L'art ottoman est l'art produit dans l'Empire ottoman à partir de la prise de Constantinople par Mehmet II, en 1453. Cette date peut toutefois varier selon les publications : certains préfèrent prendre pour point de départ la victoire de Sélim (r. 1512 - 1520) sur les Safavides (1514), celle sur les Mamluks (1517), voire encore le début du règne de Suleyman I (r. 1520 - 1566). Avant, on parle plutôt de premier art ottoman.

Contexte historique La fin du et le début du sont marqués, pour les Ottomans, par une série de victoires qui agrandissent et affermissent leur empire : en 1453, l'entrée de Mehmet II dans Constantinople met fin à l'empire byzantin ; un demi-siècle après, en 1514, ce sont les Safavides qui tombent, pour la première fois, devant les armées de Sélim , donnant un coup d'arrêt à l'expansion des chi'ites persans ; enfin, en 1517, les Mamelouks sont à leur tour vaincus par le même Sélim , qui tue par la même occasion le dernier calife abbasside, enfermé au Caire. Le sultan ottoman, qui portait déjà le titre de Ghazi, « combattant de la foi », devient en plus le nouveau commandeur des croyants.

Mais c'est le règne de Süleyman Kanunî (« le législateur »), plus connu en Occident sous le nom de Soliman le Magnifique, qui reste dans les mémoires comme fructueux pour les arts et brillant pour la politique. Avec la victoire de Mohács (1526), il s'empare de la plus grande partie de la Hongrie, tandis que les corsaires turcs dominent la Méditerranée, et font régner la loi d'Istanbul jusqu'au Maghreb.

Les constituent donc un âge d'or pour la puissance ottomane, durant lequel la tolérance envers les millets, les minorités religieuses et ethniques, reste remarquable. Après les persécutions dans l'Espagne fraîchement reconquise, de nombreux juifs trouvent ainsi refuge dans l'Empire ottoman.

Le déclin de la puissance ottomane commence à la fin du , avec la défaite à Vienne en 1683, et un retrait progressif, mais inexorable, de toute l'Europe centrale. Le sultanat ottoman n'est pourtant aboli qu'en 1922 et le califat en 1924.

Architecture : le « classicisme » ottoman

La formation de l'architecture ottomane classique

La formation de l'architecture ottomane classique passe par plusieurs étapes. Les premières mosquées sont hypostyles avec de petites coupoles, comme dans le cas de la Grande Mosquée de Brousse. À partir de la Üç Şerefeli d'Edirne, on connaît des types de mosquée avec une grande coupole au centre, soutenue par de grands piliers, et dont la zone de transition est organisée en pendentifs à muqarnas. Ce type de bâtiments possède des nefs latérales avec une série de coupoles, et des minarets effilés. Le mausolée de Bayazid à Istanbul comprend lui aussi un grand dôme central, avec deux demi-coupoles sur les côtés qui contrebalancent les poussées.

Caractéristiques de l'architecture ottomane classique Avec la conquête de Constantinople, les architectes ottomans découvrent la basilique Sainte-Sophie, qui devient un modèle absolu de leur architecture religieuse. Celle-ci possède plusieurs caractéristiques, qui se retrouvent depuis le début du jusqu'à la fin du : la taille de la mosquée détermine celle du complexe qui lui est le plus souvent associé ; la mosquée prend une forme pyramidale, notamment grâce aux minarets ; la taille des colonnes, qui proviennent souvent de remplois antiques, détermine la taille des arcs et des différents éléments architecturaux les architectes dessinent peu, mais travaillent à partir de modules prédéterminés et communs à toutes les constructions architecturales ; souvent, utilisation de lits de briques et pierres alternés, pour des raisons de coût, de légèreté des structures, et de résistance en cas de séisme. Cet appareil provient de ceux utilisés par les Byzantins. utilisation d'une couverture en plomb ; des minarets très effilés, hauts, avec couverture conique et balcons à consoles de muqarnas ; les fenêtres se superposent de la façon suivante : de bas en haut, fenêtres rectangulaires avec grilles dorées, puis rectangulaires avec ou sans tympan ou œil de bœuf puis baies arrondies ; le minbar toujours très imposant, est en marbre, parfois peint et parfois couvert de céramique.

Sinan (1491/92 - 1588) Sinan est le grand architecte ottoman. Il commence sa carrière sous Sélim et meurt sous Murad III, très âgé. Ses origines sont assez méconnues : il semble être grec, peut-être né chrétien. Quoi qu'il en soit, il est intégré jeune chez les janissaires, et participe à ce titre à de nombreuses campagnes militaires, pendant lesquelles il met à profit sa formation de charpentier pour édifier des ponts et restaurer divers monuments. Il semble aussi avoir reçu une formation aux mathématiques.

C'est en 1538 que sa carrière bascule, avec sa nomination au poste d'architecte du sultan. Il devient alors responsable de toute l'architecture créée sous les ottomans. Près de cinq cents bâtiments lui sont attribués, dont trois cent vingt-sept près d'Istanbul. Il ne faut pas croire cependant qu'il les a tous entièrement réalisés : Sinan a davantage un rôle de surveillant, de coordonnateur, et ne participe pas toujours lui-même aux chantiers.

Outre Istanbul, Sinan travaille en Anatolie, dans les Balkans, en Syrie, en Irak pour construire des grandes mosquées, des mosquées de quartier, des collèges, des écoles primaires, des mausolées, des hôpitaux, des khans, des palais, des bains… Il fait aussi œuvre de restaurateur, en particulier au palais de Topkapi, dans bains, entrepôts, cuisines et pavillons de Murad III et Bayazid II.

On peut citer plusieurs de ses œuvres majeures :

La mosquée pour Usref Pacha à Alep, qui se compose d'une salle sous coupole simple et d'un portique, est connue pour être sa première réalisation propre, juste avant celle du complexe d'Aseki Sultan (1530 - 1539), à dôme unique et portique à cinq baies devant le haram. Le reste du complexe, en "U" ne doit sans doute pas lui être attribué.

Sous Soliman

Sa première œuvre majeure est le complexe de la mosquée Shezade, à Istanbul. Daté de 1543 - 1548, il est dédié à la mémoire de Shezade Mehmet, un des fils de Soliman, mort à 22 ans. On y note en particulier le décor de panneaux de revêtement en cuerda seca, marqué par l'impact des maîtres de Tabriz et l'esprit de l'art de Brousse : palmettes rumies, fleurs composites, nuages tchi d'ordonnance en une véritable profusion décorative. Contrastant avec les lignes strictes de l'architecture, le décor contourné joue sur les découpes fleuronnées. La mosquée en elle-même comporte un dôme rendu pesant par les tours d'angle, et les contreforts latéraux. Une porte d'entrée avec une partie centrale surélevée, et un portique faisant le tour de la cour. Deux minarets y sont présents, entorse au règlement voulant que les sultans n'aient droit qu'à un minaret. Son plan est cruciforme, le dôme principal étant cantonné de quatre demi-dômes. À l'intérieur, Sinan a tenté de repousser les piliers vers l'extérieur pour unifier l'espace, donnant l'illusion que la coupole flotte. Le minbar aux flancs ajourés en marbre est peint et doré, mais cette polychromie n'est pas d'époque.

Au complexe Mihrinah Sultan d'Üskudar, sur la rive asiatique d'Istanbul (1543 - 1548), Sinan fait preuve de moins d'inventivité. La mosquée comporte à nouveau deux minarets car elle est dédiée à la fille de Soliman. Bâtie sur un terrain en pente, elle contient un auvent double avec une fontaine à ablutions, et un double portique. Deux écoles primaires sont édifiées à côté.

Un autre complexe est élevé pour la même Mihrinah Sultan à Edirne. Il s'agissait peut-être d'une fondation de Soliman pour sa fille, mais le complexe ne fut fini qu'après la mort de Soliman. Datée de 1562-1565 ou de 1570, la mosquée s'élève d'un seul jet. La salle de prière, mesurant sur , est couverte d'une coupole haute de , supportée par des pendentifs et quatre piliers. L'importance des murs écrans, percés de nombreuses fenêtres pour la lumière, lui donne une certaine massivité, que viennent contrecarrer les minarets très effilés et légers. Le complexe contient également une madrasa, une école, un hammam et des boutiques, actuellement disparues.

Sinan a réalisé une première mosquée Süleymaniye à Damas, dans un complexe comprenant, entre autres, deux caravansérails et deux imarets (est et ouest). La composition du complexe est très symétrique, et la mosquée se trouve elle-même en face d'un établissement d'enseignement. Tous les bâtiments ont des arcades, créant ainsi une grande unité architecturale entre les différents composants architecturaux de l'ensemble.

Le complexe de la Süleymaniye est d'un des plus importants d'Istanbul. Créé en 1551 - 1557, il est bâti sur un ancien palais et comporte, entre autres, un imaret, cinq madrasa, un hammam et les tombeaux de Sinan, Süleyman , et Hürrem.

La mosquée s'ouvre par une cour à portique entourée de quatre minarets à dix-huit faces de tailles inégales (deux de , à trois balcons, se trouvent devant la salle de prière et servent de contreforts ; deux autres de , à deux balcons, flanquent l'entrée de la cour). Cette première cour mène à la salle de prière, derrière laquelle se trouve une seconde cour avec les turbe de Sulmeyman et Haseki Hürem. La transition entre première cour et salle de prière est assurée par un portail d’entrée très architecturé, surmonté d'une découpe triangulaire à muqarnas qui atténue l’austérité du lieu. La salle de prière comporte des galeries extérieure et intérieure, avec des contreforts engagés sur les côtés, parfois à l’extérieur, parfois à l’intérieur, qui contrebutent la grande coupole centrale (diamètre ). Celle-ci s'appuie sur des piliers et est renforcée par deux demi-coupoles dans l’axe, elles-mêmes flanquées d’exèdres. La salle est elle-même très ample, puisque ses dimensions sont de . Le centre, dégagé grâce à la coupole, permet une certaine unification de l'espace. Le décor peint en noir et rouge date en grande partie du , tandis que l'énorme minbar ajouré et doré utilise une découpe reprenant les formes de l'architecture, et que le mihrab reprend la structure des portails. La salle de prière possède aussi une dikka et des vitraux. Dans la cour, on notera la présence d'une fontaine d’ablutions avec un décor de motifs naturalistes.

Les deux madrasas les plus intéressantes sont peut-être les deux jumelles, séparées par une petite rue, qui portent le nom de Sani medrese et de Evvel medrese. Elles se composent d'une cour à portique avec, au fond, une salle de cours et un logement pour les professeurs qui constitue le seul témoignage de logement privé édifié par Sinan, tandis que sur l’avant se situent des boutiques.

Les deux tombeaux sont octogonaux, utilisant ainsi le plan le plus fréquent chez les Ottomans. Celui de Süleyman est cependant plus complexe à l'intérieur. Les deux turbe s'ouvrent par des fenêtres carrées en bas, cintrées en haut. Dans le tombeau d'Haseki Hürrem, le mihrab est décoré de carreaux à décor hatayi et quatre fleurs avec du rouge, ce qui constitue la première occurrence de cette couleur en architecture. Le tombeau de Süleyman, quant à lui, est décoré de deux panneaux de céramique à l’extérieur particulièrement remarquables.

Le tombeau de Sinan contraste avec le reste du complexe par sa modestie. Il comporte une fontaine publique devant.

On peut citer, en ce qui concerne l'architecture civile de Sinan, le hammam d’Haseki Sultan, dit aussi bains d’Haghia Sophia. Réalisé en 1556 – 1557, il est divisé en 2 parties équivalentes, une pour les hommes, l’autre pour les femmes. Chacune comporte un vestiaire, un tepidarium, un caldarium octogonal avec coupoles sur pendentifs, et un hall avec des alcôves et des pièces sur le côté. On remarque l'emploi d'arcs de Brousse.

Le mécénat de Rüstem Pacha