vignette|Clara Zetkin (au centre de la photographie) a été la première militante à la tête de l'Internationale socialiste des femmes, puis de l'Internationale communiste des femmes. Ici à Moscou au congrès du Komintern en 1921. À droite de la photographie, la suisse Rosa Bloch, également membre du secrétariat international aux femmes.|320x320px

L'Internationale communiste des Femmes a été créée en . Liée a l'Internationale communiste (Komintern), elle a pour but de mobiliser les femmes en faveur des idéaux et objectifs communistes. Elle doit jouer vis-à-vis des mouvements de femme, dans l'esprit de ses créateurs, un rôle international comparable à ceux de l'Internationale paysanne rouge et l'Internationale syndicale rouge, pour les syndicats et les paysans.

L'action de l'Internationale communiste des femmes est à l'origine dirigée par son secrétariat, dénommé secrétariat international aux femmes. Son autonomie relative est remise en cause en 1925 par les dirigeants de l'Internationale communiste, et ce secrétariat est rattaché directement et intégré au comité exécutif de l'Internationale communiste. Dans le même temps, ce dernier décide de la suspension de la publication de sa revue, Die Kommunistische Fraueninternationale.

Les orientations et le fonctionnement de l'Internationale communiste des femmes sont fortement marquées par les positions prises au sein du Komintern par le Parti communiste de l'Union soviétique, et par son département de l'action parmi les femmes, le Jenotdel. Ils sont également rythmés par des conférences internationales des femmes communistes, tenues à Moscou, sauf celle de 1922, qui s'est déroulée à Berlin.

Les deux structures, Internationale communiste des femmes et Jenotdel, de même que la section des femmes du comité exécutif du Komintern, ont été dissoutes en 1930, mettant fin à cette tentative d'organisation spécifique propre aux femmes dans l'Internationale communiste.

Historique

Héritage de l'Internationale socialiste des femmes et création de l'Internationale communiste des femmes L'Internationale ouvrière ou internationale, qui a précédé l'Internationale communiste, est fondée sur le principe de l'égalité politique et sociale entre les hommes et les femmesE.H. Carr, A History of Soviet Communism (Volume 8): Socialism in One Country, 1924-1926: Volume 3—Part 2. London: Macmillan, 1964; pg. 976.. Les différents partis socialistes et sociaux-démocrates qui y sont affiliés incluent dans leurs programmes le droit de vote des femmes, qui constitue un objectif essentiel des mouvements radicaux du  et du début du .

Après le début de la Première Guerre mondiale, une conférence de l'Internationale socialiste des femmes, liée à l'Internationale ouvrière, est convoquée en 1915 à Berne, en Suisse. Elle réunit des dirigeantes socialistes majeures, comme Clara Zetkin, Alexandra Kollontaï, ou Inès Armand, en vue de définir un programme et des orientations communes, face, notamment, à la guerre.

La Révolution russe de et l'arrivée au pouvoir de la fraction bolchévique du Parti ouvrier social-démocrate de Russie débouchent ensuite, sur l'initiative du nouveau Parti communiste de Russie, sur la création de l'Internationale communiste (Komintern) à Moscou. Elle souhaite se substituer à l'Internationale ouvrière, désorganisée par la Première Guerre mondiale.

Parallèlement, les nouveaux leaders communistes, qui viennent de prendre des mesures d'émancipation des femmes en Russie, s'efforcent de réorganiser et de prendre le contrôle des mouvements de femmes socialistes. La création de l'Internationale communiste des femmes, dirigée par un secrétariat installé à Moscou par le Komintern en , en est une des composantesJohn Riddell (ed.), Toward the United Front: Proceedings of the Fourth Congress of the Communist International, 1922. Leiden, Netherlands: Brill, 2012, (fn. 20)..

Le secrétariat international aux femmes doit prendre la forme d'une équipe réduite, d'une demi-douzaine de membres ou moinsJean-Jacques Marie, "The Women's Section of the Comintern, from Lenin to Stalin", in Christine Fauré (ed.), Political and Historical Encyclopedia of Women. New York: Routledge, 2003; pg. 278..  y sont finalement désignées, dont six russes, Alexandra Kollontai, Nadejda Kroupskaïa, Lioudmila Stal, Zlata Lilina, Konkordia Samoïlova, et une dernière qui n'est connue que par son nom ou son pseudonyme Similova, ainsi que la néerlandaise Henriette Roland Holst et la suisse Rosa Bloch. La secrétaire est la sociale-démocrate allemande Clara Zetkin, auparavant à la tête de l'Internationale socialiste des femmes.

Une conférence internationale des femmes communistes est organisée du au à Moscou, en parallèle avec le Deuxième congrès du Komintern. Les déléguées y prennent connaissance des modalités du mené dans la Russie soviétique, forme d'action militante qui sera endossée par le troisième congrès du Komintern de 1921. Elle repose sur l'organisation de réunions et de meetings et d'actions éducatives à l'intention des femmes dans les villages, les villes et les usines, pour les impliquer dans la vie sociale et économique et dans l'action politique, conformément à la stratégie du Parti communiste russe..

Le Quatrième congrès du Komintern Début 1922, le siège de l'Internationale communiste des femmes est déplacé de Moscou à BerlinHertha Strum in Riddell (ed.), Toward the United Front, pg. 854.. Lors du quatrième congrès du Komintern, qui se tient à Moscou à l'automne 1922, Clara Zetkin présente pour le compte du secrétariat international aux femmes son rapport d'activitéThe complete report appears in Riddell (ed.), Toward the United Front, ., et aborde différentes questions directement liées à celle de la relation entre mouvements de femmes et partis communistes. Elle admet ainsi que le secrétariat agit dans le cadre défini par le comité exécutif de l'Internationale communiste, organe de direction de celle-ci, et sous son autoritéClara Zetkin in Riddell (ed.), Toward the United Front, pg. 838.. Elle félicite néanmoins les partis communistes de Bulgarie et d'Allemagne, qui ont établi des comités spéciaux pour le , et affirme que ces mouvements sont maintenant un atout dans la lutte de classeZetkin in Riddell (ed.), Toward the United Front, pg. 839-840.. Elle critique en revanche le choix fait en Pologne et en Grande-Bretagne de ne pas créer de telles organisations, pour privilégier l'intégration des femmes dans les structures ordinaires du parti, choix qu'elle considère comme moins efficaceZetkin in Riddell (ed.), Toward the United Front, ..

Clara Zetkin donne une place centrale dans sa stratégie à la Journée internationale des Femmes (). Elle met en exergue les manifestations qui l'accompagnent comme l'occasion Zetkin in Riddell (ed.), Toward the United Front, pg. 845-846.. Clara Zetkin invoque également dans son rapport le rôle déterminant joué par les militantes lors de la campagne internationale des travailleurs pour l'aide à la Russie soviétique et la collecte de fonds pour lutter contre la famine qui y sévitZetkin in Riddell (ed.), Toward the United Front, pg. 846.. L'allemande Hertha Sturm renchérit en appelant à l'organisation des travailleuses dans les usines et syndicats, et félicite les bulgares d'avoir fait ce choixStrum in Riddell (ed.), Toward the United Front, ..

Dans sa résolution finale, le quatrième congrès du Komintern reprend les positions de Clara Zetkin. Il reconnaît l'efficacité d'organisations spécifiques aux femmes dans le mouvement communiste, à l'exemple du secrétariat de l'Internationale communiste des femmes, et critique le fait que , en s'abstenant de créer ces organisations "Work of the International Communist Women's Secretariat" in Riddell (ed.), Toward the United Front, pg. 871-872..

La revue Die Kommunistische Fraueninternationale et les autres publications des partis communistes destinées aux femmes L' Internationale communiste des femmes publie alors un magazine bimestriel appelé Die Kommunistische Fraueninternationale (L'Internationale Communiste des Femmes). 25 numéros paraîtront au cours de ses cinq années d'existence de 1921 à 1925, soit en tout 1300 pages de contenu publiéJohn Riddell, "The Communist Women's Movement, 1921-1926," International Socialist Review, whole no. 87 (Jan.-Feb. 2013), pg. 36..

Die Kommunistische Fraueninternationale comporte des articles sur le mouvement des femmes dans le monde et sur les formes de l'action dans la Russie soviétique. Elle promeut la Journée Internationale de la Femme, dont elle publie l'agenda, et le soutien multinational au Secours rouge International. D'autres questions sont également abordées, comme l'action militante contre le militarisme, le fascisme, et l'inflation, ainsi que la planification familiale et la contraception.

Certains partis membres de l'Internationale communiste publient d'autres revues s'adressant à un lectorat féminin au cours de cette période, dont Compagna (Camarade), par le Parti communiste d'Italie, et De Voorbode (La Messagère), par le Parti communiste des Pays-BasStrum in Riddell (ed.), Toward the United Front, pg. 857, 862.. En Tchécoslovaquie, il n'y a pas moins de trois périodiques destinés aux femmes : en langue tchèque Kommunistka (La Communiste), en langue allemande Kommunistin, publié dans la région des Sudètes, et la revue régionale  Žena (Femme). En Russie soviétique sont publiées La Travailleuse, La Paysanne et La CommunisteMarie, "The Women's Section of the Comintern, from Lenin to Stalin", ..

Mise sous contrôle du secrétariat et conférence internationale de Moscou de 1926 Le , le comité exécutif de l'Internationale Communiste décide de réorganiser les mouvements communistes des femmes. Une résolution transforme le secrétariat international des femmes en section des femmes du comité exécutifMarie, "The Women's Section of the Comintern, from Lenin to Stalin", pg. 281.. Cette modification est tenue secrète, et la résolution indique que . Simultanément, le comité exécutif suspend la publication de Die Kommunistische Fraueninternationale, en invoquant des raisons financièresRiddell, "The Communist Women's Movement", pg. 38..

Le siège du mouvement est déplacé de Berlin à Moscou en 1926, ce transfert confirmant la fin de la semi-autonomie de l'ancien secrétariat.

À la fin du printemps de 1926, une quatrième conférence internationale a lieu à Moscou. Alors que les précédents rassemblements été dénommés celui de 1926 est appelé plus sobrement — changement reflétant l'affaiblissement de la position de la section des femmes du comité exécutif dans la hiérarchie du KominternE.H. Carr, A History of Soviet Russia (Volume 12): Foundations of a Planned Economy, 1926-1929: Volume 3—Part 1. London: Macmillan, 1976; pg. 290.

18 délégués titulaires, avec droit de vote, et 47 délégués suppléants participent à la conférence. Ses travaux sont étroitement contrôlés par Palmiro Togliatti et Ottomar Geschke, qui représentent le comité exécutif du Komintern et président les séances d'ouverture et de conclusion. Les délégués de l'Union soviétique, faisant bloc unanime, selon l'historien E. H. Carr, . Le but véritable de la conférence est, toujours selon Carr, du comité exécutif central sur les activités des femmes communistes à l'extérieur de l'URSSCarr, Foundations of a Planned Economy, vol. 3, pt. 1, ..