L'épreuve du marathon aux Jeux olympiques de 1896 se déroule le près d'Athènes, en Grèce. Le départ est donné dans la ville de Marathon et l'arrivée se déroule au Stade panathénaïque d'Athènes, soit à parcourir. Elle est remportée par le Grec Spyrídon Loúis en , le podium étant complété par le Grec Kharílaos Vasilákos en et le Hongrois Gyula Kellner en .

Inspirée de la légende antique de Phidippidès, cette course est à l'origine une idée de Michel Bréal ensuite vivement défendue par le fondateur des Jeux olympiques modernes, Pierre de Coubertin. Les Grecs acceptent l'initiative avec enthousiasme et notamment Georges Averoff, principal mécène et source financière des Jeux. Le marathon fait partie des douze épreuves d'athlétisme au programme des premiers Jeux olympiques et est directement la favorite du peuple grec, ce qui implique une forte sélection de leur part et une grande ferveur populaire en vue de la course.

Dix-sept athlètes représentant cinq nations, dont treize Grecs, participent à la compétition une fois le départ donné à mais seulement dix parviennent à terminer la course. Sont en cause des conditions climatiques relativement difficiles mais surtout le manque de préparation des athlètes étrangers, ceux n'ayant jamais couru une telle distance auparavant étant finalement contraints à l'abandon même s'ils ont mené pendant la majeure partie de la course.

L'épreuve est également marquée par la fraude du Grec Spyrídon Belókas, disqualifié par le prince Georges de Grèce alors qu'il est arrivé troisième parce qu'il a en réalité fait une partie du trajet dans une charrette. Deux anecdotes de refus de participation entourent aussi la course : celle de l'Italien Carlo Airoldi par le prince héritier Constantin pour cause de professionnalisme et celle de Stamáta Revíthi par le comité d'organisation car elle est une femme, bien qu'elle décide de courir tout de même la distance le lendemain.

La victoire de Spyrídon Loúis crée une légende autour de ce porteur d'eau de Maroússi inconnu auparavant . Poussé à concourir par le colonel Geórgios Papadiamantópoulos qui remarque son endurance lors de son service militaire, il est acclamé par les du stade panathénaïque dans une scène de liesse qui marque les observateurs. Couvert d'honneurs, il reçoit de nombreux cadeaux, dont la coupe d'argent de Michel Bréal, mais en refuse la plupart et retourne à l'anonymat jusqu'à sa réapparition remarquée lors des Jeux olympiques de 1936 à Berlin. Il apparaît pour les historiens olympiques contemporains que cette victoire grecque au marathon a été déterminante à la pérennité des Jeux, Charles Lovett commentant par exemple que .

Contexte Jeux olympiques de 1896

Lorsque les Jeux olympiques modernes sont programmés pour 1896, les initiateurs et organisateurs sont à la recherche d'une grande épreuve les caractérisant tout en rappelant la gloire de la Grèce antique. Il est cependant à noter que de telles courses de fond n'étaient pas présentes aux Jeux olympiques antiques, et qu'il s'agit donc d'une innovation de l'époque moderne.

gauche|vignette|Statue de Phidippidès, près de Marathon, illustrant le mythe.|alt=Statue d'un homme en tenue militaire antique, tenant un bouclier et levant la main droite avec une torche.

L'idée de la course du marathon provient à l'origine du linguiste français Michel Bréal, celui-ci s'inspirant de la légende de Phidippidès et de sa course de Marathon à Athènes . Il évoque tout d'abord ce projet au Congrès olympique qui a lieu du 16 au , dans l’amphithéâtre de la Sorbonne. L'idée est ensuite fortement soutenue par Pierre de Coubertin qui la propose officiellement lors du comité d'organisation des Jeux.

Les Grecs adhèrent à cette initiative avec un fort enthousiasme, y compris l'homme d'affaires et mécène Georges Averoff, principale source financière des Jeux et de la restauration du Stade panathénaïque.. Le marathon fait ainsi partie des douze épreuves d'athlétisme au programme des premiers Jeux olympiques. Une course cycliste également inspirée de la légende de Phidippidès est aussi au programme, réalisant un aller-retour entre Athènes et Marathon sur .

Le mont Pentélique se dressant sur le chemin, il existe en réalité deux chemins potentiellement empruntés par le coureur légendaire : soit par le nord, soit par le sud. Ce dernier itinéraire correspond à peu de chose près à la route contemporaine entre Marathon et Athènes, qui suit la baie de Marathon et longe la côte vers le sud, puis effectue une montée douce vers l'ouest en direction d'Athènes, entre le Pentélique et l'Hymette. Ce parcours mesure , ce qui inspire donc la distance approximative utilisée pour les premiers marathons. Cependant, il est suggéré que Philippidès aurait pu suivre l'itinéraire par le nord du Pentélique, qui s'avère plus court avec ses , mais comprend une montée initiale très raide sur plus de , ce qui peut être considéré comme moins adapté à une course de fond.

Participants Courses de sélection grecques Les Grecs ont d'emblée une forte volonté d'exceller dans cette épreuve créée d'après leur histoire. Charles Lovett rapporte que, selon certaines sources d'époque, jusqu'à trois Grecs seraient morts en s'entraînant pour le marathon olympique.

vignette|Burton Holmes immortalise ces coureurs Grecs s'entraînant pour le marathon. L'athlète Kharílaos Vasilákos (premier vainqueur d'un marathon) figure au centre, tandis que ceux à ses côtés restent non identifiés.|gauche|alt=Trois hommes en habits amples et en pleine course sur une route de campagne.

Ils organisent une première course de sélection pour le marathon olympique le (calendrier grégorien, soit le pour le calendrier julien alors en vigueur en Grèce) dans le cadre d'un rassemblement sportif panhellénique. Douze athlètes prennent part à cette première course officielle d'un marathon jamais organisée. Celle-ci est remportée par Kharílaos Vasilákos en .. Lui et les cinq suivants sont directement qualifiés pour le marathon olympique. Pour David Martin et Roger Gynn, Kharílaos Vasilákos est d'ailleurs une des figures les plus importantes de l'histoire du marathon en raison de cette première victoire, mais il est généralement éclipsé par Spyrídon Loúis et sa victoire olympique.

vignette|Liste des au , deuxième épreuve de sélection pour les Grecs.|alt=Liste de noms écrits en grec sur deux feuilles.

Les organisateurs grecs, cherchant toujours à avoir la meilleure équipe possible, organisent une deuxième course de sélection deux semaines plus tard le (ou julien), soit quelques jours avant le début des Jeux. L'organisation de cette seconde étape de sélection aurait peut-être été motivée par le fait que le Hongrois Gyula Kellner court entre-temps en trois heures la même distance, soit près de vingt minutes plus vite que le favori grec. Avant la course, les trente-trois (ou trente-huit, selon les sources) athlètes présents sont prévenus qu'il est toutefois nécessaire de battre le temps de Kharílaos Vasilákos en afin de se qualifier. L'épreuve est remportée par Ioánnis Lavréntis en . Après lui, ce sont Ioánnis Vrettós (), Elefthérios Papasymeón () et Ilías Kafetzís () qui parviennent à obtenir leur place.

Le futur vainqueur du marathon olympique, Spyrídon Loúis, se classe quant à lui cinquième de cette épreuve de sélection en et est suivi par Stamátios Masoúris en . Initialement, ces deux athlètes ne sont donc pas dans les critères pour courir le marathon olympique, mais la faible différence de temps avec la limite imposée et les mauvaises conditions de course convainquent les officiels de les inscrire tout de même, ce qui est probablement aidé par l'affection que le colonel Geórgios Papadiamantópoulos, responsable de sélectionner les athlètes, porte à Spyrídon Loúis. Un dernier athlète, Sokratis Lagoudakis, est ajouté à la liste grecque sans que l'on sache si ses capacités athlétiques ont été testées.

Il est probable que ces deux courses de sélection se soient déroulées trop près du marathon olympique pour que les athlètes aient eu le temps de totalement récupérer, ce qui a peut-être handicapé certains membres de la délégation grecque.

Spyrídon Loúis

Spyrídon Loúis est avant la course totalement anonyme, mais sa victoire crée ensuite des anecdotes probablement apocryphes et des légendes sur son existence précédant les Jeux.

gauche|vignette|Spyrídon Loúis lors des Jeux.|alt=Un homme avec un couvre-chef, une moustache et une fustanelle regarde la caméra.

Même sa profession exacte reste incertaine, l'homme pouvant être, selon les versions, un pauvre berger, un riche fermier ou encore un postier. Raymond Pointu juge toutefois plus plausible une carrière de postier que de berger ; le journaliste rapporte également qu'il aurait pu être porteur d'eau entre son village natal de Maroússi et Athènes. Selon lui, Pierre de Coubertin aurait accrédité la thèse d'un Spyrídon Loúis berger, mais il remet en cause la pertinence de sa parole car l'organisateur des Jeux aurait eu à l'époque d'autres occupations que de vérifier sérieusement cette information. Selon David Martin et Roger Gynn, il était bien porteur d'eau et le trajet quotidien de plusieurs dizaines de kilomètres qu'il faisait au pas de course serait à l'origine de son excellente endurance sans entraînement sportif spécifique. Cette profession de porteur d'eau semble être la plus souvent considérée comme la vraie par les sources contemporaines, dont le Comité international olympique...

En 1896, Spyrídon Loúis a et est en train de terminer son service militaire au grade de sergent dans le grec d'infanterie sous la responsabilité du colonel Geórgios Papadiamantópoulos. Ce dernier constate sa très bonne endurance lors des exercices et, en tant que membre du comité d'organisation des Jeux, il finit par convaincre Loúis de prendre part aux qualifications, puis à la course officielle. Philippe Jaenada raconte notamment une anecdote selon laquelle le colonel aurait un jour oublié ses lunettes à plus d'une dizaine de kilomètres de la caserne et comment Spyrídon aurait fait l'aller-retour à la course en moins de deux heures, ce qui aurait convaincu le colonel de ses capacités.

La veille de la course, on raconte qu'il se serait préparé d'une façon spirituelle, en jeûnant et priant devant des icônes. Cette préparation religieuse est également celle suivie par la majorité des coureurs grecs..

Autres coureurs Raymond Pointu évoque les grandes incertitudes autour du nombre d'athlètes se rendant à Marathon pour la course, celui-ci variant entre les sources et les témoignages de seize à vingt-cinq. C'est ce dernier nombre qui est, selon le journaliste, le plus souvent retenu comme dans le rapport officiel, qui reste toutefois imprécis en évoquant . Cela est en léger désaccord avec les sources statistiques d'Olympedia et du Comité international olympique, qui listent respectivement vingt-quatre et vingt-deux inscrits.

Les sources contemporaines convergent cependant sur le fait que dix-sept coureurs prennent effectivement le départ. Parmi eux, on compte notamment treize athlètes grecs et quatre étrangers : l'Australien Edwin Flack , l'Américain Arthur Blake , le Français Albin Lermusiaux et enfin le Hongrois Gyula Kellner. Ce dernier est le seul parmi les non-Grecs à avoir déjà couru une telle distance, un à Budapest en trois heures. Malgré son inexpérience sur des courses de fond, l'Australien est fort de ses deux victoires et aurait avancé que les autres concurrents avaient . Tous les concurrents inscrits sont transportés au village de Marathon la veille de la course, soit le ( en calendrier julien), et sont à partir de là sous la charge d'une équipe d'officiels.

vignette|Carlo Airoldi fait le trajet à pied depuis l'Italie mais sa participation lui est refusée par le prince Constantin, au motif qu'il serait professionnel..|alt=Un homme à moustaches torse-nu montre ses biceps.