Jacobus Albertus Michael Jacobs, plus connu sous le nom de Jacob Jacobs (Anvers, – Anvers, ), est un peintre belge de paysages et de marines, de style romantique et d’inspiration nordique ou orientale.
Biographie
Jacob Jacobs, est né à Anvers le . Il est le fils de Joseph Michel Jacobs et Marie-Thérèse van Beethoven et est apparenté, du côté maternel, au compositeur allemand, Ludwig van Beethoven, dont il est l’arrière-petit-neveu. Ce dernier était, en effet, le fils de Théodore van Beethoven, d’origine anversoiseAuguste Voisin, Annales de l'école flamande moderne, De Busscher-Braeckman, Gand, 1835, ; « Beethoven’s Flemish origin », in The Musical Times, , ..
Sa famille souhaite qu'il suive les traces paternelles et devienne imprimeur, mais, après deux années d’apprentissage de ce métier et face à son aversion grandissante pour celui-ci, elle accepte finalement sa préférence pour une carrière artistique et l’inscrit à l’Académie royale des beaux-arts d'Anvers, où il suit, à , les cours de Ferdinand de Braekeleer, Mathieu-Ignace Van Brée et Gustave Wappers.
Il poursuit ensuite ses études à Louvain, dans le riche cabinet de van der Schrieck, propriétaire d’une des plus belles collections de l’époque, comprenant plus de 120 tableaux anciens et modernes, où la présence d’œuvres magistrales de Ludolf Bakhuizen et Adriaen van de Velde oriente plus particulièrement son choix vers les marines, genre quelque peu délaissé par ses contemporains et dans lequel il va excellervoir ses expositions d’Anvers, Gand et Bruxelles jusqu’en 1837..
Sa première exposition a lieu au Salon de Bruxelles de 1833. Il y présente trois œuvres, dont une seule marine : Débarquement de pêcheurs, Intérieur de la citadelle d’Anvers, après le bombardement et Maison détruite par une bombe. L’année suivante, il se rend à la mer du Nord, où il trouve de nombreuses sources d’inspiration, qui seront encore enrichies par un voyage aux Pays-Bas, en 1837, et l’influence d’autres grands paysagistes hollandais du , comme Jacob van Ruisdael (1628-1682) ou Aert van der Neer (1603-1677), influence qui transparaît dans les paysages de l’Escaut et de la mer du Nord qu’il peint ensuite.
Ses premières œuvres témoignent donc de cette inspiration « nordique » et montrent des eaux froides, alternativement calmes ou déchaînées, à l’image de celles qui bordent les côtes hollandaises et flamandes, sous des ciels souvent plombés, parfois transpercés de belles trouées lumineuses.
En 1834, il expose trois tableaux au Salon d'Anvers : Une grosse mer battant la côte, un Bac de passage devant Anvers et Le pêcheur malheureux.
thumb|right| Vue de Constantinople de Jacob Jacobs 1842.
En 1835, il présente, au de Gand (Palais de l’Université), Naufrage à la vue du port, tableau poétique qui rencontre un certain succèsAuguste Voisin, Annales de l'école flamande moderne, De Busscher-Braeckman, Gand, 1835, et est acheté par un jeune collectionneur de Louvain, M. Vander Buecken (lequel lui achètera encore plusieurs toiles par la suite), et, à nouveau, Le Pêcheur malheureux.
Son tableau Une plage hollandaise, présenté à l’exposition de Bruxelles de 1836, est acheté par le Gouvernement belge.vignette|Jacob Jacobs, plage néerlandaise avec bateaux de pêche (1833)
L'année suivante, au Salon d'Anvers, il expose Le sauvetage, Tempête du devant Anvers et une Marine et, au Salon de Gand, en 1838, une seule toile : La Mer battant les côtes.
La même année (1838), il décide d’élargir son horizon et d’entreprendre, comme le fit, bien avant lui, entre 1679 et 1681, l'écrivain et graveur hollandais Cornelis de Bruijn (1652-1727), un grand voyage en Méditerranée. Ce périple de deux ans, commencé à la frontière belgo-hollandaise, le , à bord de L'HelenaEugène Warmenbol, Les Carnets de voyage de Jacob Jacobs, en Égypte et en Méditerranée (1838-1839), Koregos, Reporticle 51, 20 mars 2013 - Carnet 1, feuille 10 : « juillet Helena »., le mène, après avoir longé les côtes anglaises et l’île de Wight, vers le Portugal, l’Espagne et Gibraltar (le )id., Carnet 1, feuille 8 : « 28 juin 10 heures du matin // Gibraltar »., puis les côtes d’Afrique du Nord : Maroc, Algérie (le id., Carnet 1, feuilles 14 à 16.) et Tunisie. Au cours de cette première partie du voyage, et malgré le mal de mer qui ne le quitte presque pas, il dessine inlassablement dans le premier des deux carnets qu'il a emportés : voilures du navire, marins au travail, mer houleuse ou étale, îles aperçues au loin, tous éléments qui lui serviront, par la suite, dans ses marinesid., Carnet 1, feuilles 1 à 29.. Il passe par Malte, le id., Carnet 1, feuille 24., les îles grecques et les Dardanelles, qu'il atteint le id., Carnet 1, feuille 30.. Le navire à bord duquel il a embarqué alternant les ancrages sur les côtes d’Europe et d’Asie du Bosphore, ce n'est, finalement, que le , après un « voyage de »id., Carnet 1, feuille 41 : « 27 août à 6 heures du matin calme voyage de // Constantinople » - en réalité, il s’agit de de navigation effective, car, comme le constate E. Warmenbol, il a quitté la Belgique auparavant., qu'il arrive à Constantinople (Istanbul), où il reste quatre mois. vignette|Bateaux marchands près de la côte turque (1849) Ce long séjour dans la capitale ottomane lui permet d’engranger de nombreux souvenirs visuels, qu’il utilisera ensuite abondamment dans ses toiles, dans lesquelles il représente souvent et avec succès, le Bosphore et la Corne d'Orid., Carnet 1, feuilles 41 à 47.. vignette|Femmes montant en barque près d'un kiosque (1856)
À Constantinople, il retrouve deux compatriotes, Anversois comme lui, le peintre Florent Mols (1811-1896), également élève de l’Académie d’Anvers, et le collectionneur et mécène Charles-Jean Stier van Aertselaer (1770-1848), qui souhaite se rendre en Égypte pour y acheter des antiquités. Ceux-ci ayant les mêmes projets que lui, ils poursuivent leur route ensemble et, le , « à bord du vapeur de Metternich »id., Carnet 1, feuille 47 : « 6 Xbre départ de Constantinople à 4 ½ heures du soir pour Égypte / Galata vent N.E. / à bord du vapeur de Metternich… », ils quittent Constantinople pour se rendre en ÉgypteSmyrna letters and journals’, The Times, 27 december 1838, : « Baron Stier d’Aertselaer and M. Florent Mols, two Belgian travellers, had sailed for Egypt with their countryman, M. Jacob Jacobs, a landscape-painter, for the purpose of continuing their scientific researches and visiting the interesting ruins of that country. », quelques mois seulement après David Roberts.
Ils passent par Smyrne et Rhodes, avant d’arriver en Égypte, où ils rejoignent le Caire, puis remontent le Nil vers Thèbes et la Nubieid., Carnet 1, feuille 50 : "départ du Caire pour Thebe (sic) le 12 février vent contraire"..... Ils y croisent un autre compatriote, originaire de Gand, Alfred Ghislain de Lichtervelde (1813-1880), qui leur sauve la mise en tuant, le , un énorme crocodile de , monté intempestivement à bord de leur bateauid., Carnet 1, feuille 54 : « 27 fév crocodile de eu à bord tué par M. de Lichtervelde de Gand ».. Ils poursuivent leur remontée du Nil vers Assouan et l’île de Philæ, où Florent Mols les quitte, le , pour retourner au Caireid., Carnet 1, feuille 57..
Ils visitent Thèbes et ses environsid., Carnet 1, feuille 55., font l'expérience du khamsin, un vent de sable très désagréableid., Carnet 1, feuilles 50 : « 15 févr Kamseen à l’ancre » (il s’agit du khamsin, vent de sable réputé souffler cinquante jours d’affilée), et 54 : « 25 fév Kamseen »., dont le peintre reproduira les effets dans une de ses toiles, Le khamsin, ou le vent chaud du désert (1859).
Ils admirent les nombreuses merveilles qu’offre la vallée (temples de Luxor, de Médinet-Habou, Colosses de Memnon, tombeaux des Roisid., Carnet 1, feuilles 58 et 59.…), et Jacobs en profite pour engranger une profusion de dessins, rassemblés dans son très volumineux carnet de voyage.
Finalement, le , ils décident de regagner le Caire.
Arrivé au bout de son premier carnet, Jacobs entame alors le second. Ils visitent Tell el-Amarna et atteignent le Caire le id., Carnet 2, feuilles 1 à 4., y admirent la grande pyramide de Gizeh, dont il dessine le plan, ainsi que l’obélisque de Cléopâtre à Alexandrie. Ils quittent l'Égypte le jour-même ()id., Carnet 2, feuilles 5 et 6., pour retourner passer quelques semaines en Grèce, dont les paysages côtiers et les îles lui fournissent encore largement matière à remplir son deuxième carnet de voyage.
Ces deux gros carnets de dessins et de notesCes deux volumineux albums de croquis constituent une sorte de journal illustré du voyage qui conduisit Jacob Jacobs en Orient. Ils furent montrés, en 1984, à l’occasion d’une exposition consacrée aux peintres de marines belges (Norbert Hostyn , Marines des peintres belges nés entre 1750 et 1875, Brussels, 1984). Ils furent vendus, ensuite, chez Christie’s à Paris, le , lot 184 avec la mention : « Carnet de voyage in-folio oblong d'un artiste à bord d'un navire comprenant environ une soixantaine d'études dont des vues de la côte espagnole, portugaise, du golfe de Tunis, du détroit des Dardanelles, de Constantinople, de la citadelle de Smyrne, du Caire, de Minieh, de Thèbes; et Un second carnet de voyage in-folio oblong représentant la suite du voyage de cet artiste comprenant neuf études des pyramides de Giza en Égypte, des vues d'Alexandrie, d'Athènes, de l'île de Corfoue et de la côte grecque ». Ils ont, fort heureusement, pu, peu avant la vente, être photographiés par Eugène Warmenbol et reproduits partiellement dans son ouvrage L'orientalisme en Belgique: L'Égypte vue par Florent Mols et Jacob Jacobs (1838-1839), Éditions Racine, Bruxelles, 2012Ces deux carnets, ont, ensuite été reproduits, dans leur entièreté, toujours par Eugène Warmenbol, dans un article intitulé Les Carnets de voyage de Jacob Jacobs, en Égypte et en Méditerranée (1838-1839), Koregos, Reporticle 51, publié le -http://www.koregos.org/fr/eugene-warmenbol-les-carnets-du-voyage-de-jacob-jacobs/, ainsi que quelques esquisses réalisées sur place, lui serviront d’inspiration durant tout le reste de sa vie et feront de lui le premier peintre orientaliste belge. Grâce à sa découverte de l'éclatante lumière de l'Orient, sa palette, au départ centrée sur les couleurs froides de la mer du Nord, va ensuite s'enrichir de tons chauds et dorés, lui permettant de recréer, dans ses toiles, les splendeurs admirées durant son périple.
Le , Jacobs quitte Athènes « par le bateau à vapeur le Mamoudée »id., Carnet 2, feuille 8., puis se rend à Patras et Corfou.
Après cela, il regagne Trieste, d’où, traversant l’Autriche et l’Allemagne, il se rend à Saint-Pétersbourg, avant de revenir à Anvers, où il s’installe.
Dès son retour, il expose, avec Florent Mols, à la Société royale d'Anvers pour l'encouragement des Beaux-Arts, où leurs toiles orientalistes étonnent et interpellent les critiques, encore peu habitués à ce genre de peintures et à « l'étrangeté de cette nature orientale »Au Salon d’Anvers, en 1840, il expose Vue des ruines du temple de Vénus à Corinthe, et Vue de la Tour des Chevaliers à Rhodes, toiles qui surprennent par leur "exotisme", comme le rapporte la critique de l'époque :
- La Renaissance, Chronique des arts et de la littérature, tome 2, Bruxelles, 1840-41, : "(...) Jacob Jacobs nous a rapporté de son voyage en Orient plusieurs souvenirs. Ces toiles offrent toutes les qualités que nous avons déjà constatées dans cet artiste. Mais nous n'osons exprimer notre avis sur l'étrangeté de cette nature orientale, et nous ne pouvons la juger par conséquent.(...)"..