Gilles Hénault, né le à Saint-Majorique-de-Grantham et mort le à Montréal est un journaliste, critique d'art, poète et traducteur québécois.
Il a été directeur de la section des arts du Devoir de 1959 à 1961, directeur du Musée d'art contemporain de 1966 à 1971, directeur du département des Arts plastiques de l'UQAM en 1984-1985 et président du comité permanent du ministère des Affaires culturelles du Québec pour l'intégration des arts à l'architecture en 1985-1986. Il est proche idéologiquement des signataires du Refus global.
Biographie
Enfance et adolescence Gilles Hénault est né en 1920, dans la maison du de la rivière à Saint-Majorique. Son père, Octavien, est cultivateur et s'échine, avec sa femme Édouardina Joyal, sur une terre aride avant de déménager en 1922 à Montréal. L'enfance de Gilles Hénault a été profondément marquée par la pauvreté et aussi par un autre drame. En 1926, alors qu'il entamait sa première année à l'école Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, deux de ses frères succombent à la diphtérie tandis qu'il en survit, devenant ipso facto l'aîné sur lequel la famille pourra compter. De 1929 à 1931, il accompagne son père un soir par semaine à la Saint-Vincent-de-Paul pour y chercher de la nourriture.
Durant ces années, il passe l'été à Saint-Majorique, chez son grand-père. À 11 ans, il découvre la poésie, après avoir fait un poème sur Le Blond, le vieux cheval que son grand-père refusait de faire abattre pour vendre la viande aux éleveurs de renards.
Le Blond avait été le compagnon de trente années de sa vie de travail ; il avait pour ce cheval plus d'estime que pour bien des hommes. La mort de Le Blond fut pour moi l'occasion de mon premier poème d'enfant. Quel ne fut pas mon étonnement, en le lisant à un de mes oncles, de le voir essuyer des larmes. Ainsi, j'appris l'un des pouvoirs de la poésie Gilles Hénault, D'Odanak à l'Avenir, op. cit., repris dans Graffiti et proses diverses, op. cit..
En 1934, il termine sa année et son père veut qu'il travaille mais devant l'impossibilité de trouver du travail, il poursuit ses études au Collège Chomedey-de-Maisonneuve où, à 16 ans, il découvre Épicure et ses principales théories sur les atomes et le vide. Cette lecture eut une importance capitale dans la vie et l'œuvre de Hénault. Il opte dès lors pour la philosophie matérialiste et devient incroyant, mais non anticlérical. L'important, pour lui, n'est pas d'abolir la religion mais les conditions sociales qui asservissent et rendent la religion nécessaire.
En 1937, faute d'argent pour payer son tramway et ses repas, Hénault ne peut plus poursuivre ses études, malgré la bourse que les Frères des Écoles chrétiennes lui avaient accordée, en fonction de ses notes, pour qu'il entre au Mont Saint-LouisVoir, « Entretien avec Gilles Hénault », dans Chroniques, op.cit., ..
Apprentissage et premiers textes Du mois de jusqu'à ses débuts au journal Le Jour, en , Gilles Hénault est chômeur, sauf quelques mois où, grâce à l'appui de ses parents, il a pu travailler comme commis à la coopérative La familiale, fondée par Victor Barbeau qui allait devenir le président-fondateur de l'Académie canadienne française et lui remettre, en 1962, le deuxième prix du Jury des Lettres pour son recueil Sémaphore.
Pendant ces années, il passe le plus clair de son temps à la Bibliothèque municipale, à parfaire son instruction.
Gilles Hénault publie ses premiers poèmes en , sous le pseudonyme de G. Rèvay, textes remarqués aussitôt par le poète Clément Marchand qui, sous son pseudonyme de Le Censeur, écrit : Clément Marchand, « Le poète, Poudrerie et Les Poètes du sol », Revue Horizons, avril 1939.. »
Encouragé de cet accueil, Hénault envoie aussitôt Pour que les cimetières soient fleuris, un exercice, comme il le dira plus tard, en hommage à Francis James. Et de nouveau, le Censeur écrit: Ibid..
Journal Le Jour En , Jean-Charles Harvey engage Gilles Hénault comme collaborateur au Jour, journal qu'il a fondé après avoir été licencié du journal Le Soleil en raison de la publication de son roman Les Demi-civilisés. L'équipe était composée du libraire Henri-Tranquille, de Jean-Jules Richard, de Berthelot Brunet et de Jean-Aubert Loranger. Le rédacteur en chef était Émile-Charles Hamel, qui lui fit découvrir Mallarmé, Saint-Denys GarneauGilles Hénault, « Saint-Denys Garneau ou la vie impossible », op. cit.. Ce texte donne aussi de bonnes indications sur les lectures de Hénault à cette époque.. Gilles Hénault gagne par article. Il y écrit les contes du Jour et des commentaires sur diverses activités politiques et culturelles.
Poème, L'Invention de la roue (1939) Ce poème écrit en alexandrins est publié en 1941, dans La Nouvelle Relève« L'invention de la roue », dans La Nouvelle Relève, vol. 11, , octobre 1941, repris dans Gilles Hénault, Signaux pour les voyants (poèmes 1941-1962), Montréal, Éditions de l'Hexagone, 1972, 211 p., et dans Poèmes 1937-1993, op. cit., .. Le poème se divise en cinq parties : Le chant premier exprime l'optimisme de ceux qui voient le progrès technique comme l'apport le plus précieux à la libération de l'homme; La méditation première oppose au progrès technique des valeurs humaines. Hénault joue avec le mot Révolution, faisant allusion à la fois au mouvement propre à la roue, à la révolution industrielle et aux révolutions sociales et politiques engendrées par un univers inhumain; Le chant deuxième reprend l'hymne à la science et Hénault compare la force de l'esprit scientifique à celle de la mer; La méditation deuxième approfondit l'importance des valeurs humaines et montre que la science n'a été souvent qu'une forme d'esclavage pour l'homme; Le Dialogue est un dialogue de sourd entre le chantre de la science et le chantre de l'humanité.
1940-1945 En 1940, Gilles Hénault entre au journal Le Canada, propriété du parti libéral. Selon la politique du quotidien, aucun texte n'est signé, pas même sous un pseudonyme, sauf en de rares occasions. Il commence par y faire de simple reportage, pour un salaire de pour une semaine de 60 heures. Il y restera deux ans et il signera de son nom Hommage à Bergson () et Personne humaine et société selon Jacques Maritain ().
Grâce à l'anonymat, Hénault peut continuer de collaborer à d'autres journaux.
Dans Le Jour, paraît notamment : Tour de Babel (1940) Nous les intellectuels(1941) Crépuscule de la civilisation - sur Jacques Maritain (1941).
Dans des revues littéraires paraissent : Poèmes (1940) dans La Relève Réflexions de Diogène dans l'''Action nationale ()Tour de Babel, Nous les intellectuels et Le crépuscule de la civilisation ont été repris dans Interventions critiques, op. cit. Réflexions de Diogène a été repris dans Graffiti et proses diverses, op. cit..
Au début de 1942, devant le refus du quotidien Le Canada de lui donner une augmentation de salaire, Gilles Hénault, passe à La Presse. Il y gagne par semaine et commence ce qu'il nomme « son véritable apprentissage de son métier de journaliste.
Allégories Publiés dans Gants du ciel en . Noyade Poème noir pouvant se résumer, dans la mesure où un poème se résume, en ces deux derniers vers: Gilles Hénault, « Noyade », Poèmes 1937-1993, op. cit., . Publié d'abord dans Amérique française, , novembre 1943, ce poème ne fut pas repris dans Signaux pour les voyants. En 1986, il paraît aux Éditions de l'Atelier, avec des bois gravés de Monique Charbonneau, édition de luxe à tirage limité.. Le Jour du Jugement Ce poème, écrit au moment de la Libération en Europe, fut publié quinze années plus tard dans La Barre du jourGilles Hénault, « Le Jour du Jugement », écrit en 1945, publié dans La Barre du Jour, , janvier-août 1969, en même temps que « Câblogramme » (1948) et « Bordeaux-sur-Bagne » (1948); repris sous Dix poèmes de dissidence dans Signaux pour les voyants, op. cit. et replacé dans son ordre d'écriture dans Gilles Hénault, Poèmes, 1937-1993, op. cit., .. L'Humour de Jules Supervielle Paru dans Gants du ciel, L'humour de Jules Supervielle est éclairant par rapport à quelques aspects de la pensée et de la poésie de Gilles Hénault : la place des thèses matérialistes sur l'évolution du monde, en opposition à celle de la création du monde par Dieu, la place de l'homme dans l'univers et l'importance de l'humour, comme un processus d'écriture. Le jeune homme qui découvre Supervielle redécouvre le monde. Il se rend compte que cette démarcation entre le monde intérieur et le monde extérieur est une convention, une autre frontière fictive, une ligne d'horizon qui n'empêche pas la mer et le ciel de se mêler dans les grands mouvements d'air et d'eau. Il se cherche lui-même comme un étranger. Sa main, il doute qu'elle lui appartienne, tellement il la sent engagée dans la transformation infinie de l'univers. Si l'homme meurt de faim, la pomme qu'il cueille lui est encore plus nécessaire que son pied ou son oreille... L'humour de Supervielle n'est jamais chargé d'amertume comme dans Laforgue, dédaigneux comme dans Verlaine, féroce comme dans Lautréamont ou désespéré comme dans Rimbaud. C'est un humour tendre ou désolé, fait d'interrogations ingénues, c'est l'humour de celui qui-veut-prendre-la-lune-avec-ses-dents; c'est l'humour du dormeur qui converses avec les animaux de son imaginationGilles Hénault, « L'Humour de Jules Supervielle », in Gants du ciel, , mars 1945, . Ce texte devrait être repris dans une publication prochaine..
1946-1956 1946 marque l'heure du choix pour Gilles Hénault. Deux choix s'offraient à lui : se dire plus jamais la pauvreté, la misère et tenter de s'enrichir coûte que coûte; ou se dire plus jamais la pauvreté, mais collectivement, en instaurant une société d'où la misère serait abolie. C'est la victoire de la première grève à la Montreal Cottons de Valleyfield qui va déterminer sa décision.
À l'été 1946, à la suite du refus de Radio-Canada de lui accorder un congé d'un mois sans solde, Hénault démissionne de Radio-Canada et part en France, comme palefrenier de 200 chevaux, à bord d'un Liberty Ship. On lui offre l'aller-retour plus un salaire de 75 $. Durant ce voyage, il écrit TraverséeGilles Hénault, Sémaphore, suivi de Voyage au pays de mémoire, Montréal, Éditions de l'Hexagone, 1962, 71 p., et repris dans Signaux pour les voyants, op. cit., et dans Poèmes 1937-1993, op. cit., ..
À son retour, il entre à CKAC, comme annonceur et lecteur des nouvelles. À l'automne, un événement secoue Montréal : le mouvement des « squatters »La ligue des vétérans sans logis décide d'occuper des logements, des édifices abandonnés… et des maisons de jeux. La police s'en mêle, déloge des familles parfois, arrête de jeunes hommes alors que le gouvernement promet de régler la situation. Cela dura 10 mois. La ligue des vétérans sans logis fut . Robert Comeau et Bernard Dionne, Les communistes au Québec, 1936-1956, Les Presses de l'unité, Histoire/Débats, Montréal, 1981, ., connu sous le nom de La ligue des vétérans sans logis, fondée et dirigée par un militant communiste revenu du Front, Henri Gagnon. Hénault lui accorde à plusieurs reprises du temps d'antenne, comme il le fera pour tous les mouvements de revendications sociales. Le gouvernement et la Gendarmerie royale font, tout au long de 1947 pression sur Phil Lalonde, le directeur de CKAC, pour qu'il renvoie Hénault. Mais Lalonde tient bon, au nom de la liberté d'information, mais n'accorde pas à Hénault la promotion qu'il escomptait. Hénault quitte alors CKAC pour entrer à Publicité Services.