La bataille de Torvioll est la première bataille de la guerre opposant les princes albanais au sultan ottoman. Elle se déroule le quatre mois après la Ligue de Lezha dans la plaine de Torvioll, de nos jours connue sous le nom de plaine de Shumbat, sur le territoire actuel de l'Albanie. Quand le capitaine Skanderbeg retourne dans son pays natal, il envisage de planifier une rébellion contre le sultan . Épaulé par albanais qui ont combattu avec lui durant la bataille de Niš, il déserte l'armée ottomane et se réfugie dans la ville de Croïa où il fonde le la Ligue de Lezha, une confédération réunissant quelques princes d'origine albanaise en conflit avec l'Empire ottoman. se rend alors compte de la menace que représente l'organisation pour son empire, et ordonne à son fidèle capitaine Ali Pacha de mater la rébellion avec une force de .

D'emblée, Scanderbeg s'attend à une attaque d'envergure de la part du sultan , après quoi il forme un contingent de pour faire face à l'armée d'Ali Pacha. Une rencontre entre les deux hommes est d'abord organisée sur la plaine de Torvioll, mais ils ne font que s'observer depuis leurs tentes. Le lendemain, le , Ali Pacha remarque que Scanderbeg a déplacé son armée au pied de la colline. Espérant obtenir une victoire rapide, il donne l'ordre à ses hommes de charger l'armée albanaise qui, quant à elle, a anticipé la manœuvre d'Ali Pacha et a préparé un stratagème approprié. En effet, Scanderbeg a préalablement délimité un point précis où ses hommes cachés dans les arbres pourront attaquer par surprise les troupes du sultan. Son plan s'avère être un succès et les Ottomans essuient une lourde défaite ; la plupart des sont massacrés et leur capitaine est laissé pour mort.

La victoire de la Ligue de Lezha est saluée par tous les princes chrétiens d'Europe et Skanderbeg est vu comme un véritable héros. Il est en effet l'un des rares conquérants ayant réussi à vaincre le grand Empire ottoman musulman lors d'une bataille. Cependant, le sultan prend la ferme décision de faire tomber cette rébellion par tous les moyens et à n'importe quel prix, ce qui entraîne par la suite vingt-cinq ans de guerre civile, mettant à feu et à sang presque toute l'Albanie.

Contexte historique

Skanderbeg, fils du puissant prince albanais Jean Kastrioti., est vassal de l'Empire ottoman au titre de sipahi (un cavalier détenteur d'un fief à la façon du chevalier occidental.). Il a par ailleurs participé à la défaite ottomane lors de la bataille de Niš, après quoi il déserte l'armée du sultan et se réfugie en Albanie avec sympathisants.. Il gagne dès lors la sympathie de la noblesse locale. et devient seigneur de la ville en . Plus tard, il forme une alliance de toute la noblesse albanaise après avoir été encouragé par la victoire du capitaine Jean Hunyadi contre le sultan à la bataille de Niš. Scanderbeg organise alors une rencontre secrète réunissant toute la noblesse d'Albanie à Alessio le . Ils choisissent cette ville car elle a été autrefois la capitale de la puissante famille Dukagjini, et plus encore, le soutien de cette ville vénitienne est un avantage considérable pour la rébellion. L'appel de Scanderbeg est entendu par la plupart des membres de la haute société albanaise, parmi lesquels figurent George Arianiti, Paul Dukagjini, Andrea Thopia et d'autres., tous issus des familles les plus influentes d'Albanie. C'est pendant cette première réunion qu'ils forment la Ligue de Lezha, une confédération regroupant tous les grands princes albanais dont le principal objectif est de renverser l'Empire ottoman, et Scanderbeg est d'emblée choisi pour en être le capitaine . La Ligue est rapidement confrontée à son premier grand défi militaire lorsqu'au , l'un des informateurs de Scanderbeg lui rapporte que les forces armées du sultan préparent une offensive majeure pour mater la rébellion en Albanie ottomane. Il met alors au point un plan afin de tendre une embuscade aux troupes menées par Ali Pacha.

Déroulement

Prélude et forces en présence vignette|Itinéraires habituels des troupes ottomanes lors de différentes invasions.|alt=Carte illustrant les déplacements d'armées au cours d'une campagne.|gauche|223x223px Ali Pacha, l'un des meilleurs commandants du sultan Mourad, quitte Üsküp (Skopje) en avec une armée de et prend la direction de l'Albanie. Quant à Scanderbeg, il réussit à réunir (dont et ) issus de la Ligue de Lezha. Scanderbeg et son armée se dirigent vers le lieu prévu pour la bataille, dans la région du Bas-Dibra, le territoire qui couvre actuellement la plaine de Shumbat, alors appelée la plaine de Torvioll, juste au nord de Peshkopi. Il parcourt la vallée du Drin noir et atteint le point d'entrée prévu des Ottomans. Scanderbeg avait lui-même choisi la plaine, qui fait de long et de large et est entourée de collines et forêts. Les Albanais campent près de Torvioll, et Scanderbeg décide de mettre en place cinq bataillons de dont un placé en embuscade dans la forêt. Les Ottomans dirigés par Ali Pacha arrivent sur les lieux et établissent leurs campements juste en face des Albanais. À l'aube de la bataille, les Ottomans font leur prière matinale, tandis que les Albanais éteignent leurs feux de camp et ordonnent à ceux qui ne sont pas de garde de se reposer.. Quelques groupes d'Ottomans s'approchent alors du camp albanais et commencent à provoquer les soldats de Scanderbeg, mais ces derniers restent silencieux face aux menaces et insultes des Ottomans. Scanderbeg envoie ensuite une équipe pour obtenir des informations concernant la stratégie de l'armée ottomane et ordonne à sa cavalerie de s'engager dans de petites escarmouches.

Prise de position des Albanais Le matin du , Scanderbeg donne les dernières consignes à ses commandants, juste avant le début de la bataille. Outre les dissimulés dans les bois pour accueillir l'armée ottomane, il met en réserve sous le commandement de Vrana Konti.. L'armée albanaise est à ce moment-là placée en forme de croissant recourbé vers l'intérieur et divisée en trois groupes composés de . Ils sont tous positionnés au pied de la colline, afin d'attirer la cavalerie ottomane dans une charge descendante. L'aile gauche du est commandée par Tanush Thopia avec et autant d'infanterie tandis que sur l'aile droite, Scanderbeg positionne Moisi Golemi exactement comme Thopia. Des archers sont préalablement placés devant les deux ailes afin d'attirer l'attention des Ottomans alors qu'au centre du croissant se positionnent sous le commandement de Scanderbeg et Ajdin Muzaka. Un millier de cavaliers est placé devant la division principale pour émousser la première charge de la cavalerie ottomane tandis que plus de sont placés à côté des cavaliers. Le bataillon principal d'infanterie, commandé par Ajdin Muzaka, est placé derrière ces archers.

Bataille vignette|Alors que les Albanais sont nettement inférieurs en nombre, Skanderbeg choisit d'élaborer un plan de bataille basé sur l'effet de surprise.|alt=Illustration représentant le plan d'une bataille.|180x180px Pendant la mobilisation de son armée, Skanderbeg ordonne qu'aucun signal d'ordonnance ne soit émis jusqu'à l'avancée d'Ali Pacha. Quand ce dernier aperçoit l'armée albanaise au pied de la colline, il donne l'ordre à une unité de donner la charge. À la première offensive, la ligne de front albanaise commence à reculer sous la puissance de l'assaut des Ottomans et Scanderbeg envoie immédiatement un bataillon supplémentaire de cavaliers pour empêcher la ligne de se briser, puis il donne l'ordre aux hommes repoussés par la charge initiale de rejoindre leurs postes respectifs. Ali Pacha pense à ce moment avoir réussi à boucler la bataille. Pendant ce temps, la même manœuvre est en train de se reproduire sur l'aile gauche et, lorsque tous les Ottomans se trouvent à un point stratégique préétabli par Ali Pacha, ils se préparent à entamer la phase principale de l'offensive.. Au début, les deux ailes menées par Thopia et Golemi repoussent vaillamment la première vague de troupes ottomanes alors qu'au centre, Scanderbeg prend d'assaut un bataillon adverse isolé, afin de distraire l'attention des soldats ottomans. Lorsque le signal de l'embuscade est enfin donné, les cachés dans les bois attaquent par derrière le principal bataillon des armées ottomanes. L'effet de surprise est total et presque un millier d'Ottomans tombe sans avoir pu riposter. Les deux ailes de l'armée albanaise se tournent alors vers les flancs et encerclent le reste des Ottomans. Ajdin Muzaka prend cette fois la tête de l'offensive et attaque le cœur des troupes ottomanes. Il y rencontre une féroce résistance mais les troupes menées par Vrana Konti lui prêtent main-forte, après quoi les Albanais finissent par maîtriser le reste des soldats du sultan. L'issue de la bataille est à ce moment-là certaine alors que l'armée ottomane est totalement encerclée..

Conséquences vignette|upright| Portrait de Skanderbeg (anonyme, , conservé au musée des Offices).|alt=Peinture illustrant le portrait d'un homme barbu coiffé d'un chapeau orange, vu de profil.

Entre et sont tués durant cette bataille et environ sont faits prisonniers. Les Albanais ont quant à eux perdu , alors que les historiens modernes suggèrent un chiffre plus élevé de morts et blessés. Le butin de la victoire est assez généreux et même les blessés ont participé au pillage. Après s'être occupé des blessés, Scanderbeg ordonne une retraite générale vers Croïa. Cette victoire significative de la ligue de Lezha est saluée par tous les royaumes d'Europe et incite plus tard les autres ennemis du sultan à initier une croisade afin de chasser tous les Ottomans d'Europe. Quand Ali Pacha retourne à Edirne, il explique au sultan que cette défaite isolée résulte de ce que l'on appelait alors la et ne démontre en aucun cas une faiblesse quelconque de l'armée ottomane.

La bataille de Torvioll marque le début de de guerre entre l'Albanie et l'Empire ottoman., pendant laquelle Scanderbeg tient en échec l'armée ottomane pourtant réputée la plus puissante du monde, notamment lors du siège de Croïa en .

Historiographie Selon l'historien Kenneth M. Setton, les récits de l'action de Skanderbeg au cours des années et sont en partie légendaires car basés sur les écrits d'un auteur non contemporain des événements, Marinus Barletius (qui date la bataille de ), et d'un faussaire (et auteur tardif), Giammaria Biemmi.

Voir aussi

Bibliographie

. . . . . . , adaptation abrégée et modernisée d'une traduction en anglais moderne naissant, parue en 1596, de l'œuvre homonyme de Jacques de Lavardin, elle-même basée sur une traduction de celle de Marin Barleti. . . . . . .

Articles connexes Guerres ottomanes en Europe Skanderbeg Chute de Constantinople Ligue de Lezha Albanie

Notes et références

Voir aussi

Liens externes

Torvioll Torvioll Catégorie:Bataille de 1434 Torvioll