Pierre François-Xavier de Charlevoix, né à Saint-Quentin dans l'actuelle Aisne, en France, le , et mort le au collège jésuite à La Flèche dans l'actuelle Sarthe, est un ecclésiastique et érudit français. Prêtre catholique, membre de la Compagnie de Jésus, professeur et historien, Charlevoix est surtout auteur de plusieurs livres portant sur l’histoire du Nouveau Monde dont l’Histoire et description générale de la Nouvelle France.

Biographie Jeunesse et éducation Charlevoix naît à Saint-Quentin le 29 Pierre Berthiaume, « Introduction », dans Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale, Montréal, Presses de l’Université Montréal, 1994, tome 1, p.78. au sein d'une famille de petite noblesse. Son père est François de Charlevoix, substitut du procureur du roi, et sa mère Antoinette Forestier.

En 1692, il commence ses études au collège des Bons-Enfants à Saint-Quentin, dans l’Aisne. À partir du , il poursuit sa formation comme novice chez les Jésuites au collège Louis-le-Grand à Paris. Il est déjà ordonné diacre lorsqu'on l'envoie enseigner la grammaire au collège des Jésuites de Québec.

Premier voyage en Amérique (1705-1709) Charlevoix réalise un premier séjour au Canada comme professeur de grammaire au Collège des jésuites (prédécesseur de l'actuel Collège Saint-Charles-Garnier) en 1705. À Québec il côtoie au quotidien des missionnaires jésuites. Charlevoix y croise des vétérans vivants retirés dans des chambres appartenant au collège et d’autres au milieu de leur carrièreDavid M. Hayne, « CHARLEVOIX, PIERRE-FRANÇOIS-XAVIER DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 3, Université Laval/University of Toronto, 2003. Consulté le 24 jan. 2024.. Il y croise Mgr. François de Laval. Proche du collège, se trouve le Château Saint-Louis, résidence du gouverneur de la Nouvelle-France. C’est Philippe de Rigaud de Vaudreuil qui occupe alors ce poste. Charlevoix enseigne d’ailleurs au fils du gouverneur, Louis-Philipe, qui deviendra officier dans la marine royale. Il voyage un peu dans la colonie, se rendant en 1708 à Montréal pour assister au retour du groupe militaire commandé par Jean-Baptiste Hertel de Rouville (1668-1722) et Jean-Baptiste de Saint-Ours (1669-1747) ayant mené un raid en 1708 contre Haverhill au MassachusettsRaymond Douville, « Hertel De Rouville, Jean-Baptiste » dans Dictionnaire biographique du Canada, volume II (1701-1740)..

Prêtre, professeur et historien Rentré en France, Charlevoix fait ses études de quatre ans en philosophie et en théologie. Il est ordonné prêtre en 1713. À la suite de l'obtention de sa prêtrise, il enseigne les humanités et la philosophie au collège Louis-le-Grand à Paris.

Il consacre deux ans de travail à préparation d’une édition revue et augmentée d’un ouvrage sur l’établissement de l’Église catholique au Japon publié en 1689 par Jean Crasset. Paru en en 1715, l’Histoire de l’établissement, des progrès et de la décadence du christianisme dans l’empire du Japon contient des notes étendues sur les manières, les coutumes et les costumes des habitantsPierre-François-Xavier de Charlevoix, Histoire de l’établissement, des progrès et de la décadence du christianisme dans l’Empire du Japon où l’on voit les différentes Révolutions qui ont agité cette Monarchie pendant plus d’un siècle Tome 1, Chez Guillaume Behourt, Imprimeur de Monseigneur l’Archevêque, proche S. Lo, 1715, 3 vol.. Il aborde aussi la situation politique générale de l’Empire nippon, et sur la topographie de l’archipel et l’histoire naturelle de la région.

Second voyage en Amérique (1720-1722) Le père Charlevoix est entraîné au cœur de la joute géopolitique de son temps. Dix ans après son premier voyage, le secrétaire d’État Guillaume Dubois, mandate le père Charlevoix à examiner les prétentions britanniques. Pendant dix mois, le père jésuite s’attèle à la préparation d’un long mémoire dans lequel il s’efforce de prouver à partir des traités et des documents de chancellerie que la Grande-Bretagne ne pouvait prétendre qu’à la péninsule néo-écossaiseJoseph-Edmond Roy, Essai sur Charlevoix (Première partie), Ottawa, Imprimé pour l’auteur par la Société royale du Canada, 1908, p.30 ; Mary Pedley (1998) Map wars: The role of maps in the Nova Scotia/Acadia boundary disputes of 1750, Imago Mundi, 50:1, 96-104, DOI: 10.1080/03085699808592881.. Pendant qu’il mène cette enquête, certains mémoires commencent à circuler dans l’entourage du régent demandant à trouver la mer de l’Ouest, c’est-à-dire l’océan Pacifique, menant aux richesses commerciales de la Chine et des IndesPierre Berthiaume, « Introduction » dans Charlevoix, Pierre-François-Xavier de, Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1994, tome 1, p.7 à 9.. Le régent pense alors qu’une expédition d’exploration de cinquante hommes menés par un officier des troupes coloniales serait trop coûteuse et peu discrète. Aussi, le régent fait-il appel à moindres frais au discret jésuite Charlevoix dont l’expédition prendrait la forme d’une visite de diverses missions d’évangélisation. vignette|Vue du port de Rochefort d'où Charlevoix entreprend son deuxième voyage en Amérique. Muni d’une lettre du Conseil de Marine l’autorisant à « monter dans les pays d’en haut avec deux canots et huit voyageurs »Joseph-Edmond Roy, Essai sur Charlevoix (Première partie), Ottawa, Société royale du Canada, 1908, p. 31., le père jésuite quitte Paris à la mi- et, le , s’embarque à Rochefort sur le navire le Chameau. Il est mandaté pour une mission en Amérique du Nord par le secrétaire d’État Guillaume Dubois, membre du gouvernement du régent, du duc d'Orléans. Le régent le charge de deux missions, l’une officielle et l’autre officieuse. Officiellement, il est chargé d’examiner les prétentions territoriales britanniques en Acadie ; officieusement, il s’embarque pour un voyage d’exploration à la recherche de la mer de l’Ouest.

Charlevoix débarque à Québec le . Le père jésuite s’attèle à déconstruire les prétentions britanniques en Acadie, sur le territoire actuel du Nouveau-Brunswick. Pendant dix mois, il s’efforce de prouver à partir des traités et des documents de chancellerie que la Grande-Bretagne ne pouvait prétendre qu’à la péninsule néo-écossaise cédée en 1713 au traité d’UtrechtJoseph-Edmond Roy, Essai sur Charlevoix (Première partie), Ottawa, Imprimé pour l’auteur par la Société royale du Canada, 1908, p.30 ; Mary Pedley (1998) Map wars: The role of maps in the Nova Scotia/Acadia boundary disputes of 1750, Imago Mundi, 50:1, 96-104, DOI: 10.1080/03085699808592881.

Charlevoix attend le printemps pour partir vers les Pays d’En Haut tout en peaufinant son rapport sur l’Acadie. Il adresse son mémoire à la cour le et recommande au régent de résister fermement à l’empiètement britannique sur le territoire actuel du Nouveau-Brunswick. En parallèle, Charlevoix commence à prendre des notes sur la ville de Québec et ses habitants. Ces observations avec d’autres formeront le corpus, enrichi de lectures diverses, de son Journal historique Fait Par Ordre du Roi dans l’Amérique SeptentrionalePierre-François-Xavier de Charlevoix, Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale, Montréal, Presses de l’Université Montréal, 1994, tome 1.Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale, Montréal, Presses de l’Université Montréal, 1994, tome 2.. Au début de , il rejoint Trois-Rivières en carriole. Le 15, il est à Montréal et passe deux mois à visiter les environs : le fort Chambly, le Sault-Saint-Louis (Kahnawake) et le fort Frontenac (Kingston, Ont.).thumb|alt=Gravure représentant une carte du Michigan en Nouvelle-France par Guillaume Delisle en 1718.|On peut repérer la Baie des Puans et Miſsilimakinac sur cette carte de la Nouvelle-France par Guillaume Delisle en .Guidé par Jacques Hertel de Cournoyer (1667-1748), lieutenant des troupes de la Marine, le père Charlevoix prend le temps d’écrire et de coucher ses observations à chacune des étapes du voyage qui s’avère ponctué d’arrêts et de maladies. Lors de son voyage en canot, Charlevoix estime les latitudes et les distances à l’aide de son compas. Ses calculs tout comme ses observations furent utilisées par Jacques-Nicolas Bellin, hydrographe au ministère de la Marine, pour publiées des cartes plus précises de la région des Grands LacsPierre Berthiaume, « Introduction » dans Charlevoix, Pierre-François-Xavier de, Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1994, tome 1, p.39..

Il descend ce fleuve jusqu’à son embouchure et visite le pays des Illinois. Le navire sur lequel il s’est embarqué, pour aller de là à Saint-Domingue, fait naufrage à l’entrée du canal de Bahama, situé entre l'île de Cuba et le Grand Banc des Bahamas; l’équipage se disperse ; Charlevoix et ses compagnons reviennent au Mississippi, en longeant la côte de la Floride. Son second périple pour aller à Saint-Domingue est plus heureux. Il arrive dans cette colonie au commencement de septembre 1722, en repart à la fin du même mois, et aborde au Havre le Pierre Berthiaume, « Introduction », dans Pierre-François-Xavier de Charlevoix, Journal d'un voyage fait par ordre du roi dans l'Amérique septentrionale, Montréal, Presses de l’Université Montréal, 1994, tome 1, p.32-34..

Bilan du second voyage de Charlevoix en Amérique du Nord Durant deux années et demie à voyager du nord au sud de l’Amérique du Nord, Charlevoix vit un calvaire : maladie et malchances se succèdent à chaque étape. Ses enquêtes incessantes n’aboutissent à aucun réel progrès et, finalement, ses conclusions sur la proximité de la mer de l’Ouest se révèleront fausses. Charlevoix produit malgré tout l’un des journaux de voyage les plus importants pour la documentation historique sur l’Amérique du Nord au . Au cours de son voyage, le père Charlevoix collige à la main des notes détaillées qu’il reprend dans une série de lettres adressées à madame la duchesse Lesdiguières. Chacune des lettres raconte les évènements et relate quelques faits curieux d’une étape du voyage de Charlevoix dans l’intérieur du continent. Les lettres sont également parsemées d’éléments d’un long essai sur les autochtones d’Amérique du Nord.

Historien du Nouveau-Monde vignette|Page couverture - Histoire et description générale de la Nouvelle France, Tome 1, 1744 De retour d’Amérique, Charlevoix fait un voyage en Italie, et continue à remplir différents emplois pour la compagnie de Jésus, ordre dont il continue à être membre. Jusqu'à la fin de sa vie, il consacrera beaucoup de temps à différents travaux d'historien et à la rédaction d'articles dans les Mémoires de Trévoux, un journal mensuel de bibliographie, histoire, et science.