Le procès Remer est un procès instruit en par la troisième chambre criminelle du tribunal du Land de Basse-Saxe, à Brunswick (Allemagne de l'Ouest), à l'encontre de l'ancien Generalmajor Otto-Ernst Remer, accusé de diffamation et d'insulte envers la mémoire des défunts (Verunglimpfung des Andenkens Verstorbener). Ce procès a suscité beaucoup d'intérêt en Allemagne de l'Ouest, notamment en raison de la réhabilitation par la justice allemande des membres du complot du 20 juillet 1944 contre Adolf Hitler. La demande de pension de veuve de guerre, faite par Nina von Stauffenberg, veuve de Claus von Stauffenberg, un des meneurs du complot, avait ainsi été rejetée par l'État allemand jusqu'à ce procès. À l'issue du procès, Remer est condamné à trois mois de prison et s'enfuit à l'étranger pour éviter sa peine.

Historique

Otto-Ernst Remer est un officier de la Wehrmacht durant la Seconde Guerre mondiale. En , il commande en tant que major le bataillon de la garde de Berlin, ville sous le commandement global de Paul von Hase. Au moment du déclenchement du complot du , Hase, qui fait partie des conjurés, ordonne à Remer de boucler le quartier du gouvernement, et d'arrêter Joseph Goebbels, lui faisant croire à une conspiration de la part des SS. Suspicieux, Remer laisse Goebbels donner un coup de téléphone ; il lui passe alors Adolf Hitler en personne, qui le promeut colonel et lui ordonne de s'opposer au coup d'État en cours. Remer se retourne alors contre les comploteurs, et contribue à l'échec de l'opération Walkyrie. Sa fidélité à Hitler est bien récompensée, et à la fin de la guerre, il a atteint le grade de major-général.

En 1950, Remer participe à la fondation du Sozialistische Reichspartei, parti politique qui rassemble les nostalgiques du nazisme. En , lors d'un rassemblement du parti, il décrit les participants du complot du comme des traîtres, à la solde de pays étrangers, et dont les survivants répondraient bientôt de leurs actes devant un tribunal allemand. Le ministre fédéral de l'intérieur Robert Lehr, opposant au nazisme et confident de Carl Friedrich Goerdeler, un des conjurés exécuté, dépose une plainte au pénal contre Remer en . Le substitut du procureur auprès du ministère public de Brunswick, Erich Topf, qui est le magistrat compétent concernant cette plainte, est un ancien membre du parti nazi, ancien Rottenführer dans les SA. Il rejette la plainte, estimant qu'elle n'a aucune chance d'aboutir (). Le procureur général de Brunswick, Fritz Bauer, opposant politique au nazisme et exilé durant la guerre, intervient alors auprès de Topf, essayant de le convaincre, lui ordonnant de suivre ses instructions - et finalement le fait muter à Lunebourg. Bauer décide ensuite de poursuivre Remer pour diffamation volontaire, et insulte envers la mémoire des défunts.

Anna von Harnack, veuve de Ernst von Harnack, ayant déposé une plainte contre Remer en , Bauer demande à sa famille de faire retirer cette plainte, car le nom de Harnack est plus lié à l'histoire du réseau de résistance communiste Orchestre rougeSi Ernst von Harnack a participé au complot du 20 juillet, et exécuté à l'issue de celui-ci, ses cousins Arvid Harnack et Falk Harnack faisaient partie du réseau Orchestre rouge, tout comme d'autres membres de leur famille.. Le droit de résistance à l'oppression n'étant en soit pas au cœur du procès qui va suivre, Bauer préfère éviter tout dérivatif.

Procès

Le procès se tient en , attirant fortement l'attention de l'opinion publique ; le juriste estime qu'il s'agit du (). Bauer l'utilise délibérément dans un but politique : . Le procès permet également d'invalider les accusations de haute trahison et de violation de serment qui visent précisément les militaires ayant participé au complot du . L'accusation de trahison n'est examinée que concernant les communications entre les résistants du et les pays étrangers concernant l'avancement du coup d'État. La divulgation effective de secrets militaires aux Alliés, tel que l'a fait le Generalmajor Oster, n'est pas explicitement mentionnée dans le jugement ; toutefois, certains termes présents semblent condamner implicitement ces actesComme cela est précisé du point de vue catholique : ().. Quatre experts appuient la plainte : deux professeurs de théologie protestante ( et ), un spécialiste de la théologie morale catholique (Rupert Angermair) et un ancien Generalleutnant de la Wehrmacht (Helmut Friebe). Tous concluent que les conjurés du n'ont pas trahi l'Allemagne, et ont agi au contraire pour son bien..

Le procès dure une semaine, et conclut à la condamnation de Remer à trois mois d'emprisonnement. Le verdict, qui suit les conclusions des experts sur tous les points essentiels, invalide toute accusation de trahison envers l'Allemagne ou de haute trahison envers les participants du complot du :

Ce jugement, suivi par un extraordinaire contingent de médias, a veillé à cet effet . Le procès a donc incontestablement répercuté le thème du dans la mémoire collective. Dans un sondage d'opinion ayant eu lieu six mois avant le procès, seuls 38 % des personnes interrogées approuvaient les actes du , tandis que 24 % les rejetaient et que 38 % étaient indécises.. 9 mois après le procès, un autre sondage relevait que 58 % des personnes interrogées ne considéraient pas les comploteurs comme des traîtres. Seuls 7 % des sondés estimaient le contraire (chez les jeunes de moins de 21 ans, ce taux montait à 16 %)..

Bibliographie

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Notes et références

Catégorie:Complot du 20 juillet 1944 Catégorie:Mémoire de la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Procès historique Catégorie:1952 en Allemagne Catégorie:Brunswick (Basse-Saxe)