à la politique hégémonique de la Russie (en Europe de l'Est) et de la Chine (à propos des archipels Spratleys, Paracels et des îles Senkaku), assimilées à des , telles l'Allemagne nazie ou le Japon responsables de la Seconde Guerre mondiale. Pour lui, de telles puissances insatisfaites de l'ordre international établi profitent de la faiblesse et du laxisme des démocraties occidentales pour adopter une attitude nationaliste, militariste et toujours plus belliqueuse, et regrette la mollesse supposée de l'administration Obama devant les Russes et les Chinois.
La psychologie politique Donald Trump dit en vouloir établir des « zones sûres » en Syrie alors qu'il avait pourtant préalablement affirmé que cette idée mènerait à une Troisième Guerre.. Dans ce contexte, Alain Tourigny du journal québécois La Presse, prétend que l'attitude de Donald Trump pourrait mettre en danger le monde et conduire en effet à une Troisième Guerre mondialehttps://www.lenouvelliste.ca/opinions/donald-trump-futur-maitre-de-la-planete-afbf92b326cb11c0e308ecae5ff7c62c. La psychologie politique observe et problématise de tels comportements.
La place de l'intelligence artificielle et des robots dans une guerre future Une guerre devant en permanence être considérée comme possible, les armements sont en évolution, elle aussi permanente et parfois dans la difficulté en raison de la complexité croissante du lien entre matériel et logiciels, comme pour l'avion américain F-35.