thumb|400px|Carte des provinces de l'Empire romain en 116.

Sous la Rome antique, les provinces, ou provinciae en latin, sont des subdivisions territoriales hors d'Italie, sur lesquelles s'applique l'autorité militaire et civile d'un magistrat (gouverneur ayant rang de préteur ou de consul). Initialement, le terme de provincia désigne de manière générale un territoire d'exercice et de compétence d'un magistrat particulier pour des sujétions particulières. Au cours de la conquête romaine du pourtour méditerranéen, le sens du mot glisse pour signifier par métonymie l'étendue territoriale sur laquelle le magistrat exercera son autorité.

Elles apparaissent pendant les guerres puniques, au moment où la République romaine s'étend hors de la péninsule italienne, et le nombre de provinces romaines ne cesse alors d'augmenter. À la fin de la République comme sous le Haut Empire, les provinces sont les plus grandes divisions administratives du territoire. Leur nombre atteint la quarantaine sous les Sévères. Dioclétien, sous la tétrarchie, réforme profondément l'administration territoriale de l'Empire, en multipliant le nombre de provinces et en créant une entité supérieure aux provinces, les diocèses.

Étymologie et sémantique Le terme provincia (pl. provinciae) désigne au début de la république romaine le domaine de responsabilité que le Sénat romain attribue à un magistrat romain (un consul ou un préteur) détenteur de limperium, ce qui couvre des domaines variés : conduite d'une campagne militaire contre un ennemi désigné en Italie ou hors d'Italie, juridiction civile du préteur urbain, tâche administrative comme la surveillance des forêts et des voies de transhumance. Pour les provinciae qui concernent un territoire extérieur à l'Italie, où il faut faire la guerre ou qu'il faut gouverner, le mot provincia par un glissement progressif de sens vient à désigner ce territoire lui-même.

La provincia ne peut donc être qu'une circonscription réduite : les gouverneurs de provinces exercent chacun leur imperium sur leur province ; ils ne peuvent amener leur armée dans une autre provinceLintott, Andrew, The Constitution of the Roman Republic, 1999, Oxford University Press, pp.101-102, à moins d'en recevoir l'ordre. Au cours de la conquête romaine, les territoires d'exercice de ces magistrats prétoriens ou consulaires vont se fixer en fonction des enjeux diplomatiques, géopolitiques et militaires contemporains, devenant à proprement parler des districts plus ou moins permanents, dotés d'institutions de gestion de plus en plus fixes. C'est sous ce sens qu'est resté employé le terme de province romaine dans l'historiographie.

Sous la République romaine Gouvernement À partir de 227 av. J.-C., le terme provincia prend le sens d'un commandement hors de l'Italie puis celui de la possession de territoires hors de la péninsule. Chaque province est organisée en vertu d'une Lex provincialis, proposée par le général romain victorieux. Cette loi détermine le fonctionnement administratif et judiciaire de la province et fixe le statut des diverses communautés et cités qui y sont implantées.

Dans un premier temps, le gouvernement est attribué à un préteur élu par le peuple romain, pour un an. Ensuite sont nommés gouverneurs des magistrats sortis de charge, pour lesquels sont créées les promagistratures : propréteurs et proconsuls.

Au , et ce depuis une législation de Caius Gracchus, le Sénat devait chaque année désigner, avant les élections consulaires, les provinces que les consuls de l'année suivante se verraient attribuer pour leurs proconsulats.. Parmi les provinciae confiées à des préteurs, trois au moins concernent des fonctions judiciaires à Rome : la iurisdictio urbana, la iurisdictio peregrina et la quaestio repetundarum.. Les autres préteurs pouvaient se voir confier comme provincia l'une des provinces alors contrôlées par Rome, ou une mission hors de Rome, telle qu'une intervention militaire. Le Sénat désignait les six provinciae prétoriennes à répartir entre les six préteurs de l'époque, répartition qui se faisait ensuite par tirage au sort.. Les gouvernements de province restés vacants à la suite des deux décisions sénatoriales concernant les futurs consuls et les préteurs en charge étaient ensuite confiées à d'anciens magistrats, dont l'imperium était prorogé..

En 81 av. J.-C., Sylla restreint les gouvernements provinciaux aux seuls promagistrats, tandis que le nombre de préteurs, et donc de propréteurs est relevé à 8.

Les territoires légués deviennent aussi des provinces. Au , ce mode de gestion prend son expansion, au détriment des royaumes considérés comme indociles (Séleucides, Lagides) ou incapables de préserver leur indépendance (les Gaules). La provincialisation se fait très progressivement et peu clairement. Elle est parfois tardive alors que la domination était effective depuis longtemps.

La fonction de promagistrat n'est pas directement rémunérée, mais elle rapporte néanmoins de l'argent, notamment par les cadeaux des notables de la province, spontanés ou sollicités (concussion). Des abus sont commis et donnent lieu à des procès comme celui des Siciliens contre Verrès, ou à des révoltes comme en Asie.

Les sources nous donnent beaucoup de profils de gouverneurs, du prévaricateur sanglant (Verrès) au justicier honorable (Mucius Scaevola). Rome a un réel contrôle sur les gouverneurs, par le nombre de procès auxquels ils doivent faire face. De très fréquentes poursuites judiciaires sont menées. Les gouverneurs envoient des rapports fréquents sur ce qui se passe dans la province. Les élites locales relayent leurs plaintes via le réseau de clientèle. Les gouverneurs sont très surveillés.

En établissant ce système de provincialisation, Rome montre sa supériorité devant les autres puissances de la Méditerranée mais aussi sa modernité. Un article web (Rome et l’Occident : seize provinces en quête d’histoires) parle de « techniques romaines de gouvernement » pour prendre conscience de cette supériorité.

Liste des provinces créées sous la République

Sous la République romaine, les provinces sont soit gouvernées par des propréteurs, soit par des proconsuls. Certaines provinces comme l'Asie et l'Afrique particulièrement riches sont très convoitées. L'attribution relève de l'autorité du Sénat, qui procède le plus souvent par tirage au sort. À partir de 123 av. J.-C., les provinces consulaires devaient être tirées au sort avant l'élection, pour prévenir toute manœuvre politique. Ainsi, Cicéron se vit attribuer pour son proconsulat la Macédoine, qu'il céda à son collègue consul, puis la Cilicie.

Création Nom de la province Histoire Sicile La Sicile passe sous domination romaine lors de la première guerre punique et devient la première province romaine, à l'exception de Syracuse. Corse-Sardaigne Création d'un nouveau préteur pour administrer ces deux îles, que Carthage cède à Rome en après la guerre des Mercenaires. Hispanie citérieure Après la victoire romaine sur Carthage lors de la deuxième guerre punique, les territoires ibériques conquis par Scipion l'Africain sont divisés en deux provinces. Hispanie ultérieure Illyrie Après les guerres d'Illyrie au , la région est finalement conquise pendant la troisième guerre macédonienne. Cependant, il faut encore une centaine d'années afin que les Illyriens de la côte et les tribus dalmatiennes soient finalement soumis. Macédoine À la suite de la quatrième guerre macédonienne, l'ancien royaume antigonide de Macédoine devient une province romaine. Afrique proconsulaire La province est créée après la troisième guerre punique, l'année où Carthage est rasée par Scipion Émilien. Asie proconsulaire La région de Pamphylie est donnée par les Romains au royaume de Pergame en En , de Pergame lègue à Rome ses terres qui deviennent province romaine. Marc Antoine cède en partie la Pamphylie au Galate Amyntas et elle ne redevient province romaine qu'à la mort de celui-ci. Pamphylie Cilicie Au , la Cilicie devient un bastion de pirates, et pour contrer cette menace, Rome en fait une de ses provinces. Cependant, les pirates ne sont éliminés qu'en , après une campagne de Pompée. Cyrénaïque La Cyrénaïque est léguée par Ptolémée Apion à Rome. L'île de Crète lui sera adjoint en , puis détachée par Jules César, à nouveau réunie par Marc Antoine avant de la céder en partie à Cléopâtre VI, les deux provinces sont définitivement réunies après Actium. Gaule cisalpine Ces terres sont romaines depuis plus d'un siècle mais la province n'est créée qu'en , puis incluse en / dans l'Italie (région à statut spécial), dont elle forme les et .74 av. J.-C.BithynieElle est offerte à Rome avec le testament de Nicomède IV et est rattachée à la province d'Asie. En 63, elle sera associée avec le Pont pour former la province de Bithynie et Pont. Gaule transalpine La conquête commence en mais la province ne reçoit cependant son statut officiel qu'après le passage de Pompée dans les années 70 avant notre èreFrédéric Hurlet et Anne Daguet-Gagey, Art. Province (Rome), in .. Crète La Crète est annexée entre et , et est associée à la Cyrénaïque. Jules César la sépare de la Cyrénaïque puis Marc Antoine réunit à nouveau les deux régions avant de céder quelques années plus tard une partie de l'île à Cléopâtre VI. Après Actium, les deux provinces sont définitivement réunies Theocharis E. Detorakis, History of Crete, Iraklion, 1994, p. 87.Jean Tulard, Histoire de la Crète, PUF, 1979, p. 88.Claude Lepelley, Rome et l'intégration de l'Empire, t. 2 Approches régionales du Haut-Empire romain, Nouvelle Clio.. Syrie La Syrie est un ancien royaume séleucide, annexé par Pompée, lors des guerres contre . Bithynie et Pont La province est organisée par Pompée à partir de la Bithynie ( lègue à Rome par testament en 74 son royaume reconstitué quelques années plus tôt grâce aux légions romaines) et du Pont (à la suite de la défaite de Mithridate). Chypre Caton le Jeune organise l'annexion de l'île léguée par le royaume lagide d’Égypte, puis elle est confiée à Cléopâtre VI par Marc Antoine. Elle redevient romaine après Actium. Gallia comata (Gaule chevelue) La provincialisation de la Gaule chevelue est le résultat des conquêtes de Jules César pendant la guerre des Gaules. Africa Nova La "Nouvelle Afrique" est une province éphémère, créée par Jules César et à nouveau rattachée à l'Afrique proconsulaire par Auguste. Elle couvre la partie occidentale de la province d'Afrique, ainsi qu'une partie de la Numidie. Égypte Royaume des Ptolémées, l'Égypte est annexée par Auguste à la suite de la bataille d'Actium et de la mort de .

Haut Empire romain

Sous le Principat d'Auguste, le , les provinces sont partagées entre l'empereur et le Sénat, en provinces impériales (provinciæ Cæsaris) et provinces sénatoriales (provinciæ Senatus et populi), selon un découpage analysé par Strabon, contemporain de l'opérationStrabon, Géographie, XVII, 3, 24-25.

Au fil des conquêtes territoriales et des découpages des provinces, les nouvelles provinces sont réparties entre ces deux autorités. Le Sénat se voit traditionnellement attribuer les provinces pacifiées anciennement, ce qui ménage ses prérogatives. L'empereur, détenteur du pouvoir militaire (imperium majus) se réserve les provinces situées aux frontières de l'Empire qui nécessitent la présence des légions, et les territoires pauvres ou mal soumis. Il arrive plusieurs fois que des provinces changent d'attribution : ainsi, la Bétique, d'abord confiée à l'empereur, est rétrocédée au peuple romain vers /

La Lex provincialis, définie par province lors de la République, reste en vigueur sous l'Empire. À ce règlement s'ajoute au fil du temps les décisions du gouverneur et de l'empereur, la mise à jour donne la formula provinciae, qui actualise le statut des communautés. La formula récapitule aussi les chiffres des recensements locaux, qui servent à l'assiette de l'impôt, et les principaux textes législatifs des cités.