Fernand Dumont ( né a Montmorency, Québec le , décédé au Québec le ..) est un sociologue de la culture, professeur, essayiste, poète, théologien et philosophe québécois.
Considéré comme une référence en son domaine, une figure marquante pour la sociologie, la philosophie et l'épistémologie des sciences sociales, il a obtenu de nombreux prix et distinctions en sciences humaines et en philosophie. Bien qu’il soit avant tout connu pour son apport dans les sciences humaines, son œuvre poétique a fait l’objet d’études savantes.
Biographie
Titulaire d'une maîtrise en sciences sociales de l'Université Laval, il a également étudié la psychologie à La Sorbonne. Il a complété un doctorat en sociologie à Paris ainsi qu'en théologie à l'Université Laval en 1986.
Il est l'auteur du rapport Dumont, qui diagnostique un état de crise religieuse au Québec en 1968.
En 1960, il fonde la revue Recherches sociographiques avec Jean-Charles Falardeau et Yves Martin.
Professeur titulaire au département de sociologie de l'Université Laval en 1965, il a également été le président-fondateur de l'Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC). L’IQRC sera rattaché à l’Institut national de la recherche scientifique en 1994.
Toujours en 1965, Dumont devient le directeur d'études associées à l'École des hautes études de Paris.
Il va également collaborer à la conception de la loi 101 (Charte de la langue française) en 1977 avec le ministre Camille Laurin et le sociologue Guy Rocher.
Conception de la culture
Les écrits sociologiques de Fernand Dumont peuvent être abordés à la lumière d'une théorie générale de la culture. C'est notamment dans des œuvres comme Dialectique de l'objet économique (1970), Les Idéologies (1974), L'Anthropologie en l'absence de l’homme (1981), mais surtout dans Le Lieu de l'homme (1968) que Dumont expose sa théorie générale de la culture.
Sa sociologie de la culture se construit à partir de la « crise de la culture », qui coïncide avec l'avènement de la modernité.
Le point de départ du raisonnement dumontien tente de répondre à cette question triviale, mais centrale pour une sociologie de la culture : Pour tenter d'y répondre, Dumont propose une ontologie de la culture qui prend acte de cette crise de la culture, laquelle semble être aux fondements de la société moderne. Cette ontologie de la culture se fonde dans la distance que se donne l'individu dans sa culture et dans le dédoublement de celle-ci. Selon Fernand Dumont, la culture Dans ce dédoublement de la culture, Dumont conçoit ainsi une solidarité « initiale » qui se réalise dans une médiation dialectique s'opposant directement au positivisme moderne.
Distance et dédoublement de la culture
Selon Fernand Dumont, la culture est en soi dialectique, car elle se comprend à la lumière d'un dédoublement entre la culture dite « première » et la culture dite « seconde ». Ce dédoublement dans la culture est un constat ontologique chez Dumont, La culture première, Dumont le dit directement, est un donné. Cependant, l'individu qui est submergé par la culture première a besoin d'effectuer une synthèse, de bien comprendre la distance qu'il peut construire avec cette culture, pour se révéler à lui-même d'abord et au monde ensuite, qu'il appartient à une culture singulière. Dumont le dit carrément : Pour Dumont, alors que la culture première est un donné et semble être , la culture seconde est un construit et
Entre ces deux cultures va ainsi se créer une distance dans laquelle est possible, pour Dumont, le processus de stylisation. En d'autres termes, Dans la conception dumontienne de la culture, cette distance est surtout envisageable par des « objets » insérés entre l'individu et le monde. La conception de deux mondes, de deux cultures est clarifiée dans ce passage : Désormais, cette distance entre les deux cultures permet de concevoir la pratique significative, soit en tant qu’événement, en s'inscrivant dans cette distance, soit en tant qu'avènement, en accentuant ou en rompant la distance. D'ailleurs, cette distinction entre événement et avènement est centrale pour la théorie générale de la culture de Dumont. Suivons-le un moment :
Enfin, la conception de la culture chez Fernand Dumont engage directement vers une pensée dialectique qui se construit dans la distance entre la culture première et la culture seconde ; c'est d'ailleurs là qu'on peut situer le fondement de la théorie de la culture chez ce sociologue.
La mémoire collective comme solidarité ontologique
Une des manières d'aborder le concept de mémoire collective chez Fernand Dumont est certainement de le faire par le biais de sa conception de la culture développée dans L'avenir de la mémoire (1995).
Engageant une véritable visée synthétique, cet ouvrage écrit à la fin de sa vie permet d'aborder la culture directement dans la distance, de même que par la solidarité initiale entre l'individu et le monde qui en découle. Suivons-le dans cette étonnante page de ce petit livre :
Pour Dumont, la mémoire collective est un véritable projet de la culture, qui s'appuie sur la « magnifique distance » de celle-ci, tout en assurant la pérennité de la solidarité ontologique de l'individu avec son monde. L'idée de mémoire comme projet à « reprendre » fait appel également à la notion de transcendance, qui est d'une grande importance.
Que ce soit dans Le Lieu de l'homme, ou bien dans Raisons communes (1995), la transcendance est, pour Dumont, la condition même de l'existence de la mémoire collective, qui interpelle directement la distance dans la culture. En tant que projet à reprendre, la mémoire collective permet de boucler la boucle du projet de la culture de Dumont en récapitulant les médiations entre la culture première et la culture seconde. Effectivement,
Études sur la société québécoise
La Vigile du Québec (1971)
Signification dumontienne de la Révolution tranquille
Le passage de la société duplessiste à la Révolution tranquille illustre certainement pour la société québécoise, selon Fernand Dumont, les contours d'une rupture évidente et peut-être même radicale. Ce passage de Dumont résume bien le climat politique et social des années 1960 au Québec : La vision d'une « rupture » semble bien présente dans les écrits de Dumont, particulièrement lorsqu'il est question du regard que l'on pose sur la conception de l'« historicisme » qui est dégagée à l'intérieur des changements sociaux vécus lors de cette période. Effectivement, Dumont tend à présenter, pour y dégager une certaine critique, la vision du passé québécois que le mythe de la Révolution tranquille a illustrée dès ses tout premiers agissements. En ce sens, il semble pour Dumont que pour se donner en quelque sorte une légitimité, la dynamique politique qui opérait des changements sociaux a dû justifier ceux-ci par une relative destruction du passé québécois, lequel serait marqué désormais par une « grande noirceur ». C'est du moins en ce sens que Dumont nous raconte que
De plus, nous pouvons constater que la signification dumontienne la plus fondamentale de la Révolution tranquille, du point de vue historique, réside peut-être dans la volonté manifestée de la part des Canadiens-français, puis des Québécois, de s'approprier « leur » société, de s'approprier leur « nous ». Dans cette optique, cette réflexion de Fernand Dumont est éclairante : La Révolution tranquille aurait ainsi permis le développement d'une conscience historique à même de guider les grandes transformations et mutations que la société québécoise a connues.
Le terrain idéologique sur lequel se déploie la Révolution tranquille se comprend pour Fernand Dumont comme étant un délaissement progressif des traditions et des valeurs communes. Bien que certains changements sociaux, tels que la démocratisation de l'éducation et le développement chez les francophones d'une conscience historique, soient d'une certaine manière salués chez Dumont, comme chez Léon Dion d'ailleurs, il n'en reste pas moins que ses écrits produits dans les années 1960-1970 sont largement marqués par des inquiétudes. À ce titre, l'analyse dumontienne touchant à la transformation de la place des traditions et des valeurs communes témoigne d'un profond questionnement sur l'abandon, engendré par la critique radicale de la société conservatrice duplessiste, des valeurs traditionnelles et historiques. En ce sens, Les mutations idéologiques de la Révolution tranquille ont eu le mérite de critiquer et d'ébranler fortement la dynamique idéologique de la société duplessiste, cependant, elles n'ont pas suscité, selon Dumont, la construction de nouvelles bases idéologiques précises et communes sur lesquelles la société québécoise aurait pu s'appuyer pour continuer son parcours politique et historique. Du moins, on est en mesure d’admettre une telle chose au regard de la pensée qui dit que
Le Fernand Dumont qui écrit la Vigile du Québec en pleine crise d’octobre semble expliquer celle-ci comme étant en ligne directe avec les conséquences des mutations idéologiques découlant de la Révolution tranquille. D’ailleurs, ces années 1960-1970 étaient à ce point troublées et brouillées selon lui que la société québécoise semblait être à un carrefour à la fois idéologique, politique et sociale. En d’autres mots, Dumont dit que Les années 1960 marquent de façon brutale le choix que la société québécoise a dû faire concernant son avenir idéologique ; choix qui par ailleurs le plaçait dans un vide sur le plan politique et historique. Plus directement, nous pourrions dire que lorsqu’
Fernand Dumont met en place une réflexion qui semble s’inscrire dans la constatation d’une crise sociale dont les mutations et les transformations idéologiques de la Révolution tranquille constituent les fondements et les causes. En critiquant l’effondrement des valeurs communes, Dumont semble observer l’absence de médiations symboliques à même de s’exprimer à travers une Mémoire et une Politique. Telle est, selon Dumont, l’incapacité politique à laquelle la Révolution tranquille semble faire face : l’absence de vision commune autre que celle qui est basée sur une déconstruction du passé québécois.
Raisons communes (1995) Un constat Raisons communes est avant tout un constat. Pour mieux aborder la société québécoise contemporaine, Fernand Dumont s’interroge dans un premier temps sur les interprétations que cette société produit sur elle-même. Comment la société se représente-elle? Comment s’est-elle représentée? Il le dit directement : À cette question, le détour par la Révolution tranquille semble inévitable. Si l’on peut admettre que celle-ci a été précédée par des idées de contestation et de création, il convient de dire qu’elle a été avant tout une production étonnante de « projets collectifs » et surtout, d’interprétations radicalement nouvelles. D’ailleurs, ce regard sur la nature de la Révolution tranquille fait surtout prendre conscience à Fernand Dumont que celle-ci semble bel et bien terminée. Du moins, c’est ce que l’on comprend lorsqu’il mentionne que Ce qui paraît être le plus frappant lorsque l’on observe la société québécoise contemporaine, ce n’est pas seulement cette « interruption » flagrante de projets collectifs, c’est particulièrement l’incapacité pour cette société de se représenter elle-même, non seulement à travers des projets, mais également par le biais de l’interprétation collective. Dumont est clair : Ainsi, l’idée de crise revient souvent dans son constat : crise scolaire, crise des objectifs et des ressources; constat qui est à ce titre assez direct :