Patrick Grainville, né le à Villers-sur-Mer., est un écrivain français.

Originaire de Normandie, il remporte le prix Goncourt en 1976, à 29 ans, pour son quatrième roman, Les Flamboyants, qui raconte l'épopée d'un roi fou africain imaginaire, Tokor.

Très tôt, son style baroquePatrick Grainville « Le roman baroque, c’est aller à l’excès, le mélange des genres, l’horreur du vide », entretien avec Guillaume Chérel pour www.regards.fr le juillet 1998. et son œuvre dense tiennent une place à part dans le paysage romanesque de la fin du marqué par un certain minimalisme. Écrivain à l'écriture foisonnante et facilement reconnaissablePatrick Grainville : la flamme et l’orage, Francine Bordeleau, Nuit blanche, le magazine du livre, 44, 1991, ., il est régulièrement invité dans l'émission Apostrophes où il cultive son originalitéÉmission Apostrophes du 10 février 1984 (échange entre Patrick Grainville et Dominique Rolin autour de La Caverne céleste).. Il alterne au fil des ans des fictions hautes en couleur et exotiques (Colère, Le Tyran éternel, Le Lien...), des récits où romanesque et autobiographie s'entremêlent (L'Orgie, la Neige, Les Anges et les Faucons, La Main blessée...) et des romans mythiques autour des grands peintres (Le Baiser de la pieuvre, Bison, Falaise des fous...).

Professeur agrégé de lettres, Patrick Grainville est également critique au Figaro littéraire et membre du jury du prix Médicis. Il a reçu, pour l'ensemble de son œuvre, le Grand prix de littérature de la SGDL en 2008 et le Grand prix de littérature Paul-Morand en 2012Discours de remise lors de la séance publique annuelle du 6 décembre 2012, prononcé par Jean-Loup Dabadie..

En 2018, il est élu à l’Académie française.

Biographie

Une reconnaissance précoce

Patrick Grainville passe son enfance en Normandie, allant régulièrement à la chasse et à la pêche avec son père JacquesÉpisodes qu’il évoquera notamment dans L'Orgie, la Neige., entrepreneur et longtemps maire de Villerville de 1963 à 1989https://www.ouest-france.fr/normandie/villerville-14113/la-commune-passe-de-deux-quatre-adjoints-2828435. ; il fréquente le lycée de Deauville annexe de Malherbe de Caen, avant de poursuivre ses études supérieures au lycée Henri-IV et à la Sorbonne où il prépare son agrégation, qu'il obtient.

En parallèle de ses études, le jeune homme écrit très tôt, premier manuscrit à 19 ansDe vieux adolescents (inédit)., puis premier roman publié à 25, La Toison, accepté immédiatement par Gallimard« Grainville, la vérité crashée », Jean-Baptiste Harang dans Libération du 6 janvier 2000.. La profession le remarqueToisonnant, Paul Otchakovsky-Laurens, La Quinzaine littéraire , parue le octobre 1972..

Juste avant de mourir, Henry de Montherlant lui prédit un grand avenir et loue son style : dans une lettre adressée à l’auteur, le 12 septembre 1972, publiée à l’occasion du prix Goncourt pour Les Flamboyants dans Le Monde daté du 17 novembre 1976, .. Son roman suivant, La Lisière, rate le Goncourt 1973, au cinquième tour contre L'Ogre de Jacques ChessexLa compagnie des écrivains par Gérard Valbert aux Éditions L'Âge d'Homme, 2003, ., au grand dam de Michel Tournier qui l’a soutenu dans le juryPour saluer Grainville, Michel Tournier, Le Figaro daté du 24 novembre 1973.. Hervé Bazin, qui préside, reconnait ses qualités, mais trouve l'auteur trop jeune« Patrick Grainville, ce prof est une star », interview de Gorian Delpature sur le site de la RTBF.. Patrick Grainville décrit dans La Lisière ce qui sera le fil conducteur de son œuvre La Lisière, éditions Gallimard, 1973, .. Trois ans plus tard, après avoir déjà écarté un quatrième romanChimère (inédit)., les Éditions Gallimard refusent Les Flamboyants qu’elles jugent, dans une première version de 800 pages, trop long et trop touffu. Jean Cayrol convainc Patrick Grainville de raccourcir et Michel Tournier, pourtant chez Gallimard, de changer d’éditeur. C’est donc aux éditions du Seuil qu’il obtient le prix Goncourt en 1976. François Nourissier, le citant en exemple, se félicitera quelques années plus tardGrainville : la vie sauvage, François Nourissier dans Le Point du 12 mars 1990., afin de valoriser l’Académie Goncourt critiquée pour ses choix, de ne pas être passé à côté du Normand. Parmi les plus jeunes lauréats du prix GoncourtAvec Jean-Louis Bory, Goncourt à 26 ans en 1945., Patrick Grainville retourne dès le lendemainLes 100 ans du Goncourt, Le Goncourt m'a tué, Christine Ferniot, Lire, publié le novembre 2003. à son métier de professeur tout en affirmant son ambition de faire bouger les lignes de l’écriture. Journal d’Antenne 2 du 15 novembre 1976, présentation de Patrick Poivre d'Arvor, annonce du Prix Goncourt par Armand Lanoux et première interview de Patrick Grainville. Bien des années plus tard, dans un débat amical avec Annie Ernaux sur la relation entre la réalité et la fiction, il empruntera à Gilles DeleuzeQu’est-ce que la philosophie ?, Gilles Deleuze et Félix Guattari, Les Editions de Minuit, 2005. le néologisme « chaosmos » pour revendiquer sa vision du roman « monument » ; face à un réel ouvert, vouloir « fermer le robinet de la signification avec un mot exact, vissé sur la chose », n’est selon lui qu’une illusion qui passe à côté de la « poétique de la vérité »Sortir du roman ? Y rester ?, rencontre entre Annie Ernaux et Patrick Grainville animée par Marianne Alphant, Service audiovisuel du Centre Pompidou, 9 février 2005..

Les années de maturité

Dix ans après Les Flamboyants, Le Paradis des orages, érotique et partiellement autobiographique, est un nouveau succès. Sa mèche « ravageuse »Une famille trop nombreuse, François Cérésa, Le Figaro daté du 29 janvier 2004., rendue fameusePatrick Grainville "le flamboyant" par Baptiste Liger dans Lire, publié le février 2006., et sa faconde passionnée conduisent Patrick Grainville à devenir l’un des écrivains les plus souvent invités derrière Jean d'Ormesson, Max Gallo ou Philippe Labro. dans l’émission Apostrophes, même pour présenter des livres qui ne sont pas les siensÉmission Apostrophes du 21 novembre 1986, à la demande de Bernard Pivot, Patrick Grainville parle de Magie du corps, l’ouvrage de Desmond Morris, Grasset, 1986.. Il y fera également part de sa perception du métier de professeur du secondaireÉmission Apostrophes du 7 septembre 1984, à l'occasion de la rentrée scolaire, Bernard Pivot réunit sur son plateau des invités qui parlent du malaise des "profs" et de l'Éducation nationale., enseignant le français en marge de l'écriture au lycée Évariste-Galois à Sartrouville. Ses romans suivants, L'Atelier du peintre, L'Orgie, la Neige ou Colère, à cheval entre les années 1980 et les années 1990, salués par les critiques, bénéficient ainsi d’une bonne exposition. Se sentant poussé un temps par le Nouveau Roman et admiratif de Claude Simon@nalyses, Patrick Grainville, “entre l’aigle pêcheur et le cobra royal”, Roger-Michel Allemand, Vol. 3, 1, 2008, ., Patrick Grainville partage son amour pour la Normandie avec Marguerite Duras qui habite l’Hôtel des Roches Noires à Trouville-sur-Mer, près de chez ses parents, et avec qui il lui arrive de se promenerPatrick Grainville raconte notamment sa rencontre avec Marguerite Duras dans le texte Le Héron blanc, La Nouvelle Revue française du 5 mars 1998, , éditions Gallimard, et l’évoque parmi les Marguerite de sa vie dans Les Anges et les Faucons.. Ayant adopté le rythme d’un roman tous les deux ans et actif par ailleurs, critique de cinéma dans les années 1980 pour VSD. avant de devenir chroniqueur littéraire pour Le Figaro, il multiplie les textes sur la peinture, côtoyant autant des peintres célèbres que des débutants voués à le devenir.

D'un siècle à l'autre

Après un résumé « de notre époque »Les mystères de Grainville, Jean-Louis Ezine, Le Nouvel Observateur daté du 4 janvier 1996., à travers le portrait de Maha, star interplanétaire dans Le Lien, le style d’écriture de Patrick Grainville s’épureUn nouveau Grainville plus syncopé par Jean-Rémi Barland, Lire, publié le février 2000. à la fin des années 1990. Il devient membre du jury du prix Médicis à partir de 1997 où il se lie d’amitié avec Alain Robbe-Grillet.. Moins présent dans les médias, il maintient néanmoins son rythme de publication bisannuel et poursuit une œuvre protéiforme, creusant « son propre sillage »Apologie du plaisir absolu, Sébastien Lapaque, Le Figaro daté du jeudi 14 février 2002.; se succèdent un grand retour en Afrique qu’il affectionne particulièrementGrainville, l'Africain, par Alexandra Lemasson dans L'Express du 11 juin 1998. (Le Tyran éternel), un thriller prémonitoire des événements du 11 septembre (Le Jour de la fin du monde, une femme me cache), un roman autobiographique (La Main blessée), un nouveau « classique » de l’érotismeL'estampe érotique de Patrick Grainville par Baptiste Liger, Lire, publié le février 2010. (Le Baiser de la pieuvre) et, saluée par la critiqueUn pinceau et des plumes, Gilles Martin-Chauffier, Paris Match du 9 janvier 2014, . en 2014, une épopée sur les Indiens des Plaines à travers la vie du peintre George Catlin (Bison). À l'occasion de la sortie du Démon de la vie, peu de temps après la mort de Michel Tournier avec qui il était resté procheMichel Tournier, l'acrobate métaphysique, Le Figaro du 3 juin 2010., Patrick Grainville, considéré dorénavant lui aussi comme « un pilier, une institution des lettres françaises »., passe dans On n'est pas couché et renoue avec une émission de grande écoute. Yann Moix reconnait lui vouer une admiration sans borne et le présente comme « le plus grand prosateur de la langue française »Émission On n'est pas couché du 30 janvier 2016..

Le 2018, il est élu au fauteuil d'Alain Decaux à l'Académie françaisePatrick Grainville élu à l'Académie française au fauteuil d'Alain Decaux, Astrid de Larminat, Le Figaro, 8 mars 2018., au premier tour de scrutin face à Dominique-Marie Dauzet.. Lors de son intronisation un an plus tard, son discours aux « accents lyriques ». est salué par les médiasLe romancier Patrick Grainville fait son entrée à l'Académie française, France Infos/AFP, 21 février 2019.:

Thématiques

De l’autobiographie mythique à l’épopée lyrique

Avec l’âge, Patrick Grainville reconnait s’être émancipé de l’« autobiographie mythique » de la trilogie initiale, formée par La Toison, La Lisière et L'Abîme, et n’avoir plus craint d’aborder le genre autobiographique avec L'Orgie, la Neige ou La Main blessée, mais même ses récits réalistes les plus intimes n’échappent pas à la fabulation : « Rien n’est jamais vécu, tout est fiction »@nalyses, Patrick Grainville, “entre l’aigle pêcheur et le cobra royal”, Roger-Michel Allemand, Vol. 3, 1, 2008, p. 53.. Qu’il évoque en effet les bidonvilles brésiliens de ColèreHybridité et désenchantement de la ville brésilienne: Rio de Janeiro dans Colère de Patrick Grainville par Régis Tettamanzi dans Utopies, enchantements et hybridité dans la ville ibérique et latino-américaine, Paris, Editions des archives contemporaines, 2012, . ou les jeunes amants des Anges et Les Faucons en haut de Notre-Dame de Paris, c’est toujours un monde en mouvement, torturé et tumultueux, qu’il décrit.