L'esclavage en Éthiopie a existé pendant des siècles. Cette pratique faisait partie intégrante de la société éthiopienne, depuis ses débuts jusqu'au . Les esclaves étaient traditionnellement issus des peuples nilotiques qui habitaient l'arrière-pays sud de l'Éthiopie. Les prisonniers de guerre étaient une autre source d'esclaves, bien que la perception et le traitement de ces prisonniers fussent nettement différents. Des esclaves étaient également vendus à l'étranger dans le cadre de la traite arabo-musulmane, servant de concubines, de gardes du corps, de domestiques et de trésoriers. En réponse à la pression des alliés occidentaux de la Seconde Guerre mondiale, l'Éthiopie a officiellement aboli l'esclavage et la servitude involontaire en 1942. Le , l'empereur Hailé Sélassié proclame l'interdiction de l'esclavage.

Généralités

Traditionnellement, le racisme sur le territoire visait principalement les minorités ethniques du sud-ouest du pays. Les classes d'esclaves étaient principalement composées de nilotiques (Gumuz) qui étaient désignés sous le nom de barya ou shanqella (« nègres ») en contraste avec les saba qayh (« hommes rouges »), castes nobles parlant des langues afro-asiatiques. La première représentation de cette tradition date d'une inscription du av. J.‑C appartenant au Royaume de D'mt. L'esclavage était fondamental pour l'ordre social, politique et économique de l'Éthiopie médiévale. gauche|vignette|Esclaves en Éthiopie, . Selon Henry Salt, les Abyssins ont intensivement chassé les shanqella au cours du . À la suite de l'abolition de la traite des esclaves dans les années 1940, les shanqellas et les baryas libérés étaient généralement employés comme main-d'œuvre non qualifiée.

Traditionnellement, le racisme contre les barya transcendait les classes et restait en vigueur indépendamment de la position sociale ou de la filiation. Bien que certaines populations chamito-sémitiques d'Éthiopie (Oromos, Sidamas) aient également été confrontées à des degrés divers de discrimination,ces discriminations contrastaient fortement avec celles qui existaient envers les shanqellas car leurs caractéristiques raciales étaient similaires à celles des Abyssins. Ces discriminations étaient plutôt plus typiquement liées à des considérations économiques et politiques. Ainsi les Oromos et les Gouragués n'étaient jamais considérés comme étant des baryas.

En termes de perceptions traditionnelles, les minorités nilotiques se distinguent elles-mêmes des populations chamito-sémitiques. Les Anuaks du sud de l'Éthiopie regroupent les Amharas, les Oromos, les Tigrés et d'autres communautés éthiopiennes non-nilotiques sous le nom de gaala (« rouge ») en opposition à eux-mêmes.

Histoire

Conquêtes En Éthiopie, l'esclavage était légal et répandu. Les raids pour capturer les esclaves étaient endémiques dans certaines régions, et la traite des esclaves était une réalité quotidienne. Bien que le commerce intercontinental d'esclaves y fût substantiel, l'Empire éthiopien, en particulier les hauts plateaux du Choa, était le plus grand consommateur d'esclaves de la Corne de l'Afrique. Avant l'expansion impériale vers le sud, Asandabo, Saqa, Hermata et Bonga étaient les principaux marchés d'esclaves pour le royaume de Guduru, Limmu-Enaria, Jimma et KaffaW. G. Clarence-Smith The Economics of the Indian Ocean Slave Trade in the Nineteenth Centuryy. Psychology Press (1989) pp. 108 Google Books. Les villages marchands adjacents à ces grands marchés du sud-ouest de l'Éthiopie étaient invariablement remplis d'esclaves, que les classes supérieures échangeaient contre les marchandises importées qu'ils convoitaient.

Les esclaves étaient acheminés vers les grands marchés de distribution tels que Basso à Gojjam, Aliyu Amba et Abdul Resul dans le ShewaHarold G. Marcus A History of Ethiopia. University of California Press (1994) pp. 55 Google Books. La principale source d'esclaves était les guerres et les raids qui ont duré des milliers d'annéesW. G. Clarence-Smith The Economics of the Indian Ocean Slave Trade in the Nineteenth Centuryy. Psychology Press (1989) pp. 107 Google BooksHarold G. Marcus A History of Ethiopia. University of California Press (1994) pp. 55 Google BooksDonald N. Levine Greater Ethiopia: The Evolution of a Multiethnic Society. University of Chicago Press (2000) pp. 56 Google BooksProf. Feqadu Lamessa History 101: Fiction and Facts on Oromos of Ethiopia. Salem-News.com (2013)Donald N. Levine Greater Ethiopia: The Evolution of a Multiethnic Society. University of Chicago Press (2000) pp. 136 Google Books.

Dans les états oromos centralisés des vallées de Gibe et de Didesa, le secteur de l'agriculture et de l'industrie reposait principalement sur le travail servile. Les États de Gibe incluaient Jemma, Gudru, Limmu-Enarya et Gera. Adjacent aux états Oromo occidentaux, existe le royaume omotique de Kaffa ainsi que d'autres états du sud dans les bassins de fleuve de Gojab et d'Omo où les esclaves étaient les producteurs agraires principauxW. G. Clarence-Smith The Economics of the Indian Ocean Slave Trade in the Nineteenth Centuryy. Psychology Press (1989) pp. 106 Google Books. Dans les États du Gibe, un tiers de la population générale était composée d'esclaves, tandis que les esclaves représentaient entre la moitié et les deux tiers de la population générale dans les royaumes de Jimma, Kaffa, Walamo, Gera, Janjero et Kucha. Kaffa a même du réduire le nombre d'esclaves au milieu du , craignant une sur-populationInternational African Institute Ethnographic Survey of Africa, Volume 5, Issue 2. (1969) pp. 31 Google BooksW. G. Clarence-Smith The Economics of the Indian Ocean Slave Trade in the Nineteenth Centuryy. Psychology Press (1989) pp. 106 Google Books.

Le recours au travail servile dans le secteur agricole du sud-ouest de l’Éthiopie explique que les esclaves y représentaient une part plus importante de la population que dans le nord du pays, où la production agricole reposait principalement sur des gabbars libresDaniel W. Ambaye Land Rights and Expropriation in Ethiopia. Springer (2015) pp. 41 Google Books. Bien que propriétaire de sa terre, le gabbar doit acquitter un impôt foncier représentant un cinquième de sa production, tandis que l’ensemble des prélèvements peut atteindre un tiers de celle-ci. Les paysans du nord de l’Éthiopie sont en outre soumis à diverses corvées non rémunérées, comme le broyage du maïs ou la construction de maisons et de clôtures, qui peuvent accaparer jusqu’à un tiers de leur tempsDaniel W. Ambaye Land Rights and Expropriation in Ethiopia. Springer (2015) pp. 41 Google Books. Ce même système de gabbar a été appliqué au sud de l'Éthiopie après l'expansion du royaume de Shoa jusqu'à ce que l'empereur Haile Selassie abolisse ce système au sud et au nord.

Menelik II et la reine Taitu possédaient personnellement 70 000 esclaves. Abba Jifar II aurait fait également plus de 10 000 esclaves et permettrait à ses armées d'asservir les captifs lors des batailles. Cette pratique était commune entre les diverses tribus et clans d'Éthiopie pendant des milliers d'annéesDonald N. Levine Greater Ethiopia: The Evolution of a Multiethnic Society. University of Chicago Press (2000) pp. 136 Google BooksDonald N. Levine Greater Ethiopia: The Evolution of a Multiethnic Society. University of Chicago Press (2000) pp. 156 Google Books. Cependant, malgré les raids, les Oromo n'étaient pas considérés comme étant des baryas, en raison de leur ascendance afro-asiatique.

Nature L'esclavage pratiqué en Éthiopie différait selon la classe d'esclaves en question.

Les esclaves nilotiques (shanqella «nègres») étaient en général vendus à un prix faible et étaient principalement assignés à des travaux durs dans la maison et les champs.

À l'inverse, les esclaves issues d'ethnies chamito-sémitiques Oromo et Sidama (saba qayh «rouges») avaient une valeur bien plus élevée et étaient soigneusement triés. Les très jeunes enfants jusqu'à l'âge de dix ans étaient désignés sous le nom de Mamul. Leur prix était légèrement inférieur à celui des garçons de dix à seize ans. Connu sous le nom de Gurbe, ces derniers étaient destinés à servir en tant que domestiques personnels. Les hommes dans la vingtaine s'appelaient Kadama et se sont vendus à un prix légèrement inférieur à celui des Gurbe car la valeur d'un homme diminuait avec l'âge. Les femmes les plus estimées et les plus désirées étaient les jeunes filles, qui étaient appelées Wosif. Les plus séduisants d'entre elles étaient destinés à devenir des épouses ou des concubines. Les femmes plus âgées été évaluées en fonction de leur force et de leur capacité à effectuer les tâches ménagères.

Esclavage des Baryas par les Beta Israel La société des Beta Israel (ge'ez ፈላሻEn cas de difficulté d'affichage, il faut installer la police ftp://ftp.ethiopic.org/pub/fonts/TrueType/gfzemenu.ttf.) ou Beta Israel (populations juives de l'Éthiopie) comprend un sous-groupe de statut inférieur, véritable minorité de la minorité, de Baryas, ou captifs. Leur origine n’est pas datée, mais ils sont bien attestés à l’époque moderne au sein de la communauté Beta Israel, et existent toujours aujourd’hui en Israël. Les Baryas descendent de serviteurs nilotiques achetés par des Beta Israel sur les anciens marchés d’esclaves de la Corne de l'Afrique, et convertis à la religion de leurs maîtres. Ils sont considérés comme « noirs » (t’equr, ou shanqilla, un mot d'origine Agäw qui référence les peuples nilotiques très noirs) par les Beta Israel. Ceux-ci se perçoivent eux-mêmes comme qey [rouge] ou t’eyem [brun] - jamais comme le racialement inférieur t'equrHagar Salamon, « Blackness in Transition: Decoding Racial Constructs through Stories of Ethiopian Jews », dans le Journal of Folklore Research, Volume 40, - voir l’article ».

Les Baryas ont des traits plus classiquement africains que les peuples couchitiques et éthiosémitiques, encore que d’après Hagar Salamon, « la prolifération des relations conjugales maître-esclave » (normalement prohibées) aient progressivement estompé les différences. Ils sont endogames, et ne sont pas autorisés à se marier avec les familles Beta Israel non Baryas. Il existe également une notion de demi baryas et quart de baryas, contraints de se marier entre euxLes Juifs éthiopiens en Israël, .. Ils sont victimes de divers préjugés, étant supposés être « primitifs ». Ils n’avaient en Éthiopie qu’un accès restreint aux lieux de culte (Masgid), variable selon les régions. Hagar Salamon rapporte ainsi que selon celles-ci, ils devaient rester dans la cour du Masgid, ou devaient la quitter pendant la lecture de l'Orit (la Bible), ou ne pouvait y pénétrer qu’après plusieurs annéesLes Juifs éthiopiens en Israël, .. Ils n’avaient en général pas le droit d’être enterrés dans les mêmes cimetières que les autres Beta Israel, et ceux-ci ne consommaient pas la viande des animaux qu’ils abattaient.

Jusqu’à leur immigration en Israël, les Baryas ont conservé un statut de serviteur, malgré l’abolition officielle de l’esclavage en 1924. Ils étaient « de facto une part de la propriété familiale et continuaient à être légués d’une génération à une autre. [… il y avait même une] vision générale des baryas comme [...] non-humains ».

Traites Arabo-musulmanes droite|vignette|419x419px|Itinéraires historiques de la traite éthiopienne. Du fait que les côtes de la Mer Rouge et du golfe d’Aden, en particuiers les ports de Zeilah et Tadjourah, étaient sous l’autorité de sultans musulmans Somalis et Afars, ce sont ces ethnies musulmanes qui dominaient la traite des esclaves dans la Corne de l'Afrique.. Par exemple la grande famine de 1890-1891 a contraint de nombreuses personnes du nord chrétien de l'Éthiopie à vendre leurs enfants à des musulmansGwyn Campbell, Suzanne Miers, Joseph Calder Miller Women and Slavery: Africa, the Indian Ocean world, and the medieval north Atlantic, Volume 1. Ohio University Press (2007) pp. 225 Google Books.