vignette|Fragment du pilier écrit avec l'alphabet brahmi, 238 , British Museum. vignette|Répartition des édits dans le sous-continent indien.

Les édits d'Ashoka (ou inscriptions d'Ashoka) sont un ensemble de trente-sept inscriptions gravées sur les piliers d'Ashoka ainsi que sur des rochers et dans des grottes. Les textes ont été dictés par l'empereur Ashoka et dispersés dans tout le sous-continent indien pendant son règne sur l'Empire maurya de 269 à 232 Ces inscriptions sont les plus anciens documents historiques d'Inde que l'on ait pu déchiffrer et les premiers à mentionner le bouddhisme. Les édits s'articulent autour de quelques thèmes récurrents : la conversion d'Ashoka au bouddhisme, la description de ses efforts pour diffuser cette religion, ses préceptes moraux et religieux ainsi que son programme social et de bien-être des animaux.  Les inscriptions étaient destinées au peuple et se trouvaient dans des endroits publicsPour une description complète, voir la page « Liste des édits d'Ashoka »..

Découverte Les inscriptions d'Ashoka n'ont été découvertes qu'en 1837 et n'ont été attribuées avec certitude au souverain seulement en 1915. Dans ces inscriptions, le roi se désigne lui-même comme le « bien-aimé des dieux » (Devanaṃpriya). L'utilisation du terme Devanaṃpriya pour désigner Ashoka a été confirmée par une inscription découverte en 1915 à Maski, un village du district de Raichur dans le Karnataka. Un autre édit sur rocher attestant de l'utilisation de ce nom a également été retrouvé à Gujarra, un village du district de Datia dans le Madhya Pradesh.

Ces édits ont été déchiffrés dans la première moitié du par l'archéologue et historien britannique James Prinsep. En français les traductions d'Émile Senart et de Jules Bloch sont les plus connuesOn trouvera aussi une traduction complète, en français, dans .

Catégories d'édits vignette|Alphabet brahmi utilisé par Ashoka. vignette|redresse|Inscription bilingue de Kandahar (Grec et Araméen) par l'empereur Ashoka, établie à ,Kandahar, Les édits ont été classés en différentes catégories : Édits mineurs sur rocher, assez courts — n° I et II ; Édits majeurs sur rocher, longs — n° I à XIV ; Édits séparés sur rocher, n° II (premier édit) et I (second édit) ; lnscriptions bouddhiques — Inscription de Bairat, Édit du schisme Édits disparates et dédicatoires — Édit de la reine, Inscriptions I, II, III (grotte de la colline de Barabar), Inscription sur pilier de Lumbini, Inscription sur pilier de , Inscription de Panguraria Édits en araméen et en grec — Au nombre de trois, à Kandahar (une en grec et araméen Édits sur piliers (d'Ashoka) — I à VII Le total des textes se monte donc à trente-sept.

Chronologie Selon ses propres inscriptions, Ashoka termina sa guerre contre le Kalinga durant la huitième année de son règneAshoka: The Search for India's Lost Emperor par Charles Allen .

Lors de la dixième année de son règne, il se lança dans une pérégrination sur son territoire pour prêcher le Dharma. La même année, « en l'an dix de son règne », il rédigea sa première inscription, l'inscription bilingue de Kandahar, sur la colline de à proximité de Kandahar, au centre de l'Afghanistan.. Cette inscription fut rédigée en grec et en araméen exclusivement.

À partir de la année de son règne, il commença à graver un édit sur des rochers, afin de propager le Dharma. Il s'agit de l'édit mineur sur rocher.

Puis, à partir de la année de son règne, Ashoka commença à inscrire les rupestre majeurs. Ces inscriptions d'Ashoka sont en langues indiennes à l'exception des édits grecs d'Ashoka inscrits sur une stèle de calcaire à Kandahar.

Au cours des et années de son règne, Ashoka inscrivit de nouveaux édits, cette fois-ci sur des colonnes majestueuses, les piliers d'Ashoka. Il s'agit des édits sur colonne.

Similitudes

Selon Valeri Yailenko, l'inscription de Kinéas, réalisée à Aï Khanoum vers 300 av. J.-C. aurait probablement influencé la rédaction des édits d'Ashoka quelques décennies plus tard, aux alentours de 260 av. J.-C.. En effet, les édits d'Ashoka mettent en avant des règles morales extrêmement proches de l'inscription de Kinéas, à la fois en termes de contenu et de formulation.

Langue et style Les écrits retrouvés dans la partie est de l'Inde sont écrits en maghadi (probablement la langue de la cour ainsi que de Siddhartha Gautama) à l'aide de l'alphabet brahmi. Les inscriptions occidentales sont rédigées en alphabet kharoshthi dans une langue s'apparentant au sanskrit. Enfin, un édit unique retrouvé à Kandahar en Afghanistan est écrit en grec et en araméen, ainsi que deux édits majeurs en grec, les édits grecs d'Ashoka, qui reprennent ses édits et .

Contenu

Préceptes moraux Le Dharma bouddhique prêché par Ashoka est essentiellement de nature morale et recommande de faire des bonnes actions, de respecter les autres (y compris les animaux) ainsi que d'être pur et généreux. Dans son Edit , Ashoka donne une définition plutôt morale de ce qu'il appelle le Dharma :

Dans son édit bilingue de Kandahar il utilise le mot grec pour « piété » (εὐσέβεια, Eusebeia), pour traduire le mot de Dharma utilisé dans ses inscriptions de langue indienne.

Bonne conduite (Śīla)

L'édit sur roche possède un message similaire.

Justice et respect de la vie humaine Ashoka avait une vision impartiale et clémente de la justice, ce qui s'est traduit par de nombreuses amnisties lors de son règne (au moins 25 d'après le pilier ).

La torture et l'emprisonnement prolongé sont abolis. Les esclaves doivent être traités décemment. Il faut soigner les malades et Ashoka établit des hôpitauxJacques Dupuis, Histoire de l'Inde, éd., Éditions Kailash, 2005, p.98.

Respect de la vie animale L'empire Maurya est le premier empire indien à avoir une politique claire de gestion des ressources naturelles et employait des fonctionnaires chargés de leur protection. Lorsque Ashoka s'est progressivement converti au bouddhisme après la guerre du Kalinga, sa manière de gouverner a radicalement changé et la protection de la faune est alors devenue une de ses préoccupations, l'empereur allant même jusqu'à abandonner la chasse royale. Il est peut-être le premier dirigeant de l'histoire à préconiser des mesures de conservation de la faune.

Ashoka recommandait ainsi de réduire la consommation de viande et mit en place une liste exhaustive d'espèces animales protégées. De manière générale il condamnait les actes violents envers les animaux (comme la castration). Dans les faits les règles édictées par l'empereur n'étaient pas toujours respectées, aussi furent mises en place des amendes pour les contrevenants.

Préceptes religieux Bouddha En plus de vouloir diffuser la morale bouddhique, Ashoka souhaitait que la parole de Bouddha soit lue et appliquée.

Croyance dans un prochain monde

Tolérance envers les autres religions Ashoka était un fervent défenseur de la tolérance envers les autres religions. Il pensait que si un pratiquant honore et respecte la religion de l'autre, cela ne peut qu'augmenter le prestige et l'influence de sa religion. À l'inverse, un pratiquant trop prosélyte et irrespectueux des autres croyances ne ferait que nuire à sa religion. Par ailleurs l'empereur encourageait les échanges d'idées et de croyances afin d'améliorer les religions de tous. Il considérait que les valeurs morales étaient plus importants que les offrandes et les rites.

Prosélytisme d'Ashoka vignette|gauche|Diffusion du bouddhisme sous le règne d'Ashoka. vignette|L'inscription de Khalsi d'Ashoka, dans laquelle il mentionne les rois Antiochos, Ptolémée, Antigone, Magas et Alexandre (soulignés ici en couleur). Afin de diffuser le Dharma bouddhique, Ashoka explique qu’il a envoyé des émissaires dans les royaumes situés à l’ouest de son empire, de la Bactriane jusqu’au bassin méditerranéen. Les inscriptions, en particulier dans l'édit d'Ashoka, font notamment référence à des souverains de l’époque hellénistique, héritiers des conquêtes d’Alexandre le Grand. L’édit sur roche mentionne ainsi Antiochos II, Ptolémée II, Antigone II Gonatas, Magas de Cyrène et Alexandre II d'ÉpireV. P. Yailenko, « Les maximes delphiques d'Aï Khanoum et la formation de la doctrine du dharma d'Asoka », in: Dialogues d'histoire ancienne, 1990, volume 16, numéro 1, .

Ashoka aussi affirme qu'il a envoyé des émissaires à l'Ouest pour transmettre bienfaits et plantes médicinales. On ne sait pas quelle a été l'influence de ces émissaires sur le monde grec. Certains spécialistes pensent que des communautés bouddhistes ont émergé à partir du règne d'Ashoka, notamment à Alexandrie (cette communauté étant mentionnée quatre siècles plus tard par Clément d'Alexandrie). Les Esséniens de Palestine et les Thérapeutes d'Alexandrie seraient des communautés fondées sur le modèle du monasticisme bouddhique : selon André Dupont-Sommer, Essénisme et Bouddhisme, Dupont-Sommer, André, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1980 124-4 . Cette influence serait même contributrice, toujours selon André Dupont-Sommer, de l'émergence du Christianisme :

Étant donné la définition particulièrement morale de « Dharma » pour Ashoka, il est possible qu'il veuille simplement dire que vertu et piété existent maintenant depuis le bassin méditerranéen jusqu'au sud de l'Inde, plutôt que d'y voir une expansion du Bouddhisme vers l'ouest, non confirmée historiquement.

Notes et références

Annexes Bibliographie

Traductions

(Traduction des édits)

Études

(Traduction des 14 édits majeurs sur roche) (Traduction des édits sur piliers et des édits mineurs)

Articles connexes Édit bilingue de Kandahar Édits grec d'Ashoka Empire maurya (324-185) Dynastie Shunga (185-73), qui a aboli la législation d'Ashoka

Liens externes

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