Walter De Maria, né le à Albany, en Californie, et mort le à Los Angeles, est un artiste et musicien américain.

Associé au land art, au minimalisme et à l’art conceptuel, il développe une œuvre fondée sur l’expérience physique du lieu, la mesure, la répétition, les progressions numériques et les relations entre visibilité et invisibilité. Ses réalisations les plus connues comprennent The Lightning Field (1977), The Vertical Earth Kilometer (1977), The New York Earth Room (1977) et The Broken Kilometer (1979).

Sa pratique comprend également des sculptures en bois et en métal, des dessins, des performances, des compositions musicales et des films expérimentaux.

Biographie En 1957 il est diplômé de l’université de Californie à Berkeley, où il obtient son M.F.A. en peinture deux ans plus tard. Avec son ami le compositeur d’avant garde La Monte Young, il participe à des happenings ainsi qu'à des productions théâtrales dans la région de San Francisco.

En 1960 il s’installe à New York où il écrit des essais sur l’art, lesquels seront publiés par La Monte Young et Jackson McLow dans An Anthology of Chance Operationsun livre d'artiste réalisé à partir d'une maquette de George Maciunas, visuel et description du livre. Il continue encore à prendre part à des happenings. En 1961 il fait ses premières sculptures de boîtes en bois. En 1963, De Maria et Robert Whitman ouvrent la 9 Great Jones Street Gallery à New York. La même année la première exposition solo de sculpture de De Maria y est présentée. La même année encore il a travaillé avec le batteur du groupe de rock emblématique de l’époque, The Velvet Underground, alors mené par Lou Reed. Il continue la sculpture sur bois, commence ses « invisible drawings » (littéralement les « dessins / schémas invisibles ») et compose de la musique. Avec l’aide du collectionneur Robert C. Scull, il commence la création de pièces en métal en 1965.

Ces œuvres en métal (aluminium) les plus connues sont les suivantes : Museum Piece (1966) représente la Swaztika. Cross. (1965-66) représente la croix chrétienne. Star (1972) représente l'étoile du judaïsme.

Ces œuvres ont été conçues séparément mais sont maintenant réunies au musée Guggenheim. L’idée de ces œuvres était de détourner les trois symboles de leur signification originelle. Par le simple fait de les exposer dans un musée, il les réduisait à de simples œuvres visuelles sans aucune autre connotation. Il y avait évidemment beaucoup de provocation dans cette façon de faire.

En 1968, De Maria s'impose comme l'une des figures majeures du Land art en remplissant de terre le sol de la galerie Heiner Friedrichc'est même l'un des seuls artistes à avoir revendiqué cette appellation artistique à l'époque, dans un communiqué de presse corédigé avec son galeriste allemand : « De Maria, one of the leaders in this new art movement which is called the land movement (...) » à Munich. La même année il conçoit Mile Long Drawing dans le Désert des Mojaves, une œuvre qui fait écho à Walls in the Desert, projet non réalisé, dessiné entre 1961 et 1963, qui consistait en la construction de deux murs parallèles longs d’un mile chacun dans le désert du Sahara. En 1972, l'artiste fait l'objet d'une importante exposition au Kunstmuseum de Bâle.

Il continue tout au long des années 1970 à étudier ou à réaliser des œuvres de plus en plus à l'échelle du grand paysage, voire de la planète comme en témoigne son Three Continent Project, une sculpture commencée en 1969et toujours en cours vingt ans après, voir « Land Art Chronology » in Lars Nittve, Walter De Maria: Two Very Large Presentations, Moderna Museet, , 1989, qui devait prendre la forme d'une gigantesque croix à cheval sur l'Inde, l'Afrique, et les États-Unis.

1969, c'est aussi l'année où De Maria commence à travailler sur son célèbre The Lightning Field. Cette œuvre est achevée finalement en 1977 à Quemado, au Nouveau-Mexique, est de loin la plus connue et la plus diffusée de Walter De Maria. Il s'agit de l'installation pérenne de 400 poteaux en acier inoxydablesun modèle réduit de cette œuvre comprenant 35 poteaux a été réalisée en 1974, dans le nord de l'Arizona, sous le titre Test Lightning Field, Op. Cit., , régulièrement répartis sur une surface rectangulaire d'un kilomètre par un mile située dans une plaine désertique, où le visiteur est contraint de séjourner 24 heures afin de faire l'expérience du site. L’œuvre a été implantée à proximité de la Log Cabin, une cabane en rondins construite dans les années 1930Gilles Tiberghien, Land Art, Carré, 1993, permettant d'accueillir un groupe de 6 personnes et dans laquelle se trouve le minimum vital, ainsi qu'un descriptif précis de la construction de l’œuvreJean-Paul Brun, Nature, art contemporain et société : le Land Art comme analyseur du social, volume 3, L'Harmattan, 2007 , . Selon l'artiste, la zone est propice aux orages, ce dont témoignent les photographies spectaculaires qu'il a fait réaliser sur place. En réalité, selon une déclaration récente« le Land Art », Conférence au Crédac - centre d'art contemporain d'Ivry, 2 octobre 2012. Site web de Gilles Tiberghien, rares sont ceux qui ont vu s'abattre la foudre sur ces paratonnerres. The Lightning Field est géré par la Dia Art Foundation de New York, seule institution habilitée à délivrer les billets d'entrée.

Dans les années 1960 et 1970, De Maria crée des œuvres urbaines, dont The Vertical Earth Kilometer (1977), The New York Earth Room (1977) et The Broken Kilometer (1979).

En 1989, son projet de Sphère des droits de l'homme est retenu lors de l'appel à projet international de l'Assemblée nationale française pour la réalisation d'une sculpture dans la cour d'honneur du palais Bourbon, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution française.

En 2001, Walter De Maria est le premier lauréat du prix Haftmann, décerné par la Fondation Roswitha Haftmann, une fondation suisse, à un « artiste vivant ayant produit une œuvre de première importance. »

Œuvre

Une pratique entre sculpture, musique et performance

L’œuvre de Walter De Maria associe sculpture, installation, dessin, musique, performance et cinéma. Bien qu’il soit principalement rattaché au land art et au minimalisme, ses premiers travaux se développent dans le contexte des happenings, de la musique expérimentale et de l’art conceptuel.

De Maria accorde une place déterminante à l’expérience physique du spectateur. Ses œuvres ne se réduisent généralement pas à une forme visible : elles engagent le déplacement, l’attente, la durée, les variations de lumière et la perception d’échelles qui dépassent parfois ce que le regard peut embrasser.

La simplicité apparente des matériaux et des structures — terre, métal, lignes, grilles ou progressions numériques — contraste souvent avec la complexité de leur expérience. Certaines œuvres rendent visibles de grandes quantités de matière, tandis que d’autres donnent une forme perceptible à une distance ou à une profondeur qui demeure presque entièrement invisible.

Musique expérimentale et happenings

Après ses études à l’université de Californie à Berkeley, Walter De Maria participe avec le compositeur La Monte Young à des happenings et à des spectacles expérimentaux organisés dans la région de San Francisco. Installé à New York en 1960, il contribue à plusieurs événements associant musique, action, danse et arts visuels.

Il compose notamment Cricket Music en 1964 et Ocean Music en 1968. Dans ces œuvres, les sons instrumentaux sont associés à des enregistrements de grillons ou de vagues. La musique n’est plus conçue uniquement comme une succession de notes, mais comme une relation entre durée, répétition, environnement sonore et attention de l’auditeur.

De Maria pratique également la batterie. Au milieu des années 1960, il joue avec Lou Reed, John Cale et Tony Conrad au sein des Primitives, groupe éphémère qui précède la formation du Velvet Underground.

Cette activité musicale ne constitue pas un domaine séparé de son œuvre plastique. La répétition, le rythme, les intervalles et l’expérience prolongée du temps deviennent également des principes importants de ses sculptures et de ses installations.

Premières œuvres conceptuelles

Au début des années 1960, De Maria réalise des sculptures en bois, des dessins, des instructions et des objets fondés sur des actions simples. Plusieurs de ces œuvres interrogent la valeur attribuée au travail artistique et la relation entre un objet, son titre et l’action qu’il propose.

Les Boxes for Meaningless Work, commencées en 1961, sont des boîtes en bois ouvertes ou compartimentées. Certaines sont accompagnées d’une instruction invitant le spectateur à déplacer sans raison des objets d’un compartiment à l’autre, puis à recommencer. L’action est volontairement dépourvue de résultat pratique.

L’expression « travail sans signification » ne signifie pas que l’œuvre ne possède aucun sens. Elle sépare plutôt l’activité de toute obligation de productivité, d’efficacité ou d’utilité. Le déplacement répété devient une expérience autonome, définie par sa durée et par l’attention que le participant lui accorde.

Dans Ball Drop (1961), une sphère peut être introduite dans l’ouverture pratiquée au sommet d’une construction en bois, avant de réapparaître à sa base. Le spectateur déclenche ainsi une action élémentaire dont le déroulement est en grande partie dissimulé à l’intérieur de l’objet.

Ces œuvres annoncent plusieurs caractéristiques de sa pratique ultérieure : formes géométriques simples, importance de l’action, présence d’une partie invisible et refus de réduire l’œuvre à un objet contemplé à distance.

Minimalisme, mesure et progressions numériques

À partir du milieu des années 1960, Walter De Maria travaille principalement avec l’acier inoxydable, l’aluminium et le laiton. Ses sculptures présentent des surfaces lisses et des formes géométriques produites industriellement.

Il est ainsi associé au minimalisme, mais se distingue d’une conception strictement autoréférentielle de la sculpture. Les dimensions, les nombres et les intervalles introduisent fréquemment des références à l’énergie, au danger, au corps ou à des distances difficiles à se représenter.

Dans High Energy Bar (1965), une barre d’acier poli est accompagnée d’un certificat qui lui attribue métaphoriquement une concentration d’énergie. La neutralité apparente de l’objet contraste avec le titre et avec la puissance imaginaire qui lui est associée.

Dans les différentes versions de Bed of Spikes, une structure basse est recouverte de pointes métalliques régulièrement espacées. L’œuvre reprend la forme d’un meuble ou d’une plateforme, mais rend tout contact physique impossible. La répétition géométrique est ainsi associée à une menace corporelle.

De Maria construit fréquemment ses sculptures selon des suites arithmétiques ou des systèmes numériques. Les éléments peuvent augmenter progressivement de longueur, d’espacement ou de quantité. La mesure n’est donc pas seulement un moyen de fabrication : elle produit la forme et organise la perception du spectateur.

Projets dans le désert

À partir de la fin des années 1960, De Maria réalise et projette plusieurs interventions dans les déserts du sud-ouest des États-Unis. Le paysage lui permet de travailler à une échelle difficilement compatible avec les dimensions traditionnelles d’une galerie.

Dans Mile Long Drawing (1968), réalisé dans le désert des Mojaves, en Californie, deux lignes parallèles sont tracées à la craie sur une distance d’un mile. Séparées d’environ trois mètres, elles traversent le terrain sans constituer un chemin destiné à être suivi jusqu’à un point final.

L’œuvre met en relation une mesure abstraite — le mile — et les irrégularités d’un espace réel. Aucun point de vue ne permet d’en percevoir simultanément la totalité. Le dessin n’existe donc pas seulement comme forme visible, mais également comme distance parcourue ou imaginée.