L’habitation Loyola est une ancienne plantation coloniale située à Remire-Montjoly, dans le département de la Guyane, en France. Elle occupe une place centrale dans l’histoire économique de la Guyane de la première moitié du . Établissement esclavagiste administré par des religieux jésuites, ce site illustre la relation complexe, et largement méconnue, qu’entretint l’Église avec l’esclavage. À son apogée, Loyola couvrait plus de mille hectares, sur lesquels vivaient et travaillaient une population captive de .

Depuis 1994, ses vestiges font l’objet d’une étude et d’une mise en valeur qui vise à révéler au public cet ensemble d’exception, devenu un lieu de promenade, de découverte et de mémoire de l’histoire coloniale.

Le site est inscrit sur la liste des monuments historiques, par arrêté du ..

Histoire

1668 : une plantation pour financer l'évangélisation vignette|gauche|La plantation Loyola en 1730, par Hébert. Les jésuites, membres de l’ordre religieux de la Compagnie de Jésus, fondé par saint Ignace de Loyola en 1540, sont arrivés en Guyane au milieu du . Fidèles à la vocation missionnaire de leur congrégation, les jésuites y sont venus avec le projet d’évangéliser les populations amérindiennes. Contraints de trouver des ressources propres pour financer leurs activités missionnaires, les religieux choisissent de fonder des habitations. L’habitation est un établissement agricole voué à la production de denrées destinées à l’exportation. Dans ces régions tropicales, on produit du sucre, du cacao, du café, du coton, de l’indigo. En Guyane, la production du roucou, plante tinctoriale rouge, occupe une grande place sur les petites habitations.

Cet établissement, fondé par le Père Jean Grillet en 1668, a été dédié à Loyola, nom du village natal de saint Ignace. Il a été formé par la réunion de deux propriétés, celle de Pinon de Quincy et celle d’un juif hollandais, Isaac Drago. Les débuts sont difficiles, et les religieux ont été parfois contraints de recourir à la charité publique. Cependant, l’habitation se développe progressivement et devient une sucrerie importante à la fin du . D’autres habitations sont fondées simultanément par les jésuites. Sur la Comté, l'habitation du Maripa et l'habitation Saint-Régis, et à Kourou l'habitation du Mont-Xavier.

Jusqu’à leur départ en 1764, les jésuites assuraient seuls tout le service spirituel de la colonie. Catéchèse des colons et des esclaves, enseignement, desserte des paroisses de Cayenne de Rémire et de Roura, missions auprès des Amérindiens. Si l’on ajoute la gestion de leurs habitations, on ne peut qu’être frappé en constatant, qu’une tâche aussi importante, ait été réalisée par une poignée d’hommes. En effet, en un siècle de présence en Guyane, on dénombre un total de cent jésuites. Selon les années, cinq à quinze jésuites étaient ainsi occupés à tous ces travaux.

À Loyola, l’activité sucrière occupe une place centrale jusqu’à son abandon vers 1754. À son apogée la sucrerie comptait deux moulins : l’un à bêtes l’autre à vent (1733) une chaufferie – vinaigrerie, une purgerie avec une étuve. Une importante poterie fournissait les milliers de formes à sucre et de pots de raffineurs nécessaires à la transformation du sucre.

Les jésuites y ont également développé la culture du café et du cacao. Un établissement annexe : Mont-Louis, fondé en 1722, accueillait la plus grande partie de ces productions.

L’habitation de Loyola a eu trois et probablement quatre lieux d’implantation différents. On ne connaît aujourd’hui que les deux derniers établissements, celui de Quincy, remontant à la fin du et l’actuel établissement, implanté entre 1720 et1730, qui consacre l’apogée de cet établissement.

Suppression de l'ordre des jésuites en 1764 La décision du Parlement de Paris puis de (1764) de supprimer l’ordre des jésuites entraîne le déclin et la disparition définitive de l’habitation en vers 1770.

Les vestiges de cet établissement ont été redécouverts en 1988 ; depuis cette date, l’habitation Loyola est l’objet d’études archéologiques, et d’aménagement pour un meilleur accueil du public.

Vestiges préservés Maison de maître vignette|gauche|Maquette de la maison des jésuites de Loyola, restitution réalisée à partir des résultats des fouilles archéologiques de 2000. Cette construction est très importante, autant par sa place, centrale dans l'organisation de cette habitation, que parce qu'elle représente un lieu historique majeur pour la Guyane. En effet, c'est dans cette maison que vécurent les jésuites Rullier et Crossard, acteurs importants de l'histoire religieuse locale; c'est dans ces murs que séjourna, en 1744, l’académicien Charles Marie de La Condamine, au retour de sa fameuse expédition dans les Andes. En 1762, Jean-Baptiste Fusée-Aublet y commença ses travaux de détermination des plantes qui allaient le mener à la rédaction de ce monument de la littérature botanique : Histoire des plantes de la Guyane françoise… (1775).

La maison de maître, ou case à maître, est la résidence du propriétaire d'une habitation. Sa position dominante permet de surveiller tout ce qui se passe dans les environs immédiats de l'habitation; par sa seule présence, cette maison rappelle, à tout instant aux esclaves, qu'ils sont placés sous le regard du maître. Elle était construite en charpente avec des murs en torchis sur un seul niveau. La toiture était recouverte de bardeaux de bois. Ses dimensions assez imposantes : 24 mètres sur 12, sa ventilation agréable, faisaient d'elle un séjour campagnard apprécié ; par les jésuites d'abord, mais aussi par le petit monde des notables de la colonie. Elle était facilement accessible par un chemin carrossable dallé, commodité très rare à cette époque, elle commandait un immense domaine bien cultivé, ornée d'un jardin à la française, pourvue d’attributs nobles : colombier et girouettes, d’un vignoble, dotée d'une cuisine bien bâtie qui recevait de l'extérieur des approvisionnements de toute sorte. La basse cour, le jardin produisait des vivres en abondance, on y faisait le pain et même du vin.

Paradoxalement, la maison de Loyola n’était que très peu occupée. En 1735, l'inventaire des personnes vivant sur le domaine ne mentionne qu'un certain Philippe Choisela, commandeur sous les frères, âgé de 22 ans. Si l'on considère que cette même année on comptait en tout 7 pères jésuites assistés de 3 frères1 occupés au ministère des paroisses et surtout aux missions chez les Indiens dans toute l'étendue de la colonie, on peut imaginer que les jésuites ne séjournaient sur l'habitation pas plus que le temps strictement nécessaire.

On voit combien les dimensions imposantes de cette construction (plus de au sol) répondent moins à des nécessités pratiques qu'à une symbolique du pouvoir.

La maison de maître a été habitée jusqu'en 1768. Après cette date, on peut imaginer une ruine rapide du bâtiment, faute d'entretien, ou son démantèlement. Le démontage de la charpente, des murs et du toit, la récupération des portes et fenêtres, jusqu'à certains éléments de carrelage, a pu avoir lieu lors du transfert de l'habitation vers Beauregard.

Cuisine-hôpital Ce corps de bâtiment est construit en pierre, une pièce est occupée par un cuisine où se trouvent les vestiges d’un potager (sorte de cuisinière en maçonnerie). D’une grande cheminée avec un four à pain.

L’hôpital occupe la pièce voisine. Adossé au mur de la cheminée, il est probable que la chaleur diffusée par la cuisine bénéficiait à l’hôpital. On pensait alors que la chaleur avait des vertus thérapeutiques et que sa diffusion ne pouvait être que favorable à la santé des malades. Il est accessible par deux portes répondant à la nécessité de séparer les hommes et les femmes.

La présence de cet établissement dans la zone résidentielle témoigne de la vocation «charitable» des religieux à l’égard de leurs esclaves. Ils étaient accueillis dans l’hôpital autant pour les soigner de leurs maladies que pour les préparer à une mort chrétienne, la chapelle et le cimetière sont en effet placés exactement dans son axe.

Chapelle Sans doute le plus ancien témoignage d’un édifice religieux chrétien en Guyane (antérieure à 1730). Elle est construite en bois et en torchis, Il ne reste de cette chapelle que les vestiges de son sol recouvert de carreaux de terre cuite.

Cimetière vignette|Fouille du cimetière de l'habitation Loyola en 2014 (fosses d'inhumation).

Le cimetière de l’habitation a fait l’objet de plusieurs campagnes de fouilles archéologiques qui ont permis de mettre au jour une quarantaine de fosses d’inhumation. Ses limites ont pu être établies avec sûreté. Plusieurs centaines de personnes y reposent, majoritairement des esclaves, mais aussi, selon les registres paroissiaux de Rémire, des Amérindiens, des Noirs libres, des colons. En 2017 un calvaire a été dressé pour marquer le centre de ce cimetière et perpétuer la mémoire des résidents de cette habitation.

Magasin Ce robuste bâtiment en pierre était construit originellement sur deux niveaux. On y conservait toutes les denrées et les instruments utiles à la bonne marche de l’établissement. Plusieurs campagnes de fouilles archéologiques ont permis de reconstituer un ensemble d’objets évocateurs de l’activité du magasin

Forge La forge est un bâtiment en pierre qui a été partiellement fouillé. On y a retrouvé un important ensemble d’objets de fer en relation avec cet atelier.

Système d’adduction d’eau On a retrouvé les vestiges de l’aqueduc qui alimentait en eau cette habitation. Long de trois cents mètres, il était alimenté par une source qui se trouve encore au pied du grand fromager que l’on admire en amont du site. Cet arbre, haut de 45 mètres est doté d’imposants contreforts qui se déploient sur une circonférence de 23 mètres.

Purgerie Il ne reste que les murs effondrés de ce vaste bâtiment de 30 mètres de long. Son nom vient de l’opération qui s’y déroulait et qui consister à purifier le sucre de la mélasse. On versait, dans des formes à sucre, grands cônes en terre cuite, le sucre brut. Les formes étaient emboîtées dans des grands vases destinés à recevoir la mélasse liquide. Après une décantation de plusieurs semaines, on démoulait les formes et on obtenait un pain de sucre cristallisé. Les mélasses pouvaient être distillées ou exportées. Cette purgerie, petit bâtiment confiné, chauffé par un poële possédait une étuve, où se terminait le séchage du sucre. On en a retrouvé les vestiges à l’angle nord de la purgerie.

Indigoterie Située à près de deux kilomètres du site principal, au fond de la baie du même nom, l’indigoterie des Jésuites, fondée vers 1740, utilisait l’eau du ruisseau de Rémire, près de son embouchure sur l’océan. Mais l’éloignement de cette manufacture s’explique aussi par sa production réputée nauséabonde. Les fouilles ont permis de retrouver une grande plate-forme de pierre regroupant toutes les installations de l’indigoterie, elle devait être protégée par une toiture végétale. Outre une aire de travail et un possible réservoir d’eau, on a excavé deux grands bassins identifiés comme une trempoire et une batterie. On note l’absence de la dernière cuve : le diablotin, l’indigo devait être recueilli dans la batterie par décantation

Quartier des esclaves Repéré par des plans anciens, le quartier des esclaves a été mi en évidence par des sondages archéologiques qui ont révélé des trous de poteaux, vestiges de cases d’esclaves. Près de 500 esclaves résidaient dans ce quartier qui se situe à hauteur du parking d’entrée du site.

Moulin à vent

vignette|Vestige du moulin à vent des jésuites.