vignette|redresse=1.3|La Liberté guidant le peuple par Eugène Delacroix (1830). vignette|redresse=0.9|Discours sur l'organisation des Gardes nationales par Maximilien Robespierre (1790). vignette|redresse=0.9|La devise de la République française.
La triade Liberté, Égalité, Fraternité est la devise officielle de la République française depuis l'article 4 de la Constitution de 1848 de la République. Elle a été inscrite à partir du centenaire de la prise de la Bastille, sur les frontons des édifices publics sous la République, et reprise dans l'article 2 de la Constitution de 1958 de la République.
(A ne pas se tromper, fête nationale en 1790 pdt la fête de la fédération)
C’est aussi la devise officielle de la république d'Haïti, mentionnée dans l'article 4 de la Constitution haïtienne de 1987.
Déjà présentes dans certains textes plus anciens comme la Constitution du Massachusetts (1780) Constitution of the Commonwealth of Massachusetts : , la liberté et l'égalité (sans la fraternité) sont établies comme principes en France dans l'article 1 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, texte cité dans le préambule de la Constitution de la Cinquième République française. : .
Ces trois mots apparaissent ensemble, parmi de nombreuses autres formules, pendant la Révolution française, pour la première fois dans un Discours sur l'organisation des gardes nationales de Maximilien Robespierre, imprimé et diffusé mi-, mais jamais prononcé, et répandu en province. Il proposait que « Liberté Égalité Fraternité » devienne la devise nationale, et qu'elle figure sur les uniformes de la garde nationale, accompagnée de l'inscription « Le peuple français »Le Discours sur l'organisation des gardes nationales est paru à Paris, chez Buisson, libraire, rue Hautefeuille, (1790, in-8° de 78 p.), et dans les numéros 656, 657 et 660 du Point du Jour, ou Résultat de ce qui s’est passé la veille à l’Assemblée Nationale de Barère, avant d'être réédité en province, notamment à Besançon chez Simard (in-8° de 61 p.). Voir Ernest Hamel, Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865, tome I : « la Constituante », , note 1.. Le , pendant la Terreur, la commune de Paris impose d'inscrire « La République une et indivisible - Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort » sur le mur de la maison commune et sur tous les édifices publics de la ville.
Cette devise est officiellement adoptée en France une première fois le par la Deuxième République, puis surtout après 1879 par la Troisième République, inscrite aux frontons des édifices publics lors de la célébration du .
Historique Origine Définir la France par une triple formule est une tradition bien plus ancienne que la Révolution, et celle de Joachim du Bellay longtemps restée proverbiale :
L'historienne Mona Ozouf exprime ses doutes sur l'ancienneté de cette triade, devenue à la fin du la devise officielle de la République :
La liberté et l'égalité en droits sont affirmées comme les deux principes fondamentaux dès la naissance dans l'article premier de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : « Article Premier. - Tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». Cependant, l'article 2e, qui énumère « les droits naturels et imprescriptibles de l'homme », en cite quatre sans mentionner l'égalité, : « la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.» Dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, l'article 2 associe à nouveau quatre droits, cette fois avec l'égalité : « . - Ces droits sont l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. ».
La fraternité apparaît également le sur les drapeaux des fédérés lors de la fête de la Fédération au Champ-de-Mars.. Pour Jean-Clément Martin, le principe de fraternité acquiert une valeur institutionnelle avec la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793, où elle est présentée indirectement comme une limite à la liberté : La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui ; elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait.
Considérations historiographiques vignette|redresse=1|Tympan de l'église Saint-Pancrace d'Aups dans le Var, avec une inscription datant de 1905 à la suite de la loi de séparation des Églises et de l'État.
Toujours selon Mona Ozouf, . L'historien de la révolution Aulard suggère que la fabrication de la devise s'est échelonnée en trois mouvements, chacun d'eux correspondant à une époque distincte du processus révolutionnaire. Voici d'abord la Liberté, concept le plus populaire des premiers jours de la Révolution. Puis le ouvre la carrière de l'Égalité avec le mouvement des Sans culottes. Et il faut attendre la fin de la période montagnarde pour voir donner sa chance à la Fraternité. Le rythme ternaire de la devise est donc un rythme de succession temporelle.
Mathiez, d'accord en cela avec Aulard, suggérait que la Fraternité avait été un apport plus tardif encore, ayant pour origine l'appellation de frère dans la Franc-maçonnerie, qui avait dû, pour s'imposer, attendre 1848. Au moulin de ces hypothèses historiennes, l'organisation calendaire des révolutions vient, du reste, apporter de l'eau : on avait distingué un an de la Liberté, inauguré le , un an de l'Égalité, ouvert le , et il n'y avait pas eu un an de la Fraternité.
Premiers usages vignette|redresse=1|Enseigne alsacienne de la période révolutionnaire, 1792.Freiheit Gleichheit Brüderlichk(eit) od(er) Tod (Liberté Égalité Fraternité ou la Mort)Tod den Tyrannen (Mort aux Tyrans)Heil den Völkern (Vivent les Peuples).
Camille Desmoulins associe les trois termes dans cet ordre en 1790, dans son journal Révolutions de France et de Brabant, à propos de la Fête de la Fédération du : .
Le premier député à avoir théorisé cette triade est Maximilien de Robespierre.. Cité dans . dans son Discours sur l'organisation des gardes nationales, imprimé mi- et diffusé largement dans toute la France par les Sociétés populairesLe Discours sur l'organisation des gardes nationales est paru à Paris, chez Buisson, libraire, rue Hautefeuille, (1790, in-8° de 78 p.), et dans les , 657 et 660 du Point du Jour, ou Résultat de ce qui s’est passé la veille à l’Assemblée Nationale de Barère, avant d'être réédité en province, notamment à Besançon chez Simard (in-8° de 61 p.). Voir Ernest Hamel, Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille, les sources originales et des documents entièrement inédits, Paris, A. Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1865, : « la Constituante », , ., même s'il ne fut jamais prononcé, ni le , ni les 27 et , jours où l'Assemblée constituante discuta des gardes nationales. Son projet de décret prévoyait leur tenue :
On retrouve cette devise dans la bouche de l'Anglais Lord Stanhope et de MomoroMarcel David, Le peuple, les droits de l'homme et la république démocratique, .. Ce dernier la reprend au Club des cordeliers le . Elle est mise en avant le lors de la « fête de la liberté » donnée pour soutenir les 138 Suisses de Châteauvieux, tous condamnés à mort pour rébellions à cause du retard de paiement des soldes.
Le Grand Orient de France a créé fin 1792 une loge militaire portant le titre distinctif « Liberté, Égalité, Fraternité » sise à l’orient de la légion franche étrangère. Cette loge a été installée le par la Respectable Loge « L’Amitié et Fraternité » (Orient de Dunkerque)Hervé Pinoteau, Le chaos français et ses signes, étude sur la symbolique de l'État français depuis La Révolution de 1789, Paris, Sainte-Radegonde, 1998..
C'est la Commune de Paris, pendant la Terreur qui imposera officiellement en premier cette triade assortie d'une menace de mort lorsque son maire, Jean-Nicolas Pache, ordonnera le de faire peindre la formule : sur la façade de la maison commune, sur tous les édifices publics de la ville et aussi sur des monuments aux morts. Mais lors de la Fête de la loi, célébrée le , en l'honneur de Simoneau, maire d'Étampes, la devise mise en avant était une autre triade : Liberté, Égalité, Propriété.
La devise est progressivement abandonnée avec la fin de la Révolution, le Directoire de l' à l' préconisant notamment le « serment de haine envers les monarchistes et les anarchistes », en lieu et place du « serment de fraternité »Marcel David, Le peuple, les droits de l'homme et la république démocratique, ..
Une légende attribue à Jean-Baptiste Belley, premier député noir français, l'idée d'ajouter le mot fraternité à la devise Liberté, Égalité.. Elle interprète le fait que le dans le numéro 347 du Père Duchesnes consacré à l'abolition de l'esclavage des Noirs, votée le et à sa commémoration au Temple de la Raison le 18 sous les auspices de Pierre-Gaspard Chaumette, Jacques Hébert, qui assimile les trois nouveaux députés de Saint-Domingue aux trois rois mages, termine son article en formulant la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" Aimé Césaire, Toussaint-Louverture, la révolution française et le problème colonial, Paris, Présence Africaine, 1981 (1961) p. 220-223 ; Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002 p. 378.
Première institution officielle de la triade vignette|redresse=1|La devise sur l'entrée du porche de l'École nationale d'administration (ENA).
La devise disparaît sous l'Empire et la Restauration avant de resurgir avec la révolution de 1830 et le retour du parti républicain. Elle sera par la suite régulièrement revendiquée par différents révolutionnaires, en particulier le socialiste Pierre Leroux, qui participe largement à sa reconnaissance comme principe de la République, mais aussi Alexandre Ledru-Rollin, Lamennais ou Philippe Buchez ; elle est également agréée par les participants au premier banquet communiste de Belleville, autour de Théodore Dézamy et de Jean-Jacques Pillot, en 1840, à condition que la fraternité contribue à étayer l'instauration de la « communauté »Marcel David, Le peuple, les droits de l'homme et la république démocratique, ..
Avec la révolution de 1848, la République l’adopte comme devise officielle le , grâce à Louis Blanc. Elle est ..
Parallèlement, le Grand Orient de France en fait sa devise officielle dans la rédaction de sa Constitution en 1849 et l'introduit même dans son rituel en 1887..
vignette|gauche|redresse=0.6|Pièce de de 1851.
Cependant encore une fois, la République se divise : la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848 et le retour de l'Empire remettent en question la diffusion de cette triade.
Ce n'est que le ,sous la République. que la triade Liberté, Égalité, Fraternité est placée sur les frontons de toutes les institutions publiques, elle est adoptée comme devise officielle, associée au comme fête officielle, au drapeau tricolore comme emblème officiel et à la Marseillaise comme hymne officiel de la RépubliquePhilippe Roger, « La Révolution française et la Justice ou le second exil d’Astrée », dans Justice, Liberté, Égalité, Fraternité, Sur quelques valeurs fondamentales de la démocratie européenne (sous la direction d'Olga Inkova), institut européen de l’université de Genève. malgré « quelques résistances, y compris chez les partisans de la République : la solidarité est parfois préférée à l’égalité qui implique un nivellement social et la connotation chrétienne de la fraternité ne fait pas l’unanimité ».