La position schizo-paranoïde a été théorisée dès 1946 par Melanie Klein et elle est vue par elle et par les analystes qui suivent ses idées comme une étape, la plus archaïque, du développement de l'humain. Sur le plan développemental, elle est suivie de la position dépressive vue comme plus mûre et intégrative. Klein avait déjà repéré quelque chose de ce concept en 1932 (position paranoïde) et même en 1928. Elle est marquée par des défenses maniaques, la projection et l'introjection, l'identification projective, le clivage d'objet et un objet vécu sur le double mode de l'idéalisation et de l'envie. Le tout est régi par la dialectique (au sens kleinien qui est différent du sens freudien) des pulsions de vie et de mort. Elle présuppose un moi et un surmoi précoces capable de ressentir de l'angoisse (anéantissement, etc.) ce qui l'oppose aux vues de FreudHanna Segal, Introduction à l'œuvre de Mélanie Klein, 2003, PUF, , .
Concept Position La notion de position apparaît chez Klein dès 1928Melanie Klein, « Les stades précoces du conflit œdipien » Essais de psychanalyse 1921 - 1945, Éd. Payot, , , elle est à distinguer de celles de phases ou de stade au sens de développement psycho-sexuel tel que Freud l'avait notamment décrit dans ses Trois essais sur la théorie sexuelleSigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Presses universitaires de France, , 2010, . D'après Willy Baranger, ce changement de terme n'est pas fortuit, la position est à entendre comme faisant référence à une Cette notion est centrale dans l'œuvre de Klein parce qu'elle se réfère à une situation impliquant la totalité de la vie psychique :
Elle précise encore : Par la suite, Melanie Klein a multiplié et généralisé les parlant de positions , et même de position obsessionnelle avant d'en arriver à la claire distinction entre position schizo-paranoïde et position dépressive comme actuellement connue.
Les deux positions se manifestent rarement sous une forme pure. Selon Baranger il faut se les représenter comme des
Position dépressive Melanie Klein développant la psychanalyse des enfants aborde des problématiques très précoces. Analyser la pensée de l'enfant l'amène à théoriser le début des activités mentales notamment par l'établissement d'un surmoi . En 1934, elle présente d'abord le concept de position dépressive. C'est en 1946 qu'elle développe les théories sur les processus précoces en particulier l'identification projective. Elle développe le concept de , qu'elle nomme de prime abord , puis , le terme de paranoïde se rapprochant des mécanismes psychotiques de la paranoïa et de la schizophrénie. Ronald Fairbairn avait, de son côté, relevé en 1941 des présents chez des patients non schizophrènes, par exemple dans l'hystérie. M. Klein s'y réfère explicitement même si leurs théories divergent finalement.
Dans une première théorisation, l'état est lié au stade anal précoce décrit par Karl Abraham avant d'être plutôt rattaché au stade oral, et aux premières relations du nourrisson à l'objet. La perte d'objet sera plus tard vue par Mélanie Klein comme la conséquence de l'agressivité et de la culpabilité. En cela, la théorisation kleinienne diverge des théories comme celles de René Spitz qui, lui, avait mis en évidence la perte d'objet réelle et subie par séparations précoces.
Position infantile Le nourrisson dont parle Klein n'a pas encore édifié un Moi tel que celui de l'adulte. Le Moi est déjà capable de mettre en œuvre des défenses mais s'avère très peu intégré : ce sera l'éventuel aboutissement de la position schizo-paranoïde. Mais certaines descriptions des structurations psychiques de cette période décrivent bien un effort dans ce sens : certaines modalités relationnelles, certains mécanismes de défense montrent les premiers pas dans l'acquisition de fonctions qui seront plus tard l'apanage du Moi.
Relation d'objet Les théories de Melanie Klein présupposent que la notion d'objet interne soit sous tendue dans tous ses développements. L'objet interne ou plutôt les objets internes (elle parlera même d'assemblée des citoyens du monde interneWilly Baranger, Position et objet dans l'œuvre de Mélanie Klein, Eres, 1999, ) est la référence pour la majeure partie de ses énoncés théoriques. Klein utilise toujours l'expression relation d'objet pour traiter de l'objet pulsionnel. Selon Melanie Klein l'expérience sensorielle, la perception de l'objet en particulier, se double toujours d'une activité fantasmatique qui la représente psychiquementSusan Isaacs, « Nature et fonction du phantasme » Melanie Klein, Paula Heimann, Joan Riviere et S. Isaacs, Développement de la psychanalyse, Éd. PUF, 2009, , . Cette théorie diffère en cela de celles de Freud et de psychanalystes postérieurs comme Pierre Marty, pour qui le fantasme n'est pas un donné de base mais s'acquiert ou pas (la pensée opératoire dans les maladies psychosomatiques). Pour M. Klein et les kleiniens, il y a toujours un monde fantasmatique composé d'objets internes - résultant des expériences vécues - et sous le sceau de l'une ou l'autre des positions qui régissent l'assemblée des objets internes comme le régirait un régime politique.
Défenses psychiques Ces modalités relationnelles, amènent l'enfant à se défendre du mauvais.
Le clivage de l'objet est à voir en même temps comme une défense pathologique, radicalité des différences entre « bon » et mais aussi comme un mécanisme maturant dans la mesure où il inaugure toutes les formes de discrimination qui lui succéderont. La projection ressemble à celle que Freud a théorisé : le mauvais est mis à l'extérieur pour être aussi mieux maîtrisé. Là aussi pour les kleiniens, la différence entre pathologique et normalité (ils n'utilisent par ailleurs guère ces termes) se situe dans le quantitatif. Une absence de « capacité » projective est aussi dommageable qu'un excès de ce mécanisme. L'identification projective est une forme plus élaborée de la projection. Le déni est un mécanisme archaïque qui est plus radical que le refoulement; c'est ainsi un ou des pan/s entier/s de la réalité qui sont déniés pour protéger le moi de l'angoisse de néantisation. L'introjection est la capacité précoce à intégrer certains éléments perçus à l'extérieur ; et ce malgré l'absence de Moi, ce qui différencie cette défense de l'identification, plus élaborée. Le bon sera introjecté par l'enfant pour se rassurer et se protéger de sa propre violence. Le mauvais est également introjecté, ce qui renforce alors les mécanismes précédemment décrits. (L'introjection sera évoquée dans la seconde position décrite par Melanie Klein, à savoir la position dépressive, comme un mécanisme de défense pour éviter la perte du bon objet lorsque l'enfant réalise qu'il ne fait qu'un avec le mauvais, et donc lutter contre la culpabilité résultant de son hypothétique agression.) L'idéalisation est l'investissement d'un sujet pour en faire un objet total, totalement bon, ou totalement mauvais (qui correspond à l'idée que l'on en veut). C'est une réaction possible au besoin de lutter contre le mauvais objet sans perdre le bon.
Fixations Les psychanalystes kleiniens travailleront beaucoup la question des fixations à la position schizo-paranoïde avec utilisation massive du mécanisme d'identification projective qui sont prépondérantes dans la psychose. Ils les travaillent en théorie et dans la clinique de la cure psychanalytique qui s'attachera à faire remonter ces angoisses schizo-paranoïdes qui sous-tendent tous les mécanismes psychopathologiques. Wilfred Bion parlera lui d'une partie psychotique de la personnalité présente chez tout le monde avec son pendant de la partie névrotique de la personnalitéHoracio Etchegoyen : Fondements de la technique psychanalytique, Ed.: Hermann, 2005, . Une critique du livre..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Identification projective Moi (psychanalyse) Position dépressive Projection Pulsion de vie Pulsion de mort Surmoi
Bibliographie Melanie Klein, Contribution à la psychogenèse des états maniaco-dépressifs, 1934. Melanie Klein, Notes sur quelques mécanismes schizoïdes,1946 (communication passée à la British Psychoanalytical Society), in Notes sur quelques mécanismes schizoïdes. Melanie Klein : L'amour et la haine, Payot, coll. "Petite Bibliothèque Payot", 2001, Melanie Klein, Quelques conclusions théoriques sur la vie émotionnelle des bébés, 1952 Roland Jaccard, L'exil intérieur, Schizoïdie et civilisation, 1978
Catégorie:Concept de psychanalyse