Un parti politique est un groupe de personnes possédant des idées politiques communes réunies en association. Il peut chercher à influencer le gouvernement en place, en le soutenant si celui-ci en est issu, ou en s'y opposant. Il nomme également ses propres candidats aux différentes élections et en tentant d'obtenir des mandats politiques. Un parti politique peut aussi influencer l'opinion publique. Il peut être présent au Parlement.
Plus généralement, la notion de parti politique possède deux définitions. La première, d'ordre idéologique, est presque synonyme de faction : il s'agit, pour reprendre les termes de Benjamin Constant, d'une .
La seconde, d'ordre institutionnel, le tient pour un élément essentiel du jeu démocratique : .
Pluralisme et ordre parfait : le parti au Question Whig et Tory Au début du se pose, en Angleterre, un problème politique nouveau : la persistance de l'opposition entre Whig et Tory. Issu de l'Exclusion crisis de 1681, cet antagonisme perdure alors même que les conflits politiques du siècle précédent s'estompent. Dès 1717, Rapin-Thoyras prend conscience de cette anomalie dans sa Dissertation on Whigs and Tory. Écrite entre 1733 et 1734, la Dissertation upon parties de Bolingbroke résume la perplexité de l'intelligentsia anglaise. Il souligne de prime abord le caractère fondamentalement creux du clivage entre Whigs et Tory : . Loin d'apparaître comme un indicateur de maturité politique, cette division s'avère être une véritable plaie : .
David Hume et le pluralisme constitutionnel Prenant à contre-pied ses contemporains, David Hume sera le premier à défendre dans deux essais publiés en 1742, Of Parties in General et Of the Parties of Great Britain le rôle institutionnel joué par les Whigs et les Tories dans la vie politique anglaise.
Dans Of the parties, Hume différencie deux types de factions.
De prime abord les factions personnelles, centrées sur quelques notabilités, reproduisent leurs inimitiés personnelles. Hume note en effet que .
Inversement, les factions réelles, résultent non pas de griefs individuels et subjectifs, mais d'un état de fait objectif. Ces factions réelles peuvent être elles-mêmes subdivisées en trois types : celles qui reposent sur l'affection. Elles sont fondées sur ; celles qui reposent sur l'intérêt. En effet . En théorisant ces factions intéressées, Hume anticipe sur le pluralisme sociologique de Johann Caspar Bluntschli ; celles qui reposent sur des principes, en général d'ordre abstraits et spéculatifs. Ces partis principiels . L'avènement de ces partis entraîne une rationalisation de la vie politique : dès lors que les divisions politiques résultent d'opinions divergentes, et non plus d'inimitiés personnelles, il est toujours possible de s'entendre.
Hume théorise en fin de compte le pluralisme politique comme un phénomène naturel, déduit .
Le Of Parties of Great Britain constitue à la fois une réponse critique aux théories de Bolingbroke et de Rapin-Thoyras, ainsi qu'une expérimentation des catégories dégagées par le Of the parties. Hume s'intéresse ici avant tout à l'opposition entre la Court et la Country. Elle résulterait à la fois de principes et d'intérêts distincts : .
Révolution française et ordre idéal Les constituants de 1789 reprennent et complètent les analyses de Bolingbroke et de Rapin-Thoyras. À ceci près que les factions ne représentent pas à leurs yeux une menace pour la société actuelle, mais pour la société à venir. En hommes des Lumières, ils aspirent en effet à fonder un ordre social immuable, produit de la raison et de la science. La révolution permet à l'humanité d'accéder définitivement à l'état adulte : au terme de ce bouleversement, les divisions et les changements n'ont plus lieu d'être.
Dans un discours prononcé le à l'assemblée constituante, Isaac Le Chapelier résume l'appréhension de ses contemporains : M. E. Laurent. 1888. ..
Au cours de cette même session, Robespierre opposant déclaré à Le Chapelier, défend les sociétés populaires : M. E. Laurent. 1888. .. Toutefois, sa défense n'est que tactique : il ne tient les partis que pour .
Pour les révolutionnaires et pour leurs héritiers, il n'existe de fait que deux partis légitimes : le progrès et la réaction. Et encore cette division n'est-elle que ponctuelle : elle s'estompera naturellement lorsque la révolution l'aura emporté sur la conservation.
Apparition des partis politiques Les partis politiques au sens moderne du terme sont assez récents. Ils apparaissent à la fin du et au début du Alain Lancelot, Les partis politiques, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007. Ils apparaissent en Angleterre avec la réforme électorale de 1832, aux États-Unis vers 1830.
En France La loi Le Chapelier de 1791 qui interdit les associations favorise l’individualisme en politique. Pendant longtemps et dans les premières élections de la , les Français ont élu les hommes influents de leur circonscription : propriétaires terriens, nobles, entrepreneurs… Quand les Républicains parviennent à faire entendre leur message politique, ils sont élus pour leurs orientations face aux problèmes politiques du pays. Ce n’est qu'en 1901 qu’apparaît la possibilité de créer des partis politiques avec la loi sur les associations. Dès cette année sont créés un grand parti de gauche, le Parti républicain, radical et radical-socialiste et un grand parti de droite, l'Action libérale populaire (ALP). En 1905, la SFIO est créée. Ce n’est qu’en 1958 que les partis politiques sont institutionnalisés, l'article 4 de la Constitution française du 4 octobre 1958 prévoyant leurs droits (se former librement, se présenter aux élections, garantie du pluralisme politique) et leurs devoirs (respecter la souveraineté nationale et la démocratie). Maurice Duverger met en avant la distinction entre partis de cadres et partis de masses.
Aujourd'hui, ni la Constitution ni la loi ne définissent de façon précise la notion de parti politique. Mais la loi sur la transparence de la vie politique a conduit à déterminer son champ d’application . La jurisprudence du Conseil constitutionnel et du Conseil d'État, rappelée par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP)Rapport de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques pour l'exercice 2008, page 3, s'accorde sur la définition suivante : est considérée comme parti politique la personne morale de droit privé qui s’est assigné un but politique : si elle a bénéficié de l'aide publique (8 et 9 de la loi du ) ou si elle a régulièrement désigné un mandataire financier (11 à 11-7) ; ou si elle a déposé des comptes certifiés par deux commissaires aux comptes auprès de la CNCCFP (11-7). Cette définition a été reprise dans le Journal Officiel.
Dans son rapport, Projet de loi de finances pour 2013 : Vie politique, cultuelle et associative, le rapporteur de la commission des lois, note que la définition de parti, qui n'est pas juridique, pose un problème constitutionnel.
Organisation des partis politiques Pour pouvoir perdurer et donc avoir le temps de se construire un électorat et un programme politique, les partis doivent se structurer et construire un certain nombre de règles permettant de définir le système de prise de décisions. On trouve généralement un président ou secrétaire général, un trésorier ainsi qu'un comité directeur.
Composition On distingue les sympathisants, qui constituent l'électorat traditionnel du parti, des adhérents, militants qui s'investissent directement dans la vie du mouvement. Le plus souvent, les adhérents se réunissent périodiquement et payent une cotisation. Des divisions se cristallisent souvent en conflits d'intérêts entre les différents courants ou entre les militants de bases, qui défendent une certaine orthodoxie idéologique, et les élus ou les cadres généralement plus ouverts aux compromis et aux alliances.
Primaires
En poussant à voter sur un programme plus que sur une candidature, les primaires permettent de lutter contre les plébiscites. Les partis ont pour fonction de désigner les candidats qui les représenteront durant les élections à l'aide de primaires. Le mode de sélection des candidats est souvent considéré comme peu transparent et repose en grande partie sur luttes d'influences que se livrent les personnalités au sein des partis.
Liens entre élus et partis Dans le système de mandat représentatif, les candidats, une fois élus, n'ont aucun compte à rendre au parti qui les a soutenu durant le processus électoral. Il leur est donc tout à fait possible de le quitter, voire de rejoindre un parti adverse.
Représentation des femmes Malgré la généralisation du droit de vote des femmes dans toutes les démocraties ces dernières décennies, la proportion de femmes élues reste le plus souvent largement inférieure à 50 %. La proportion de femmes élues correspond généralement à leur représentativité dans les partis politiques (nombre de femmes/nombre de militants).
L'équilibre de la représentation des sexes dans les candidatures aux élections est un sujet de plus en plus abordé dans les partis occidentaux. Ainsi la loi française impose aux partis politiques un pourcentage minimum de candidates sur les listes. Souvent, le respect ou non de ce pourcentage minimum entraîne, pour le parti, des avantages ou malus sur le plan financier.
Le processus électoral conduisant à une certaine uniformisation des candidats élus, on observe des problèmes identiques concernant la représentation des minorités ethniques, des classes d'âges, des classes sociales, des handicapés...
Financement Les partis financent les campagnes électorales. Ils ont également besoin de fonds pour assurer leur propre fonctionnement. Cet argent peut provenir de dons de personnes privées ou de financements publics.
En France
Les dons privés étaient à l'origine sévèrement réglementés pour limiter l'influence des grandes sociétés sur les élus. Cette situation a entraîné une baisse importante des ressources privées et beaucoup de partis ont utilisé des sources de financements illégales (emplois fictifs, sur-facturation de marchés publics, réseaux françafricains…). Pour remédier à cette situation, le gouvernement a mis en place un financement public dont le montant varie en fonction des derniers résultats électoraux. La loi de 1988 qui permit aux partis politiques de bénéficier d'une personnalité juridique ne mentionnait rien à propos des ressources ; de ce fait cette loi fut modifiée par les lois de 1990, 1993, 1995, 1996, 2003 qui prévoient un financement public et privé.
Le financement public est divisé en deux fractions : une fraction est réservée aux partis politiques qui ont présenté des candidats aux élections de l'Assemblée nationale ; mais la loi de 2003 a fixé un seuil de 1 % que les partis devaient atteindre pour obtenir cette fraction. une fraction réservée aux partis politiques qui sont au parlement mais par nombre de députés.
En Allemagne Le financement des partis politiques en Allemagne est réglementé dans le Parteiengesetz de 1967, modifié en 1984, 2000 et 2002. Les dons ne sont pas limités. Les personnes morales peuvent aussi faire des dons. Il n’y a pas d'organisation pour contrôler les dons comme le CNCCFP en France.
En revanche, des dons surpassant la somme de 50 000 euros doivent être publiés immédiatement et des dons entre 10 000 et 50 000 euros sont notés dans le rapport d'activité du parti. Cependant les partis profondément enracinés dans la société allemande touchent des allocations. Cette somme ne peut pas dépasser la rentrée d'argent encaissée par le parti lui-même. De plus, les partis touchent les cotisations régulières.
En Italie