Les Études d'Hélène de Montgeroult représentent 114 pièces pédagogiques pour le piano. Leur composition s'étend de 1788 à 1812. L'ensemble est publié dans le monumental Cours complet pour l'enseignement du forte-piano conduisant progressivement des premiers éléments aux plus grandes difficultés, en trois volumes, les Études occupant les volumes . Elles sont numérotées de 14 à 127 dans le catalogue dit « JD » des œuvres de Montgeroult, établi par le musicologue français Jérôme Dorival.
L'importance historique du Cours complet commence à se faire jour avec les travaux de Jérôme Dorival, qui a écrit une biographie d'Hélène de Montgeroult parue en 2006. En outre, il promeut son œuvre par la création d'une maison d'édition musicale dévolue à la publication de ses partitions. Quelques interprètes jouent aujourd'hui les études de Montgeroult (ou d'autres œuvres), en concert (François-Frédéric Guy, Ilya Rachkovsky, Marcia Hadjimarkos) ou pour le disque (Bruno Robilliard, Edna Stern et Clare Hammond).
Présentation Histoire Hélène de Montgeroult a vingt-quatre ans en 1788, lorsqu'elle commence la rédaction de son Cours complet, pour un de ses élèves, le virtuose Johann Baptist Cramer (également élève au piano de Schroeter et Clementi) qui voulait des études originales ; elle l'achève en 1812 — à quarante-huit ans. La publication chez un libraire, Pelicier [s.d.], Place du Palais Royal et chez Janet & Cotelle pour le volume 3 (entre 1812. ou 1814Selon Viotti : . et 1820, selon les sources et sans doute en raison de plusieurs impressions successives), nécessite trois volumes in-folio. Le premier volume, outre l'introduction, une table des termes italiens, contient les 972 exercices. Les études occupent les deux derniers, divisées en deux groupes de 70 études intermédiaires et de 44 études complémentaires. Le volume trois contient également d'autres œuvres : des variations, trois fugues, un canon et une fantaisie en sol mineur. Grétry a fait l'éloge des fugues de Mongeroult dès 1800, les disant supérieures à celles de Haendel.
Louis de Trémont rapporte les circonstances :
thumb|Signature d'Hélène de Montgeroult sur l'exemplaire du cours complet de la BnF. Nommée professeur de piano au Conservatoire de Paris (classe de piano hommes), dès sa création en 1795, Montgeroult démissionne en . Les raisons invoquées publiquement étant des problèmes de santé, mais peut-être est-ce la concurrence et le choix de confier la rédaction d'une méthode officielle à un autre professeur, Jean-Louis Adam. La méthode fait 157 pages. plutôt qu'à elle — la rédaction du Cours complet étant déjà bien avancée — qui motive son départ. Certains passages de la préface du Cours complet le laissent à penser. Cet abandon de la vie de l'institution, n’empêche pas Hélène de Montgeroult de poursuivre son œuvre et ses cours particuliers. Après sa parution Sarrette — le fondateur et directeur du Conservatoire — en dépit de la méthode officielle, préconise le Cours complet à ses élèves.
Ses amis musiciens portent pour nom Rode, Baillot, Méhul, Gossec et Viotti. Elle n'usurpe certainement pas le qualificatif de — Louis François Dauprat. Programme du concert Hélène de Montgeroult (et Haydn, Schumann, Brahms, Mendelssohn) texte de Jérome Dorival , , Cité de la musique, 23 février 2017..
Instrument thumb|alt=photo : un piano-forte carré|Piano-forte de cinq octaves de fa à fa. Remarquez l'absence de pédales, les étouffoirs s’actionnant du genou. L'instrument auquel se destine les études est le piano-forte. Son évolution est sensible entre 1795 et 1830, le terme même de piano triomphant au début du siècle. Cette évolution est sensible dans la mécanique d'Érard (double échappement, 1808 perfectionné en 1821), Pape, Pleyel à partir de 1807, mais surtout dans l’ambitus du clavier qui ne cesse de s'étendre jusque passé le milieu du et quelques notes encore à la fin du . Dans la période de la fin du , l'étendue du clavier passe de cinq octaves, à six vers 1805 (Érard), puis six-et-demi avant 1825.
Les études , marquant un dépassement des cinq octaves, peuvent donc être plus tardives, alors que beaucoup d'autres sont très certainement déjà écrites avant 1791.
Musique Hélène de Montgeroult compose ces études avec une intention musicale et non plus de simples exercices comme le premier volume : . La marquise s'y montre . L'audition de certaines études rendent cette remarque évidente. Chaque étude est précédée d'un texte didactique intitulé observations, qui décrit le but recherché dans l'étude, son sens et donne des conseils sur les défauts à éviter, liant toujours soigneusement l'esprit de la musique et l'élément technique traité. Ces observations .
Ces textes sont sources d'informations précieuses et rendent compte notamment de nombre d'antériorités de préoccupations stylistiques (chant, rubato…) ou dans la technique pianistique (jeu sur les touches noires, doigts longs) qui, aux yeux des musicologues, est plutôt fixée avec Chopin et Schumann qu'avec une pianiste née au , cinquante ans avant la génération de 1810. En fait .
Le texte musical, en lui-même, livre de curieux , comme le dit J. DorivalC'est le titre de son essai paru dans le livret du disque chez Orchid Classics en 2017., de Schubert (), Beethoven (), Chopin (), Schumann et même Brahms (). En revanche, la connaissance, l'assimilation profonde du Clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach (), semblent elles aussi transparaître, à une époque où les premières partitions du cantor ne sont soit pas encore diffusées par les éditeurs, soit le sont à peine. Ce mystère s'explique dans sa propre formation pianistique avec Nicolas-Joseph Hüllmandel, installé à Paris vers 1776 et avec Dussek, disciples l'un et l'autre de Carl Philipp Emanuel Bach, l'un des fils aînés de Bach, auteur d'un célèbre Essai sur la véritable manière de jouer les instruments à clavier (1753 et 1762, rééd. 1787 et 1797).
{| border="1" cellpadding="1" cellspacing="0" style="font-size: 85%; border: gray solid 1px; border-collapse: collapse; text-align: left; width: 50%;" class="wikitable sortable alternance" |+Anticipations et influences dans les Études d'Hélène de Montgeroult |- style="background:#ececec" ! scope="col" style="width:10px;" |compositeur ! scope="col" style="width:10px;" |études ! scope="col" style="width:10px;" class="unsortable"|note |- | Bach | 7, 11, 19, 25, 48. D'une manière plus distanciée : 16, 48, 69, 75, 103, 105, 106.
| Beethoven | 110
| Brahms | 104
| Chopin | 39, 107
| Mendelssohn | 66
| Schubert | 55
Réception
La réception de l'œuvre pédagogique d'Hélène de Montgeroult, et donc des études, semble s'éteindre rapidement en raison notamment, de la cherté des trois impressionnants volumes100 francs représentent près de 20 % du salaire annuel d'un domestique (gagnant environ 500 francs/an). et surtout des brillantes œuvres naissant avec la période romantique, c'est-à-dire à partir de 1830. Peut-être aussi l'absence de titres tels que nocturne ou intermezzo aurait facilité leur survivance au répertoire.
Une étude plus poussée démontre une filiation et de curieuses ressemblances évoquées plus haut. Pour ce qui est de la filiation, les travaux de J. Dorival mettent en lumière les emprunts où son nom n'est pas cité, ou les inversions d'influence — voir par exemple pour Cramer, les études 66 et 92 et de nombreuses autres ; indiquant même que Cramer a en quelque sorte réalisé l'idéal pianistique du Cours Complet de Montgeroult.
Le musicologue accumule les curieuses ressemblances et, par recoupement, la quasi-certitude que, par exemple, Schumann connaissait la méthode de Montgeroult, puisque le père de Clara, Friedrich Wieck, l'un des plus célèbres professeurs de piano à l'époque, l'utilisait (une édition allemande des « études intermédiaires » est parue à Hambourg chez Cranz, vers 1830 et Wieck et sa fille, âgée de treize ans, visitent Paris de fin février à mi- ; six mois après l'arrivée de Chopin et où se trouve également Mendelssohn et LisztGeorges Ohsawa (trad. du japonais par Clim Yoshimi), Clara Schumann et la dialectique du principe unique, Gand, Centre Macrobiotique Kusa 1981 ( éd. 1948 ), . — Paris, capitale du piano). Maria Szymanowska (1789–1831), vers 45 min. et Marie Bigot (1786–1820) — qui donne des cours aux enfants Mendelssohn — l'utilisent elles aussi ; et Sigismund Thalberg (1812–1871) dans son Art du chant appliqué au piano (1853), recopie des passages entiers du Cours complet.
Fétis considère l'œuvre à l'égal de ceux de Clementi, Dussek et Cramer..
thumb|alt=gravure : deux mains posées sur le clavier|La position des mains sur le clavier. Gravure du Cours complet, jointe à l'introduction du premier volume. Dessin de Girodet. Antoine-François Marmontel témoigne également de ses études pianistiques guidées par le cours de Montgeroult :
Sachant que ce pédagogue a été le maître d' : Georges Bizet (1848–1851), Vincent d'Indy, Théodore Dubois, Louis Diémer, Francis Planté, Claude Debussy et Isaac Albéniz (1867), il est facile d'en déduire l'impact direct sur presque toute l'école du piano français, jusqu'à Alfred Cortot, Lazare-Lévy, Yves Nat, Marguerite Long, parce que tous élèves de Diémer. Dans son ouvrage, Les pianistes, Marmontel écrit sur le Cours complet qu'il...
Le Cours complet Préface Les textes précédant les exercices du premier volume du Cours complet sont assez concis : quinze pages, contenant préface et avertissement, avec les tables sur les mouvements. Après la préface (sur quatre pages), les autres pages concernent, plus pratiquement, l'explication du plan de l'ouvrage, le choix de l'instrument, la position du corps et de la main.
En seulement quatre pages, Hélène de Montgeroult nous confie sa problématique et les résolutions techniques qu'elle propose. D'abord, elle nous confie ses observations sur l'enseignement : Prenant comme perfection le chant, elle pose la question : Poursuivant l'analogie, elle prend la respiration du chanteur pour modèle : , invitant l'élève à chanter lui-même pour mieux comprendre l'imitation.
Elle recentre ensuite son discours sur le public pour lequel est destiné l'ouvrage :
Pour finir, elle évoque le tribut des grands musiciens, des grands maîtres de l'art :
Observations thumb|alt=photo : métronome de 1815 en forme de pyramide|Un métronome de Mälzel datant de 1815. Des observations, rédigées par Hélène de Montgeroult, sont reproduites de courtes citations au fil des études, lorsqu’elle prend soin d'indiquer le sens de l'étude qui suit à l'étudiant, mais plus particulièrement ses préoccupations musicales générales, qui laissent transparaître sa conception de l'interprétation et de la musicalité.
Chaque exemple musical présente les premières mesures de l'étude — ou éventuellement la fin de celle-ci ; parfois un second extrait, si l'étude est en plusieurs parties. Dans certains cas, est présenté un extrait d'autres compositeurs, pour mieux pouvoir observer et écouter les ressemblances que la partition rend à l'évidence. Pour ne pas surcharger les exemples, les doigtés de Montgeroult figurant dans l'original n'ont pas été retranscrits. En revanche, l'indication du métronome de Mälzel a été maintenue (sauf dans quelques cas), même si elle est manifestement trop rapide.
Contenu Étude 1 Étude en la majeur. . JD 14, 35 mesures.
Dans les traits où les mains . Après avoir recommandé la position des doigts, elle explique la méthode de travail préparatoire, tout en insistant sur le but : l'égalité et non la vitesse : .
Étude 2 Étude en ut majeur. . JD 15, 19 mesures.
Étude 3 Étude en ut majeur. . JD 16, 24 mesures.
Après avoir rappelé que les exercices sont exempts de deux éléments : jouer un morceau plus long et , Montgeroult donne le moyen : .
Étude 4 Étude en ut majeur. . JD 17, 55 mesures.
Dans les observations, elle donne le but recherché à la main gauche : .
Étude 5 Étude en mi majeur. . JD 18, 32 mesures.
Les doigts concernés sont les quatrième et cinquième : .