Seule la terre (L'expression anglaise «  » est employée pour désigner un territoire supposément favorisé par Dieu ; dans les faits elle renvoie souvent au Yorkshire.) est un film dramatique romantique britannique écrit et réalisé par Francis Lee, sorti en 2017.

Le film raconte l'histoire d'un jeune fermier solitaire du Yorkshire, et de sa rencontre avec un ouvrier agricole roumain recruté pour pallier le retrait du père devenu invalide.

Majoritairement salué par la critique, qui le compare beaucoup au Secret de Brokeback Mountain d'Ang Lee, tout en lui reconnaissant un traitement très différent des thématiques de l'homosexualité et de la ruralité, le film constitue le premier long-métrage de son réalisateur.

Il est sélectionné dans la catégorie « World Cinema Dramatic » et projeté en avant-première mondiale en au Festival du film de Sundance dont il remporte le prix du meilleur réalisateur., ainsi que le Hitchcock d'or au Festival du film britannique de Dinard 2017... Le , lors des British Independent Film Awards 2017, il remporte le British Independent Film Award du meilleur film ainsi que plusieurs prix, dont celui de meilleur acteur pour Josh O'Connor.

Synopsis Johnny Saxby (Josh O'Connor) vit dans la ferme familiale du Yorkshire avec son père Martin (Ian Hart), diminué par un accident vasculaire, et sa grand-mère Deirdre (Gemma Jones). Son quotidien est marqué par le dur travail auprès des bêtes, des escapades solitaires au bar de la ville voisine et de brefs et froids ébats avec de jeunes hommes inconnus.

Alors que la saison de l'agnelage approche et que la santé du patriarche décline, le seul candidat à postuler pour travailler à la ferme est un saisonnier roumain, Gheorghe Ionescu (Alec Secăreanu). Au départ conflictuelle, leur relation finit par basculer et de nouveaux sentiments inattendus apparaissent.

Fiche technique

Titre original : Titre français : Seule la terre Réalisation et scénario : Francis Lee Direction artistique : Stéphane Collonge Décors : Pedro Moura et Celina Norris Costumes : Sian Jenkins Photographie : Joshua James Richards Montage : Chris Wyatt Musique : Dustin O'Halloran et Adam Wiltzie Production : Manon Ardisson, Anna Duffield, Diarmid Scrimshaw et Jack Tarling Sociétés de production : British Film Institute, Creative England, Met Film Production, Shudder Films, Inflammable Films et Magic Bear Productions Sociétés de distribution : Picturehouse Cinemas (Royaume-Uni) ; Pyramide Distribution (France) Pays d'origine : Langue originale : anglais Format : couleur - 35 mm - 1,85:1 Genre : drame romantique Durée : 104 minutes Dates de sortie : États-Unis : (Festival du film de Sundance) France :

Distribution Josh O'Connor : Johnny Saxby Alec Secăreanu : Gheorghe Ionescu Gemma Jones : Deidre Saxby Ian Hart : Martin Saxby

Production Développement et adaptation Seule la terre constitue le premier long-métrage de son réalisateur.. Francis Lee raconte avoir « couché sur papier naïvement » son scénario, sans certitude de produire ni réaliser ensuite ce projet.

Ayant grandi en milieu rural et agricole, Lee présente le film comme « personnel » mais pas autobiographique.. L'idée lui vient d'un questionnement intime, presque uchronique, sur ce qui aurait pu se passer s'il avait fait le choix de rester dans sa région natale et qu'il y avait exploité la terre familiale, plutôt que de partir pour Londres..

Le personnage de Gheorghe est inspiré d'un immigré roumain que Lee a côtoyé dans une casse dans laquelle il travaillait avant de réaliser le film.

Le film reçoit le soutien financier du et du fonds Creative England..

Distribution Francis Lee déclare avoir travaillé avec des directeurs de casting à Londres et en Roumanie, ne connaissant personnellement aucun acteur de l'âge de ses deux personnages principaux. Il choisit de travailler avec Josh O'Connor grâce à des photos et quelques enregistrements vidéo qui lui sont communiqués. Lee est alors séduit par la capacité du jeune acteur à composer et se « transfigurer », épaté par un accent du Nord de l'Angleterre qu'il croyait naturel alors qu'O'Connor est originaire du Sud de l'île. Convaincu par les démos d'Alec Secăreanu, Lee lui reconnaît le même talent dans le dépassement de son personnage naturel. O'Connor joue quelques scènes avec d'autres acteurs roumains mais c'est avec Secăreanu que l'osmose paraît évidente.

Tournage

Trois mois avant le tournage (qui se déroule de jusqu'au début de l'été 2016), Francis Lee commence à travailler avec O'Connor et Secareanu à la constitution des deux personnages, de manière à établir de façon précise le parcours de vie de chacun d'entre eux en amont de l'intrigue, et ainsi à faciliter l'appropriation par les acteurs de tous les éléments nécessaires à leur interprétation. Lee choisit de séparer les deux acteurs au début du tournage, le temps de réaliser les scènes durant lesquelles l'animosité des personnages qu'ils interprètent est la plus forte. Par la suite, au fur et à mesure qu'ils se rapprochent, les deux acteurs passent davantage de temps ensemble, notamment à travers des soirées de binge watching (visionnages en rafales). L'ensemble des scènes a été tourné de manière chronologique..

En accord avec le directeur de la photographie, Joshua James Richards, puis le monteur Chris Wyatt, Lee opte pour des dialogues sobres et rares et des plans rapprochés en très grande majorité, de manière à proposer au spectateur une « expérience immersive ». Accordant une grande importance au son, Lee soigne la présence sonore du vent et des oiseaux.

Lee dit avoir choisi pour décors des paysages proches de ceux dans lesquels il a grandi et où il vit toujours.. Les paysages jouent un rôle essentiel dans l'œuvre ; le réalisateur déclare avoir eu comme projet « d'explorer le paysage ».

Le film est tourné dans les Pennines du Yorkshire, comté du nord de l'Angleterre, plus précisément dans le Yorkshire de l'Ouest, et en particulier dans le district de la Cité de Bradford, autour des villes de Silsden et Keighley. Quelques prises ont été effectuées à Otley et Haworth...

Le tournage est marqué par des conditions météorologiques parfois rudes, changeantes.. Les scènes d'agnelage montrent des brebis de race masham et de race swaledale, originaires du Yorkshire du Nord.

Accueil Sélections et sortie Le film est présenté pour la première fois lors du Festival du film de Sundance, le , où Francis Lee obtient le World Cinema Directing Award dans la catégorie Drames. Il est également sélectionné à la Berlinale 2017 où il est nommé pour le Teddy Award, remporté par Une femme fantastique de Sebastián Lelio. Seule la terre est également au programme en 2017 du Festival du film britannique de Dinard, du festival Chéries-Chéris à Paris, et des Festivals internationaux du film de Transylvanie, d'Édimbourg, de Chicago, de San Francisco, de Sydney, de Saint-Jean-de-Luz, de Stockholm et de Miskolc.

Le film sort le au Royaume-Uni, le aux États-Unis et le en France.

Réception Lee affirme avoir été surpris par la réaction du public américain, à la fois enthousiaste et puritaine. Alec Secăreanu rapporte que l'issue en happy end a également suscité l'approbation du public LGBT, selon lui peut-être peu habitué à des issues favorables dans le cinéma queer.

Accueil critique

Seule la terre a rencontré un accueil critique très favorable, obtenant 99 % d'avis favorables sur le site Rotten Tomatoes, basés sur 98 commentaires collectés et une note moyenne de et un score de sur le site Metacritic, basé sur 21 commentaires collectés, correspondant au statut .

Le festival de Sundance dit du film qu'« on peut en sentir la boue », présentant Francis Lee comme un des nouveaux talents majeurs, et sa réalisation comme « à ne pas manquer ».. Pour The Guardian, Peter Bradshaw attribue une note de 4 sur 5 au film, le décrivant comme approchant de près Dales Brokeback (associant ainsi au succès d'Ang Lee le paysage anglais de Francis Lee), ainsi que comme une « histoire d'amour très britannique, pleine à craquer d'émotions tues, de peurs tacites de l'avenir, et une disposition à substituer à chaque émotion un intense travail du corps »...

Ed Potton, dans The Times, donne également la note de 4 étoiles sur 5, et décrit un film « splendide » et « puissant », digne d'un Brokeback Mountain du Yorkshire. The Daily Telegraph encense l'alchimie « à la fois authentique et piquante » entre O'Connor et Secareanu..

En France, l'accueil critique est positif : le site Allociné recense une moyenne des critiques presse de , basée sur 16 critiques de presse collectées, et des critiques spectateurs à ..

Télérama salue les décors d'un film qui constitue à la fois « une rugueuse éducation sentimentale et une lumineuse chronique paysanne », et loue tout particulièrement la performance de Josh O'Connor.. Pour Le Monde, Murielle Joudet évoque un traitement pudique, un « romantisme tout en rétention », échappant aux clichés des idylles homosexuelles en ce qui concerne l'attitude des proches du protagoniste principal.. Le site FilmDeCulte attribue l'originalité du film à son évocation de « l'apprentissage d'une autre masculinité », parvenant à déjouer les poncifs des films « de coming out ». « Il y a, dans ce décor âpre, une tendresse qu'on n'avait pas vue venir ».. Têtu parle du film comme d'un « Brokeback Mountain sensible et délesté de tous les artifices hollywoodiens »... Le Parisien apprécie également la capacité du film à dépasser la simple évocation de l'homophobie prétendue du milieu rural pour largement dépeindre la rudesse et la solitude du métier de paysan.. L'Humanité se félicite aussi d'une intrigue plus réaliste que celle du Secret de Brokeback Mountain, donnant à une œuvre « dépouillée » des « accents documentaires ».. La Croix, qui apprécie la « sobriété » du style, voit dans le film un hommage aux « gestes ancestraux » de l'agriculture, qui constituent également le vecteur de rapprochement entre des personnages plongés dans la solitude. TVA salue une représentation « crue » mais « jamais vulgaire »..

Moins enthousiastes, Studio Ciné Live encense la « poésie brute » qui se dégage du film mais regrette la faiblesse relative du scénario, tandis que Positif admet quelques longueurs. Pour Libération, Jérémy Piette concède aux acteurs une « ferveur d'interprétation », mais déplore une « histoire à direction assistée » suivant le schéma classique « résistance, violence et acceptation », et un esthétisme poussant à « [larmoyer] ».. Au Québec, Éric Moreault (Le Soleil) salue autant les « qualités esthétiques » du film que l'« aplomb » du traitement, mais se dit déçu par la « trajectoire dramatique [...] convenue »..

Box-office

Distinctions Récompenses Festival du film de Sundance 2017 - section « World Cinema Dramatic » : meilleur réalisateur pour Francis Lee Berlinale 2017 : Jury Award de Männer Festival international du film de Transylvanie 2017 : prix spécial du jury Festival international du film d'Édimbourg 2017 : The Michael Powell Award for Best British Feature Film Festival du film britannique de Dinard 2017 : Hitchcock d'or Prix « Coup de cœur » Festival international du film de Chicago 2017 : Silver Q-Hugo Festival international du film de Stockholm 2017 : Meilleure direction pour Francis Lee Meilleur acteur masculin pour Josh O'Connor British Independent Film Awards 2017 : British Independent Film Award du meilleur film Meilleur acteur pour Josh O'Connor Meilleur son pour Anna Bertmark Meilleur premier scénario pour Francis Lee Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz Meilleure mise en scène pour Francis Lee Meilleur acteur pour Josh O'Connor

Nominations et sélections Festival du film de Sundance 2017 : grand prix du jury Berlinale 2017 : Teddy Award Festival international du film de San Francisco 2017 : Golden Gate Award Festival international du film de Transylvanie 2017 : Trophée Transilvania