vignette|Portrait d'Edmund Husserl écrit Julien Farges . Edmund Husserl a commencé, très tôt à développer la notion de « monde de la vie » , dès ses Recherches logiques, mais c'est surtout dans son ouvrage tardif la Krisis qu'elle devient le titre d'une problématique universelle, écrit Emmanuel Housset.
Origine du concept Le « monde de la vie », traduction de l'allemand , est une expression héritée du philosophe Wilhelm Dilthey que Husserl s'appropriera, plus comme une « rubrique » problématique que comme un concept parfaitement constitué. Cette notion désigne en gros, , les phénoménologues parlent aussi de monde pré-scientifique -. On peut inclure dans ce concept toutes les prestations, concrètes comme abstraites, qu'un ego peut effectuer dans le cours naturel de sa vie (perception d'objet, de chose, de personne, pensée en général, jugement scientifique, hypothèse métaphysique, croyance de toutes sortes, etc.).
À sa reprise par Husserl, cette notion a déjà un siècle d'existence. Dans une note Julien Farges rapporte cette analyse : ». En résumé la signifierait selon cet auteur, le passage d’une vie située « dans un monde » à une vie « vivant le monde » lui-même, et qui façonne celui-ci tout autant qu’elle est façonnée par lui. Cette évolution et cette sédimentation de sens fait, dans une autre contribution de Julien Farges § 7/8 lire en ligne, de la notion de . À toutes les étapes de la pensée évolutive de Husserl, les thématiques du « monde de la vie » comme celle de la « réduction » sont, explicitement ou implicitement, présentes, note dans son mémoire Mario Charland lire en ligne.
Dans la Krisis un nombre important de paragraphes comporte cette expression de « monde de la vie » étudié sous divers angles, par exemple, vis-à-vis des sciences, dans l'œuvre de Kant, face à l'attitude naïve, de la nécessité d'une ontologie du « monde de la vie ».
Monde de la vie et attitude naturelle Le concept de « monde de la vie » obéit aux conditions formelles pour qu'il puisse y avoir un monde, que donne le Dictionnaire des concepts, à savoir il est une .
Le « monde de la vie » correspond, en première analyse, au point de vue selon lequel l'homme perçoit ce qui l'entoure, tel qu'il le vit naturellement, formant des représentations, jugeant, sentant, voulant et en en comprenant les lois. . Faisant face à la conscience l'attitude naturelle me fait découvrir un monde de choses existantes, elle m'attribue aussi un corps situé dans ce monde. Chacun d'entre nous, vivons dans un seul et même monde, au contenu variable, illimité dans le temps et dans l'espace . Monde pratiquement ignoré, parce que « allant de soi »
L'homme dans l'« attitude naturelle » pose des gestes, élabore des réflexions, établit des croyances sans prendre le recul nécessaire pour évaluer la rationalité, la légitimité et les fondements de tels actes posés dans son monde quotidien. Autrement dit, nous sommes tous pris dans le monde des habitudes, des croyances et des comportements vécus de façon répétitive, ce qui constitue une couche sous-jacente sédimentée comme prérequis à nos idées, à nos pensées et à nos concepts élaborés abstraitement par la suite. C'est ce sol de présuppositions, devenu naturel à force d'être considéré comme « allant de soi » , comme étant « évident en soi », que Husserl découvre par l'« époché » et qu'il nomme le « monde de la vie » écrit Jean Vioulac §2 lire en ligne dans son article des Études philosophiques . L' époché, en transformant, par contre-coup, ce monde là, en simple « phénomène », nous fait prendre conscience de deux traits qui le caractérise, il est « originaire » et il est unitaire lire en ligne. -.
Ce monde, dans lequel je suis moi-même incorporé, n'est pas un simple monde des choses, mais il est tout à la fois, en arrière-plan, un monde de valeurs, de biens et un monde pratique. Il contient aussi des environnements idéaux, corrélats des actes de connaissance comme les nombres qui se rencontrent dans les actes de numération.Paul Ricœur, note à ce propos que l'illusion la plus constante qui caractérise la « thèse du monde » est la croyance naïve à l'existence « en soi » de ce monde et que toute perception empirique d'objet aurait a priori un caractère d'évidence que n'aurait pas la simple réflexion écrit Husserl-.
Le monde de l'« attitude naturelle » n'a rien à voir non plus avec une « vision du monde », ni avec le monde de la quotidienneté. Si pour Eugen Fink , ce qui est visé par le phénoménologue, c'est ce qui commande toutes les possibilités, toutes les attitudes. Le monde que connaît l'« attitude naturelle » n'est donc pas à confondre avec la notion de « monde de la vie ».
Monde de la vie et réduction Jean Vioulac, note que ce n'est que par la réduction ou époché que le « monde de la vie » apparaît dans toute sa réalité phénoménale. Mario Charland lire en ligne écrit dans son mémoire .
D'autre part, il y a avec la Krisis un renversement complet de perspective. Maintenant ce n'est plus l'ego mais lire en ligne. , écrit Dan Zahavi lire en ligne. Pour un tel changement de sol, de l'ego vers le monde pré-donné de la vie, il faut que celui-ci présente un caractère plus systématique de manière que tout ce qui appartenait au monde anté-prédicatif atteigne la scientificité même de ce concept note Mario Charland lire en ligne, dans son mémoire.
Paul Ricœur remarque en note : . Ce passage nécessaire par le réduction est confirmée par Nathalie Depraz lire en ligne qui parle dans son étude de la conférence de Husserl intitulée la crise de l’humanité européenne et la philosophie de .
Monde de la vie et vérité La philosophie de la rend nécessaire une nouvelle approche du concept de vérité. Jean-François Lyotard, en résume les conditions. La vérité ne peut plus être, en phénoménologie, l'adéquation de la pensée avec son objet, ni se définir comme un ensemble de conditions a priori . La vérité ne peut être définie que comme expérience vécue : c'est-à-dire par ce que l'on entend par l'« évidence apodictique ». L'époché remplace la certitude absolue mais naïve dans l'existence du monde par une démarche qui consiste à porter l'évidence pas à pas jusqu'à son « remplissement » c'est-à-dire, l'idée de fondation absolue Jean-François Lyotard.
Monde de la vie comme sol et comme horizon S'il est véritablement un monde, ce phénomène que me découvre la réduction en tant que sol primordial, ne peut pas être uniquement le mien. Monde de la vie comme monde commun Husserl assimile dans ses Méditations cartésiennes le sens d'être du monde objectif à la question de l'intersubjectivité. , écrit Emmanuel Housset. Il s'agit, selon la formulation de Renaud Barbaras, . La résolution de cette contradiction pose des difficultés redoutables . Dans l'esprit de Husserl l'expérience de purs autres, est la condition pour que le monde m'apparaisse comme monde objectif, . Ce monde commun qui peut se constituer à partir de mon monde n'est plus seulement l'idée de la totalité de l'expérience possible mais une structure de la « subjectivité transcendantale ».
Primauté du monde Husserl insiste sur l'oubli de l'empreinte de ce monde pré-scientifique dans la formation des sciences, surtout depuis le tournant galiléen, . Pour lui, il y a écrit Emmanuel Housset.
Husserl compte avec ce concept § 9 lire en ligne. À cet effet il prend appui sur les travaux du philosophe de la vie Rudolf Eucken qui élabore, au début du , une corrélation vivante et spirituelle entre expérience et monde. Cette corrélation entraîne une nouvelle élaboration du concept de la qui justifie son entrée dans le champ de l’interrogation philosophique, note Julien Farges § 19 lire en ligne qui constate que la troisième section de la Krisis est consacrée à souligne Julien Farges § 4 lire en ligne.
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
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Articles connexes
Liens externes
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