vignette|234x234px| L'histoire de l'immigration en Belgique
L'accord du 28 novembre 1956 entre la Belgique et l'Espagne relatif à la main-d'œuvre espagnole en Belgique se place dans le contexte de l'immigration en Belgique. La question de l'immigration en Belgique n'est pas récente. En effet, dès le , la Belgique est vue comme une « terre d'opportunité ». L'histoire de l'immigration en Belgique a connu de nombreux changements au fil du temps. Toutefois, cette vague migratoire sera caractérisée par une constante : l'importance de la « loi de l'offre et de la demande » de main-d'œuvre.
L'accord signé entre la Belgique et l'Espagne relatif à la présence des travailleurs espagnols en Belgique datant du , a reçu assentiment des Chambres par la loi d'assentiment du et a été publié au Moniteur belge le Loi du 13 décembre 1976 portant approbation des accords bilatéraux relatifs à l’emploi en Belgique de travailleurs étrangers, M.B., 17 juin 1977..
La particularité de cet accord est qu'il est « double » dans la mesure où il contient, d'une part, une Convention d'émigration et, d'autre part, un Arrangement de procédure pour l'immigration des travailleurs espagnols dans les charbonnages belgesM. Vincineau, Les traités bilatéraux relatifs à l’emploi et au séjour en Belgique des travailleurs immigrés, Bruxelles, Barbiana, juin 1984, .. Il organise l'échange de main-d'œuvre entre la Belgique et l'Espagne (dans les charbonnages) mais également les flux de migration depuis l'Espagne vers la Belgique.
Cet accord consiste en la première convention bilatérale relative à la présence de travailleurs étrangers signé par la Belgique dans les années 50, les autres ayant été conclues à postériori avec la Grèce, le Maroc, la Turquie, l'Italie, la Tunisie, l'Algérie et enfin la Yougoslavie.
Le contexte belge à la sortie de la Seconde Guerre mondiale Après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux pays d’Europe occidentale ont largement fait appel aux travailleurs étrangers en raison de nombreux bouleversements qui se sont ensuivis.
En ce qui concerne la Belgique, elle connaîtra un mouvement d’immigration ouvrière très important à partir du début du K. Bonaventure, « Représentations de l’immigration en Belgique », in Quaderni , 1998, L’immigration en débat (France/Europe), . et elle deviendra un « pays d’immigration »À la suite d'une désertion de la population minière traditionnelle et de l’intérêt seulement conjoncturel pour le travail de la mine de la main d’œuvre belge..
vignette|Le 8 août 1956, le bois du Cazier à Marcinelle est le théâtre de la plus importante catastrophe minière en Belgique causée par un incendie avec 262 victimes sur les 275 hommes présents dans la mine.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Belgique, a rencontré quelques difficultés tant au niveau politique qu'économique mais également social. Le pays faisait face à un déficit charbonnier énorme qui entravait ses objectifs de reconstruction, dans la plupart des secteurs industriels (métallurgie, le ciment, les fours à chaux, le textile…). Ainsi, dans l’objectif de gagner la fameuse « bataille du charbon », lancée par le Premier ministre Achille Van Acker, et de pouvoir notamment relancer par la même occasion les entreprises et de manière beaucoup plus générale l’économie, la Belgique s’était tournée vers un recrutement massif de mineurs de fond. En effet, la Belgique n’était pas en mesure de répondre à la demande en raison d'une diminution de la main-d’œuvre employée dans ce secteur, les Belges acceptant de moins en moins de travailler dans les mines. Les pouvoirs publics décideront alors de revenir à la politique menée d'avant-guerre, à savoir, le recrutement de travailleurs étrangers.
Les premières négociations relatives à la conclusion d’un accord entre les gouvernements belge et espagnol quant à la main d’œuvre espagnole datent de . Ce choix de l’Espagne par le gouvernement belge s’explique par les problèmes et les exigences de plus en plus accrues des autorités italiennes quant au recrutement d’ouvriers italiens par la Belgique. Ceci restait légitime, étant donné les accidents de travail rencontrés, qui entraînaient la mort de plus en plus de mineurs.
En effet, l’Italie fut l’une des premières zones de recrutement de main-d’œuvre étrangère de la BelgiqueLe 20 juin 1946, le Protocole d’Accord avec l’Italie est signé dans le but d’organiser le recrutement massif de travailleurs italiens pour travailler dans les charbonnages.. Cependant, le travail laborieux dans les mines occasionnait de nombreux accidents de travail. Ceci conduira l’Italie à suspendre l’émigration vers la Belgique dès , à la suite d'une part, de la catastrophe de Quaregnon le , qui avait causé le décès de huit personnes et, d'autre part, de la catastrophe du Bois du Cazier à Marcinelle le , qui avait causé quant à elle, la mort de 262 mineurs dont 136 ItaliensN. Ouali, « L'immigration en Belgique : effectifs, mouvements et marché du travail. Rapport 2001 », Bruxelles, Service public fédéral Emploi, Travail et Concertation sociale, mai 2003, .Après la catastrophe de Marcinelle datant du 8 août 1956, et qui causa la mort de 262 mineurs dont 136 Italiens, l’Italie pris la décision de suspendre l’émigration vers la Belgique..
Très vite, la Belgique se tourne vers d’autres zones de recrutements et conclura de nouvelles conventions bilatérales, notamment avec l’Espagne en 1956Notamment avec l’Espagne (1956) et la Grèce (1957) portant sur 3.400 travailleurs espagnols et 7.800 travailleurs grecs. Puis, ce sera le tour du Maroc et de la Turquie (1964). Par la suite la Tunisie (1969) ainsi que l’Algérie et la Yougoslavie (1970) s’ajouteront..
Le contexte politique, économique et social en Espagne L'Espagne des années cinquante était caractérisé par le repli économique, choix du Général Franco, dont l'Espagne était sous le contrôle. Cependant, cette politique économique autarcique n’était pas l'idée la plus judicieuse : le pays souffrait d’une misère pesante.
vignette|174x174px|Francisco Franco en 1964
À partir de 1951, l’Espagne connait en vent de renouveau : la politique économique est placée entre les mains de la congrégation religieuse l’Opus Dei. Des réformes de stabilisations économiques ont eu lieu entre 1957 et 1958, avec l'entrée de l'Espagne dans l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et la mise en place d'un Plan de stabilisation. On comptait alors des mesures en faveur d’un investissement à l’étranger : la libéralisation des marchés, les réformes monétaires et agraires et la réduction de la dette publique.
Cependant, la nouvelle politique économique basée sur la croissance de la production agricole, la stabilisation des prix des produits agraires et la mécanisation et modernisation de l’agriculture avait amené, certes, des résultats économiques concluants mais créa une situation de déséquilibre.
En effet, cette politique se fit au profit des grands propriétaires terriens et en défaveur de tout un surplus de main-d’œuvre ; conséquence lourde d'une telle politique de favoritisme. Ceci contribua, dès lors, à l'exode rural en direction des grandes villes espagnoles industrielles (Madrid, Barcelone, Bilbao et les Asturies). Toutefois, ces grandes métropoles n'étaient pas en mesure d'accueillir autant de population de sorte que l'émigration vers l'étranger restait la seule solution. Des mouvements encourageant des départs vers l’Amérique latine et l’Europe (dont la Belgique) ont dès lors vite été organisés par l’Institut d’Émigration espagnole (IEE), appareil institutionnel et juridique créé à cet effet par le régime, le .
Bien qu'économique, l'émigration espagnole constituait également, en partie, une conséquence du régime dictatorial franquiste. C'est ainsi que l'immigration espagnole était, dès son origine, en Belgique, fortement politisée : la communauté espagnole restait grandement animée par un sentiment anti-franquiste.
La convention de migration du 28 novembre 1956 La présence de la main-d'œuvre espagnole antérieure à la convention L'immigration espagnole en Belgique peut être qualifiée de récente dans la mesure où elle a commencé à s'organiser officiellement en 1958. Cependant, la présence espagnole en Belgique est plus ancienne et antérieure qu'elle ne le parait et ne s'explique pas toujours en des termes économiques.
Trois grandes périodes d'émigration espagnole semblent se dégager durant le . La première vague d'immigration était tout à fait marginale avec des commerçants espagnols venus faire affaires notamment à Anvers et des personnalités politiques qui venaient y trouver refuge pour un temps.
La deuxième vague, entre 1945 et 1956, appelée « immigration touristique », se caractérisait par l'exil républicain des Espagnols fuyant la répression du régime franquiste, durant la guerre civile espagnole, sans pour autant être une immigration importante.
La troisième, et dernière, vague d'immigration consistait en l'immigration économique qui s'était organisée dès la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, par le gouvernement franquiste et qui dura jusqu'en 1965. Également appelée « immigration sauvage », en raison de son caractère non officiel, elle s'officialise en 1958 avec la ratification des textes et prend fin, en 1973, avec la fermeture définitive des frontières belges.
Antérieurement à la signature de la convention entre les deux gouvernements, les immigrés espagnols étaient donc certes présents en Belgique mais restaient peu nombreux. Ainsi, entre 1945 et 1956, la Belgique comptait surtout des réfugiés politiques gauchistes qui fuyaient les représailles du régime franquiste en Espagne, dominé par Franco.
La signature de la convention Les négociations de ont abouti à la signature, à Bruxelles, de la « Convention de migration entre l’Espagne et la Belgique », le .
Elle s’articule en deux parties : la Convention de migration proprement dite (et le texte des procédures relatives à celle-ci) et la Convention sur la sécurité sociale, ratifiée le , dont les modalités d’application figuraient dans l’Arrangement administratif, conclu à Saint-Bastien le et ratifié le . La date de ratification de la Convention de migration reste inconnue en raison du renouvellement tacite de celle-ci chaque année. Ceci explique dès lors le fait qu'il n'y ait pas de publication au Moniteur belge.
La signature de la Convention en 1958 est venue officialiser l'immigration espagnole demeurée longtemps non officielle. En 1966, le recrutement officiel pour les mines belges prend cependant fin, en partie, avec la fermeture de certains charbonnages. Néanmoins, les immigrations « touristiques » continuèrent, sans pour autant être importantes, en raison du replacement des mineurs espagnols au chômage dans les charbonnages qui étaient encore en activité. Ce n'est qu'en 1973, lors de la fermeture définitive des frontières belges aux étrangers en raison de la détérioration de la situation économique belge, que l'immigration minière espagnole en Belgique prit réellement fin.
La concentration de la population espagnole en Belgique Concernant la population espagnole, nous n'avons pas de chiffres relatifs au flux migratoire des années cinquante. Les premiers chiffres datent des années soixante : on comptait à cette époque, en Belgique, 15.787 Espagnols, avec une répartition géographique concentrée à Bruxelles (35 %), Liège (25 %), Charleroi (13,2 %) et de façon moindre à Mons (4,6 %), Anvers (4 %) et Hasselt (3 %)Institut National de Statistique, Recensement de la population au 31/12/61, tome IV : répartition de la population selon l'état civil, la nationalité et le lieu de naissance, Ministère des affaires économiques, Bruxelles, 1966 ..