La croix d'Anjou, aussi appelée croix de Lorraine et croix archiépiscopale, est un symbole de croix à deux traverses, représentant la Vraie Croix associée à l'écriteau Jésus de Nazareth. Elle est aujourd'hui un symbole du gaullisme.
Associée au pèlerinage et aux croisades en Terre sainte, elle figure dans la symbolique de divers seigneurs chrétiens, en particulier celle des ducs d'Anjou et des ducs de Lorraine.
La croix patriarcale apparaît sur les armoiries de la Hongrie, de la Slovaquie et de la Lituanie, de même que sur le Pahonie. On la trouve également sur les armoiries des villes de Saint-Omer et d'Ypres. Dans les blasons et l'iconographie ancienne, la croix patriarcale, ou croix archiépiscopale, signale la fonction d'archevêque.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la France libre et les Forces françaises de l'intérieur l'adoptent comme emblèmePharand (2001), 169..
Au , elle a également été l'emblème international de la lutte contre la tuberculose.
Description et symboles similaires La croix patriarcale est un symbole chrétien représentant la croix où Jésus-Christ a été crucifié. Il s'agit d'une croix latine à laquelle est ajoutée une seconde traverse généralement plus courte au-dessus de la première pour figurer l'écriteau où, selon la tradition chrétienne, Ponce Pilate aurait fait inscrire « INRI ».
La croix patriarcale est proche de la croix orthodoxe, la seule différence étant que cette dernière figure également un repose-pieds pour le Christ, sous la forme d'une troisième traverse inférieure qui peut être penchée.
Symbole de la Vraie Croix
vignette|Le Jugement dernier, peinture en style orthodoxe byzantin sur les murs du monastère de Voroneţ construit en 1488 en Roumanie. On voit en bas à gauche la croix d'Anjou.
Au , l'impératrice Hélène découvre prétendument les restes de la Vraie Croix, celle de la Crucifixion de Jésus-Christ. Cette relique légendaire, comme d'autres ayant touché le Messie, devient alors objet de vénération dans l'Orient chrétien. Surmontée d'un écriteau (le Titulus Crucis) portant l'inscription « INRI », elle est symbolisée par une croix à deux traverses.
À partir de la fin du , le retour des croisades diffuse ce culte et son symbole en Occident. De nombreux fragments prétendus de la relique, rapatriés de Jérusalem puis de Constantinople, sont dispersés en Europe. On voit alors se multiplier les symboles de croix double dans les armoiries des seigneurs.
Une croix double figure en particulier dans la symbolique des ducs d'Anjou et dans celle des rois de Hongrie, deux traditions dont hérite , duc de Lorraine en 1431.
« Croix d'Anjou » vignette|redresse|Croix d'Anjou sur le clocheton central de la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. gauche|vignette|redresse|La Vraie Croix d'Anjou à Baugé. D'une part, une croix double dite croix d'Anjou est utilisée en Anjou pour évoquer un fragment de la Vraie Croix, en bois noirci, conservé dans le duché. Ces reliques se trouvaient à Constantinople au début du puis passèrent de Manuel Comnène à Gervais († 1219), patriarche latin de Constantinople, puis à Thomas, évêque de Hiérapétra en Crète. Celui-ci vendit les reliques au chevalier croisé Jean d'Alluye qui, en 1244, à son retour de croisade, les revendit contre à l'abbaye de la Boissière en Anjou. Au , pendant la guerre de Cent Ans, elles furent par précaution placées aux Jacobins d'Angers. Ces reliques furent particulièrement vénérées par les ducs d'Anjou, depuis (1339-1384) qui fit broder leur symbole sur sa bannière ainsi qu'au-dessus des grands personnages de la tenture de l'Apocalypse. Elles sont conservées depuis 1790 dans la chapelle des Incurables de l'hospice de Baugé (Maine-et-Loire) fondé par Anne de La Girouardière.
Armes de Hongrie D'autre part, une croix double remplaça très tôt la croix penchée comme emblème des rois de Hongrie. Elle figura sur leurs premières armoiries, sur les monnaies hongroises à partir de (1148-1196), et même, au lieu d'un croix simple, sur l'orbe crucigère du pays. Par son mariage avec Marie de Hongrie, (1254-1309) fit entrer le royaume de Hongrie et son emblème dans la maison d'Anjou-Sicile et l'on vit le roi (1326-1382) porter la croix double sur ses armoiries. Aujourd'hui cette croix figure non seulement sur les armes de Hongrie mais aussi sur les armes et le drapeau de la Slovaquie. Elle est également mise en abyme sur les armes de la Lituanie.
Symbole de la Lorraine , petit-fils de Louis d'Anjou et héritier de Louis de Hongrie, règne sur le duché de Bar et (par son mariage) sur le duché de Lorraine à partir de 1431. Il utilise la croix d'Anjou qui passe au cou des aigles supports d'armes, d'où la croix de Lorraine dans les armoiries (mais pas dans le blason) des ducs de Lorraine.
En 1477 à la bataille de Nancy, les soldats de défont Charles le Téméraire, puissant duc de Bourgogne. Cette victoire éclatante assoit la réputation de la croix comme symbole de la Lorraine. Le nom de « croix de Lorraine » se substitue alors à ceux de « croix d'Anjou » et de « croix patriarcale »...
La croix de Lorraine apparaît dans le royaume de France au lors de la Ligue, en tant que symbole de la famille de Guise dont René est issu. Après la victoire de 1477, la croix de Lorraine devient un symbole patriotique pour les Lorrains. On la voit ainsi mise en avant à partir du et tout particulièrement dans le cadre de l'Alsace-Lorraine annexée en 1871 par l'Empire allemand, vainqueur de la France. Par exemple, des années 1870 à 1900, Émile Gallé, maître nancéien de l'Art nouveau, incorpore à ses créations plusieurs symboles lorrains tels que les chardons (« Qui s'y frotte s'y pique », devise de Nancy) et la croix de Lorraine. Une de ses œuvres emblématiques, la table Le Rhin (1889) figure allégoriquement le Rhin comme frontière naturelle entre la France et l'Allemagne. L'artisan proteste ainsi contre l'annexion allemande et manifeste son désir de voir les territoires perdus revenir à la France.. La croix de Lorraine exprime alors le revanchisme français.
En 1912, le parlement du d'Alsace-Lorraine crée un drapeau, à l'encontre de son insigne officiel, qui affirme son identité en combinant les couleurs alsaciennes et la croix de Lorraine. L'initiative déplaît à l'empereur et le drapeau n'est pas reconnu.
À la Libération en 1945, la Croix de Lorraine, symbole de la résistance française durant la Seconde Guerre mondiale, apparaît pour la première fois sur le maillot grenat du FC Metz pour la saison 1944-1945, signe du retour dans la France libre de la Moselle. Le club est alors le seul club autorisé à porter cet insigne religieux devenu politique sur son maillot. Au fil du temps, elle apparaît sur les maillots seules ou aux côtés du blason et de l'équipementier. Elle disparaît du maillot professionnel en 1999 avant de revenir dans l'équipement depuis la saison 2015-2016 en remplacement du blason, faisant du FC Metz le seul club de Ligue 1 à ne pas arborer son écusson et le seul club de l'UEFA à avoir le droit de porter un insigne religieux ou politique sur son maillot, en particulier celui-ci, à la place de son écusson..
Symbole de la lutte contre la tuberculose Lors du premier Congrès international contre la tuberculose, à Paris en 1902, le docteur Gilbert Sersiron compare la lutte contre cette maladie à une et propose de la symboliser par une croix rouge à double barre, opérant un rapprochement entre la Croix-Rouge et l'emblème du croisé Godefroy de Bouillon.
Dans le même temps, en 1904 au Danemark, naît la tradition du timbre de Noël à double vocation de bienfaisance et de prévention contre la tuberculose. L'idée est un succès populaire et se propage rapidement en Europe et en Amérique. La croix à deux barres apparaît sur des timbres à partir de 1907 (le timbre américain est le premier à l'afficher), et la population l'associe alors à la lutte anti-tuberculinique. L'Union internationale contre la tuberculose (UICT) adopte cet emblème en 1920, qui est officiellement consacré lors de la sixième Conférence qui se tient à Rome en 1928...
La tradition du timbre annuel perdurera jusque dans les années 1970. La lutte anti-tuberculinique ayant été efficace, ce symbolisme a périclité avec l'apparition des antibiotiques mais il a contribué avant-guerre, au cours des quêtes annuelles, à populariser le signe. Aujourd'hui encore, l'emblème de l' est une version modifiée de cette croixSite officiel de l'ALM (American Lung Association)..
Symbole de la Résistance de la France libre Forces françaises libres vignette|redresse|Une croix d'Anjou, monument de la résistance, sur le circuit des 25 bosses en Seine-et-Marne.
La France libre adopta la croix de Lorraine pour emblème sur la proposition du vice-amiral Émile Muselier faite à de Gaulle, le , en présence du capitaine de corvette Thierry d'Argenlieu..Le général de Gaulle ne retiendra que le nom de Thierry d'Argenlieu dans ses Mémoires de guerre. Le texte exact (dans le tome I, L'Appel) de De Gaulle est : (Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'Appel (1940-1942), « La France Libre », Plon, 1954 ; repris par édit. Pocket , 99)., « en opposition à la croix gammée »« Sous le signe de la Croix de Lorraine », article publié par France d'abord, journal brazzavillois dans le du mercredi , 11-13, reproduisant, comme indiqué en en-tête, « des extraits d'une conférence faite dernièrement à Londres par l'amiral Muselier ». L'amiral explique, paragraphes 4 à 6 de l'article, 11 : .. Dans son ordre général du , le vice-amiral Émile Muselier, nommé l'avant-veille au commandement des forces navales et aériennes françaises libres, créa pour les forces françaises ralliées à de Gaulle un pavillon de beaupré (carré bleu avec, au centre, la croix de Lorraine en rouge par opposition à la croix gammée) et pour les avions, une cocarde à croix de Lorraine Robert Aron, Grands Dossiers de l'histoire contemporaine, « Le Putsch de Saint-Pierre-et-Miquelon », Éditions CAL, 197, (repris de Librairie Académique Perrin, 1962-1964)...
Les raisons probables de ce choix sont que l'amiral Muselier était d'origine lorraine et que les armes du de chars de combat que commandait le colonel de Gaulle en 1937-1939« Chronologie militaire de Charles de Gaulle », sur le site charles-de-gaulle.org, consulté le 7 mai 2010. comportaient une croix de LorraineInsigne des forces armées de la France Libre, sur le site du musée de l'armée des Invalides, consulté le 16/05/2014..
Le pavillon fut modifié après deux ou trois mois : il était trop sombre. Dans le modèle définitif, il est bleu côté guindant, rouge côté battant. Au centre, le blanc forme un losange comportant une croix de Lorraine rouge non tréflée. Ce pavillon de beaupré est arboré actuellement par les bâtiments de la Marine nationale portant le nom d'un bâtiment ayant appartenu aux Forces navales françaises libres (FNFL). Seules les goélettes Étoile et Belle Poule qui furent des voiliers écoles FNFL, portent ce pavillon de beaupré depuis l'origine..
L'emblème a été adopté ensuite par tous les Français libres et figurera sur de nombreux insignes« L'insigne individuel du personnel des F.N.F.L », sur le site netmarine.net, consulté le 10 mai 2010. (insigne émaillé porté par de Gaulle), notamment sur la croix de l'ordre de la Libération créé à Brazzaville le , sur la médaille de la Résistance, sur la médaille commémorative des services volontaires dans la France libre, créée par décret le . La croix de Lorraine est également présente sur des monuments et sur les timbres créés sous les gouvernements du général de Gaulle.