Le marché du travail désigne l'opération de rencontre entre les offres et les demandes d'emplois, étudié par l'économie.
En France, le marché du travail présente à la fois des similitudes avec les autres pays de l'OCDE et des différences, telle qu’un pourcentage élevé de salariés payés au salaire minimum (le SMIC) et un problème fort de dualité entre un secteur protégé et un second secteur sur lequel se concentrent la flexibilité et la précarité. La France partage cette forte segmentation avec l'Italie et l'EspagneFrancesco Giavazzi, Alberto Alesina, « Le libéralisme est-il de gauche ? », Telos ().. Les marchés du travail des pays Anglo-saxons se caractérisent par une flexibilité du travail plus importante et par une moins grande segmentation des parcours professionnels et des filières de recrutement. Au contraire, selon l'OCDE, il est plus facile de licencier un salarié en France qu'en Allemagne, en Belgique ou aux Pays-Bas.
Le marché du travail est très actif : pour Pierre CahucCahuc, 2005, chaque jour environ sont détruits et sont créés. Ce phénomène de destruction créatrice n’est pas spécifique à la France. Pour Pierre Cahuc il y aurait quelque pertinence à invoquer une loi des 15 % qui s’énoncerait de la manière suivante : « à l’échelle d’une nation, chaque année environ 15 % des emplois disparaissent et chaque année environ 15 % d’emplois nouveaux apparaissent »Cahuc, 2005, . Néanmoins, la dualité mentionnée plus haut a conduit Claude PicartPicart, 2007, à diviser par deux les flux d'emplois estimés par Pierre Cahuc : la loi des 15 % valable aux États-Unis deviendrait en France celle des 7 à 8 %. Partant de ces constats, des économistes insistent sur le fait que la persistance d'un taux de chômage élevé en France tient à des problèmes structurels et réglementaires qui expliqueraient également pour partie le faible dynamisme de la croissance française depuis 1994 (le taux de croissance français a été de 1994 à 2004 inférieur en moyenne de plus d’un point à celui des États-UnisCamdessus, 2004, ).
Le traitement théorique du fonctionnement du marché du travail est fait par l’économie du travail, branche à la fois macroéconomique et microéconomique.
Quelques données sur le marché du travail en France La force de travail
La population active (c’est-à-dire les personnes ayant un emploi et les personnes à la recherche d’un emploi) constitue le facteur travail. La population active occupée, c'est-à-dire ayant un emploi compte personnes en 2005, contre en 1995, soit une augmentation d’environ 12 % en (). Le nombre de chômeurs « au sens du BIT » est de en 2005, contre en 1995Alternatives économiques , 4°trimestre 2006, . La majorité de cette croissance de l’emploi a eu lieu au cours de la dernière période de taux de croissance du PIB élevé, en haut de cycle économique, de 1997 à 2001 : d’emplois supplémentairesRapport du CERC, 2006, , soit environ 70 % de la progression. Comment se répartit la population active occupée et de quel potentiel de travail dispose la France ?
Répartition du facteur travail
Entre 1954 et 2005, la part des agriculteurs dans la population active est passée de 26,7 % à 2,6 % et celle des entrepreneurs individuels de 12 % à 6,04 %. Aussi, de nos jours, les non-salariés représentent moins de 10 % de la population active. Les employés forment la catégorie socioprofessionnelle la plus importante (29,02 %) suivis des ouvriers (23,9 %), des professions intermédiaires (23,06 %), des cadres supérieurs et professions libérales (14,7 %)(chiffres : Clerc, 2004, et France portail social 2005/2006, Insee). En 2003, la France comptait fonctionnaires (environ 20 % de la population active occupée) dont dans la fonction publique d’État, dans les collectivités territoriales et dans les établissements hospitaliers(Chiffres : Delberghe, 2006, ).
Le potentiel de travail
En 2002, la durée annuelle de travail des employés en France était une des plus faibles parmi les pays de l'OCDE, à ; elle était de aux États-Unis, de au Royaume-Uni (mais dans ce cas la part de l’emploi à temps partiel était plus forte qu’en France), de en Allemagne, de en Espagnechiffres : Cette, 2005. Parallèlement, la France employait peu deux tranches d’âge : les jeunes de 15 à (en 2002, taux d’emploi de 23,3 % contre 55 % aux États-Unis, 61 % au Royaume-Uni, 36,6 % en Espagne) et les personnes de 55 à (en 2002, taux d’emploi de 34,2 % contre 59,5 % aux États-Unis, 53,3 % au Royaume-Uni et de 39,7 % en Espagne). Si l’on ajoute que la France avait en 2002 un taux de chômage standardisé de 8,7 % contre 5,8 % aux États-Unis et 5,1 % au Royaume-Uni, on peut dire que la France utilisait peu le potentiel de travail dont elle disposait.
La productivité justifie-t-elle cette modeste utilisation de la main-d'œuvre ? Si l'on considère la productivité par heure de travail, la France est quasiment championne du monde de la productivité, comme a pu l'écrire un peu ironiquement le journal Les EchosLes Échos du 7/11/2005, article de Jean-Marc Vittori, « La productivité française une légende à revisiter ». Pour Gilbert Cette, la situation est plus complexe. Pour lui, notre bonne productivité horaire viendrait du faible nombre d’heures travaillées et de l’éviction du marché du travail des moins productifs, en particulier les plus jeunes et les plus âgés. Si l'on tenait compte de ces facteurs, la productivité horaire française serait plus faible que celle des États-Unis. De manière générale, pour cet auteur, la faible utilisation de la main-d’œuvre et une productivité horaire structurelle plus faible expliqueraient que le PIB par habitant de la France soit de 25 % inférieur à celui des États-Unis« Ainsi, l'écart d'environ 25 % du PIB par habitant de la France ou de l'Union européenne par rapport aux États-Unis s'explique, pour respectivement 5 à et 15 à , par une productivité horaire structurelle plus faible, le reste de l'écart venant d'une durée du travail et d'un taux d'emploi plus faibles » (Cette, 2005, ).
Le nombre d'emplois Ce marché est lié à la création et à la destruction d'emplois.
Au bilan de l'année 2014, l'INSEE annonce la destruction, en France, de Libération Destruction de en 2014 http://www.liberation.fr/economie/2015/03/11/en-2014-74-000-emplois-ont-ete-detruits-en-france_1218655.
En 2019, d'après une étude de l'Observatoire des inégalités, quelque d’emplois en France sont interdits aux immigrés non-européens, soit plus d’un emploi sur cinq..
Chaque année, environ d’emplois ne trouveraient pas preneur, ce qui ne signifie pas qu’aucun candidat ne s’est présenté (les entreprises concernées reçoivent en moyenne 5 CV. D'après des agents de Pôle emploi : « Pourquoi certaines offres d’emplois ne sont pas pourvues ? On le sait très bien. Parfois, les employeurs laissent l’annonce, même s’ils ont trouvé quelqu’un. Soit par négligence, soit consciemment. Pour les boîtes d’intérim, cela fait un vivier à intérimaires. Surtout, la plupart de ces annonces viennent de secteurs et métiers qui ne paient pas. Les rémunérations sont trop basses par rapport au niveau de qualification demandé. Ou bien les temps de travail sont hyper-fractionnés, et très courts. » D'autre part, certaines annonces sont fantaisistes, voire illégales.
La rémunération du travail
La rémunération du travail sera étudiée selon deux grands axes : la part de la masse salariale dans la valeur ajoutée et la répartition de la masse salariale entre les salariés.
La part de la rémunération dans la valeur ajoutée
La rémunération du travail au sens global résulte du partage de la valeur ajoutée, c’est-à-dire de la répartition de la richesse produite par les entreprises. Outre l’entreprise elle-même qui a besoin de garder une part de la richesse produite pour investir et se développer, quatre groupes d’agents économiques se partagent cette richesse, par ordre d'importance : les salariés, les administrations publiques, les créanciers, et les actionnaires.
Dans les années 1970, la part de la valeur ajoutée attribuée aux salariés est monté à des niveaux historiquement haut, notamment sous l'effet de la crise laminant les marges et les profits des entreprises et stimulant des politiques keynésiennes de relance favorables aux salaires. Les effets décevant de ces politiques ont conduit à adopter dans les années 1980 des politiques de "compétitivité", ramenant la part de la valeur ajoutée attribuée aux salariés à des niveaux plus habituels. Cette part, qui était au début des années 1970 un peu inférieure à 70 %, a dépassé ce seuil de 1975 à 1985. Depuis cette date, elle oscille entre 66 % et 69 % de la valeur ajoutéeChiffres : rapport du CERC, 2006, . D’après les experts du CERCRapport du CERC , 2006, , la stabilité de la part des salaires dans la valeur ajoutée dans les années 1993-2005, malgré l’introduction des trente-cinq heures, s’expliquerait par des gains de productivité horaire, par des allégements de cotisations patronales et par un ralentissement de la progression des salaires nets.
Ces évolutions à court et moyen terme du partage de la valeur ajoutée s'inscrivent dans la singulière constance de cette valeur sur le long terme. En effet, les travaux empiriques menés par des économistes tels que Keynes ou plus récemment Thomas PikettyPiketty T. Les hauts revenus en France au . 2001. Grasset. montrent que celles-ci semble suivre une loi de répartition 2/3-1/3 en faveur des salaires depuis au moins un siècle.
Au sein de la rémunération du travail, on distingue trois grandes catégories : le salaire net, les cotisations "salariales" (qui, ajoutées au salaire net, forment le salaire brut), et les cotisations "patronales". La situation est complexe car les organismes sociauxgérés par les partenaires sociaux (patrons et syndicats) sous tutelle de l’État qui gèrent les cotisations (sécurité sociale, Unedic) fournissent des services (assurance chômage, retraite, etc.) aux salariés, services qui constituent une forme de rémunération indirecte (notion de "salaire différé") et qui varient dans le temps.
Part dans la masse salariale des sociétés 1970 1980 1990 1995 2000 2005 Part des salaires nets 71,1 % 65,1 % 60,4 % 58,2 % 59 % 59,1 % Part des cotisations salariales 5,1 % 9,1 % 12,4 % 14,6 % 15,4 % 16,1 % Part des cotisations patronales 23,3 % 25,9 % 27,2 % 27,2 % 25,6 % 24,8 % Source : Insee comptes nationaux et rapport du CERC de 2006
Entre 1970 et 2005, la part des cotisations salariales dont la rémunération est passée de 5,1 % en 1970 à 16,1 % en 2005. Cette hausse des cotisations sociales et donc à la protection sociale a résulté de l'adaptation du système social à ses besoins de financement, que les problèmes sur le marché de l'emploi ont aggravé (plus il y a de chômeurs et d'inactifs, moins il y a de cotisations et plus il y a de dépenses). Mais cette hausse, qui pèse sur les coûts salariaux et donc sur l'offre d'emploi, a été perçue comme suffisamment défavorable à l'emploi pour qu'on développe des politiques d'"exonération de charges". La part des cotisations patronales, relativement stable, baisse depuis 1993 avec une forte décélération entre 1999 et 2000, sans doute liée à ces exonérations de charge.
Aussi, la part des salaires nets (c’est-à-dire l’argent dont dispose réellement le salarié) dans la rémunération globale, est passée de 71,1 % à 59,1 %, alors que le salaire brut évoluait peu (de 76,2 % à 75,2 %).
Globalement, la part de la valeur ajoutée perçue directement par les salariés diminue depuis les années 1990, tandis qu'augmente celle des cotisations sociales perçues par les administrations publiques au sens large.
Des revenus du travail inégaux