Augusto Timoteo Vandor (Bovril, province d'Entre Ríos, 1923 ― Buenos Aires, 1969)Data Básica était un dirigeant syndical argentin du secteur métallurgique.
Après une brève carrière militaire comme sous-officier de la marine argentine, Vandor rentra dans le civil et connut, surtout à partir de 1954, une ascension irrésistible dans le monde syndical, réussissant, malgré les réticences de Perón qui le soupçonnait de corruption et de vouloir secrètement empêcher son retour d’exil, à avoir la main sur 62 des comités syndicaux qui composaient la centrale CGT. Le vandorisme, consistant en une politique de négociation et de compromis, voire de collusion, avec le patronat et avec le pouvoir post 1955, conjuguée à une attitude autoritaire, tendant à éliminer les militants plus combattifs et ne reculant pas devant les violences physiques à l’encontre de ses adversaires, valurent à Vandor une inévitable opposition interne, qui finit par faire éclater la CGT en deux fractions en 1968. Son assassinat par cinq coups de feu dans son bureau n’a pas pu être totalement élucidé, mais doit sans doute être imputé à un groupe d’activistes se réclamant du péronisme révolutionnaire.
Premières années et carrière militaire Augusto Vandor était originaire de Bovril, petite localité de la province d'Entre Ríos, où il grandit aux côtés de ses sœurs Mercedes et Celina, nées comme lui du mariage de Roberto Vandor, paysan français d’ascendance hollandaise, et d’Alberta FacendiniFamilia.
En 1941, à l’âge de 17 ans, après avoir travaillé quelque temps dans une station service, dans une centrale électrique et dans un entrepôt de laines et cuirs, Augusto Vandor décida de s’enrôler dans la flotte navale argentine comme sous-officier machinistePrimeros Años. Il suivit d’abord une formation militaire à l’École de mécanique de la Marine (ESMA) à Buenos AiresInicios, avant de prendre du service à bord d’un dragueur de mines, le Comodoro Py.
À 24 ans, en 1947, détenteur alors du grade de caporal-chef machiniste, Vandor décida de solliciter sa démission (ce qui lui sera accordé), mettant fin ainsi à sa carrière militaire, et adhéra au mouvement péroniste..
Carrière syndicale Trois ans après avoir quitté la carrière militaire, il fit ses premiers pas dans l’activité syndicale au sein de l’équipe ouvrière de l’usine Philips de Saavedra, dans la proche banlieue nord-ouest de Buenos Aires. C’est là aussi qu’il fit la rencontre d’Elida María Curone, qui deviendra son épouse en 1963. Il se signala bientôt dans le milieu syndical par ses capacités de négociation et par sa ténacité, qui lui valurent le surnom de El Lobo (le Loup). En 1954, sous le deuxième gouvernement de Perón, il prit la tête d’une grève, qui, lancée initialement sur des revendications salariales, se termina par la victoire des grévistes et consacra la réputation de Vandor dans le monde syndical. Dès cette époque, il apparut comme un dirigeant d’un style nouveau, négociateur vigoureux, qui avait réussi à résoudre en sa faveur les dissensions internes existant au début du conflitSindicalismo I.
En , à la suite du coup d’État civico-militaire et de l’instauration subséquente de la dictature autodénommée Révolution libératrice, Vandor resta emprisonné pendant six mois et fut licencié de Philips. Vandor ne fera sa réapparition sur la scène du syndicalisme qu’à partir de 1958, année qui vit l’élection d’Arturo Frondizi à la tête de l’État et où l’activité syndicale fut à nouveau autorisée en vertu de la loi 14.250, qui allait aussi permettre, conformément à ce qui aurait été secrètement pactisé entre Frondizi et Perón, le retour des péronistes à la direction des grands comités syndicaux. Vandor, dont il a été supposé qu’il ait rencontré Perón dans son lieu d’exil de Ciudad Trujillo, parvint à se hisser à la tête de l’Union ouvrière métallurgique (UOM, en espagnol Unión Obrera Metalúrgica), puis, plus tard, à partir de , à prendre la direction des 62 organisations syndicales péronistes, et par là à devenir l’homme le plus influent de la centrale CGT.
L’on assista depuis lors à l’émergence, au sein du péronisme, d’une faction dénommée vandorisme, se caractérisant par son participationnisme (c’est-à-dire sa volonté de compromis avec le patronat), par sa disposition à pactiser avec le gouvernement de facto, et par son adhésion au péronisme sans Perón, alias néo-péronismeVandorismo.
En 1959, le modèle développementaliste de Frondizi étant entré en crise, les puissances économiques argentines placèrent à la tête du ministère de l’Économie l’ingénieur Álvaro Alsogaray, qui signa un accord avec le Fonds monétaire international et imposa un strict plan d’ajustement structurel. Le mouvement ouvrier répliqua par une vague de grèves, où, dans la métallurgie, l’arrêt de travail se prolongea sur plus d’un mois, paralysant l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie argentine. Le gouvernement de Frondizi résolut alors de pactiser avec Vandor par le truchement d’un fonctionnaire du ministère du Travail, Rubens San Sebastián. Celui-ci parvint à un accord avec Vandor prévoyant des hausses de salaire en contrepartie d’une perte de droits sociaux pour les travailleurs et d’une augmentation de la productivité. Depuis lors, les rumeurs allaient bon train sur la plantureuse gratification que Vandor aurait reçue en échange de la signature de la convention. Il est certain que son mode de vie changea notablemente : sur l’hippodrome huppé de San Isidro, il devint, naguère encore simple spectateur et parieur passionné, subitement un important propriétaire de chevaux de course.
En 1963, Vandor se fera l’idéologue et l’animateur du conflit de travail le plus dur auquel fut jamais confronté un pouvoir démocratique en Argentine — en l’espèce le gouvernement d’Illia —, le « plan de lutte » de Vandor comportant en effet l’occupation de plus de .
Relation avec Perón vignette|Augusto Vandor en 1964. Vandor fut le grand promoteur de l’Opération retour (Operativo Retorno) destiné à permettre à Perón de revenir de son exil espagnol en Argentine. Le , la Commission Pro-Retorno, dirigé par Vandor, partit pour Madrid afin de faire escorte à l’ancien président lors de son voyage de retour. Cependant, à leur arrivée à l’aéroport du Galeão, à Rio de Janeiro, le gouvernement militaire brésilien ordonna à ladite Commission, sur les instances du gouvernement d’Illia, de rebrousser chemin à destination de Madrid. Dans l’entourage de Perón, des soupçons commencèrent à se faire jour que l’opération manquée avait été en fait une manœuvre de Vandor visant à démontrer au peuple argentin que Perón ne pouvait pas rentrer au pays et qu’un péronisme sans Perón était donc inéluctable ― thèse du mouvement néopéroniste, dont le principal tenant était incontestablement Vandor lui-même. Depuis lors, les relations entre Vandor et Perón allèrent de mal en pis, et le conflit éclata au grand jour à l’occasion des élections provinciales de 1965, lorsque Perón dépêcha en Argentine son épouse Isabel pour entériner les binômes (duo de candidats) péronistes et répudier les candidats vandoristes.
En , quelques jours seulement après que tous ses candidats eurent été battus par ceux de Perón, Vandor, comme il se trouvait sur le champ de courses de San Isidro, fut la cible d’un attentat d’où il sortit toutefois indemne.
Vers la même époque circulait une lettre de Perón adressée à José Alonso, alors secrétaire général de l’Association ouvrière du textile et rival de Vandor au sein de la CGT, lettre dans laquelle le líder exilé déclarait :
Tensions au sein de la CGT Durant le premier semestre de 1966, des affrontements internes se produisirent dans le syndicalisme péroniste et au sein même de l’UOM. Le de cette année, le Congrès national du syndicat entama ses séances à Avellaneda, dans la proche banlieue industrielle sud-est de Buenos Aires. Pendant une pause, dans une brasserie du quartier, des coups de feu furent échangés entre les principaux dirigeants de l’UOM, dont Vandor et son second, Rosendo García, et les délégués du péronisme révolutionnaire, dont Domingo Blajaquis et Juan Salazar ; la fusillade se solda par trois morts, Blajaquis, Salazar et Rosendo García. L’écrivain Rodolfo Walsh, dans son célèbre essai ¿Quién mató a Rosendo?, rend Vandor responsable des trois morts, y compris donc celle de García. L’exposé de Walsh était en accord avec les expertises balistiques, que l’autorité judiciaire n’avait pas prises en considération lorsqu’elle décida d’absoudre Vandor de toute culpabilité et de toute charge.
Le gouvernement d’Illia fut renversé par un nouveau coup d’État militaire le , dont Vandor fut l’un des protagonistes. C’est à ce titre qu’il assista à la cérémonie d’investiture du dictateur Onganía et qu’il exprima devant la presse sa satisfaction concernant les bonnes intentions du nouveau président envers le mouvement ouvrier organisé. Mais il était inévitable que la gestion autoritaire et négociatrice de Vandor suscitât l’émergence d’un noyau d’opposants en désaccord avec les politiques de la dictature et exclus de l’activité syndicale par la faction vandoriste ; aussi, lorsqu’en le Congrès normalisateur de la CGT se réunit à Buenos Aires, il fut abruptement mis fin aux sessions par la fractionnement de la CGT, qui se scinda en la CGT Azopardo (du nom de l’avenue Azopardo, adresse du siège central de la CGT), emmené par Vandor, et en la CGT de los Argentinos (CGTA), dirigé par le chef des ouvriers du livre, Raimundo OngaroSindicalismo II.
Assassinat