Joséphine-Louise-Virginie Bovie, née en 1824 à Molenbeek-Saint-Jean et morte en 1887 à Ixelles, est une peintre belge et une mécène. En 1870, on l'a décrite comme « bien connue »"Bien connue": Revue de belgique 4 (January 1870), p. 76 online., mais elle est tombée dans l'oubli au et début du et seulement sept de ses plus de 200 œuvres ont été localiséesAs of 2005; see Anne-Marie ten Bokum, "Virginie Bovie, een vergeten Brusselse schilderes," Art&fact 24: Femmes et créations (2005) retrieved 26 July 2010..
Vie et carrière
Joséphine Louise Virginie Bovie est née à Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles)L’acte de naissance n’a pas été retrouvé (il semble qu'il existe une lacune pour la fin de l'année 1824) mais les tables de naissance de Molenbeek-Saint-Jean mentionnent l'acte de naissance daté du 25 octobre 1824 : Bovie Josephine Ludovice 25 8bre 1824 (ce qui est manifestement une traduction du néerlandais des prénoms, avec la date de l'acte de naissance au 25 octobre 1824. La date de naissance serait, d'après l'acte de décès, le 24 octobre 1824). le et est morte à IxellesCommune d’Ixelles, acte de décès n°326 pour l’année 1887. Le vingt six avril mil huit cent quatre-vingt sept, à deux heures de relevée, après constatation, Nous Emmanuel Van Driessche, Officier de l’Etat civil de la commune d’Ixelles, dressons l’acte de décès de Joséphine Louise Virginie Bovie, artiste peintre, décédée le vingt cinq de ce mois, à quatre heures du matin, rue du Trône, 206, domiciliée même maison, âgé de soixante deux ans, six mois et un jour, née à Molenbeek-Saint-Jean (Brabant) fille de François Joseph Bovie et de Susanne Sterckx, conjoints décédés. Sur la déclaration de Alfred Neels, âgé de cinquante et un ans, clerc de notaire, domicilié à Bruxelles, et de Jean Baptiste Bercas, âgé de trente cinq ans, employé, domicilié à Jette-Saint-Pierre. Duquel acte il leur a été donné lecture (Signé) A. Neeles, JB Bercas, VanDriessche. le , en sa demeure du n° 206 de la rue du Trône.
Virginie Bovie est née dans une famille d’aubergistes et d’hôteliers bruxellois. Son père, François Joseph Bovie, né à Bruxelles en 1777, était le fils d’Henri Bovie, né en 1733 et originaire de Gossoncourt, près de Tirlemont. Cet Henri Bovie était venu s’établir à Bruxelles, ville dont il avait acquis la bourgeoisie en 1757. Il exploita l'auberge In de Borsse van Amsterdam, au Marché-aux-Poulets. Il mourut en 1793 et sa veuve, Barbe Vanhoof, se remaria à Saint-GéryBruxelles, paroisse Saint-Géry, acte de mariage du 21 juillet 1795 : Consultissimus Dominus Joannes Franciscus Sterckx natus in Lennick Sti Martini et Dlla Barbara van Hooff vidua henrici Bovie (...) en 1795 à Jean François Sterckx, aubergisteCette qualité lui est explicitement donnée dans l'acte de mariage de son beau-fils en 1797. en 1797, puis conseiller de préfecture et sous-préfet à Louvain. Un frère puîné de François Joseph Bovie, prénommé Philippe Joseph, né à Bruxelles en 1781, et qui sera le père du peintre, poète et chansonnier Félix Bovie, avait exploité l’Hôtel de Brabant, au Marché au Charbon, non loin de la Grand-Place, et en avait fait un établissement très renommé.
François Joseph Bovie s’était marié trois fois, et Virginie Bovie était la dernière de ses enfants. En premières noces, âgé de 20 ans, et alors qualifié de charron, François Joseph épousa à BruxellesBruxelles, acte de mariage n° 5 du 27 septembre 1797. en 1797 Catherine Françoise Rappe qui en avait 19. Elle était la fille du marchand fripier Jacques Joseph Rappe, originaire de Beaurepaire en Hainaut, qui avait obtenu la bourgeoisie de Bruxelles en 1766. Catherine Rappe mourut à Bruxelles en 1803, laissant son mari avec un enfant, un garçon, qui n’avait pas encore trois ans. En secondes noces, en 1807 et à BruxellesBruxelles, acte de mariage n° 169 du 27 mai 1807. également, François Joseph, toujours charron à l'époque, et demeurant à la rue Saint-Christophe, épousa Marie Thérèse Sterckx, 19 ans, une fille du maçon Jean Sterckx, de la rue du Boulet. Marie Thérèse mourut à BruxellesBruxelles, acte de décès n° 2170 du 7 novembre 1818. Marie Thérèse Sterckx est dite domiciliée à l'impasse de la Violette, et son mari est qualifié d'aubergiste. en 1818, et avait donné à son mari une fille née en 1810 nommée Josine Nathalie Louise. Enfin, en troisièmes noces, il épousa à BruxellesBruxelles, acte de mariage n° 589 du 3 octobre 1822. en Susanne Sterckx, née en 1791, la sœur de Marie Thérèse. Il lui fallut obtenir l’autorisation du Roi Guillaume, le souverain du royaume uni des Pays-Bas, car en principe, un mariage avec une belle-sœur est prohibéArticle 162 du Code Napoléon, code civil qui était resté en vigueur aux Pays-Bas. mais une dispense peut être obtenue dans certains cas. L’autorisation fut donnée, et à l’occasion de ce mariage, les époux légitimèrent Hortence Françoise Joséphine, la fille qui leur était née en ce début d’année 1822. Dans cet acte de mariage François Joseph est qualifié d’hôtelier, à l’Hôtel de la Paix à la rue de la Violette. Enfin, Joséphine Louise Virginie est née à Molenbeek-Saint-Jean le mais sa mère mourut quelques jours plus tard, le , à Molenbeek-Saint-Jean également, laissant son mari veuf pour la troisième fois et chargé encore de très jeunes enfants. François Joseph vécut jusqu’à un âge avancé pour l'époque et mourut à Saint-Josse-ten-Noode en 1856, dans sa quatre-vingtième année.
Virginie Bovie, ainsi orpheline de mère quelques jours après sa naissance, étudie d'abord le dessin sous la direction de François Charles Deweirdt (1799-1855) avant de rejoindre l'atelier de peinture d'Antoine Wiertz (1806-1865), dont elle aurait repris les « conceptions mégalomanes »Katlijne van der Stighelen and Mirjam Westen, À chacun sa grâce (Flammarion, 1999), p. 247.. À partir de 1850, elle expose régulièrement ses œuvres dans les salons annuels de Bruxelles, Anvers et de Gand. Il s'agissait de scènes historiques et allégoriques, de portraits ou de pièces de genreDictionnaire des femmes belges: XIXe et XXe siècles (Éditions Racine, 2006), p. 75 online.. À l'âge de 30 ans, Virginie Bovie avait déjà réalisé deux toiles à grande échelle pour son église paroissialeTen Bokum, "Art&fact".
Elle entreprend une tournée en Italie en 1855 avec sa sœur aînée, Louise Bovie, une écrivaine dont les récits ont été publiés à titre posthume en 1870Dictionnaire des femmes belges, p. 75.. Sur les 300 peintres, sculpteurs, graveurs et architectes belges qui se sont rendus en Italie pour y étudier entre 1830 et 1914, l'on compte seulement cinq femmes ; Virginie Bovie est l'une des trois femmes dont la présence est attestée avec certitude. Elle visite Rome, Florence, Naples et Venise, obtenant l'autorisation de copier des tableaux dans les galeries de FlorenceChristine A. Dupont, Modèles italiens et traditions nationales: les artistes belges en Italie, 1830-1914 (Institut historique belge de Rome, 2005), p. 222., comme elle le fera plus tard à Paris au Louvre, où, en 1858, elle reproduit Le Radeau de La Méduse par Théodore GéricaultAlexia Creusen, Femmes artistes en Belgique (Harmattan, 2007), p. 66.. Virginie Bovie a peint plusieurs œuvres sur toile dessinant sur des sujets italiens dont la Femme napolitaine avec enfant (1857)Dupont, Modèles italiens, p. 563., et en a exposé quelques-unes dans le salon de 1866 à Bruxelles et le salon d'Anvers en 1879.
Son père était charron et carrossierIl est qualifié de carrossier dans l'acte de mariage du 14 octobre 1812 à Louvain de son frère Egide Bovie, né le 14 novembre 1784 à Bruxelles, paroisse Saint-Nicolas, 28 ans, résidant à Louvain, directeur des Œuvres de pitié de la ville de Louvain avec Anne Marie Christine Maes, de Louvain. puis hôtelier et enfin rentier, et grâce à l'aisance financière de celui-ci et de la famille maternelle de Virginie, elle a été en mesure de rester financièrement indépendante et célibataire toute sa vie. Elle vit à Saint-Josse-ten-Noode et Ixelles, banlieue bruxelloise privilégiée des artistes. Elle vit d'abord à la rue Sans-Souci à IxellesVoyez le lien , puis construit une grande maison au n° 206 de la rue du Trône à Ixelles. Elle y a vécu de nombreuses années avec Louise, qui ne s'est jamais mariée non plus, et a utilisé la maison comme espace d'exposition. Son cousin Félix Bovie, un peintre, et le sculpteur Antoine-Félix Bouré y ont également exposé leurs œuvres. Dans un guide anglophone de 1873 décrivant une visite à pied de six jours de Bruxelles, le Musée Bovie est noté comme étant près du Musée WiertzThe Stranger's Guide to Brussels and Its Environs (Brussels, 1873, 5th ed.), p. 7 online..
Virginie Bovie a continué à peindre l'histoire à une époque où elle n'était plus à la mode, mais ses sujets sont très variés. Son indépendance économique et personnelle lui permet de concentrer ses énergies sur sa carrière de peintre. L'historienne de l'art Anne-Marie ten Bokum a conjecturé que Virginie Bovie était lesbienne.
Virginie Bovie avait fait don à l'État après sa mort de son musée privé et de ses œuvres, mais l'État déclina ce legs et permit la vente aux enchères de son contenu. Un catalogue pour la vente aux enchères, tenue en , a été compilé par Jules de BrauwereJules de Brauwere, Catalogue de Musée Bovie qui sera vendu par suite du décès de Mademoiselle Virginie Bovie (1889)..
Virginie et Louise ont eu une troisième sœur, Hortence ou Hortense Bovie, née en 1822, qui a épousé à Saint-Josse-ten-NoodeSaint-Josse-ten-Noode, acte de mariage n° 107 du 15 novembre 1847. en 1847 François-Joachim-Alexandre Rouen, pharmacien originaire de TournaiCette famille Rouen de Tournai n'est pas apparentée à celle du général Charles Rouen., mais cette union fut fort brève : la mort faucha son époux un an plus tard, à Saint-Josse-ten-NoodeSaint-Josse-ten-Noode, acte d'état civil n° 383 du 4 décembre 1848. Le pharmacien François Alexandre Joachim Rouen est mort le deux décembre 1848 à six heures du soir, au n° 74 de la rue de Brabant à Saint-Josse-ten-Noode, âgé de 25 ans, neuf mois, 27 jours, époux de Hortence Françoise Joséphine Bovie, 26 ans, sans profession, et fils de feu Jean Alexandre Florentin Joseph Rouen, et d'Adélaïde Josephe Brice qui résidait à Tournai. Le décès est déclaré par son frère Thiery Charles Rouen, 31 ans, résidant à Bruxelles, commis voyageur. en . Hortence avait ainsi survécu à son mari et à ses deux sœurs. Hortense Rouen-Bovie, veuve du pharmacien François Rouen, a donné son nom à la rue Rouen-Bovie à Saint-Josse-ten-Noode, partie de la rue des Moissons, qui fut rebaptisée ainsi en 1895 car par son testament elle avait fait un don à la commune pour établir un prix annuel aux meilleurs élèves des écoles communales L' Inventaire du patrimoine bruxellois attribue erronément cette donation à "François Bovie". Voir les détails de cette donation dans la Pasinomie : collection complète des lois, décrets, arrêtés et règlements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique (Brussels, 1892), pp. 141–142 online...
Œuvre Le catalogue des ventes aux enchères du domaine recense 170 œuvres d'art de Bovie, en plus des 71 qu'elle avait collectéesDescription of the Catalogue de Musée Bovie, "Artists' Atelier and Studio Auction Catalogues List" (2009) compiled by Andrew Washton, . On pense qu'elle a produit au moins 204 œuvres, un chiffre anormalement élevé pour une femme à l'époque, mais en 2005, seulement sept d'entre elles ont pu être localisées. En plus de ses grandes peintures historiques et religieuses, dont certaines commandes officielles, son œuvre diversifiée comprend des scènes de la vie contemporaine, des arrangements floraux et des portraits. À la différence des grandes toiles, les œuvres de genre font appel à la sensibilité bourgeoise et permettent une perspective féminine.