thumb|Pièce suisse commémorant le Modulor. thumb|Ancien billet de suisses, hommage à Le Corbusier, illustré de divers éléments relatifs au Modulor.
Le Modulor est une notion architecturale mise au point par Le Corbusier à partir de 1943.. Il est défini par une silhouette humaine standardisée servant à concevoir la structure et la taille des unités d'habitation dessinées par l'architecte, comme la Cité radieuse de Marseille, la Maison radieuse de Rezé ou l'unité d'habitation de Firminy-Vert. Le Modulor devait permettre de concevoir les meilleures conditions de confort possibles dans les relations entre l'Homme et son espace de vie. Avec le Modulor, Le Corbusier veut créer un système plus adapté que le système métrique (et qui vise à le remplacer), en le fondant directement sur la morphologie humaine .
« Modulor » est un mot-valise construit à partir de « module » et « nombre d'or » : les proportions fixées par le Modulor sont directement liées au nombre d'or. Par exemple, le rapport entre la taille () et la hauteur moyenne du nombril () est égal à 1,619, soit le nombre d'or à un millième près. La taille humaine standard de est fondée sur l'observation de l'architecture traditionnelle européenne et de l'utilisation des proportions de cette unité pour élaborer l'harmonie d'une architecture.
Depuis les années 1990, le concept comme son créateur font l'objet de critiques en raison de ses inspirations fascistes et eugénistes.
Définition Le Modulor est un système de mesures à l’échelle humaine créé par Le Corbusier à partir du nombre d’or. « Le Modulor est un outil de mesure issu de la stature humaine et des mathématiques. Un homme le bras levé fournit aux points déterminants de l’occupation de l’espace, le pied, le plexus solaire, la tête, l’extrémité des doigts, le bras étant levé, trois intervalles qui engendrent une section d’or, dite de Fibonacci. D’autre part, la mathématique offre la variation la plus simple comme la plus forte d’une valeur : le simple, le double, les deux sections d’or. » Le Modulor permet de définir une échelle unique et universelle qui ne se réfère pas au système métrique ou au système de pieds et de pouces. Il est conçu pour créer un espace fonctionnel et optimisé pour l’homme faisant de la maison une « machine à habiter » sans pour autant atténuer sa volonté de créer de l’espace, de la lumière et de la végétation. Un logis créé avec les dimensions Modulor a pour but de procurer à l’habitant un sentiment de bien-être et de confort. Le Modulor s’applique aux dimensions de la maison, mais aussi aux dimensions des meubles.
Les origines du Modulor
Le tracé régulateur Avant de concevoir le Modulor, Le Corbusier a utilisé le principe du tracé régulateur pour déterminer les proportions de ses bâtiments. La méthode du tracé régulateur se base sur l’utilisation théorique de triangles rectangles pour déterminer les proportions d’un bâtiment, en effet ceux-ci permettent, selon lui, de trouver une hauteur et une largeur dont la beauté doit pouvoir être visible à l’œil nu, contrairement à certaines proportions qui auraient pu être choisies arbitrairement/intuitivement : "Un module mesure et unifie; un tracé régulateur construit et satisfait"; "Le tracé régulateur est une satisfaction d’ordre spirituel qui conduit à la recherche de rapports ingénieux et de rapports harmonieux. Il confère à l’œuvre l’eurythmie." Parmi les œuvres construites à l’aide du tracé régulateur, on trouve peu d'édifices historiques majeurs. On a pu néanmoins citer les palais du Capitole à Rome (avec des réserves sur l’interprétation des bases analytiques des modules choisis; de plus la place de par sa forme exceptionnelle, ne pourrait pas être incluse dans cette analyse modulaire restrictive) ou le Petit Trianon de Versailles. Le Corbusier, quant à lui, a utilisé cet outil pour dessiner la villa Schwob, la maison d'Amédée Ozenfant ainsi que les maisons La Roche-Jeanneret. De plus, Le Corbusier n’a pas seulement utilisé le tracé régulateur pour l’architecture, mais aussi pour la peinture. Ainsi, "La Bouteille de vin orange" et "Guitare pile d’assiettes et lanterne" ont été composées selon ce principe.
L’observation des structures naturelles Au cours de sa première formation en tant que dessinateur de boîtiers d’horlogerie et lors de la construction des toutes premières maisons, Le Corbusier a été influencé par l’Art nouveau, qui prônait le retour aux formes naturelles. Dans son travail de dessinateur, il a pris conscience des structures géométriques se trouvant dans la nature et d’une manière de conjuguer les formes naturelles et une rigueur géométrique.
La peinture Après une période de peinture « puriste » où seuls des objets sont peints, Le Corbusier introduit de plus en plus le corps humain dans ses œuvres. Il réalise ainsi une synthèse entre les éléments humains et abstraits. Ce travail de synthèse dans sa peinture précède l’élaboration du Modulor.
La musique Très tôt, Le Corbusier, issu d’un milieu de musiciens, s’intéresse aux rapports entre la musique et l’architecture. Il s’intéresse aux travaux des architectes intégrant la notion du rythme dans l’architecture. Son frère Albert enseigne la rythmique en Allemagne dans une école construite par l’architecte Tessenow en tentant d’adapter l’architecture à cette activité. Le Corbusier a le souhait d’imaginer une gamme « architecturale » semblable à la gamme musicale. Le Corbusier associe aussi la musique avec la mathématique et les sciences en général : « Ce n’est pas la musique qui est une partie des mathématiques, mais au contraire, les sciences qui sont une partie de la musique, car elles sont fondées sur les proportions et la résonance du corps sonore engendre toutes les proportions ».
La tradition architecturale Le Corbusier fait l’hypothèse que l’harmonie d’édifices tel que le Parthénon ou de certains habitats traditionnels provient de l’emploi de mesures précises constituant un système cohérent. Ces mesures précises étaient humaines : coudées, doigts, pouces, pieds, empan. L’emploi du système métrique a fait perdre ces références qui avaient une dimension humaine.
La littérature Parmi les livres ayant appartenu à Le Corbusier, on trouve : Le Nombre d’or : Les Rythmes, Le nombre d’or : Les Rites ainsi que Esthétique et proportions dans la nature et dans les artsCes livres sont écrits par Matila Ghyka un mathématicien roumain connu pour ses travaux sur le nombre d’or. dans lequel un visage est mis en lien avec le nombre d’or. Ces ouvrages montrent l’intérêt de Le Corbusier pour les mathématiques et sa volonté de donner des proportions au corps humain. C’est ainsi que le Modulor voit le jour.
La création du Modulor Le Modulor n’est pas le premier système de mesures à l’échelle humaine utilisé dans l’architecture. Ernst Neufert est un architecte allemand né le à Freyburg, en Allemagne et décédé en 1986 à Bugnaux-sur-Rolle, dans le canton de Vaud (Suisse). Ernst Neufert est l’un des premiers étudiants du Bauhaus et l’assistant de Walter Gropius. En 1936, il crée à l’échelle d’un homme de . Ce système de mesure est basé sur les proportions du nombre d’or, ainsi que l’Oktameter, une série de mesures aussi créées par Neufert. De plus, le système est compatible avec le système Achsmaß/Tafelmaß de la Luftwaffe, utilisé pour dessiner des hangars pour avions. Le Bauentwurfslehre, nom donné au système de Neufert, est adapté à tous types de constructions et prévoit aussi le dimensionnement intérieur, soit tous les types de meubles, la hauteur des marches d’escaliers et cætera... Aucune source ne montre un lien entre Le Corbusier et Ernst Neufert.
L’idée du Modulor commence à germer dans l’esprit de Le Corbusier au début des années 1940. Il écrit dans la Charte d'Athènes publiée en 1941 : « Le dimensionnement de toutes choses dans le dispositif urbain ne peut être régi que par l’échelle humaine » et « L’architecture, après la déroute de ces cent dernières années doit, de nouveau, être mise au service de l’homme. Elle doit quitter les pompes stériles, se pencher sur l’individu et créer pour le bonheur de celui-ci, les aménagements qui entoureront, les rendant plus aisés, tous les gestes de la vie ». Ce sont ici les prémices du Modulor, qui naît de la volonté de relier l’homme à l’architecture, d’unir la nature et la mathématique.
En effet, si Le Corbusier a choisi le nombre d’or pour créer le Modulor, c’est parce que celui-ci est issu de la suite de Fibonacci, présente dans la nature : « J’ai constaté qu’une relation entre la section d’or et la suite géométrique agit décisivement sur le proportionnément des formes de la nature. À ma grande surprise, en comparant mes conclusions avec votre Modulor, j’ai vu que les résultats des deux systèmes sont semblables ».Influencé par les différents ouvrages écrits sur le sujet, tels que celui d’Adolf Zeising et probablement influencé par son ami Andreas Speiser, spécialiste de théorie des groupes, Le Corbusier choisit ce système de proportions qui l’a fortement touché auparavant devant le Parthénon à Athènes.
Le mot Modulor est composé des mots « module » et « or ». « Or » sous-entend le nombre d’or. Module, signifie que c’est une unité de base, applicable en série. Le Modulor était initialement prévu pour être applicable à l’architecture, mais aussi à de tout autres domaines, tels que le dimensionnement d’une voiture par exemple. On retrouve cette idée d’application en masse dans le BAUHAUS et leur volonté d’industrialiser leurs produits. Le Modulor est en lien avec l’architecture modulaire de Le Corbusier, sa volonté de créer une unité d’habitation et de la construire en série, comme il a pu le faire dans la Cité Radieuse de Marseille.
La mise au point du Modulor est lancée en 1942, après que Le Corbusier a relevé dans différentes architectures harmonieuses, tel que le Parthénon, une hauteur d’environ entre le sol et le plafond, soit approximativement la taille d’un homme le bras levé. Ainsi, il confie ses instructions à Gérald Hanning, un jeune collaborateur : « Prenez l’homme-le-bras-levé, de haut ; installez-le dans deux carrés superposés de ; faites jouer à cheval sur les deux carrés, un troisième carré qui doit vous fournir une solution. Le lieu de l’angle droit doit pouvoir vous aider à situer ce troisième carré. Avec cette grille de chantier et réglée sur l’homme installé sur l’homme à l’intérieur, je suis persuadé que vous aboutirez à une série de mesures accordant la stature humaine (le bras levé) et la mathématique. ». En , une première proposition arrive de la part de Hanning. En décembre de la même année, Elisa Maillard, une membre de l’ASCORAL qui travaille aussi sur le projet du Modulor, propose une épure rectificative du dessin de Hanning. Le système résultant est un composé de rectangles habilement tracés à partir d’une section d’or et d’un tracé régulateur.
La grille est désormais employable, mais Le Corbusier n’en est pas satisfait, c’est pourquoi il la remet à l’étude par d’autres collaborateurs en 1945. C’est alors que Le Corbusier et ses collaborateurs choisissent une hauteur d’homme de . C’est à ce moment que le brevet est pris.
En , Le Corbusier embarque à bord du Liberty ship cargo Vernon S. Hood à destination des États-Unis. Il établit une échelle de chiffres durant le voyage. De retour à Paris, Le Corbusier et ses collaborateurs constatent que les valeurs métriques du Modulor sont quasiment intraduisibles en pieds et en pouces, ce qui pose un problème pour une échelle de mesure visant à unifier les mesures de tous pays. Py, un collaborateur fait alors remarquer que est plutôt une taille française et que dans les romans anglais, les hommes de bonne stature mesurent six pieds de haut. En adoptant cette nouvelle grandeur, toutes les autres mesures correspondent à des mesures pleines en pieds et en pouces. Les références métriques sont alors arrondies, ainsi soit est arrondi à ce qui règle les différences entre les deux systèmes de mesures.