Homo Deus : Une brève histoire de l'avenir est un livre de Yuval Noah Harari publié pour la première fois en hébreu en 2015. Traduit en plusieurs langues, il est publié en traduction anglaise en 2016 et en traduction française aux éditions Albin Michel en .
Contenu Ce livre constitue en quelque sorte un prolongement du précédent essai de Harari, Sapiens : Une brève histoire de l'humanité, même s'il ne reprend pas la construction suggérée à la fin de ce premier essai. Harari, en examinant les grands mouvements de l'évolution de l'humanité depuis la préhistoire et fort des dernières découvertes de la biologie de la technologie informatique et des sciences sociales, nous interroge sur l'avenir de l'homme. Un troisième livre prolongeant celui-ci : 21 leçons pour le , s'interroge sur ce dont les êtres humains auraient besoin pour faire face aux évolutions en cours..
Le projet de l'auteur n'est pas de spéculer sur l'avenir mais d'identifier ce que pourraient produire à terme les logiques sociétales à l’œuvre aujourd'hui si des humains ne se mobilisent pas pour les freiner. ().
Détail des parties Chapitre 1 : le nouvel ordre du jour humain.
L'auteur se demande quelles vont être les priorités de l'humanité au cours du . L'histoire nous apprend le caractère imprévisible à long terme des aspirations humaines. Mais il est probable que les grands projets de l'humanité au soient d'atteindre l'immortalité, de trouver la clé du bonheur et de hisser ainsi l'homme au rang de dieu. Mettre des mots sur ce possible avenir est indispensable si l'humanité veut influencer un tel scénario..
Partie 1 : Homo sapiens conquiert le monde
Chapitre 2 : l'Anthropocène. Au cours de l'anthropocène, l'homme, grâce à son intelligence a asservi le monde animal. L'auteur pose la question de savoir si des ordinateurs dépassant les hommes en intelligence et en puissance pourraient traiter les hommes de la même façon que les hommes traitent les animaux. L'impact de Sapiens sur l'écosystème est comparable aux grands phénomènes naturels, telles la tectonique des plaques ou les éruptions volcaniques. Mais si le déchaînement des forces géologiques ou les ères glaciaires ont provoqué des bouleversements, la planète ne fut jamais touchée dans son ensemble de façon égale (les mouvements de la lithosphère qui se conclurent par la rencontre des plaques nord et sud-américaines entraînèrent la disparition de nombreuses espèces de marsupiaux, sans que cela ait des conséquences sur les autres membres de cette classe de mammifères, présente ailleurs sur la Terre). Sapiens, lui, exerce une action globale.
À partir de la Révolution cognitive, il y a , il prend le dessus sur les autres espèces et, peu à peu, colonise toute la planète. Chasseur-cueilleur sans égal dans la biosphère, il fait disparaître « 90 % des grands animaux d'Australie, 73 % des grands mammifères d'Afrique et près de 50 % des grands mammifères terrestres de la planète ». Un processus encore à l'œuvre, puisque, depuis 1970, la faune sauvage a diminué de moitié. alt=Des porcs d'élevage|vignette|250x250px|Des porcs d'élevage. Avec la Révolution agricole, vers avant notre ère, la relation entre l'homme et le monde animal prend un nouveau tour.
Le fourrageur tuait sans hésitation pour se nourrir, mais il était animiste et considérait que chaque animal, chaque plante, le vent, les pierres ou les rivières étaient, comme lui, doués d'une âme, et tous ces éléments, dans son esprit, étaient ses égaux, dans une sorte de démocratie universelle du vivant.
Quand Sapiens se sédentarise, il développe avec quelques espèces une relation inédite : maître-domestique. Un animal comme le cochon ou le poulet n'existe plus que pour satisfaire à ses besoins alimentaires.
Comme pour l'extinction des espèces, la domestication a largement débordé de la période historique où elle est née : aujourd'hui, cochons, vaches et poulets sont parqués dans des fermes d'élevage de plus en plus complexes et vivent dans des conditions épouvantables. Dans son développement, la société agricole est parvenue à se justifier grâce à l'émergence des religions théistes, comme l'hindouisme, le judaïsme et le christianisme.
Désormais, l'homme n'est plus un être parmi d'autres dans le cosmos : gagnant en dignité, il s'élève tout en haut de la hiérarchie du vivant pour dialoguer avec les divinités ou un Dieu unique. Un dialogue qui s'achève par le « deal agricole » d'après l'expression de l'auteur : « Selon cet accord, les forces cosmiques accordèrent aux humains la domination sur les autres animaux sous réserve qu'ils s'acquittent de certaines obligations envers les dieux, la nature et les animaux eux-mêmes. » alt=AI research is growing|gauche|vignette|240x240px|La recherche sur l'IA se développe. Enfin, la révolution scientifique, inaugurée il y a cinq cents ans, marque la dernière étape. Grâce à la science moderne, fondée sur l'observation et les mathématiques, Sapiens commence à comprendre les lois qui régissent le monde et la nature. La cosmogonie cède la place à la cosmologie et les mythes religieux à la démonstration logique. Ce n'est plus la parole de Dieu qui raconte l'univers, mais les textes scientifiques. L'homme supplante les dieux.
En donnant une application à ses connaissances objectives, Sapiens se dote aussi d'outils techniques qui vont lancer la révolution industrielle et renforcer son pouvoir sur la planète. Auparavant, les anciens dieux exigeaient qu'on leur sacrifiât des animaux tout en imposant quelques exceptions (l'hindouisme sanctifie la vache, le judaïsme ordonne le repos pour les animaux les jours de shabbat) ; aujourd'hui, la plupart de ces restrictions ont été abolies et le monde animal est plus que jamais soumis à l'homme..
Alors que l'essor de l'intelligence artificielle fait craindre qu'une forme de vie inorganique, mais supérieurement intelligente, ne prenne le contrôle de la planète pour dominer jusqu'à la vie des Sapiens, certains commencent à s'interroger sur la façon dont nous traitons les animaux et sur la légitimité de notre place au sommet de la pyramide de la biodiversité : « Nous manifestons soudain un intérêt pour le sort des formes de vie inférieures, peut-être parce que nous sommes sur le point d'en devenir une. » (p. 115). Chapitre 3 : l'étincelle humaine. Les humains ont créé des entités intersubjectives, comme les dieux, les nations, les entreprises; ce sont des fictions qui dominent les hommes et le monde. Homo Sapiens est persuadé qu'il est supérieur aux autres animaux. Harari se demande sur quoi se fonde cette conviction.
Le monothéisme enseigne à l'homme qu'il est le seul être de la création à posséder une âme, par essence indivisible, immuable et éternelle. Mais depuis Darwin, la théorie de l'évolution nous a appris que toutes les entités de nature se composent d'éléments plus petits et sont soumis à un processus lent, mais continu, de changement. En contradiction avec nos connaissances scientifiques, l'existence de l'âme semble donc impossible..
Ce qui distinguerait Sapiens de ses cousins animaux serait-il alors la conscience ? Car l'existence de celle-ci, « flux permanent d'expériences subjectives », ne fait aucun doute depuis Descartes. Le résultat de tests sur des singes et des souris indique cependant qu'ils possèdent « les substrats neuroanatomiques, neurochimiques, neurophysiologiques des états conscients ».
Et à ceux qui affirment que les animaux ne possèdent pas une conscience de soi authentique, installée dans le passé, le présent et l'avenir, l'auteur donne quelques exemples suggérant le contraire : exposé au zoo, le singe Santino ramasse dès le matin, et avant l'ouverture, des pierres pour les lancer sur les visiteurs ; on avertit ensuite les visiteurs et on leur recommande de se tenir à distance : Santino cache alors les pierres sous des balles de paille ou derrière des arbres, près de la grille, de façon à endormir la méfiance des promeneurs ; quand ces derniers se rapprochent, il les bombarde de nouveau.. alt=Le drapeau de l'union européenne|vignette|Le drapeau de l'Union européenne. En fait, si Sapiens règne sans partage sur la planète, c'est grâce à son exceptionnelle intelligence sociale, c'est-à-dire sa capacité à coopérer avec ses semblables à une très large échelle. Les loups vivent en meutes, les éléphants en hordes et les singes en bandes, mais il ne s'agit que de petits groupes, facilement dénombrables, où tous les membres se connaissent. Sapiens peut collaborer avec des individus qu'il n'a jamais vus, grâce à l'invention d'entités intersubjectives, de croyances collectives (comme la foi en un dieu ou en sa nation) et qui rassemblent sous leurs bannières des millions de personnes : « Aucun autre animal ne peut se mesurer à nous : faute d'avoir non pas une âme ou un esprit, mais l'imagination nécessaire. » (p. 170) Ou comme l'a dit David Runciman dans un article du Guardian sur l'essai de Harari : « Real power always resided with networks. Individual human beings are relatively powerless creatures, no match for lions or bears. It’s what they can do as groups that has enabled them to take over the planet.. »
Partie 2 : Homo sapiens donne sens au monde
Chapitre 4 : les conteurs. Les fictions permettent aux hommes de coopérer entre eux, mais au , avec les biotechnologies et l'informatique, les fictions peuvent devenir de plus en plus puissantes. Elle pourront modeler les corps et créer des mondes virtuels, contrôlant davantage l'existence des humains. À partir de la révolution cognitive, Sapiens commence à fabriquer des récits, mais l'organisation de la société humaine par petites bandes de chasseurs-cueilleurs, sans réel contact les unes avec les autres et parfois rivales, limite la diffusion de ces histoires et croyances. Quand Sapiens fonde les premières villes, lors de la révolution agricole, de nouvelles histoires et croyances peuplent son imaginaire, mais cette fois, elles sont partagées par les milliers d'individus qui composent la cité. gauche|vignette|240x240px|La Bible en version anglaise.Au avant notre ère, à Sumer, l'invention de l'argent — selon l'auteur, une autre fiction par laquelle on donne une valeur arbitraire à un morceau de fer ou de cuivre — permet une expansion exceptionnelle du commerce. L'invention de l'écriture, à la même époque et dans la même région, produit un effet identique et tout aussi inédit dans la propagation des faits culturels. Grâce à cette double innovation, les réseaux de coopération et d'échanges prennent de plus en plus d'ampleur, et les acteurs n'en sont plus seulement les cités, mais les royaumes et les empires. Harari insiste sur le rôle primordial de l'écriture dans la capacité des Sapiens à coopérer et à se rassembler. La Bible et la constitution des États-Unis ont fixé des croyances religieuse et idéologique, auxquelles se réfèrent des dizaines de millions d'individus. Mais ces fictions dirigent aussi nos vies et nous poussent parfois à l'affrontement et à la destruction, comme l'ont montré les guerres de religions ou le conflit des nationalismes. Le nous lance un redoutable défi avec l'essor des biotechnologies, dont les fictions feront bien plus que contrôler « notre existence minute par minute ». En somme, la faculté qui a permis à l'homme de dominer la planète pourrait se retourner contre lui.
Chapitre 5 : le couple dépareillé. Les religions sont des fictions qui ont permis d'assurer le pouvoir sur les hommes en transformant des jugements éthiques en énoncés factuels, obscurcissant la connaissance. La science en recherchant la vérité recherche le pouvoir tandis que la religion façonne l'ordre social, et toutes deux ont fini par conclure un deal.