Paul Badré (1906-2000) est un pilote et ingénieur aéronautique français, combattant de la Seconde Guerre mondiale.

Membre du SR Air de Georges Ronin, il transmit par radio des renseignements aux Alliés depuis le village de Bellerive, à côté de Vichy. Ses émissions clandestines continuèrent jusqu’au débarquement américain en Afrique du Nord. Il fut ensuite envoyé à Londres comme officier de liaison avec le BCRA et le MI6. À l'été 1944, il commanda un escadron de bombardiers pendant le débarquement de Provence.

Biographie Paul Badré, né le à Saint-Saëns, était le fils de Louis Badré (1875-1969), conservateur des eaux et forêts et officier de la Légion d’honneurLouis Badré était un vétéran de la Grande Guerre, décoré de l’Army Distinguished Service Medal (avec une citation à l’ordre de l’Armée américaine) et de la Croix de Guerre 1914-1918 (avec palme de bronze). Il fut cité à l’ordre de l’Armée française à deux reprises. La première fois le 24 juillet 1917 par le général Jacquot (chef du 35 corps d’armée) : « A mis à profit tous les instants libres de son service pour se mettre au courant du service d’état-major. Devenu excellent officier de troisième bureau, a pris part aux opérations offensives du corps d’armée sur la Somme et à l’installation du secteur reconquis entre Somme et Oise, remplissant maintes fois en premières lignes des missions de reconnaissance dangereuses avec un calme parfait et un beau mépris du danger. » La seconde fois le 4 juillet 1919 par le général Gouraud (chef de la 4 armée) : « Travailleur infatigable, d’un dévouement absolu, d’un courage calme et magnifique, a pris part aux opérations offensives du 35 corps d’armée sur la Somme, dans la poursuite de Lassigny à St Quentin, et sur le chemin des dames. A exécuté de très nombreuses reconnaissances en premières lignes sous des bombardements violents et son exemple était pour les troupes visitées un réconfort précieux. », et de Claire Maire (1884-1934)Petite-fille du recteur Louis Maggiolo et nièce d’Adrien Maggiolo, publiciste au service du comte de Chambord puis du comte de Paris. Un autre oncle de sa mère, Ernest Maire (1847-1924), exerça pour la famille d’Orléans la charge de garde de la forêt d’Eu puis d’intendant de la chapelle royale de Dreux. Claire Maire était aussi lointainement apparentée à deux pionniers de l’aviation, Charles Renard et Paul Renard (Paul Badré, Survol, Versailles 1971, p.10-13)..

Il était l’aîné d'une fratrie de six enfants : Louis BadréÉpoux de la sœur du général Zeller (et nièce de Louis Madelin). Ils étaient les parents du sénateur Denis Badré et de Michel Badré, et les grands-parents de l’homme d’affaires Bertrand Badré. (directeur général de l’Office national des forêts), Jean Badré (vicaire aux Armées françaises puis évêque de Bayeux), Jacques Badré (curé de Semallé), Charles Badré (dit « père Jean », moine bénédictin assassiné par les Khmers rouges en 1975Sa trace se perdit en compagnie de Paul Tep Im Sotha le 24 avril 1975. Leur assassinat par les communistes khmers fut confirmé par une enquête diligentée par le gouvernement américain dans les camps de réfugiés khmers à Surin en Thaïlande. Abattus par des salves de Kalachnikov, ils furent décapités et leurs têtes accrochées à des piquets sur le pont dit « des Vietnamiens », sur la route de Sisophon.Marie-Laure Bourboulon, Charles Badré, Oncle Charly, Père Jean, 154 p.) et Marie Badré.

Après son baccalauréat au lycée de ColmarIl fut au lycée de Colmar le condisciple de Paul Stehlin et d’Alfred Kastler, futur prix Nobel de physique (Paul Badré, Survol, Versailles, 1971, p.48). et des classes préparatoires au lycée Kléber de StrasbourgIl eut pour professeur à Strasbourg le père du général Jean Thiry, qui dirigea les essais nucléaires en Polynésie dans les années 1960 (Paul Badré, Survol, Versailles, 1971, p.64)., Paul Badré fut reçu en 1926 à l’École polytechnique à Paris. Sa promotion, avec celle de 1927, réunissait Henri Ziegler (président de l’Aérospatiale), Georges Glasser (président du GIFAS et d’Alstom), Henri Desbruères et Joseph Roos (présidents d’Air France), Louis Bonte (directeur du CEV), ainsi que le pilote Jacques Lecarme..

À la sortie de polytechnique en 1928, il s’engagea dans l’Aéronautique militaire, rejoignant comme sous-lieutenant l’École d’application de l’aéronautique à VersaillesSa vocation de pilote remontait à ses 7 ans, lorsqu’à l’été 1913, il avait assisté à un vol de Louis Mouthier à Arbois, puis aperçu l’avion du colonel Girod au-dessus de la forêt de la Joux (Paul Badré, Survol, Versailles, 1971, ). Son baptême de l’air eut lieu le 29 décembre 1926, au Bourget, comme passager d’un Breguet 19 (Survol, ).. Formé à la base d’Avord, sur Morane-Saulnier MS.138, Caudron C.59, Breguet 14 et Farman F.60, il fut breveté pilote en . et intégra l’année suivante le régiment d’aviation, à Nancy. Promu capitaine et chef de son escadrille en 1933, il fit à cette époque la connaissance de Georges Ronin..

Pilote d’essai Au printemps 1935, Paul Badré rejoignit, en même temps que Constantin Rozanoff, le Centre d'essais du matériel aérien (CEMA) de VillacoublayLe Centre était commandé par le colonel Delaître, dont il devint l’adjoint à l’été 1936. Au CEMA, il côtoya entre autres Lionel de Marmier, Guy Fanneau de la Horie et Pierre Satre (le concepteur de la Caravelle)., où étaient évalués les nouveaux appareils destinés à l’Armée, notamment ceux de Marcel BlochIl participa aux essais des Bloch MB.130, Bloch MB.200 et Bloch MB.220.Entre 1935 et 1939, il vola sur une trentaine d’appareils : Potez 39, Potez 540, Mureaux 115, Morane 315, , , Dewoitine D.500, Blériot-SPAD S.510, Cierva C.30, Caudron C.440, , Morane-Saulnier MS.225, Dewoitine D.338, Farman F.222, Breguet 460, SPCA 82, de Havilland DH.88, Caudron C.640, Morane-Saulnier MS.406, Loire-Nieuport LN 161, Bernard 86, etc.. Il prit part notamment aux essais du Douglas DC-2À bord d’un Douglas DC-2, il fit survoler à Louis Renault sa propriété dans l’Eure, près des Andelys. Cet avion avait été acheté en 1935 par le gouvernement français avec la participation de Renault qui, à l’initiative de Christian Sarton du Jonchay, y fit voler tous ses dirigeants (Paul Badré, Survol, Versailles, 1971, )., du Potez 540Après la victoire du Front Populaire, il eut pour passager le maréchal soviétique Mikhaïl Toukhatchevski, au cours d’un vol de démonstration sur Potez 540. et du Leo 45, dont il suivit la production avec Jacques Lecarme, de l’usine aux essais en volCet appareil, le premier avion militaire français à dépasser une vitesse de 500 km/h en altitude, était l’œuvre du jeune ingénieur Pierre Mercier. Paul Badré présenta le Leo 45 à Villacoublay le 10 juillet 1938..

Au moment des accords de Munich, en , il effectua une mission pour le Secret Intelligence Service et la section « Air » du 2 bureau (commandée par son ami Ronin). Badré photographia la frontière des Alpes et la plaine du Pô à dix kilomètres d’altitude, à bord d’un Potez 540Jean Bezy, Le SR Air, éditions France Empire, 1979, p.22.. Le , en visite à Angkor pendant une mission de transportLa direction de l’aviation civile lui fit effectuer un aller-retour complet de trois semaines sur la ligne d’Extrême-Orient, à bord de la version définitive du Dewoitine 338. Le voyage de Marignane jusqu’à Hong Kong nécessitait alors 18 escales : Tunis, Tripoli, Alexandrie, Damas, Bagdad, Bouchehr, Djask, Karachi, Jodhpur, Allahabad, Calcutta, Akyab, Rangoun, Bangkok, Saïgon, Da Nang, Hanoï et Zhanjiang. Au retour, il compta parmi ses passagers les parents de Valéry Giscard d’Estaing et l’archéologue Georges Salles (Paul Badré, Survol, Versailles, 1971, p.151-173)., il apprit à la radio l’entrée des nazis dans Prague.

Seconde Guerre mondiale Lors de la mobilisation française du , il fut affecté à la base aérienne d’OrléansIl était logé au château de Chevilly avec Henri Ziegler, Maurice Cambois et le colonel Montrelay (successeur du colonel Delaître à la tête du CEMA).. Au tournant de l’année 1940, il fut envoyé en ÉcosseÀ la base de Leuchars, alors commandée par . pour des essais en vol de nouveaux équipements radar. Au printemps, à la demande de l’état-major de l’Armée de l’air, il fit une tournée auprès des escadres de bombardement dans le Sud-Ouest pour contrôler l’entraînement des pilotes sur Leo 45Il fit à cette époque la connaissance d’Antoine de Saint-Exupéry..

La veille de l’armistice, il décolla pour OranIl vit arriver Saint Exupéry aux commandes d’un Farman. avec René Gervais. Le colonel Ronin les intégra à son escadre comme adjoints. Ils visitèrent les bases aériennes militaires du Maroc pour tenter de remotiver les troupes. Ronin décida de rebâtir en France un service de renseignement en contact avec les Britanniques.

Sa connaissance de l’allemand valut à Paul Badré d’être affecté, à la mi-août 1940, à la Waffenstillstandskommission – chargée de l’application de la convention d’armistice –, où il succéda à Christian Sarton du Jonchay comme officier de liaison avec la LuftwaffeLa Luftwaffen-Kontrolkommission II, établie à l’hôtel Carlton de Lyon et dirigée par l’Oberst Karl Kettembeil, devait faire l’inventaire du matériel et des infrastructures aéronautiques en zone occupée. Le capitaine Badré servit d’interprète.. Il fut mis en congé d’armistice le et s’installa avec sa famille à Bellerive-sur-Allier, un village voisin de Vichy.

SR AIR À Bellerive, il prit la direction d’un poste du SR AirIl eut d’abord pour adjoint Pierre Rolland-Foxonnet (X1934), rencontré dans l’escadre de Ronin, qui sera tué le 14 février 1945 dans le crash de son Marauder B-26, abattu au-dessus de Lauterbourg par un canon antiaérien.À partir de juillet 1941, il eut pour adjoint René Gervais, lequel avait fermé son poste de Perpignan (les liaisons avec l’Espagne étant assurées depuis Madrid par le colonel Malaise)., le service de renseignement mis sur pied par Georges RoninÀ cette époque, Ronin voulait monter une section paramilitaire pour des actions de sabotage. Il mit Badré en contact avec deux membres de la « Cagoule », Georges Groussard et Henri Martin. avec l’accord du général Bergeret, ministre de l’aviation du maréchal Pétain.

En , Frederick Winterbotham (nom de code Summer), officier de la Royal Air Force responsable de la source Ultra au MI6, fit parvenir au SR Air des émetteurs-récepteurs dissimulés dans des valises diplomatiquesElles furent rapportées de Londres par le colonel de Berroëta, pris en charge par les services secrets britanniques à Lisbonne.. Depuis sa villa de Bellerive, le capitaine Badré (nom de code Beard) établit clandestinement une liaison radio avec l’Angleterre (le Groenland)Il fut assisté par deux spécialistes des émissions radios, Gourriou (Gallic) et Lemoine (Leprêtre), et par un ingénieur de la SFR, Maurice Vidrequin, rencontré par l’intermédiaire de Louis Bonte (Jean Bezy, Le SR Air, éditions France Empire, 1979, )..