SLON est l'acronyme russe de Solovietski lager ossobovo naznatchénia (camp de Solovski d'appellation particulière) et plus tard de Severnye lagueria ossobovo naznatchenia (camp du Nord à destination spéciale) ou camp spécial Solovetski, en abrégé Solovki (en ). Le camp de Solovki est le principal camp de travail pénitentiaire d'URSS situé sur l'archipel des îles Solovki, en activité dans les années 1920-1930. Deux camps sont regroupés administrativement en 1921 avec Solovki : les camps de Pertominsk et Kholmogory situés près d'Arkhangelsk, sur les bords de la mer Blanche et désignés comme étant des camps du Nord. En 1928 le Vichlag est également rattaché au SLON, comme camp du Nord. Histoire
Prison de monastère
Le monastère Solovetski a été pendant de nombreuses années un lieu d'isolement d'hiérarques orthodoxes réfractaires à la volonté du tsar, d'hérétiques et de sectaires. Ils sont arrivés là parce que suspectés ou disgraciés politiquement tel Abraham Palitsyne ou encore comme sympathisant des décabristes tel Pavel Hannibal. La prison du monastère existe depuis 1718, et est fermée après près de 200 ans en 1903 A S Prougavine /Пругавин А. С./ Les prisons monastiques dans la lutte contre les sectes. Question de la tolérance/ Монастырские тюрьмы в борьбе с сектантством. К вопросу о веротерпимости. М; Посредник. 1906. с. 78, 81.. La solitude qui y régnait avait attiré une espèce particulière de moine solitaire, ce qui séduisait l'imagination des bolcheviks. La rudesse du climat, le combat contre les forces de la nature seraient une bonne école pour les éléments criminels.
Les camps du nord En 1919, la Tchéka établit un certain nombre de camps de travaux forcés dans le gouvernement d'Arkhangelsk : à Pertominsk, Kholmogory et près d'Arkhangelsk. Ces camps devaient subvenir à leur existence par leurs propres moyens. En 1921 ces camps reçoivent la dénomination de Camps du nord à destination spéciale (Северными лагерями особого назначения) ou SLON (en cyrillique : СЛОН). Le mot slon désigne en langue russe un éléphant. Le nom des camps va dès lors devenir source d'ironie, d'humour et de menace.
Solovetski reste dans les mémoires des survivants le premier camp du Goulag, mais en réalité il existait déjà un large éventail d'autres camps. Dès 1918, en effet, les travaux forcés furent une forme de châtiment reconnue en Union soviétique..
Naissance des camps de Solovki à destination spéciale (1923)
Au début de l'année 1923, la Guépéou prend la place de la Tchéka et propose de multiplier le nombre de camps dans le nord et d'en construire un nouveau sur l'archipel des îles Solovki.
En mai 1923, le vice-président du Guépéou, Iosif Ounchlikht, s'adresse au Comité exécutif de toute la Russie en vue de réaliser son projet de camp spécial de travail à Solovki, et dès le mois de juillet les premiers prisonniers sont transférés d'Arkhangelsk à Solovki.
Le 6 juillet 1923, six mois après la formation de l'URSS, le Guépéou sort du contrôle par le NKVD et fusionne avec l'OGPOU qui dépend directement du Conseil des commissaires du peuple (URSS). Les lieux de détentions du Guépéou passent sous contrôle de l'OGPOU de la République socialiste fédérative soviétique de Russie.
Sur l'île de la Révolution d'Octobre (anciennement île de Popov), dans les écueils de Kemsk où se trouvait la scierie, il est décidé de créer un point de transit entre la station de chemin de fer de Kem et le nouveau camp de Solovski. Le gouvernement de la République socialiste soviétique autonome de Carélie s'oppose aux plans de l'OGPOU mais le point de transit est ouvert malgré tout.
Selon le décret de l'OGPOU, présenté le 18 août 1923 au Conseil des commissaires du peuple, le nouveau camp doit être occupé par les prisonniers politiques et criminels condamnés par les instances judiciaires du Guépéou, l'ex-Tchéka, et les tribunaux ordinairesГА РФ. Ф5446. Оп 5ф. Д 1. Л. 2.
Bientôt, sur base de la décision du Conseil des commissaires du peuple de l'URSS du 13 octobre 1923s:ru:Постановление СНК СССР от 2 ноября 1923 года Об организации Соловецкого лагеря принудительных работ (protocole 15) les camps du nord sont liquidés et à leur place sont organisés les camps de travail forcé spécial, le SLON ou OUSLON. Sur proposition de Dzerjinski, le 13 octobre 1923, tous les biens qui appartenaient au monastère Solovki sont confisqués au profit de la Tcheka et le monastère est fermé en 1920.
Après dix ans d'existence
À l'origine, les activités du SLON étaient limitées aux îles Solovetski. À Kem, sur le territoire de la République autonome de Carélie, ne se trouvait qu'un point de transit vers les îles. Mais très rapidement est apparu un véritable département sur le continent, d'abord dans les régions côtières de Carélie et, en 1926, au nord de Perm, dans l'Oural du nord, le Vichlag (où l'écrivain Varlam Chalamov fut prisonnier de 1929 à 1932). Deux ou trois années plus tard l'expansion se poursuit sur la presqu'île de Kola. L'expansion territoriale s'accompagne d'une rapide augmentation du nombre de prisonniers du système de l'oguépéou. Au premier octobre 1927, le SLON comptait personnes prisonnières Le camp de Solovki et la prison du SLON/СОЛОВЕЦКИЕ ЛАГЕРЬ И ТЮРЬМА (СЛОН/СТОН).
Durant l'existence du camp prisonniers sont morts, dont la moitié de faim durant l'année 1933 Statistiques du Goulag mythe et réalité,étude sur la Loublianka, Novgorod 2001 РГАСПИ. Ф. 17. Оп. 21. Д. 184. Л. 400—401. См.: Статистика ГУЛАГа — мифы и реальность // Исторические чтения на Лубянке. Новгород, 2001. À la même époque, un ancien prisonnier du SLON, Semion Pidgaïni, rapporte que rien que pour la construction du chemin de fer sur seulement huit kilomètres une dizaine de milliers d'Ukrainiens et de Cosaques du Don sont morts S A Pidgaïni /С. А. Пидгайный: L'intelligentsia ukrainienne aux Solovki/Украинская интеллигенция на Соловках — цит. по Соловки: торфяные разработки.
Le nombre officiel des détenus de 1923 à 1933 est repris ci-après pour chaque fin d'année ITL OGPU de Solovetski, système soviétique, Moscou 1998 /«СОЛОВЕЦКИЙ ИТЛ ОГПУ», Из справочника: «Система исправительно-трудовых лагерей в СССР», Москва, «Звенья», 1998.
Année 1923 1924 1925 1926 1927 1928 1929 1930 1931 1932 1933 Prisonniers 2 557 5 044 7 727 10 682 14 810 21 900 65 000 71 800 15 130 non communiqué 19 287
Démantèlement du camp (1933) En décembre 1933, le camp Solovki est démantelé et ses propriétés sont transférées au BELBALTAG, le camp du canal de la mer Blanche à la Baltique.
Plus tard, un des camps du canal de la mer Blanche est installé à Solovki, et en 1937-1939 la prison de Solovki devient (acronyme STON, du russe : Соловецкая тюрьма особого назначения (СТОН) au sein du GUGB, NKVD d'URSSSolovki camp à vocation spéciale par I. Moroukov « Соловецкий лагерь особого назначения (1923—1933 гг.) », Юрий Моруков Альманах «Соловецкое море». № 3/2004 .
Grâce aux recherches effectuées en 1995 par le directeur du centre Mémorial de Saint-Pétersbourg, Veniamine Iofe, il a pu être établi que le 27 octobre 1937, par décision de la Troïka du NKVD de la région de Leningrad, une partie des zeks a été embarquée sur des barges et amenée au village de Povenets puis fusillée et jetée dans une fosse au lieu-dit Sandormokh ( victimes y compris tous ceux inaptes au travail et les non-qualifiés) «История СЛОН», НИЦ 'Мемориал', Санкт-Петербург.
Chronologie
Le 6 juin 1923, (avant même que la décision de créer le camp Solovki fut prise) un bateau à roue, le « Petchora » amène aux Solovki une partie des zeks d'Arkhangelsk et de Pertominsk Almanach Solovetski /Альманах «Соловецкое море». № 3. 2004 г.. Le 13 octobre 1923, le Conseil des commissaires du peuple a pris la décision d'organiser un camp de travail forcé à Solovki. Il est prévu pour personnes. Le 19 décembre 1923, lors d'une promenade, cinq personnes sont tuées et trois blessées (dont une mortellement) par des membres du Parti socialiste révolutionnaire (Russie) et des anarchistes. La fusillade a été largement diffusée par les médias dans le monde à l'époque. Le Ier octobre 1924, le nombre de prisonniers politiques dans la camp s'élevait à 429 zeks, parmi lesquels 176 mencheviks, 130 socialistes révolutionnaires, 67 anarchistes, 26 socialistes de gauche, 30 socialistes d'autres organisations.
Les « politiques » (membres des parts socialistes : socialistes révolutionnaires, menchéviks, travailleurs juifs et les anarchistes), représentent une petite partie de l'ensemble des prisonniers évalué à 400. Mais ils jouissent d'une situation privilégiée dans le camp et, en droit, sont exempts de travaux physiques (sauf cas d'urgence). Ils communiquent librement entre eux, ont leur organe de direction en la personne du staroste, peuvent rencontrer leur famille et recevoir de l'aide de la Croix-Rouge. Ils étaient détenus séparément des autres zeks. Depuis la fin 1923, l'Oguépéou adopta une politique plus répressive envers les réfugiés politiques. Le 10 juin 1925 est adopté le décret du Conseil des Commissaires du Peuple sur la fin de la détention au sein du SLON des prisonniers politiques. Durant l'été 1925 ces prisonniers sont ramenés en Russie continentale.
Quelques prisonniers plus connus Nikolaï Antsiferov Vladimir Artemiev (en 1923-1925) Vladimir Benechevitch Vera Baltz Ossip Braz Varlam Chalamov
Léonide Féodoroff
Paul Florensky de 1933 à 1937 Naftali Frenkel
Djamo Hadjınski Les Kourbas Dmitri LikhatchovЛИХАЧЕВ ДМИТРИЙ: СОЛОВКИ — ЛЮДСКАЯ ГАВАНЬ
Mikhaïl Priselkov Leonid Privalov
Pawel Chomicz, prêtre, serviteur de Dieu Ignace (Sadkovski), évêque
Alexeï Féodossiévitch Vangengheim (1881-1936 ?), le personnage du Météorologue, roman d'Olivier Rolin Iouri Tchirkov, un des rares rescapés et témoins
Evguénia Iaroslaskaïa-Markon. Alexandre Iaroslavski
Conditions de vie dans le camp
Maxime Gorki, fait une visite guidée du camp en 1929, et cite des témoignages de prisonniers sur les conditions de rééducation par le travail dans le système soviétique : Pas plus de 8 heures de travail par jour; Pour un travail plus lourd, dans la tourbe, la ration alimentaire est augmentée; Les prisonniers âgés ne sont pas soumis à des travaux lourds; Tous les prisonniers sont alphabétisés.
Les casernements sont décrits par Gorki comme étant très spacieux et lumineuxВизит Максима Горького на Соловки. Очерк Максима Горького «Соловки».
Oleg Volkov, dans son ouvrage Immersion dans le noir, rapporte ses souvenirs de la visite de Gorki au camp de Solovki : Maxime Gorki vient plein d'arrogance, selon Volkov, et joue le rôle du noble touriste félicitant, en versant une larme, ceux qui se dévouent à la « rééducation des victimes du capitalisme » alors que derrière son dos on continue à maltraiter des prisonniers polonais.
Selon le chercheur de l'histoire des camps à Solovki, le photographe I A Brodski, les tortures et humiliations les plus variées étaient infligées au zeks comme : faire glisser des pierres ou des bûches d'un endroit à l'autre sans raison, compter le nombre de mouettes, crier haut et fort L'Internationale pendant des heures. Si le prisonnier arrêtait de chanter on tuait deux ou trois personnes et le zek recommençait à chanter jusqu'à épuisement total. Cela pouvait très bien se faire la nuit par un froid glacial Радио ЭХО Москвы :: Именем Сталина, 26.09.2009 20:07 Быт ГУЛага: Юрий Бродский.
Sort des créateurs du camp thumb|170px|Naftaly Frenkel (1883-1960). Beaucoup d'organisateurs ayant eu des liens avec la création du camp de Solovki ont été fusillés : Celui qui a proposé la réunion des camps de Solovki et d'Arkhangelsk, Ivan Bogovoï a été fusillé. Celui qui a brandi le premier drapeau rouge à Solovki a fini comme prisonnier dans le camp comme zek. Le premier chef du camp, Alexandre Nogteb, a été condamné à 15 ans de réclusion mais n'a pas eu le temps de les terminer et est mort avant sa libération.